De toutes mes forces

  jeudi 08 Juin   
20 H 30


Prix de la critique - Prix de la meilleure interprétation masculine - Prix des étudiants 5éme Festival de Valenciennes

Réalisation : Chad Chenouga
Scénario : Chad Chenouga,Christine Paillard
Montage : Pauline Casalis
Décors : Brigitte Brassart
Costumes : Julie Brones
Image : Thomas Bataille
Productrice : Miléna Poylo
Son : Xavier Griette,Agnès Ravez,Patrice Grisolet,Niels Barletta
Musique originale : Thylacine
Directeur de production : Arnaud Tournaire
Collaboration artistique : Christine Paillard
Productrice associée : Constance Penchenat
Directrice de post-production : Delphine Passant
Producteur : Gilles Sacuto
Distribution : Ad Vitam

Site officiel


 Avec 

» Klaled Alouach - Nassim» Yolande Moreau - Madame Cousin» Laurent Xu - Kevin
» Daouda Keita - Moussa» Aboudou Sacko - Brahim» Jisca Kalvanda - Zawady
» Myriam Mansouri - Mina» Sabri Nouioua - Ryan» Alexia Quesnel - Eva
» Théo Fernandez - Maxime» Thibault Lacroix - C้dric» Léa Rougeron - Chlo้
» Daouda Diakhate - Souleymane» Alexandre Desrousseaux - Marcus» François Guignard - Benjamin


 Synopsis 

Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains.
Personne ne se doute qu'en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer.
Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d'être assimilé aux jeunes de ce centre.
Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer...


 Anecdotes 

THYLACINE, COMPOSITEUR DE LA MUSIQUE DU FILM

THYLACINE est le nom savant du loup de Tasmanie, une espèce éteinte depuis 70 ans. Un mot précieux et délaissé que William Rezé a choisi d'apprivoiser pour donner corps à son electronica progressive et vaporeuse. La soif de liberté est inscrite dans ses gènes et l'a toujours poussé à explorer de nouveaux horizons musicaux.

Chaque morceau est imprégné d'une saveur singulière et dévoile le jeu de ses influences croisées : des pionniers de la musique répétitive – Steve Reich ou Philip Glass – en passant par les expérimentations jazz de John Zorn et le trip-hop de Massive Attack.
La musique de THYLACINE conjugue la mélancolie techno et rythmée d'un Paul Kalkbrenner avec les mélodies aériennes de Moderat ou de Four Tet.

Mais son projet le plus audacieux repousse d'autres frontières. Il embarque ainsi à bord du mythique train russe, le Transsiberien pour composer son premier album. 9000kms d'inspiration de Moscou à Vladivostock et autant de paysages sonores que l'on retrouve sur Transsiberian, sorti fin 2015. Cet album s'accompagne d'une série documentaire diffusée par France Télévisions, retraçant ce contexte hors du commun et les rencontres humaines et musicales qui l'ont forgées.

La scène est un autre espace que THYLACINE aime explorer. En live, il veut se sentir aussi libre qu'en studio. Ne craignant pas le danger, il joue le plus possible, improvise, n'hésite pas à sortir son sax alto et fait corps avec sa musique pour ne pas être l'esclave des machines. Les projections graphiques et la scénographie immersive qui l'accompagnent brouillent encore plus la frontière entre le dancefloor et l'imaginaire. Il fait de nous les compagnons de route d'un voyage intime et sauvage au but mystérieux.

THYLACINE est loin d'être un animal domestique et sédentaire. Il est en train de poser sa griffe élégante sur la scène électro française : après une Cigale puis un Trianon complets en 2016, c'est à l'Olympia qu'il se produira le 29 avril 2017.


 Entretien 

Entretien avec Chad Chenouga

En 2001, 17, rue Bleue, votre premier film, puisait dans vos souvenirs d'une adolescence douloureuse, auprès d'une mère en perdition. De toutes mes forces, c'est encore votre vie ?

Absolument. La seule fois où j'ai essayé de faire un film non autobiographique, le producteur a fait faillite ! Il y a quelque chose de nécessaire pour moi à revenir sur ces événements de mon passé. Mais ce film n'est pas la suite de 17, rue Bleue et ce n'est pas un film d'époque. C'est une fiction co-écrite avec Christine Paillard, (également collaboratrice artistique sur le film), qui s'est nourrie des ateliers d'improvisation que j'ai faits avec des jeunes vivant en foyer, puis avec les acteurs pressentis pour le film. J'ai connu une trajectoire comparable à celle du héros, Nassim.


Vous racontiez déjà votre placement en foyer dans La Niaque, une pièce de théâtre que vous avez écrite et jouée au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, en 2011. Quel rapport entre ce spectacle et De toutes mes forces ?

Il reste un peu de ce spectacle dans le film. Je l'avais monté grâce à Jean-Louis Martinelli, qui dirigeait les Amandiers à l'époque. Il m'avait fait travailler comme comédien, et il avait aimé le texte que je lui avais fait lire par la suite. J'étais le seul acteur en scène et je m'adressais au public, je le haranguais presque ! J'étais accompagné de danseurs de « krump1» pour montrer l'énergie de l'adolescence. Et ça avait très bien marché, notamment auprès d'un public très jeune, des ados qui venaient pour la première fois au théâtre.

(1) Krump : danse de rue, mélange de capoeira, de danse africaine et hip hop, laissant une large part à l'improvisation.

Se plonger dans les études, c'était pour moi le seul moyen de m'en sortir, il fallait avoir la « niaque » de bosser et bosser encore. Comme un rapport presque mortifère aux études... La Niaque racontait ça. J'étais un élève moyen et quand ma mère est morte, j'ai été assailli d'émotions contradictoires : un sentiment de libération et une grande culpabilité. Et comme je n'avais plus de problèmes matériels, il ne me restait qu'une chose à faire : travailler.
Un peu bêtement, je me disais que ma mère me regardait et qu'il fallait qu'elle soit fière de moi.
A l'époque, tant que l'on passait dans la classe supérieure, on continuait à être aidé par la DASS, et ça pouvait aller
jusqu'à 23 ou 24 ans, même s'il était très rare que les jeunes placés fassent des études supérieures. C'était une aide modeste mais essentielle ; elle m'a permis de faire un troisième cycle d'économie, et d'intégrer Sciences Po Paris, d'où je suis parti avant la fin du cycle d'études car je ne m'y sentais pas tout à fait à ma place...
Dans le film, Nassim est confronté à Zawady, une jeune fille dure qui fait des études de médecine, avec laquelle il va se mettre à bosser. Son personnage, qui s'inspire d'une jeune fille que j'ai rencontrée lors de mes ateliers en foyer, est très important pour moi. Zawady n'aspire qu'à une chose : s'extirper du destin médiocre qui l'attend en réalisant son rêve de devenir médecin. Mais pour des raisons budgétaires son rêve sera brisé net, elle ne pourra jamais l'accomplir. De ce point de vue, ce parcours de Zawady raconte bien les limites actuelles de la prise en charge des adolescents de l'Aide Sociale à l'Enfance.


Pourquoi avez-vous pensé à en faire un film ?

J'avais envie de transmettre les énergies d'un groupe d'adolescents, au travers de la danse, de leurs meurtrissures cachées, de leurs parcours chaotiques. J'avais envie aussi de raconter les deux mondes séparés de Nassim ; son environnement parisien feutré, mais aussi son foyer et la chambre où il se retrouve seul face à lui-même... En commençant à travailler sur le scénario, Christine et moi voulions que le film débute avec l'arrivée de Nassim dans le foyer et s'achève avec son départ ; je voulais raconter un parcours initiatique, un moment dans la vie tourmentée d'un adolescent pas comme les autres... Comment cette année de foyer allait le changer, lui permettre de grandir.
Nous avons fait de multiples allers-retours entre mes souvenirs et les ateliers que j'ai dirigés dans des foyers. Ces séances ont nourri le travail sur les personnages et l'atmosphère que je cherchais pour le film...
Tout au long du processus d'écriture, ma volonté était de prendre une certaine distance par rapport à ma propre histoire, mais en préservant la justesse de mon ressenti et de celle des personnages que l'on avait créés. Il s'agissait aussi de ne surtout pas tout dire, de transmettre en priorité un sentiment de vitalité plus que raconter de bout en bout les parcours des uns et des autres.
Quand j'ai proposé à Yolande Moreau le rôle de la directrice du foyer, Madame Cousin, elle m'a dit : « Cette histoire ne raconte pas d'histoires », j'y crois ». J'étais content.


Comment avez-vous trouvé les comédiens du film ?

En casting sauvage. Avec la production, nous avons sollicité François Guignard, directeur de casting, qui pendant plusieurs mois a sillonné Paris et sa banlieue pour me présenter des centaines d'adolescents. Pour la plupart des jeunes acteurs, c'était leur première expérience de jeu. A l'exception de Jisca Kalvanda, qui joue Zawady et qu'on a
déjà vue, notamment dans Divines et de Théo Fernandez qui était entre autres dans Les Tuche et Trois souvenirs de ma jeunesse. Après qu'ils ont été choisis, avec Christine nous avons encadré des ateliers filmés huit mois durant. Jusqu'au tournage, ce travail a continué à nourrir notre écriture. Les jeunes ont appris à se connaître, à jouer ensemble, à être à l'aise face à la caméra...

Pour Khaled Alouach, qui joue Nassim, j'avais vu une vidéo de présentation qu'il avait postée sur un site. Christine, a immédiatement dit : « C'est lui ! ». Je trouvais ça un peu gonflé parce que la qualité de la vidéo était bien pourrie. Mais elle avait raison.
Ce que j'ai tout de suite aimé chez lui, c'était son côté un peu dandy, la coiffure, l'écharpe...
J'étais un peu comme ça à 17 ans, je me la racontais. En CE2, on m'avait fait une remarque sur mon prénom, Chad, alors j'avais décidé de me faire appeler par mon deuxième prénom, Robert. Je me souviens avoir accompagné un copain de famille bourgeoise à un rallye au Pavillon Dauphine. Il y avait un « aboyeur » qui disait les noms quand on entrait. Je lui avais soufflé : Chad Robert de la Chenouga, et le type l'avait répété consciencieusement à la cantonade...
Khaled est un peu comme son personnage, il va dans un lycée où ses camarades sont évidemment plus aisés. On a beaucoup travaillé en amont, sur des séquences qui n'étaient pas dans le film, pour ne pas « les user ». En plus de notre travail d'auteurs, Christine et moi-même travaillons régulièrement avec des apprentis acteurs, au cours Florent entre autre. Avec Khaled, nous avons procédé par étapes. Nous avons privilégié un travail sur la détente, l'écoute et ses émotions. Nous lui avons raconté l'histoire en nourrissant son imaginaire.
Christine a fait un certain nombre de séances spécifiques très utiles pour lui apprendre à faire sortir ses émotions. Il est talentueux. Nous avons aussi écrit des scènes juste pour l'atelier préparatoire. Certaines d'ailleurs sont finalement dans le scénario, comme le passage où il explique à un camarade le mot « subterfuge ». On y voit à la fois son goût des mots et son propre art du subterfuge...
Pendant le tournage, Thomas Bataille, chef opérateur du film, et moi-même avons adopté une méthode de travail spécifique vis-à-vis d'eux. Je désirais que la mise en scène soit vivante et rythmée à l'image de leur propre énergie. Nous avons alterné des plans posés avec des plans à l'épaule, qui épousaient plus leur rythme et leur laissaient une liberté de mouvement dans le cadre. Nous avons surtout essayé de ne pas trop les contraindre techniquement parlant, même si au final ils se sont avérés aussi à l'aise que des acteurs expérimentés. Je les ai systématiquement encouragés à s'amuser face à la caméra. À ce titre, je me souviens d'une réflexion de Yolande Moreau à propos de la bande des jeunes du foyer : « C'est super, ils jouent et ils sont contents d'être là. »

Pour les autres personnages du film - des adultes qui pour la plupart interprètent des rôles secondaires - étant moi même acteur, j'ai sollicité des comédiens que je connaissais déjà : Zineb Tricki, Camille Japy, Eric Savin, Marc Fayet, Fadila Belkebla...


Et la musique ?

Là encore, une nouvelle rencontre.
Le compositeur de la musique du film, Thylacine, a 24 ans, il est à peine plus âgé que les acteurs pourtant il est d'une grande maturité. C'est sa première composition musicale pour le cinéma.
Je voulais inscrire le film dans un univers musical contemporain. Je me suis donc tourné vers la musique électronique. J'ai découvert après que nous ayons commencé à travailler que Thylacine tournait à travers le monde. Il sera d'ailleurs en concert à l'Olympia le 29 avril.
Thylacine cherche, expérimente, crée des ponts entre l'électro et des sons plus classiques (comme celui du banjo dans le thème de De toutes mes forces).
Etant moi-même très sensible à la musique et ayant composé plusieurs musiques de mes films, je souhaitais cette fois-ci laisser libre cours à la créativité du compositeur.


Madame Cousin ne voit-elle pas que Nassim est un gamin différent des autres... ?

Si, elle essaye de communiquer avec lui, l'encourage à s'extérioriser. Mais il ne veut pas s'ouvrir, car il n'a pas confiance. Elle fait preuve d'autorité quand il exagère, mais elle reste attentive car elle sent bien qu'il traverse une période difficile. A propos du personnage de Madame Cousin, plusieurs directrices de foyers m'ont inspiré. Elles étaient très directes dans le rapport aux ados, mais aussi très compréhensives. Ce sont des femmes à qui je tire mon chapeau, comme à mon ancien éducateur d'ailleurs, que je revois toujours. Leurs professions ne sont pas assez valorisées, c'est un peu un sacerdoce. Yolande a rencontré une responsable d'une équipe éducative à Pau où nous avons tourné une partie du film, elles ont bien accroché. Elle a d'ailleurs gardé une de ses expressions dans le film : « Si t'étais moins jeune et moins con, je t'épouserais ».


Comment expliquer l'obsession de Nassim pour son dossier ?

Ce dossier le stigmatise, c'est la preuve qu'il n'est pas comme les autres. Il faut savoir que tous les jeunes de foyers
sont obnubilés par leur dossier. Si tu as atterri en foyer, c'est que tes parents et toi, vous ne faites pas partie des « gens bien ». Dans le dossier de Nassim, tout est écrit noir sur blanc : le suicide de sa mère, comment elle en est arrivée là, leur vie misérable... Et puis Nassim a parcouru le dossier de Mina, il se rend compte à quel point les autres gamins sont eux aussi marqués par leur passé. Et si on pouvait tout effacer ? Repartir neuf ? « Sans casier » ? Quand je suis arrivé en foyer, je voulais me persuader que j'étais quelqu'un de normal. Déjà à l'extérieur j'avais réussi à cacher ma situation familiale, ma vie rue Bleue, dans un appartement ultra-crade... Alors, qu'est-ce que je faisais là ? Je n'étais pas comme les autres « cas sociaux ». Et puis le temps a passé, et je me suis ouvert aux gamins du foyer...


Cet art du subterfuge, c'était aussi le vôtre, à l'époque ?

J'étais plus arrogant, c'était sans doute une attitude de défense. J'allais au lycée Honoré de Balzac, qui est à la frontière entre les beaux quartiers, le 17e chic et les quartiers populaires de la Porte de Saint Ouen, la Porte de Clignancourt. Bien sûr, moi aussi je côtoyais des gens plus aisés. J'étais assez fort pour cacher mon jeu. À la mort de ma mère, j'ai continué. Je disais que je vivais chez mon oncle, et on ne me posait pas trop de questions. Moi aussi, j'ai été démasqué - mais pas par ma petite amie. Mais j'avais bien la honte... Et encore, j'avais réussi à embrouiller encore un peu tout le monde. Dans le film, j'ai essayé que le rapport de Nassim aux bourgeois ne soit pas lourdement traité : la famille d'Eva, la petite amie de Nassim, est bienveillante et un peu déconnectée. « Ah, Nassim, tu n'as jamais mangé ce fruit exotique ? » Ils se moquent gentiment, mais dans le fond ne savent rien.


Le rapport entre Nassim et sa mère est complexe et fusionnel...

C'est un couple compliqué où les rôles sont inversés, c'est lui qui doit gérer le quotidien. L'amour entre eux est presque charnel, mais Nassim étouffe aussi, il aimerait que sa mère soit dans la norme. Ensuite, bien sûr, il se sent coupable de sa mort. Et puis il va avoir une vision d'elle plus apaisée. Le Revenant, de Baudelaire, ce poème sur lequel il fait un exposé plutôt brillant, parle de sa mère, je ne sais pas s'il en est totalement conscient. Il le sent confusément. D'ailleurs, même quand elle était en vie, sa présence avait quelque chose de fantomatique...

Vous aussi, vous vous êtes senti coupable de la mort de votre mère ?

Cette culpabilité, je la porte encore aujourd'hui, je la porterai toujours... De ce point de vue-là, le film est très proche de mon expérience. Je suis parti en week-end avec un ami, à Nice, c'était la première fois que je partais comme ça. A mon retour, cinq jours plus tard, j'ai trouvé ma mère morte. C'était cauchemardesque : on n'avait plus l'électricité, il faisait noir, j'avais dû rentrer par la fenêtre... Je n'y ai pas cru tout de suite parce que, malgré la rigidité de son corps, j'ai cru entendre comme un souffle, je croyais qu'elle respirait encore. Je n'avais pas mesuré son état de délabrement physique : quand on vit avec quelqu'un qui se défonce tout le temps, que ça dure depuis des années, on pense que l'enfer ne s'arrêtera jamais, on ne s'attend pas à ce que ça finisse...
C'est une plaie à jamais ouverte. J'ai fait un travail dessus, sinon je serai devenu dingue. Mais ce qu'elle m'a transmis, j'en fais des histoires... Je me souviens d'une projection de 17, rue Bleue, à Lille. Un gamin me fixait. Après la séance, il était venu vers moi, tout tremblotant : « Voilà, je vis avec ma mère, elle est tout le temps défoncée, j'en peux plus d'elle, mais j'ai vu votre film alors je vais rentrer chez moi et je vais l'embrasser. » Partager des histoires comme ça, ça a un sens. On ne fait pas des films que pour soi.


Nassim traverse des états de grande violence, puis se calme. Qu'est-ce qui l'apaise ?

Son rapport aux autres. Le chemin qu'il fait. Madame Cousin lui dit : « Les choses évolueront dans ton esprit, tu verras ». Elle ne peut pas dire beaucoup plus : « Tu sais, les gens profitent parfois de l'absence de ceux qu'ils aiment pour s'en aller ». C'est juste. Donc Nassim progresse. Après qu'Eva l'a démasqué, il est furieux. Et puis il s'enferme, il travaille. Et il commence à accepter les gars du foyer. Il va faire des courses avec eux. Et ensuite, il y a le concours de danse. Ils sont tous dans le même sac, et la vie et la jeunesse finissent par gagner. Assumer ce que tu es, quand tu en es capable, c'est quand même vachement bien. La vie t'apprend ça.


Le film s'achève par un geste de destruction qui, paradoxalement, libère Nassim...

L'action permet de choisir sa vie. Nassim ne brûle pas que son dossier, il détruit aussi celui de Zawady : c'est certainement un geste vain mais il a envie de lui insuffler de l'énergie, de lui faire comprendre que tout n'est pas foutu d'avance. C'est un peu sa grande soeur. Si on l'empêche, elle, de faire des études, c'est comme si on l'empêchait lui...
Je ne voulais pas d'une fin sombre. Nassim s'en va vers un ailleurs. Comme moi. Moi j'ai pris l'ascenseur social, les structures d'aide m'ont soutenu, mes études m'ont énormément servi, mais c'est beaucoup plus dur aujourd'hui. Ce film est un hommage à tous les enfants et adolescents de foyer. Ceux que j'ai pu croiser, et aussi tous les autres...


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - Odile Benyahia-Kouider
Nassim fréquente un bon lycée parisien. Sa vie bascule lorsque sa mère, toxicomane, meurt et qu'il est expédié dans un foyer de banlieue, où il retourne chaque soir après l'école. Tel un funambule, l'adolescent tente de naviguer entre ces deux mondes. Incarné par le très prometteur Khaled Alouach, Nassim redoute d'être assimilé à un «cas social». Grâce à la bienveillance de la directrice (une yolande moreau de compétition), il finira pourtant par éprouver tendresse et compassion pour ces balafrés de la vie. Magnétique, le récit autobiographique du réalisateur Chad Chenouga dit beaucoup de la France d'en haut et de la France d'en bas. Sans moralisme ni bavardage. Plutôt rare.

Télérama - Pierre Murat
Personne, dans son lycée huppé, ne doit savoir. Que sa mère, malade, droguée, est morte. Qu'il a été placé dans un foyer. Nessim triche, ment, bien décidé — mais en vain — à ce que ses deux vies ne se croisent jamais... Le titre est plat. Le film est son contraire. Dur, ardent, mené par son réalisateur (remarqué avec son premier long métrage, 17, rue Bleue) avec un sens étonnant du rythme et de l'authenticité. L'originalité du scénario tient à son héros (Khaled Alouach), qui, rien que par son physique, évoque un personnage à la Balzac. A l'inverse de tant d'autres ados dans le cinéma actuel, Nessim ne méprise pas la bourgeoisie : c'est un petit dandy qui veut en faire partie, au contraire. Il aimerait, tel un mini-Rastignac qui s'ignorerait, quitter son milieu et s'élever dans l'échelle sociale. Tout comme Zawady (Jisca Kalvanda, vue dans Divines), qui, elle, bosse vraiment dur pour devenir médecin. Le réalisateur n'idéalise jamais leur parcours. Il en montre, au contraire, les difficultés et, souvent, les échecs qui les laissent amers, en proie à une révolte compréhensible. Et c'est avec une infinie tendresse qu'il détaille leurs failles : la culpabilité de Nessim, surtout, devant cette mère morte dont il avait honte, mais dont il ne cesse d'écouter sur son portable le dernier message téléphonique...

Plane sur ce film subtil la présence lumineuse et bienveillante de Yolande Moreau, la directrice du foyer. Beau personnage qui fait ce qu'elle peut sans jamais baisser les bras. « Si t'étais moins jeune et moins con, je t'épouserais ! » dit-elle à Nessim, qu'elle cherche, sans y parvenir totalement, à sauver de lui-même.


La Croix - Corinne Renou-Nativel
Nassim navigue entre deux univers qui s'ignorent et qu'il veille à tenir étanches. Élève de première, il fréquente un lycée parisien au public favorisé. Avec son caban, son foulard et son vocabulaire choisi, il semble complètement appartenir à ce monde privilégié. Mais lorsqu'il rentre chez lui, il retrouve sa mère abrutie par les médicaments.

Elle ne sort plus de leur minuscule appartement, triste et sale. C'est Nassim qui la ravitaille en substances sans lesquelles elle est au supplice, impuissant à l'arracher à ses addictions. Il nourrit pour elle des sentiments ambivalents : une adoration filiale et une immense colère.

Habituellement, lorsque ses amis du lycée lui proposent des escapades, il refuse ; mais il a fini par accepter un week-end avec eux et laisse, soulagé et inquiet, sa mère seule. À son retour, il la retrouve morte.

Une traversée intime, forte et délicate

Placé dans un foyer de banlieue par les services de protection de l'enfance, il obtient de rester dans son établissement parisien. S'il apprend à ses amis que sa mère est décédée, il leur cache où il vit. Son attitude détachée les dissuade d'en savoir davantage.

Chad Chenouga livre une traversée intime, forte et délicate, qui sonne terriblement juste. Et pour cause : Nassim, c'est lui. Comme son double sur l'écran, il a été obsédé, au foyer, par son dossier qui le désignait comme un « cas ¬social. »

Soucieux de maintenir la fiction de sa normalité, Nassim tient à distance les adolescents de l'institut, avant d'être rattrapé par leurs histoires semblables à la sienne, mais aussi par leur incroyable énergie de jeunes cabossés avides d'embrasser la vie.

Un hommage aux enfants et adolescents de foyer

Chad Chenouga a préparé ses acteurs à leur première expérience de jeu par des ateliers qui ont nourri le film. Khaled Alouach, son interprète, bouleverse en dandy cadenassé, rongé par la culpabilité, aux côtés de Yolande Moreau, émouvante directrice de centre d'accueil, aussi directe et rude que pleine de tendresse pour ces jeunes en perdition.

Avec son film, Chad Chenouga rend « hommage à tous les enfants et adolescents de foyer », à qui l'institution n'offre plus la possibilité financière de faire les études supérieures dont lui a pu bénéficier.


L'Express - Eric Libiot
Chad Chenouga signe un second long-métrage quasi autobiographique riche en émotion, en humour et en optimisme.

Son père est aux abonnés absents et sa mère, dépressive et irresponsable, va mal. D'ailleurs, elle meurt. Nassim, en première dans un lycée parisien, se retrouve en foyer. Il ne dit rien à personne et se partage entre la jeunesse dorée et sans histoires de ses camarades de classe et celle, déglinguée et torturée, de ses voisins de chambrée.

Ce qui est formidable dans ce second long-métrage quasi autobiographique de Chad Chenouga, c'est le refus de céder au pathos et la farouche volonté de tirer tous les personnages vers le haut. A commencer par Nassim, bien évidemment, incarné par un jeune premier, Khaled Alouach, d'une beauté insolente et d'un naturel confondant, jouant aussi bien la douceur que la rage.

Autour de lui gravite une galerie de personnalités fortes et touchantes, qui font de cette plongée dans le mal-être adolescent un film riche en émotion, en humour et en optimisme.


Le Parisien - Catherine Balle
Pudiquement, le réalisateur assure que le film a «rencontré» sa propre histoire. Si «De toutes mes forces» s'éloigne un peu de sa réalité, c'est pourtant bien le parcours de Chad Chenouga qu'il retrace. Et plus précisément l'année passée par le cinéaste, à l'âge de 16 ans, dans un foyer, où il a été placé après la mort de sa mère.

Touchant et réaliste, le film met en scène Nassim, un gamin élevé par une mère seule et accro aux médicaments, qu'il retrouve un jour sans vie après s'être absenté de la maison. Nassim intègre alors un établissement pour mineurs, où il se sent aussi étranger que dans le lycée parisien cossu qu'il fréquente. Entre ces deux eaux et malgré ce mal de mère, le jeune homme va tenter de grandir...

La vie entre deux rives

Chad Chenouga, 54 ans, avait déjà raconté cet épisode charnière de son existence dans la pièce «la Niaque», mais celle-ci se déroulait il y a trente-cinq ans dans un foyer non mixte. «J'ai voulu que le film se passe aujourd'hui», assure le cinéaste, resté « en phase avec l'adolescence » : il donne de nombreux ateliers d'acteurs au cours Florent, mais aussi en prison et dans des foyers.

Soucieux de «prendre de la distance» avec sa propre expérience, Chad Chenouga a travaillé avec la scénariste Christine Paillard. «La fiction m'a permis d'exprimer des sensations intimes de manière plus forte», souligne-t-il. Car la solitude de Nassim, son sentiment de ne pas être à sa place et sa culpabilité de n'avoir pas empêché la mort de sa mère, le cinéaste les a vécus, lui dont la maman a disparu dans les mêmes circonstances que celles de son personnage.

Pour incarner ce héros si proche de lui, le réalisateur a choisi Khaled Alouach, un lycéen — déniché alors que Chenouga faisait des repérages au lycée Victor-Duruy (Paris VIIe) —, dont c'est le premier film. «Il a ce côté dandy et arrogant que j'avais, sourit Chad Chenouga. Longtemps, j'ai eu une petite veste et un foulard. Je me la jouais.» Après ce film âpre et tendre, le cinéaste planche sur le scénario d'un thriller joliment intitulé «Noir bonbon». Une couleur qu'il connaît bien.


Première - Christophe Narbonne
Pour incarner ce héros si proche de lui, le réalisateur a choisi Khaled Alouach, un lycéen — déniché alors que Chenouga faisait des repérages au lycée Victor-Duruy (Paris VIIe) —, dont c'est le premier film. «Il a ce côté dandy et arrogant que j'avais, sourit Chad Chenouga. Longtemps, j'ai eu une petite veste et un foulard. Je me la jouais.» Après ce film âpre et tendre, le cinéaste planche sur le scénario d'un thriller joliment intitulé «Noir bonbon». Une couleur qu'il connaît bien.
En résulte un portrait tout en ruptures dont la justesse n'apparaît pas de façon immédiate et évidente. Khaled Alouach impose une présence subtile, là encore éloignée de l'incarnation animale, plus flamboyante, de Rod Paradot dans "La Tête haute".


Femme actuelle - Amélie Cordonnier
Un drame plein de fougue et d'espoir qui va vous scotcher

Le Figaroscope - Nathalie Simon
Nassim vient de perdre sa mère, il est placé dans un foyer. Il se conduit d'abord comme si rien ne s'était passé. Avant de balancer la nouvelle sur un ton neutre sans montrer plus d'émotion. Rejetant l'autorité et le soutien des éducateurs, il s'enferme sur lui-même. Pour De toutes mes forces, coécrit avec Christine Paillard, Chad Chenouga, 54 ans, a transposé à l'écran sa jeunesse tourmentée. Pour ce second long-métrage, il s'est appuyé sur une distribution composée de comédiens professionnels dont Yolande Moreau, très convaincante en directrice du foyer, et de débutants. Ainsi, Khaled Alouach, qui interprète formidablement Nassim. Le garçon a reçu le prix d'interprétation du jury présidé par Patrice Leconte au Festival du film de Valenciennes.



Association IRIS – Saison 2016-2017–
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