Gabriel et la montagne

  jeudi 12 Octobre   
20 H 15


Semaine de la critique Cannes 2017

Réalisation : Fellipe Barbosa
Scénario : Fellipe Barbosa,Lucas Paraizo,Kirill Mikhanovsky
Montage : Théo Lichtenberger
Décors : Ana Paula Cardoso
Mixage : Bruno Tarrière
Image : Pedro Sotero
Musique : Arthur B. Gillette
Production : TV Zero,Damned Films
Son : Pedro Sá Earp,Waldir Xavier
Coproduction : Arte France cinéma
Casting : Amanda Gabriel
Distribution : Version originale/Condor

Site officiel


 Avec 



 Synopsis 

Avant d'intégrer une prestigieuse université américaine, Gabriel Buchmann décide de partir un an faire le tour du monde. Après dix mois de voyage et d'immersion au cœur de nombreux pays, son idéalisme en bandoulière, il rejoint le Kenya, bien décidé à découvrir le continent africain. Jusqu'à gravir le Mont Mulanje au Malawi, sa dernière destination


 Anecdotes 

BIOGRAPHIES

Fellipe Barbosa
Scénariste, Réalisateur

Né à Rio de Janeiro, il réalise en 2005 et 2007 ses premiers courts métrages La Muerte es pequeña et Salt Kiss, sélectionnés aux festivals de New York, Guadalajara, Sundance... En 2008, il développe le scénario de Casa Grande
aux Screenwriters lab et Directors lab de Sundance, et présente le film en 2014 au festival de Rotterdam. Gabriel e a montanha est son deuxième long - métrage de fiction.

Filmographie

2014 CASA GRANDE (LM)
2011 LAURA (Doc)
2008 CANOSAONE (Doc)
2007 BEIJO DE SAL (CM)
2005 LA MUERTE ES PEQUEÑA (CM)

João Pedro Zappa
Gabriel

João Pedro Zappa a joué dans plusieurs pièces et nommé pour le prix du Meilleur Acteur aux FITA 2014, pour son interprétation de “L'importance d'être constant” mis en scène par Daniel Herz. Il a également joué dans plusieurs series TV telles que “The Big Family” (2012), “Second Lady” (2014).

João Pedro a joué dans de nombreux court -metrages, parmi le quels “Les morts-vivants ” présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2012, et dans près d'une dizaine de long - métrages parmi lesquels "Auto Exposure" de Juliana Reis , "Eden" de Bruno Safadi et "Ressaca" de
Bruno Viana . Il reçu le Prix du Meilleur Acteur au Festival Cine-Esquema-Novo à Porto Alegre.

Caroline Abras

Cristina
En 2006, Caroline Abras a joué dans le court-métrage "Something Like That" de Esmir Filho et Mariana Bastos, et remporta le Prix de la Meilleure actrice au Festival de Gramado. Par la suite, elle travailla sur de nombreux projets tels que "Perto de Qualquer Lugar " de Mariana Bastos, "Bellini and the Devil" de Marcelo Galvão, "If Nothing Else Works Out" de José Eduardo Belmonte, "Estação" de Marcia Farias , "Screen" de Carlos Nader , "Augustas" de Francisco Cesar Filho, "Blue Blood" de Lírio Ferreira et "Entre Idas e Vindas" de José Eduardo Belmonte.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC
FELLIPE BARBOSA Scénariste, Réalisateur

Pourquoi avoir voulu retracer le parcours de Gabriel Buchmann ?

Gabriel était un de mes camarades de classe dans le lycée où mon premier film «Casa Grande» se passe.
Et c'était mon ami. Il a disparu en août 2009. Son histoire est assez connue au Brésil. Je crois que son optimisme, son sourire sur toutes les photos qui ont été retrouvées de lui ont touché les gens. Son appareil photo fut le point de départ de mes recherches. Il a laissé tellement de questions sans réponses, faire ce film était aussi un moyen de les trouver.

Les mots qu'il emploie dans l'e-mail envoyé à sa famille étaient ceux d'un idéaliste. «Je voyage comme j'ai toujours rêvé, pas de manière touristique...» Le texte était plus long que ce que l'on entend dans le film. Il me fait penser à Candide de Voltaire. C'est un personnage sans cynisme, presque clownesque, qu'on ne voit plus beaucoup au cinéma aujourd'hui.

Il est très rare pour nous, Brésiliens, de voyager en Afrique. Gabriel y cherchait un bien- être qu'il a trouvé et que j'ai retrouvé à mon tour en m'y rendant pour la première fois en 2007, dans le cadre d'un atelier de cinéma organisé par Mira Nair. Ce voyage a changé ma vision du monde. Moi aussi, j'aurais pu être Gabriel.

Quelle ambition poursuivait Gabriel en se lançant dans ce tour du monde ?

Il avait pris un congé sabbatique d'un an. Son voyage a commencé à Londres, ont suivi Paris, la Russie, l'Asie, Dubaï, Nairobi. Le film démarre au huitième mois de son voyage. Gabriel étudiait les sciences économiques et voulait effectuer des recherches sur la pauvreté en Afrique. La plupart de ses confrères économistes pensaient que c'était une bêtise d'aller chez les pauvres pour étudier la pauvreté. Selon eux, elle est structurelle, elle se comprend dans les livres. Gabriel, lui, voulait côtoyer les gens. Cette façon de voyager était aussi une manière pour lui de se sentir vivant. Il voulait embrasser le monde. D'un côté, il rencontrait les habitants de ces pays de l'autre, il gravissait des montagnes. Un geste très symbolique de beauté, de paix et de quête de Dieu.
Quand je dis Dieu, je pense à une forme de spiritualité. Gabriel cherchait à vivre et il a trouvé la mort. C'est très ironique. Il lui aura fallu mourir pour devenir immortel. J'espère le faire renaître par le biais du cinéma. J'ai d'ailleurs filmé l'ouverture du film comme une résurrection : on découvre le corps sans vie de Gabriel et la scène suivante, il surgit d'un coup dans le cadre. Il renaît.

«Gabriel e a montanha» est à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Vous y mêlez acteurs
professionnels–Gabriel (Joao Pedro Zappa), sa copine (Caroline Abras), les autres touristes –aux habitants des pays qu'il traverse.Comment avez – pensé l'écriture du film ?

C'est en les rencontrant lors des repérages que j'ai compris qu'il me fallait filmer les vraies personnes que Gabriel a rencontrées durant son périple, et recueillir leurs témoignages. Chaque fois que nous avons retrouvé une personne qui avait rencontré Gabriel 7 ans auparavant, j'ai senti sa présence et j'ai su que nous étions sur la bonne voie. J'ai toujours eu l'intention de faire une fiction. J'avais un scénario, des scènes écrites dans lesquelles j'avais condensé beaucoup de choses qui étaient arrivées à Gabriel en 70 jours. Scénario que je demandais aux interprètes d'oublier
sur le tournage. Je voulais maintenir un esprit d'improvisation. J'ai vraiment aimé ces personnes. Et la plupart d'entre eux ont aussi aimé Gabriel: ils étaient heureux de revivre les moments qu'ils avaient partagés.
C'était comme si Gabriel avait déjà lui -même composé un casting incroyable. Le processus fut assez naturel et magique. Cela donne au film un aspect documentaire mais sa forme est fictionnelle

Le tournage a dû être très émotionnel?

Lors de mon travail de recherche, j'étais très touché dès que je rencontrais quelqu'un qui avait connu Gabriel ou que je me retrouvais dans un endroit où il s'était rendu. Son corps avait été là et son esprit y était encore. Pendant le tournage, j'étais davantage concentré sur le film mais on a souvent pleuré. A Zanzibar, lors d'un jour off, je sors de l'hôtel et un Nigérien vient mendier auprès de moi. Je lui demande « As-tu connu Gabriel Buchmann ? »
Et là, il me répond: « Bien sûr, c'était un ami à moi ». J'étais déjà venu à Zanzibar en 2011 pour mes recherches et
je n'avais pas réussi à retrouver Tony Montana, le Nigérien qui, dans le film, parle du paludisme. Je n'avais qu'une photo de lui. Je l'ai comparée à cet homme qui venait de m'alpaguer. C'était lui ! Il est resté avec nous toute la journée du lendemain, on a tourné quelques scènes. C'était très émouvant, une sorte de miracle. Comme si les gens que je n'avais pas réussi à retrouver venaient naturellement à moi. On a un dicton en portugais qui dit : « Dieu écrit droit avec des lignes tordues »

En termes de cinéma, aviez-vous des sources d'inspiration ?

J'ai beaucoup pensé à «Des hommes et des dieux» de Xavier Beauvois. Un film que j'adore, aussi différent du mien qu'il en est proche émotionnellement, sur des hommes à la recherche de Dieu et qui ne sont jamais plus forts que lorsqu'ils se retrouvent face à la mort.
J'avais aussi à l'esprit le souvenir d'«Un homme nommé cheval», avec Richard Harris, un film d'aventures que j'aimais
beaucoup dans ma jeunesse. J'ai aussi pensé à d'autres films au sujet similaire mais desquels je voulais, au contraire, me distancier comme «Into The Wild » de Sean Penn, «127 Heures» de Danny Boyle ou «Gerry» de Gus Van Sant. Mais l'influence la plus importante reste le magnifique «Sans toit ni loi» d'Agnès Varda. Un mois avant de tourner « Gabriel e a montanha », j'ai envoyé le scénario à Ira Sachs (réalisateur de « Brooklyn Village»), un très bon ami, et il m'a conseillé de revoir le film de Varda. Je ne m'en souvenais pas mais le film commence de la même manière par une scène où un paysan découvre le cadavre de Sandrine Bonnaire. Puis il retrace le parcours de cette fille par le biais des gens qu'elle a croisés. Il y a aussi, chez Varda, un aspect aux documentaire... J'ai demandé à toute mon équipe de regarder « Sans toi t ni loi». La grande différence, tout de même, c'est que Gabriel est aimé par les gens. Alors que, dans le film d'Agnès Varda, la vision qu'ont les autres du personnage de Sandrine Bonnaire est beaucoup plus cynique.

Jean Rouch, le grand cinéaste ethnographe de l'Afrique, a-t-il compté pour vous ?

Complètement. Rouch fut l'une de mes premières passions cinéphiles. Durant le premier semestre de mes études à New York, j'ai suivi des cours sur le cinéma ethnographique avec un professeur brésilien qui avait beaucoup travaillé Auprès des communautés indigènes au Brésil.
C'est lui qui m'a fait découvrir Jean Rouch. J'avais 19 ans et son œuvre a eu un impact très fort sur moi. «La Pyramide humaine», «Jaguar», «les Maîtres fous» ou «Chronique d'un été» sont des films qui me sont très chers.

Derrière l'hommage à votre ami disparu, le film est une comédie grinçante sur l'arrogance du globe
-trotter qui croit se fondre dans les cultures locales.

Ce n'était pas mon intention de départ mais c'est le personnage. Tous ceux qui l'ont rencontré vous disent à quel point Gabriel était naïf et arrogant à la fois. C'est une conséquence de notre éducation au sein de la bourgeoisie brésilienne. Une éducation catholique, masculine, qui vous inculque l'idée que vous êtes quelqu'un de spécial, que vous incarnez le meilleur du pays. Néanmoins, Gabriel n'est pas un voyageur comme vous et moi. Il va jusqu'au bout de son
ambition, il vit et partage avec des gens très pauvres, il se coupe de tout confort. Il faut un certain courage pour y arriver. Réciproquement, sa présence importe à ceux qu'il rencontre. On voit sur le visage d'Alex et de ses enfants, au début du film, qu'ils sont heureux de connaître Gabriel. C'est la première fois qu'ils communiquent avec un Mzungu (un blanc au Kenya, ndlr).

La cohabitation et les rapports entre classes sociales étaient au centre de votre premier et précédent film, «Casa Grande».Qu'en diriez-vous cette fois-ci?

Quiconque a grandi à Rio dans les années 1980 et 1990 est touché par les inégalités. C'était une période terrible en termes de pauvreté. Vivre aisément à cette époque a créé beaucoup de culpabilité. Or Gabriel, comme moi, appartenait à une famille riche mais étudiait dans une école où régnait une grande mixité sociale. A ce titre - je ne
l'ai compris que récemment - , «Gabriel e a montanha»commence là où «Casa Grande» finit.

Vous avez tourné « Gabriel e a montanha » dans certains coins complètement sauvages et retirés, et à une altitude folle.

On est même monté sur le pic Uhuru, le plus haut du Kilimandjaro, qui culmine à plus de 5800 mètres d'altitude. On était treize dans l'équipe. Un quart des gens qui l'empruntent arrivent jusqu'au bout. Sur les treize membres de l'équipe ce jour-là, treize sont arrivés au sommet. Dix-huit heures de marche pour tourner un plan. Mon chef opérateur, Pedro Sotero, est asthmatique mais il est arrivé au sommet, et avec toute sa lucidité. En plus, c'était le seul de l'équipe image : son assistant - caméra, son chef machiniste et les autres étaient malades ce jour - là. Il est
recommandé de ne pas rester plus de dix minutes à une telle attitude. On y est restés quarante minutes, le temps de tourner un plan. Pedro a eu l'intelligence de mettre un objectif 18 mm et de fermer l'iris au maximum pour obtenir une grande profondeur de champ et ne pas avoir de problème de point. On a fait une prise. Les guides nous ont interdit d'en faire une autre.

Le plan-séquence d'ouverture est très beau. Ce paysage sublime, ces deux paysans malawiens qui l'arpentent et ce corps intrus qu'ils découvrent. Elle installe un suspense qui tient tout le long du film : comment Gabriel a-t-il échoué là ?

On l'a filmée le dernier jour du tournage. Il fallait marcher de notre refuge jusqu'au lieu, le véritable nid où Gabriel a été retrouvé. Il y avait quelque chose de spirituel dans le fait d'être là où cela s'était passé. On avait prévu deux heures de marche pour y arriver et quatre heures de prises de vue. Or on a mis quatre heures pour y aller et il nous restait deux heures pour tourner. On a d'abord filmé la dernière scène du film. Et il ne nous restait que quinze minutes pour mettre en boîte la première. Le plan devait être filmé à la grue. Pris par le temps, on s'est contenté d'un panoramique, ce qui est finalement beaucoup plus cohérent avec le reste du film. La première prise a été magique, la beauté de ces hommes au travail a ému toute l'équipe. Mais Pedro, mon chef opérateur, m'a demandé une autre prise. Sur la seconde, son zoom de fin était parfait. C'est celle que l'on a utilisée.

Le cinéma brésilien connaît un nouvel essor. Vous sentez-vous appartenir à une génération d'artistes?

Un nom lui a même été donné mais personne ne l'emploie : «novissimo», en référence au cinéma novo. Nos films sont très différents mais une certaine solidarité s'est créée entre nous, notamment grâce aux festivals où on se retrouve pour la plupart. Je pense à Anna Muylaert («Une seconde mère» , «D'une famille à l'autre»), Jùlia Murat (« Historias»), Gabriel Mascaro («Ventos de Agostos», «Rodéo»), Marco Dutra & Juliana Rojas, Felipe Bragança, Marina Meliande, Gabriel Martins, Michael Wahrman... Et bien sûr, Kleber Mendonça Filho («Aquarius», «les Bruits de Recife»). On sent que quelque chose se passe qui, je pense, est dû aux politiques culturelles qu'ont initiées Lula et le Parti des travailleurs durant ces quinze dernières années. Ils ont, entre autres, mis en place un fonds national du cinéma très proche du CNC français. Quand j'ai débuté dans les années 1990, un seul film était produit chaque année au Brésil. Aujourd'hui, on est à environ 140 films par an.


 L'avis de la presse 

Libération - Marcos Uzal
Gabriel et la montagne reconstitue les soixante-dix derniers jours de la vie de Gabriel Buchmann (sous les traits de l'acteur João Pedro Zappa), qui fut un ami du réalisateur, Fellipe Barbosa (lire ci-contre). En 2009, ce jeune homme issu de la bourgeoisie de Rio avait consacré une année sabbatique à faire le tour du monde. En tant qu'étudiant en sciences économiques s'apprêtant à intégrer une université américaine, il souhaitait voir la pauvreté là où elle se trouve en voyageant autrement que comme un vulgaire touriste, en vivant parmi les autochtones, en empruntant des chemins de traverse. Forçant son audace jusqu'à l'inconscience, il mourut après s'être perdu sur le mont Mulanje au Malawi, au dixième mois de son périple

Contradictions

Le film commence par la découverte de son cadavre, enfoui derrière une dense végétation, littéralement absorbé par le paysage. Cette ouverture place tout ce qui suivra sous le signe de la mort, apportant à la naïveté de Gabriel une teinte tragique, et permettant à Barbosa de se distancier d'emblée de son idéalisme. Car tout l'enjeu du film est là : comment rester fidèle à l'ami mort tout en prenant avec son aventure la distance qu'il n'a lui-même pas su avoir ?

Enfant gâté

Bien sûr, aucun Africain ne regarde et ne vit l'Afrique avec une telle excitation naïve vis-à-vis de tout ce qui l'entoure, avec un tel élan humaniste face à une misère dont il n'est qu'un spectateur passager, avec une telle fierté à ne pas se comporter comme ceux de sa classe.

Venue le rejoindre pendant quelques jours, sa petite amie, plus lucide, lui rappelle ses origines bourgeoises, que démontrent les rapports compliqués à l'argent de ce riche jouant au pauvre. Sa façon systématique de se méfier des autochtones dès qu'il s'agit de payer relève d'un réflexe condescendant, d'autant plus problématique qu'il vient contredire sa vision idéaliste d'une fraternité désintéressée.


Cahiers du cinéma - Ariel Schweitzer
Le bouleversant dénouement, écartant tout pathos, achève de réunir les lignes fictionnelles et documentaires du film en un hommage perturbant et sincère à l'ami disparu.

L'Humanité - Salomé Revault d'Allonnes
Un homme seul gravit des montagnes. L'ascension est rude, le souffle presque coupé. Les frontières s'effritent sous ses pas, les conventions sont bousculées. Gabriel (Joao Pedro Zappa), c'est l'incarnation un peu classique du globe-trotteur, du baroudeur idéal tout autant qu'idéaliste, dont la curiosité ne semble jamais pouvoir s'étioler. Il entreprend une expérience humaine remarquable de sincérité et tente sans cesse de repousser ses limites. Étudiant brésilien en économie, Gabriel consacre une année à faire le tour du monde. Son voyage se termine en Afrique. Kenya, Tanzanie, Zambie et Malawi, le film offre au spectateur une immersion dans le périple singulier de Gabriel Buchmann. L'ode à son voyage trouve un écho dans le chant d'un homme à la voix grave et suave, qui se mêle, presque en symbiose, aux déplacements de Gabriel et qui surgit dans ses moments de solitude, comme le résidu vocal des rencontres du jeune homme.

Car Gabriel et la montagne, c'est avant tout la rencontre de Gabriel et de l'autre. L'autre, ce sont d'abord les personnes dont il fait la connaissance, dont il recueille les récits de vie, faisant tomber, un temps, les barrières culturelles et sociales. L'autre, c'est aussi le continent africain, magnifique souvent, hostile parfois. La «zone interdite » raduction de Sapitwa, le point culminant du massif Mulanje, que Gabriel entend gravir. L'autre, c'est enfin Gabriel, le «Mzungu», soit l'étranger en Afrique. Devenu étranger à lui-même, Gabriel s'enferme dans une soif de découverte impatiente, décide de gravir les monts sans guide.

Après s'être concentré sur la cohabitation entre classes sociales dans Casa Grande (2014), Fellipe Barbosa signe un film tendu, entre fiction et documentaire. Par une hybridation de sons et d'images, le réalisateur brésilien dresse le récit de son ami d'enfance, pour lequel la pauvreté ne s'étudie pas dans les livres mais sur le terrain. Et si ses amis « réacs »traitent Gabriel de « pauvrologue», ça lui est égal, il reste admiratif face à ce qu'il découvre. Sensations proches d'Into the Wild (de Sean Penn), de 127 Heures (de Danny Boyle), mais aussi du cinéma direct de Jean Rouch: Fellipe Barbosa signe une ode sincère à la rencontre de l'autre, qui a reçu le prix d'aide à la création de la fondation Gan, lors de la semaine de la critique de Cannes 2017.


Le Monde -
C'est le grand mérite de Fellipe Barbosa que d'avoir su ménager cette compréhension intellectuelle à portée historique avec le geste de compassion pour son ami défunt que le film incarne.

Découvert voici trois ans avec le très appréciable Casa Grande, peinture subtile d'une famille bourgeoise brésilienne qui découvre tardivement la disparité sociale et ethnique du pays, Fellipe Barbosa, 37 ans, persiste et signe avec son plus que remarquable deuxième long-métrage, atteignant une singularité plus profonde encore. Le film en¬treprend de reconstituer les derniers mois africains d'un voyage au long cours d'un ami d'enfance du réalisateur, Gabriel Buchmann, retrouvé mort d'épuisement sur le mont Mulanje, au ¬Malawi, en 2009.
Pour ce faire, Barbosa recourt au service d'acteurs (Joao Pedro Zappa et Caroline Abras, merveilleux) pour interpréter le personnage principal et sa petite amie, Cristina, qui l'a accompagné quelques semaines durant ce voyage, et les lance sur les traces des protagonistes originels, dans un environnement géographique et humain qui demeure, lui, inchangé. Ce dispositif ménage une rencontre louvoyante et fertile entre la fiction et le documentaire ; il se charge par surcroît d'une forte intensité émotionnelle dès lors que le spectateur comprend, au début du film, qui met en scène la découverte du corps du disparu, qu'il est une manière d'hommage fraternel rendu par le réalisateur à son ami.

Fête des sens

Le récit nous mène ainsi à travers le Kenya, la Tanzanie, la Zambie et le Malawi, aux côtés de ce brillant étudiant en économie, détenteur d'une bourse qui lui ouvre les portes d'une prestigieuse université californienne, et décidé, par idéalisme, d'y vivre non comme un touriste mais, doté d'un maigre pécule, à l'heure et au rythme africains, pour mieux éprouver les conditions sociales et économiques des pays qu'il traverse.


Le Nouvel Observateur - Nicolas Schaller
"Tu es plus grand que ne le disent les hommes, Seigneur", fredonne une fillette kenyane à Gabriel Buchmann, qui l'incite à chanter un air du cru qui lui est cher. Aurait-il pris ce vers pour lui ? En août 2009, cet étudiant brésilien, qui s'était embarqué pour un tour du monde d'un an, a été retrouvé mort dans une montagne du Malawi. Le réalisateur Fellipe Barbosa (" Casa Grande ") était son ami. Il retrace les derniers jours africains de son périple dans un film insolite, entre fiction et documentaire
Gabriel et sa copine, qui le rejoignit quelque temps, sont interprétés par des acteurs. Les autochtones, en revanche, sont ceux qu'a rencontrés le vrai Gabriel.
Ils rejouent ce qu'ils ont vécu ensemble et évoquent son souvenir.


Barbosa filme avec délicatesse et bienveillance, rend hommage à son camarade sans faire l'impasse sur son arrogance de petit Blanc qui prétend se fondre dans les cultures locales et signe un carnet de voyage aux accents mystiques doublé d'un portrait grinçant du touriste à l'étranger. Après ce film, vous ne voyagerez plus comme avant.


Télérama - Frédéric Strauss
Son nom s'inscrit sur l'écran, dès l'ouverture de ce film qui lui est dédié : Gabriel Buchmann, étudiant brésilien en sciences économiques, mourut d'hypothermie après s'être perdu sur le mont Mulanje, au Malawi, en 2009. Les soixante-dix derniers jours de son tour du monde, qu'il était sur le point de boucler en Afrique, ont été reconstitués par son ami d'enfance, Fellipe Barbosa. A l'absurdité d'un destin cruel, le jeune cinéaste oppose un film original et impressionnant.

Gabriel Buchmann et sa petite amie, venue le rejoindre le temps de quelques étapes, sont interprétés par des comédiens, tandis que les compagnons de route africains sont ceux-là mêmes que rencontra le vrai Gabriel. Tournée tout au long du parcours qu'il emprunta, cette fiction réaliste est à la fois un pèlerinage spirituel, une communion avec l'absent et une confrontation au mystère de sa disparition. Car il s'agit d'emblée d'autre chose que d'un fait divers. La découverte de la dépouille du voyageur ouvre le film sur une note de solennité : endormi pour toujours sur les flancs de la montagne, Gabriel n'est pas montré comme une victime, mais comme un passeur étrange, possible trait d'union entre nous et une autre dimension, qui nous échappe.

Ce sentiment d'avoir affaire à un être relié au monde d'une manière différente accompagne tout le film. Sans cesse, l'intensité, l'énergie et l'impatience de Gabriel le distinguent, donnant de lui une image exaltante. Mais, passionnément curieux du monde, il est aussi buté, intransigeant. Pressé d'échapper à sa condition de touriste en partageant la vie des Africains qu'il rencontre, il semble, parfois, passer à côté des autres, comme de lui-même. La construction en flash-back nous invite à chercher dans chaque scène un indice de la tragédie qui est au bout du chemin. Gabriel était-il suicidaire, hanté par la mort de son père ou par son échec au concours d'entrée à Harvard ? La force du film est d'ouvrir toutes les pistes. Et de privilégier la plus complexe, la plus émouvante. Fellipe Barbosa livre le portrait d'un jeune homme dévoré par un désir d'absolu. Sa volonté d'embrasser les paysages et les êtres est peu à peu balayée par son besoin de fusionner avec une immensité plus immatérielle... Sa quête miraculeuse devient malédiction, comme celle d'un autre voyageur, qui s'appelait Arthur Rimbaud.


Le Parisien - Gabriel Buchman
Le film retrace les dernières semaines de Gabriel Buchman, un étudiant brésilien mort au sommet d'un mont au Malawi.

Il faut connaître l'histoire de ce film, inspiré d'un fait réel, pour en savourer l'intérêt et s'en émouvoir pleinement. «Gabriel et la montagne» retrace les dernières semaines de Gabriel Buchman, un étudiant brésilien mort au sommet du mont Mulanje, au Malawi, en Afrique après un tour du monde d'un an.
La singularité de ce drame est qu'il est réalisé par le cinéaste Fellipe Barbosa, ami d'enfance du routard. Et que ce dernier a demandé à ceux qui avaient croisé la route de Gabriel au Kenya, en Tanzanie, en Zambie et au Malawi de rejouer leur propre rôle.

Dans ce récit mis en scène avec une telle précision qu'on se croit parfois dans un documentaire, on suit donc Gabriel, sac au dos en bandoulière et sourire aux lèvres, qui se targue de voyager sans jouer au touriste mais considère l'Afrique, ses animaux et ses sommets comme un gigantesque parc d'attractions...

En brossant le portrait d'un idéaliste naïf, mais aussi fier et égoïste, Barbosa rend hommage à son ami sans le sacraliser. Et si l'on connaît l'issue tragique du périple de Gabriel dès la première scène, on se passionne pourtant à essayer de comprendre comment ce jeune homme en est arrivé là.

Ce sentiment d'avoir affaire à un être relié au monde d'une manière différente accompagne tout le film. Sans cesse, l'intensité, l'énergie et l'impatience de Gabriel le distinguent, donnant de lui une image exaltante. Mais, passionnément curieux du monde, il est aussi buté, intransigeant. Pressé d'échapper à sa condition de touriste en partageant la vie des Africains qu'il rencontre, il semble, parfois, passer à côté des autres, comme de lui-même. La construction en flash-back nous invite à chercher dans chaque scène un indice de la tragédie qui est au bout du chemin. Gabriel était-il suicidaire, hanté par la mort de son père ou par son échec au concours d'entrée à Harvard ? La force du film est d'ouvrir toutes les pistes. Et de privilégier la plus complexe, la plus émouvante. Fellipe Barbosa livre le portrait d'un jeune homme dévoré par un désir d'absolu. Sa volonté d'embrasser les paysages et les êtres est peu à peu balayée par son besoin de fusionner avec une immensité plus immatérielle... Sa quête miraculeuse devient malédiction, comme celle d'un autre voyageur, qui s'appelait Arthur Rimbaud.




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