Impunité

  mardi 05 Juin   
20 H 45


Prix du Meilleur Documentaire - Rencontres Cinéma d'Amérique Latine - Toulouse 2011

Réalisation : Juan Jose Lozano,Hollman Morris
Scénario : Juan Jose Lozano
Montage : Ana Acosta
Mixage : Mikaël Barre
Image : Sergio Mejia,Heidi Hassan,Diego Barajas,Alex Restrepo
Son : Carlos Ibañez
Musique originale : Gabriel Scotti,Vincent Hanni
Direction de production : Isabelle Gattiker,Nathalie Musso
Production déléguée : Intermezzo Films – Isabelle Gattiker,Dolce Vita Films – Marc Irmer
D'après une idée originale de : Hollman Morris
Voix off : Jean Leclerc
Distribution : Nour Films


 Avec 



 Synopsis 

En Colombie pendant 10 ans, des groupes paramilitaires proches du pouvoir, prétextant la lutte contre les guérillas communistes, ont semé la terreur dans des centaines de villages, violant, torturant et parfois dépeçant des milliers d'innocents, hommes, femmes et enfants.

Après des dizaines de milliers de disparus (le dernier recensement fait état de près 60 000 disparus), des centaines de milliers de morts (le dernier recensement fait état de 130 000 morts) et de près de 3 millions et demi de déplacés, les chefs paramilitaires sont confrontés à la justice dans un processus appelé « Justice et Paix» pour rendre compte d'un massacre à grande échelle.

Petit à petit ce processus remonte la piste des commanditaires jusqu'au sommet de l'Etat.

Un tiers du parlement a été mis en examen.

Les familles des victimes attendent la vérité.

La société colombienne sera-t-elle capable d'entendre cette vérité ?

Une boite de Pandore a été ouverte.

Du calcul politique ou de la justice, qui va triompher ?


 Anecdotes 

LE FILM « IMPUNITÉ »

En Colombie, un processus historique initié en 2006 enquête actuellement sur la responsabilité des chefs paramilitaires pour le meurtre, la torture, le viol, le dépeçage et la disparition de milliers de civils au cours des 20 dernières années du conflit armé interne qui les a opposés aux guérillas.

Si au début, on évoquait la possibilité de 3000 disparus, aujourd'hui ce chiffre dépasse les 60 000 personnes et la société colombienne découvre au fil des auditions des récits atroces qui avaient été jusqu'alors soigneusement cachés.

Ce n'est pas tout : le pays apprend aussi que derrière ces morts se cache un projet de contrôle de presque tous les échelons de la société colombienne, avec des ramifications jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Une grande partie de la classe politique colombienne est concernée, et les réseaux remontent jusqu'au parlement où un tiers de l'Assemblée Nationale semblent être impliqué.
IMPUNITÉ est un documentaire d'immersion au coeur des derniers mois de ce processus historique à de nombreux égards. En effet, pour la première fois depuis le début de la guerre civile en Colombie, victimes, bourreaux, avocats, politiciens et fonctionnaires judiciaires se font face dans une cour de justice. Mais par manque de moyens et de volonté, mais aussi par calcul politique, l'impunité risque bien de l'emporter sur la justice. Or, comme tout processus de justice transitionnelle, le procès de ces crimes font ou devraient faire office de charnière entre le passé tragique du pays et son avenir, et livrer à la société colombienne les clés d'une mémoire collective. Mais à la lumière de l'implication d'une grande partie de la classe politique, cette mémoire est-elle possible ? La Colombie sera-t-elle prête à admettre ses zones d'ombre ?

Enfin, par-delà les enjeux capitaux d'un procès juridique enraciné dans une société lointaine et de l'histoire bien connue de l'anéantissement de l'humanité au nom des idéologies, IMPUNITÉ pose un regard sur le combat obsédé, historique et inachevé de l'homme contre l'ignominie.


 Quelques mots 

LE MOT DES RÉALISATEURS

Juan Lozano - réalisateur

Réaliser ce film a été pour moi un acte de résistance, de construction de mémoire, d'humanité tout court. Et je ne parle que pour moi, d'une façon égoïste et indépendamment du film qui en découle. Car je ne suis pas journaliste et je n'aspire pas à être le rapporteur consciencieux du dysfonctionnement criminel d'une société.
J'agis en tant qu'être humain, en tant que Colombien mais aussi en tant qu'Européen qui se sent interpellé et profondément dégoûté par cette histoire d'impunité. Je me sers de mon métier pour exprimer mon désarroi, ma rage et mon impuissance. Ce film n'est pas à l'origine un besoin de ma part de dénoncer ou de faire prendre conscience. Hélas, je n'en suis pas encore là. Mon sentiment actuel est plus primaire, il prend naissance dans le scepticisme envers la société où cette histoire prend forme, mais aussi envers celle qui réceptionnera cette histoire.

Rithy Panh parle de ses films comme de remparts contre le retour de la barbarie... combien je voudrais aujourd'hui adhérer à cette idée et imaginer que ce film pourra faire ce travail ! Pour le moment, le défi est tellement immense que je n'envisage encore l'impact de mon travail que dans un cercle extrêmement restreint : d'abord moi, ma famille d'ici, mes parents qui sont restés là-bas, mes amis d'ici et de là-bas.

Et c'est tout pour le moment. J'aspire à retrouver l'espoir, à croire vraiment que ce film est nécessaire lorsque je partage un bout de ma vie avec les victimes pendant le tournage. J'ai beaucoup appris sur la dignité et le courage humain de la bouche de ces gens qui ont tout perdu et qui pourtant continuent à se battre. Je veux croire que ce film est imprégné de cette vitalité, et que nous arriverons à la transmettre.
Juan Lozano

Hollman Morris - coréalisateur

Jusqu'à aujourd'hui, mon pays n'a pas connu un seul jour de paix. Depuis des générations, les Colombiens sont engloutis dans une spirale de guerre qui secoue notre pays. C'est devenu le conflit le plus long de l'histoire et l'un des plus oubliés du reste de l'humanité.

Cette guerre qui se prolonge apporte avec elle une violence et une barbarie à proprement parler endémiques. Depuis des années, elles ont peu à peu façonné une société toujours plus violente à travers des atrocités sans cesse renouvelées. Les Colombiens souffrent parallèlement d'un processus de perte de mémoire. Le philosophe colombien Fernando Gonzalez a raison de dire que le manque de mémoire est en train de se convertir en vertu.

Mais les milliers de victimes des groupes paramilitaires continuent d'exiger la vérité. Une vérité qui sortira peu à peu. Une vérité qui raconte les cruautés inimaginables de cette guerre. Et ces victimes commencent à hausser la voix, à exiger la vérité, la justice et la réparation, pour que ce pays n'oublie pas son histoire. Faire émerger la mémoire, travailler le souvenir, donner une voix et une visibilité à ces victimes a été l'une de mes motivations principales pour faire ce film.

Mon objectif est que ce film devienne en un document historique sur un passage sombre de l'histoire colombienne, mais aussi de l'humanité toute entière. Souvenons-nous que tant de cruauté contre l'être humain, dans ce cas précis, en Colombie, est aussi un affront à la dignité de tous les citoyens du monde. Un film qui nous rappelle l'échec que nous avons commis en tant que société mais qui nous signale également les erreurs que nous devons nous efforcer de ne plus commettre.
Souvenons-nous qu'aujourd'hui le monde avance dans le jugement des violateurs des droits humains, que la justice a démontré qu'il n'existe plus de lieux ni de pays où les violateurs des droits humains puissent dormir éternellement tranquilles. Mais ne soyons pas trop optimistes pour la Colombie : les personnes qui ont orchestré tant de cruauté jouissent aujourd'hui de l'impunité. Certains bourreaux ont été extradés dans des prisons nord-américaines pour des délits de narcotrafic et jouissent du programme de protection des témoins délivré par la justice américaine. Quant aux victimes, elles rencontrent des obstacles toujours plus grands pour atteindre la vérité et la justice. Ce film entend raconter ce processus, donner aux victimes le rôle de protagonistes d'une histoire de lutte et d'espoir. Un film qui veut aussi rendre au cinéma sa puissance de dénonciation, de référence historique, de document de débat, de valeur sociale.


LEXIQUE DU FILM

Groupes paramilitaires :

En Colombie, les paramilitaires sont des combattants illégaux, qui relèvent de l'extrême droite, contrairement aux guérillas marxistes telles que les FARC. Les groupes paramilitaires se sont constitués dans les années 80 pour lutter contre les rébellions d'extrême gauche. Ils sont à l'initiative de grands propriétaires qui se sentaient insuffisamment protégés par l'armée des incursions des guérillas.

Au fil des années, ces paramilitaires sont devenus un problème au moins aussi grave que les guérillas elles-mêmes. Ils se sont livrés à une véritable guerre de territoire avec les rebelles, souvent avec l'appui de l'armée officielle et parfois de la classe politique régionale. Avec, à la clé, des massacres à grande échelle contre les populations civiles qui relèveraient à bien des égards de la compétence de la Cour Pénale Internationale.

FARC :

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple sont depuis plus de 40 ans la principale guérilla communiste colombienne qui combattent les autorités.

Elles ne sont pas impliquées dans les massacres de populations civiles dénoncés par le film.

L'organisation est cependant placée sur la liste officielle des organisations terroristes depuis 2005.

C'est une organisation criminelle responsable d'un nombre important de violations de droits humains dans maintes régions du pays.

La loi « Justice et Paix » :
En 2005 la loi «Justice et paix» avait prévu que les paramilitaires de haut rang seraient jugés en Colombie et bénéficieraient d'amnisties partielles, avec des peine de prison ne dépassant pas huit ans, en échange de leurs aveux et la réparation des victimes. Les témoignages recueillis dans ce cadre ont permis de mesurer l'étendue des atrocités commises par ces milices fondées dans les années 1980, officiellement pour lutter contre les guérillas.

Le processus découlant de la loi «Justice et paix» en Colombie, censée faire émerger vérité et réparation pour les victimes des paramilitaires d'extrême droite, peine à avancer, trois ans après l'extradition vers les Etats-Unis des chefs de ces milices.

La réalité des massacres :
Selon le dernier rapport du parquet colombien, les ex-paramilitaires interrogés ont fait état de 46.154 homicides, 1.614 massacres, 4.389 disparitions forcées, et au moins 562 actes de torture, entre autres crimes. Pourtant, une seule condamnation définitive a été prononcée contre deux ex-paras le 27 avril 2011 par la Cour suprême de justice, sur la tuerie de 13 paysans de la localité de Mampujan (département de Bolivar, nord-ouest).







BIOGRAPHIE DES RÉALISATEURS

JUAN LOZANO

Né en Colombie le 5 mai 1971, de double nationalité suisse et colombienne, il est réalisateur de films documentaires pour le cinéma et la télévision.

Il est également producteur et réalisateur indépendant de séries documentaires TV pour le Ministère de la Culture colombien entre 1994 et 1998.

Dès 1998, il s'installe entre Genève et Paris, où il travaille en tant que réalisateur et producteur indépendant pour de nombreux documentaires :

Hasta la última piedra (résistance civile dans le conflit armé en Colombie) Visions du réel, 2006; Milano Film Festival, 2006; Human Rights Watch International Film Festival, New York 2007

Horo (2005)
Un train qui arrive est aussi un train qui part (2003)
Des rythmes et des vies (2002-2004)
Le bal de la vie et de la mort (2001)
Vivre la démocratie (2000)

Entre 2007 et 2008, il réalise son premier long-métrage documentaire, « Témoin indésirable », qui remporte le prix SSA-Suissimage au Festival Visions du Réel de Nyon, et est sélectionné aux Festivals de Locarno, de Toronto et de Leipzi. Ce film sortira en salles en France et en Suisse.

En parallèle avec son travail de documentariste, Juan Lozano a collaboré en tant que vidéaste sur des projets de théâtre avec le metteur en scène Omar Porras, ainsi que Marielle Pinsard; il fait en outre partie du groupe de travail «L'oeil du Cyclone», animé par Philippe Macasdar au Théâtre St. Gervais à Genève.

HOLLMAN MORRIS

Hollman Morris est diplômé de communication sociale, et il a suivi plusieurs formations en résolution de conflits. Il travaille en tant que journaliste depuis plus de 15 ans, en se spécialisant dans le sujet du conflit armé colombien et des droits de l´Homme.

Il a débuté sa carrière dans une radio locale en animant des émissions de débat. Peu de temps après, il a travaillé pour les journaux télévisés de médias indépendants colombiens. Il a été rédacteur des sections de paix, droits de l'homme, unité d'investigation et finalement présentateur. Il a obtenu sa première nomination au Prix National de Journalisme Simon Bolivar en 1996 dans la catégorie « chroniques ».
En l'an 2000 il fonde la section « Paix et Droits de l'Homme » dans le Journal EL ESPECTADOR. De cette tribune, il a encouragé une lecture du conflit armé depuis la perspective des droits de l'Homme.

En Mai 2000, il s'est vu contraint de quitter la Colombie suite à de sérieuses menaces contre sa personne. Il a été soutenu par Amnesty International qui l'a accueilli en Espagne dans le programme spécial pour les défenseurs des droits de l´homme. C'est à Madrid qu'il a publié son premier livre “OPERACION BALLENA AZUL”.

Dès son retour en Colombie en 2003, il a réalisé une émission de télévision CONTRAVIA avec l'initiative de l'Union Européenne, ce qui lui a permis de travailler en tant que journaliste indépendant en mettant en lumière les droits de l'Homme et sa défense, et les valeurs de la démocratie. CONTRAVIA en est à sa 180e émission et reçoit le soutien d'organisations internationales, de l'Union Européenne et de certaines Ambassades. C'est aussi l'émission journalistique Colombienne qui a obtenu le plus de prix et de reconnaissances en Colombie et à l'étranger.

Dernièrement, Hollman Morris à été nommé deux fois par Reporters Sans Frontières dans la catégorie Journaliste de l'Année. En 2007 il a obtenu HUMAN RIGHTS WATCH DEFENDER octroyé par Human Rights Watch. Son film TORIBIO : LA GUERRA EN EL CAUCA a obtenu la plus haute reconnaissance pour un journaliste hispano-américain : le Prix Ibéro Américain de Journalisme, qui lui a été remis en main propre par Gabriel Garcia Marquez.

En ce moment il dirige sa société de production, il réalise l'émission Contravía, et il est correspondant du service d'information de RADIO FRANCE INTERNATIONALE.



 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - Jean-Baptiste Morain
En Colombie, au tournant du millénaire, la violence exercée par les paramilitaires d'extrême droite contre les populations paysannes de la jungle, sous prétexte de s'opposer aux rebelles marxistes, atteint des sommets inédits : assassinats, tortures, démembrements d'hommes, de femmes et d'enfants par dizaines de milliers (60 000 disparus et 130 000 morts, selon le dernier recensement).

En 2005, le président Uribe lance le processus “Justice et paix”, afin de mettre fin à cette horreur, mais aussi de garantir des peines minimales aux paramilitaires qui accepteront de coopérer. Mais ces derniers continuent leurs activités, exécutant ceux qui veulent témoigner contre eux. Liés au narcotrafic – comme un tiers du parlement colombien qui les soutient –, ils échappent à la justice de leur pays.

Quand ils sont pris, l'Etat les extrade vers les Etats-Unis où ils seront hors de portée des poursuites pour crime contre l'humanité.

Impunité, sur un mode classique et militant, montre la peine et la colère de populations victimes de systèmes politico-militaro-financiers qui semblent invincibles.


Télérama - Cécile Mury
La Colombie n'en finit pas de se déchirer. Près de soixante mille disparus. Des centaines de milliers de morts. C'est le bilan de la guerre civile qui a opposé les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), la guérilla marxiste, à des organisations paramilitaires d'extrême droite, montées en puissance à partir des années 1980. Au coeur du conflit, les régions rurales et forestières du pays ont été ravagées : massacres à grande échelle, torture, déplacements massifs de population, au nom de l'idéologie et du profit.

C'est aux paramilitaires, et aux conséquences de leurs actes, que ce documentaire minutieux et terrible s'attache avant tout. Juan José Lozano et Hollman Morris (un journaliste qui, malgré les menaces de mort et les pressions, poursuit depuis toujours sa quête de vérité) relatent, année après année, l'application de la très controversée loi « Justice et liberté » : les anciens soudards, « démobilisés », ont obtenu une sorte d'impunité (huit ans de prison maximum), contre l'aveu de leurs crimes devant une commission judiciaire.

Cette pseudo-mesure de réconciliation nationale, les deux auteurs la décortiquent, montrent les froides confessions, livrées par téléconférence à des familles de victimes serrées dans une salle séparée. Les mercenaires sont peu à avoir parlé des atrocités commises. En face, on tente de donner un sens au trauma, au « cauchemar de toute une vie », comme dit une villageoise, dont on a décapité le petit frère de 12 ans. Où sont les milliers de disparus ? On ne le saura jamais, malgré l'investigation entêtée de quelques-uns. Il est même dangereux de vouloir déterrer la vérité. Parce que derrière les paramilitaires, simples exécutants, il y a tous les autres : les politiciens véreux, les chefs militaires, les narcotrafiquants, les grands propriétaires terriens, qui donnent les ordres dans l'ombre. Ceux-là sont plus puissants que jamais. Peu à peu se dessine le désespérant portrait d'un pays gangrené jusqu'au coeur de ses institutions.


Première - Isabelle Danel
«Vérité, justice et réparation». C'est ce que réclament les familles des milliers de victimes des groupes paramilitaires en Colombie. Les réalisateurs observent le processus historique enclenché en 2006 et nous entrainent dans les salles attenantes aux procès des responsables de ces massacres, au plus près des survivants qui attendent des réponses cruelles mais nécessaires pour leur deuil. La barbarie sans nom obtient ainsi, parfois, un visage. Si le film tient plus du reportage de télévision, il n'en est pas moins terriblement instructif et bouleversant.

Studio Ciné Live - Véronique Trouillet
Témoignage nécessaire, ne serait-ce que pour le devoir de mémoire. Le film multiplie des images des aveux froids des barbares, de l'impuissance des familles des victimes, de l'implication des instances gouvernementales ou encore des exhumations, mais il ne fait aussi que confirmer l'inéluctable : la justice ne sera jamais rendue.

Le Monde - Thomas Sotinel
Ce documentaire rigoureux décrit étape par étape l'échec du processus judiciaire mis en place en Colombie après l'arrêt des hostilités qui mirent aux prises les guerillas des FARC, l'armée et la police et les forces paramilitaires. L'opération "Justice et paix" visait à désarmer les groupes paramilitaires, à juger les auteurs de crimes tout en limitant l'arsenal pénal, de façon - officiellement - à ne pas décourager les redditions et les retours à la vie civile.

Au fur et à mesure que le cinéaste Juan Lozano et le journaliste Hollman Morris égrènent les étapes de "Justice et paix", la question surgit de la vraie nature du dispositif. Les chefs des unités paramilitaires que l'on accuse d'avoir fait disparaître des dizaines de milliers de civils, qui très souvent n'avaient rien à voir avec la guerilla, restent évasifs, donnent juste assez d'informations pour ne pas donner l'impression de ne pas se moquer des familles de victimes.

Malgré l'appui de la justice internationale, le processus s'enlise, entravé entre autres par l'extradition de la plupart des hauts responsables des formations paramilitaires vers les Etats-Unis, qui les accusent de narcotrafic. La conclusion du film est d'une violente amertume. Cet exposé rigoureux relève toutefois plus du pur journalisme que du cinéma.


L'Express - Julien Welter
En 2005, le gouvernement colombien vote la loi Justice et Paix. Son but ? Offrir une amnistie partielle aux groupes paramilitaires qui semaient la terreur pour combattre les guérilleros d'extrême gauche. Révoltés par l'"impunité" offerte aux responsables de centaines de milliers de morts, les réalisateurs Juan José Lozano et Hollman Morris chroniquent le déroulement chaotique de cette loi sans précédent. Si la forme du documentaire relève du reportage télé, le fond, passionnant, lève le voile sur une machine judiciaire grippée par les intérêts des puissants. Pour information : au 27 avril 2011, seules deux condamnations définitives avaient été prononcées par la Cour suprême de justice.

TéléCinéObs - Xavier Leherpeur
Depuis quelques années, la société civile colombienne essaie de traduire en justice les commandants des forces paramilitaires qui, ayant participé à la lutte contre les Farc et en dépit des atrocités qu'ils commirent sur les civils, ont bénéficié d'une totale impunité de la part de Etat. Un documentaire fort et dénonciateur, valant plus pour son contenu édifiant que pour sa forme très télévisuelle

La Croix - Corinne Renou-Nativel
Dans les années 1990, des paramilitaires réunissent des paysans sur les places de villages et préviennent : « Ceux qui désobéiront seront tués. » En quelques jours, hommes, femmes et enfants sont massacrés, leurs corps souvent mutilés. Le but ? Dissuader de rejoindre ou de soutenir les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), la guérilla communiste qui combat le régime.

En juillet 2005, le président Alvaro Uribe, élu trois ans plus tôt, fait voter la loi 975, dite « Justice et paix », pour mettre fin aux violences perpétrées depuis une décennie par ces armées illégales. Ce texte généreux pour les paramilitaires (il prévoit des peines de prison de huit ans au maximum pour les plus impliqués et facilite la réinsertion) incite 32 000 d'entre eux à déposer les armes.

Commence un monstrueux inventaire. Les familles égrènent les noms de parents décapités, démembrés, jetés de falaises, brûlés, disparus. Les commandants emprisonnés qui daignent se souvenir reconnaissent leurs crimes et indiquent parfois où se trouvent les fosses communes. Rapidement, 45 000 homicides sont élucidés. Mais les recensements font état de 60 000 disparus, 130 000 morts et 3,5 millions de déplacés.

Dégout face à l'impunité des paramilitaires
Les réalisateurs Juan Lozano et Hollman Morris ont tourné ce documentaire pour dire leur dégoût face à l'impunité dont jouissent les paramilitaires. Quatre-vingt-dix-huit pour cents d'entre eux n'ont pas été inquiétés par la justice. Pour les autres, les procédures sont plus administratives que judiciaires : deux condamnations définitives seulement ont été prononcées, contre deux anciens paramilitaires qui ont tué 13 paysans.

Ce film, à la réalisation impeccable, livre avec clarté les étapes de la guerre civile dans une société malade de sa barbarie. Certes, les luttes idéologiques et la cruauté en concurrence de l'extrême gauche et de l'extrême droite fondent le conflit.

Mais les narcotrafiquants et des dirigeants économiques ont eu recours aux paramilitaires. Une partie de la classe politique compte aussi parmi les commanditaires : un tiers des membres du Parlement a été mis en examen. Mais sans véritables condamnations, comment la Colombie pourra-t-elle enfin se reconstruire ?




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