We blew it

  jeudi 07 Décembre   
20 H 15



Montage : Marc Daly
Image : Denis Gaubert
Musique : Bob Dylan,Jefferson Airplane,Bruce Springsteen,Creedence Clearwater Revival
Son : Lilian Matigot,Antoine Brochu
Scénario, réalisation : Jean-Baptiste Thoret

Site officiel


 Avec 

» Ronee Blakley - Avec la participation de» vec la participation de Michael Mann, Michael Lang, Bob Rafelson, Angel Delgadillo, Charles Burnett, - Avec la participation de :


 Synopsis 

WE BLEW IT n'est pas un film documentaire sur l'histoire américaine des années soixante et soixante-dix, ni un essai filmé sur le Nouvel Hollywood à partir de ses vétérans. Il s'agit d'un voyage personnel qui veut comprendre et faire ressentir pourquoi et comment un moment particulier de l'Amérique continue d'exercer un tel pouvoir de séduction. Tourné en 2016, en pleine campagne électorale, We Blew It est enfin traversé par une question : comment sommes-nous passé d'Easy Rider à Donald Trump ?


 Anecdotes 

JEAN-BAPTISTE THORET

À en croire la fin d'Easy Rider ou d'Alice's Restaurant d'Arthur Penn, en 1969, tout est donc foutu avant même d'avoir commencé ; et le voyage Beat vire au film d'horreur lorsqu'un autochtone édenté sort son fusil à pompe et met définitivement un terme à l'échappée des deux bikers. « We Blew It ! », soit la réplique prophétique que répète d'une manière presque incantatoire Peter Fonda lord du dernier feu de camp. Car, et c'est tout le paradoxe dont Easy Rider et les road movies des seventies eurent la prescience, lorsque Hopper et Fonda débutent le tournage du film, la décennie fastueuse du rock et du pop art brûle de ses derniers feux. Le meurtre de Sharon Tate en août 1969, quelque part sur Cielo Drive, L.A, par la famille Manson et le drame du concert des Rolling Stones à Altamont en décembre de la même année, ont terni l'image jusque-là solaire de la génération hippie. L'Amérique s'embourbe au Vietman et les espoirs révolutionnaires portés par la contre-culture tournent court. Easy Rider ressemble ainsi à un effort de croyance du genre et du Nouvel Hollywood, une sorte de « Je sais bien mais quand même » qui substitue à mi-parcours, à la promesse d'une rébellion festive le doute existentiel qui marquera l'essentiel des films américains de l'époque. C'est l'une des questions qui parcourent We Blew It : comment sommes-nous passés de cette « ligne de haute marée » des sixties évoquée par Hunter Thompson dans Las Vegas Parano à ce moment où la vague a « finit par se briser avant de redescendre » ?

Le Nouvel Hollywood est né deux fois avec le road movie : Bonnie and Clyde en 1967 puis Easy Rider deux ans plus tard, comme si prendre la route constituait encore et toujours le meilleur moyen de tester la pérennité du rêve américain et son talent de cinéaste : Martin Scorsese (Boxcar Bertha), Francis Ford Coppola (Les Gens de la pluie), Hal Ashby (La dernière Corvée), Michael Cimino (Le Canardeur) ou encore Bob Rafelson (Cinq pièces faciles), tous cinéastes du Nouvel Hollywood, font leurs premières armes sur le macadam, avec l'espoir qu'au bout des routes, les idéaux abîmés par une décennie riche en désillusions et un peuple tenté par l'émiettement communautaire retrouvent sens et vitalité. Vingt ans plus tard, ce sera au tour de Robert Kramer dans Route One USA d'entreprendre la grande traversée de l'Amérique, d'Est en Ouest, comme pour vérifier, encore, l'état de son pays. Mais le road movie avait-il encore le même sens ? La raison d'être ?

En partant à la rencontre de témoins de cet âge d'or, We Blew It donne la parole à tous les américains, illustres comme inconnus, et cherche à comprendre pourquoi les années 1960 et 1970 continuent d'innerver à ce point la culture américaine contemporaine. Quel secret cette époque détient-elle ? Comment nous renseigne-t-elle sur la culture américaine contemporaine. Quel secret cette époque détient-elle ? Comment nous renseigne-t-elle sur l'Amérique d'aujourd'hui ? Et puis, de quelles années 1970 parlons-nous ? Ont-elles signifié la même chose pour Michael Mann et Jerry Schatzberg ? Pour Peter Bogdanovich et Michael Lanf, le fondateur de Woodstock ? Pour Stephanie Rothman et Carl Brownfield, programmeur d'une radio locale dans le Nevada ? Ne seraient-elles pas autant un mythe fondateur dont la société américaine a besoin, qu'une réalité historique et culturelle ?

JEAN- BAPTISTE THORET est critique et historien de cinéma. Spécialiste du cinéma américain et italien des années 1970, il est l'auteur du Cinéma américain des années 1970 (Cahiers du Cinéma) et d'une dizaine de livres sur John Carpenter, Dario Argento, Tobbe Hooper, Michael Cimino, l'influence de l'assassinat de JFK sur le cinéma américain (26 secondes, l'amérique éclaboussée) ou encore road movie. Rédacteur en chef des revues Simulacres (1999-2003) et Panic (2004-2006), il fut pendant dix-sept ans le monsieur cinéma de Charlie Hebdo. Sur les antennes de Radio France de 1998 à 2015, il a coproduit l'émission culte Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert (France Inter) et a collaboré pendant 18 ans à Mauvais genres (France Culture).
Enseignant de cinéma à l'université e 2003 à 2007, il est l'auteur d'une quarantaine de conférences filmées et conçoit aussi de nombreux bonus DVD. Avant We Blew It (2017), son premier film pour le cinéma, Jean-Baptiste Thoret a réalisé deux autres documentaires : Soupirs dans un corridor lointain (2002) consacré à Dario Argento et un autre à la guerre au cinéma : En ligne de mire (2016). Il vient de terminer un film sur Jean-Luc Godard (86 Printemps).


 Quelques mots 

« UNE AMÉRIQUE NON RÉPERTORIÉE »

Extrait d'un article paru dans Libération le 10 novembre 2016 par Jean-Baptiste Thoret.
En 2016, après avoir sillonné les États-Unis pour la réalisation de WE BLEW IT, Jean-Baptiste Thoret était revenu pour Libération sur sa rencontre avec une Amérique « étrange et non répertoriée ». En voici de larges extraits :

Seligman, Arizonica. 22 septembre 1978. Angel s'en souvient comme si c'était hier, ce fut « le jour où le monde nous a oublié ». Angel Delgadillo, 89 ans et barbier, a vu sa petite bourgade subitement désertée, asséchée par la construction d'une nouvelle et flambante autoroute, l'interstate 40 (...). Après avoir vu passer en nombre les okies de la Dépression, les GI de retour de la seconde guerre mondiale, des bandes d'ados rebelle à la Kazan, des hippies et autres drifters, Angel et les siens se sont retrouvés figés comme dans un tableau de Hooper. Sur la grand-route d'en face, l'Amérique continuait d'avancer, à 100 à l'heure même, mais sans eux ; Ce jour de septembre 1978, « le gouvernement nous a oublié ». Pourtant, cette histoire tragique qu'Angel relate inlassablement à ceux qui pénètrent dans sa boutique, possède la puissance d'une fable. A la fin des années 80, il décide de réagir, se retrousse les manches, mobilise son frère, une poignée d'habitants de Seligman et à la manière du Monsieur Smith de Frank Capra, s'en va au Sénat afin de plaider sa cause (...) si bien que depuis quelque temps, sur la Route 66, des voyageurs épuisés, des curieux, pointent à nouveau le bout de leur capot.
Après tout, le road movie est né de et dans l'espace américain, sur toutes les routes 66 du pays, c'est une histoire de rencontres fortuites, de détours, de bifurcations, de lenteur aussi, ou, en termes batailliens, une histoire de dépense improductive. Tout le contraire du modèle nouveau proposé par l'interstate et ses couloirs indifférenciés, remplis de drivers zombifiés qui avalent des kilomètres sans savoir où ils se trouvent, ni ce qu'il y a autour.
Angel obtiendra gain de cause et sa Route 66 sera classée site historique, une aubaine économique pour un pays si court en Histoire.
Aujourd'hui, la vie est revenue à Seligman, c'est même l'une des étapes phare de tout périple en Arizona. Plus de files de hobos fuyant les plaines du Midwest ou de jeunes hommes en quête de liberté et d'espaces ouverts, mais des hordes de touristes téléguidés par les tour-opérateurs, venus des quatre coins du monde prendre des selfies avec le barbier mythique d'une Amérique disparue, des bikers qui rejouent Easy Rider en se rêvant born to be wild, des familles lambdas qui se reconnectent, ou croient se reconnecter, avec l'histoire de leur Pays.
Angel termine toutes ces phrases par « we, the people ». Envers et contre tout, nous le peuple, nous avons gagné. Premiers mots de la Constitution américaine, mots manifestes de Ma Joad à la fin des Raisins de la colère de Steinbeck (et du film de Ford) et clé de son aventure : lorsque tout va, ou semble aller mal, lorsque tout semble bloqué ou perdu, que faire sinon revenir aux sources de l'esprit des pionniers et de la Constitution américaine. Revenir aux mots de Lincoln prononcés à Gettys-burg en 1863 : « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » (...). Aujourd'hui, Angel Delgadillo a gagné son pari : Make Route 66 Great Again. Soit une formidable opération de ravalement que le barbier de Seligman résume d'une belle formule : « The days of yesterday. » Donald Trump, lui aussi a eu sa formule, désormais célèbre, empruntée à la campagne de Reagan en 1980, « Make American Great Again ».

(...) J'ai passé l'essentiel de l'année 2016 à parcourir ce pays de long en large, entre New York et Los Angeles, deux villes totems et faux semblants magnifiques de l'Amérique d'aujourd'hui, le mirage de la côte ouest versus le fantôme cultivé de la vieille Europe. Là, Trump est un repoussoir, un objet de moquerie, un guignol pathétique, un pré-fasciste, un suprémaciste dangereux, un businessman vulgaire pour lequel votent des sans-dents, des illéttrés et même des membres du Ku Klux Klan.

Et ailleurs ? Kingston, une petite bourgade du Tennessee, et un headquarter de Trum, un de plus, situé à côté du seul carrefour de la ville. En fait, une petite permanence électorale tenue par Summer, une mère de famille trentenaire qui croit en Donald comme au messie (...). Dans les années 60, explique-t-elle, elle n'aurait pas hésité une seule seconde à voter pour Kennedy et les démocrates, car eux seuls s'opposaient à la guerre du Vietmam comme à toute forme, d'ingérence américaine à l'étranger, tandis que les républicains, eux, l'encourageaient. Aujourd'hui, c'est le contraire, ce sont les démocrates, les Clinton et Obama, qui sont devenus conservateurs, ce sont eux qui militent pour la guerre. C'est pour cela que je soutiens Trump, lui seul s'oppose à la guerre. » Moins de temps dévoué aux conflits étrangers, plus de temps consacré au peuple américain, voilà le protectionnisme que désire Summer.

À 2000 miles de là, à Dunsmuir, dans le nord de la Californie, Brad, la soixantaine, tient une boutique d'articles pour chiens située près d'une voie ferrée. Sa radio, qui diffuse en boucle des tubes de Creedence ou des Stones, confirme ce qu'il fut et veut rester : un enfant de la contre-culture flanqué d'un credo qu'il a lui-même réarrangé, « rock'n roll, sex and drugs ». Mais là encore, un détail vient parasiter le tableau, un bug dans le logiciel des sixties : Brad se prépare à voter Trump, en qui il voit une authentique figure de la contestation. Un bon démocrate s'oppose au système, m'explique-t-il en substance. Aujourd'hui, ils en sont l'incarnation. Après tout, Dennis Hopper fut démocrate dans les années 70, républicain en 2000 et pro-Obama en 2008. Comme Summer, Brad ne cache le respect qu'il avait pour Bernie Sanders, et avoue qu'il aurait même pu voter pour lui.

Des milliers de miles, des centaines de petites villes et une trentaine d'Etats traversés, j'ai vu partout des drapeaux, des autocolants pro-Trump posés sur les voitures et les devantures des maisons, des fanions Make America Great Again plantés dans les jardins, j'ai vu aussi des plancartes pro-Sanders, crânement maintenues sur des porches, mais aucun signe extérieur, ou presque, d'adhésion à Hillary Clinton (...). Ce n'est qu'aux deux extrémités du territoire, côtés Atlantique et Pacifique, New York et Los Angeles, que je retrouvais, un peu, les partisans de Hillary (...). Comme si, sortir d'un cauchemar éveillé qui avait pris la forme d'un long périple, je retrouvais enfin cette Amérique rassurante, naturellement anti-Trump, plutôt cultivée et civilisée décrite à longueur de colonnes et d'antennes.

De toute façon, Hilary Clinton allait l'emporter. Ce que me confirmait ici avec certitude Michael Lang, le cofondateur de Woodstock et Bob Mankoff, le chief cartoonist du New Yorker. Le réel m'avait abusé, il n'avait été qu'un mirage. Ou un effet parallaxe. Pas de forêt derrière l'arbre.
Nous étions à la mi-octobre.


 L'avis de la presse 

Studio Ciné Live - Thierry Cheze
Le changement de logiciel, aux Etats-Unis, vu par ses cinéastes et ses habitants

Comment l'amérique d'Easy Rider est-elle devenue celle de Trump ? Amoureux éperdu et désormais perdu de ce pays, et du Nouvel Hollywood, le critique Jean-Baptiste Thoret embrasse cette question dans un docu foisonnant. Où les réponses à cette interogation valent évidemment bien moins que le chemin pour les formuler. Thoret fait témoigner des cinéastes qu'il admire (Michael Mann, Bogdanovich, Tobe Hooper...) comme des quidams, racontant l'évolution d'un pays qui, depuis la fin des 70's, a changé de moteur. La peur a pris le pas sur le rêve, saccageant à petit feu tout ce qui a fait sa mythologie. Une leçon d'histoire portée par le désir de Thoret de faire du cinéma, de laisser vivre les plans magnifiés par la lumière de Denis Gaubert et une B.O. aux petits oignons. Un voyage passionnant.


Libération - Olivier Lamm
Résultat d'un périple d'un an aux Etats-Unis, le docu immersif de Jean-Baptiste Thoret dresse un constat amer des convulsions historiques qui ont conduit du Nouvel Hollywood à l'élection de Donald Trump.

En 1972, après six ans d'exil en Europe, Michael Mann a sillonné durant trois semaines les routes américaines pour réaliser 17 Days Down the Line, docu qui prenait le prétexte d'interroger des vétérans pour sonder le cœur des Etats-Unis, meurtri par la guerre du Vietnam mais pas encore glacé par le retour de bâton conservateur après la révolution sociale des années 60. Près d'un demi-siècle plus tard, le cinéaste américain, toujours très actif (lire Libération du 21 octobre), est le premier à prendre la parole dans We Blew It, premier documentaire pour le cinéma du critique (et collaborateur occasionnel de Libération) Jean-Baptiste Thoret, dont l'ambition formidable n'est rien moins que de retracer la route sinueuse qui a mené le pays de l'explosion contre-culturelle de la fin des années 60 à l'élection de Donald Trump. «Si vous interrogiez un fermier du Nebraska sur ce qu'il pensait de la vie dans les villes américaines, la conversation pouvait durer deux heures. Ce qui se disait était fondamental, raconte Mann. En comparaison, les débats entre Clinton et Trump ont l'air incroyablement superficiels et médiocres.»

Quelques années après avoir parcouru 4 000 km avec Michael Cimino pour les Voix perdues de l'Amérique (publié en 2013), Thoret a ainsi passé l'essentiel de 2016 à battre la campagne américaine de New York à Los Angeles avec seulement quelques rendez-vous dans l'agenda avec les cinéastes dont il analyse inlassablement les films depuis deux décennies - Jerry Schatzberg, Bob Rafelson, Charles Burnett... - et une poignée de croix griffonnées sur la carte routière : Elm Street, à Dallas, où Abraham Zapruder filma l'assassinat de JFK ; Goldfield, dans le Nevada, où Richard Sarafian tourna Point Limite Zéro ; ou encore le Topanga Canyon, en Californie, où se trouvait le Spahn Ranch, résidence principale de la Family de Charles Manson jusqu'au très sanglant été 1969.

Paradoxes.

Ce que Thoret avait en tête avant d'entamer cet énorme périple de plus de 48 000 km était sans doute aussi vague que le projet de Mann avant de tourner 17 Days. We Blew It est d'ailleurs autant un film sur le cinéma américain qui passe subitement en revue ses grands courants des années 70 - Blaxploitation, Nouvel Hollywood - qu'une méditation historique où le cinéma ne serait qu'un détail, ou un prétexte. Ce qu'il en rapporte est pourtant un documentaire-fleuve d'une étonnante limpidité, qui ne professe aucun diagnostic précis mais dont on ressort armé d'au moins une certitude, celle que l'élection de Trump fut précisément le contraire d'un accident.

Jean-Baptiste Thoret a entamé de fouiller les vestiges de la contre-culture américaine en même temps qu'il a commencé à écrire sur le cinéma. Dans le Cinéma américain des années 70, sa somme théorique publiée en 2006, il ramassait tous les paradoxes du Nouvel Hollywood dans l'ambiguïté d'une formule proférée par Peter Fonda dans Easy Rider, «You know Billy, we blew it» : «Tout ne fait que commencer, mais tout est déjà foutu.»

We Blew It, qui se clôt sur une incroyable séquence où Tobe Hooper, filmé quelques mois avant sa disparition, reprend spontanément la formule, est comme la confirmation que l'élan fabuleux des années 60, «la cime de la vague immense et magnifique» évoquée par Hunter Thompson dans Las Vegas Parano et reprise dans l'épigraphe du film, était bien un mirage.

Pour autant, We Blew It est tout sauf un film théorique. On y parle beaucoup, bien sûr, et les très nombreux protagonistes - de Bob Mankoff du New Yorker à une adorable mère de famille trumpiste dans son local de campagne du Tennessee, de l'universitaire Mary Corey au propriétaire d'un petit magasin à Dunsmuir, en Californie - sont tous très enclins à verser dans la théorie. Mais à l'image de l'Amérique contemporaine, plus vaste et polarisée que jamais, le concert des voix et des idées compose, sous le tapis des scies soul ou country de la bande originale (remarquable d'érudition), une musique très mélancolique et diffractée.

Rituel.

Surtout, Thoret semble avoir à cœur de montrer plutôt que de dire et c'est par ses images formidablement immersives, tournées en cinémascope avec le chef op Denis Gaubert, qu'il communique paradoxalement le plus et le mieux le fond de son projet - une balade sauvage et hasardeuse qui terminerait en oraison funèbre. Plus qu'une démonstration édifiante sur l'Amérique contemporaine, on retient d'ailleurs surtout de We Blew It une flopée de visions - telles ces images de rituel tournées au festival Burning Man accompagnées par le Requiem de Zelenka - et de séquences inouïes, dans lesquelles on sent autant l'œil écarquillé du témoin ahuri de sa trouvaille que le regard acéré du néocinéaste.


Le Monde - Mathieu Macheret
On connaissait Jean-Baptiste Thoret, né en 1969, comme critique et historien de cinéma, auteur d'essais percutants sur le cinéma américain, intarissable notamment sur ces années 1970 qu'il n'a cessé d'étudier sous toutes les coutures. Il était donc bien naturel qu'il leur consacre son premier long-métrage, We Blew It, vaste fresque documentaire sur les restes calcinés d'une époque légendaire et la conscience d'un désastre annoncé, issue d'un long voyage en 2016 à travers l'Amérique pré-Trump.

Le film s'attaque à un objet difficilement perceptible : moins l'époque en elle-même, que le paysage mental de cette époque. Pour cela, Thoret entrelace des rencontres avec de nombreux témoins et acteurs de celle-ci (Michael Mann, Peter Bogdanovich, Michael Lang, Jerry Schatzberg, Charles Burnett), avec des vues d'un pays sillonné de long en large, où gisent ses vestiges fantomatiques. Il s'interroge plus particulièrement sur la lente dégradation qui a vu les promesses d'hier glisser vers le repli identitaire d'aujourd'hui. Le ver était dans le fruit, à en croire l'extrait d'Easy Rider (1969) placé en exergue, à travers cette réplique donnant son titre au film : « We blew it », autrement dit « On a tout fichu en l'air ».

Fétichisation

L'intérêt du film tient à cet arc tendu entre deux époques, deux mondes qui semblent ne plus rien avoir en commun, mais surtout au compendium d'images, de souvenirs, de musiques folk et rock (Bob Dylan, Jefferson Airplane, Creedence Cleerwater, etc.), d'événements historiques, que Thoret rassemble ici comme un bagage affectif.
On peut en revanche s'interroger sur le ton élégiaque de l'ensemble, lié d'abord à un panel d'intervenants qui regardent leur jeunesse d'un œil nostalgique (ce qui est bien naturel). Manque un point de vue extérieur à la décennie, qui aurait évité de la fétichiser, elle et ses grands motifs contre-culturels (Woodstock, contestation, drogues, communautés hippies, etc.). Cette fétichisation marque aussi la limite formelle du film. Aucun plan n'échappe au surmoi cinématographique des « seventies », comme si Thoret était le dernier dépositaire de cette esthétique. Cette volonté marquée de « faire cinéma » laisse poindre un certain regret d'être de son temps.


Les Inrockuptibles - Serge Kagansky
Thoret dresse le constat certes juste du désenchantement des trente ou quarante dernières années, mais il n'est pas le premier à le faire (...) On a plutôt le sentiment que Thoret a voulu se faire plaisir (...) et c'est là que "We Blew It" devient passionnant.

L'Humanité - Vincent Ostria
Papy crash. Un docu un peu schizo du critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret, qui sillonne les États-Unis en tous sens pour rencontrer des hommes et femmes de la génération du baby-boom. Ces sexagénaires et septuagénaires, qui formèrent le contingent du flower power et de la contestation, admettent que leurs idéaux se sont effondrés et qu'ils ont dû rentrer dans le rang, tout en trouvant notre époque trop matérialiste et anxieuse. Parmi ces témoins qui expriment leurs désillusions, on trouve des cinéastes célèbres (comme Michael Mann, Tobe Hooper) ou non. Car, cinéphile avant tout, Thoret rend aussi hommage au septième art, et notamment aux road movies, en filmant les États-Unis avec un vrai soin pictural. Donc, on a à la fois un discours pessimiste et des visions splendides. L'Amérique n'est-elle qu'un écrin vide ?

Le Nouvel Observateur - Nicolas Schaller
L'utopie libertaire de la fin des années 1960 a-t-elle été dévoyée au point de mener à l'Amérique de Trump? Le "We blew it" ("On a tout foutu en l'air") ânonné par Peter Fonda à la fin d'"Easy Rider" était-il prémonitoire?
La question posée par le critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret est pertinente, elle lui sert aussi de prétexte pour arpenter l'Amérique qu'il aime, celle des routes sans fin et des rednecks sans filtre.

Les longs travellings dans des paysages naturels ou urbains fascinent. Plus discutable est le choix des témoins – cinéastes, artistes, anonymes –, qui semble moins illustrer la réalité du pays qu'étayer la démonstration de Thoret. Lequel balade son sujet comme sur la Route 66, prend des détours hasardeux pour toucher au but : tandis que l'on se prend à rêver de ce que seraient les Etats-Unis si les hippies avaient triomphé, la vallée de la Mort défile en Scope, étrangère aux remous de l'Histoire.


Le point - Philippe Gued
C'était un pari des plus risqué, Jean-Baptiste Thoret l'a relevé : réaliser un documentaire atmosphérique et flamboyant sur la fin d'une utopie. Celle de la “beat generation”, qui porta sur ses épaules la contestation sexuelle et culturelle américaine, du milieu des années 60 au début de la décennie suivante. Lors de cette parenthèse dorée, ses rêves politiques et sa soif de liberté se sont incarnés dans une vague cinématographique passionnante qui ouvrit la porte aux anti-héros et aux films “adultes”, de Easy Rider à Massacre à la tronçonneuse, en passant par Cinq pièces faciles, La Dernière Séance, Point Limite Zéro, Nashville ou La Barbe à papa... Des œuvres formellement audacieuses, politiquement subversives ou socialement engagées, où le divertissement fusionnait avec une certaine exigence de qualité.

Quarante ans plus tard, les hippies sont devenus des cols blancs grisonnants résignés ou des prolos brisés s'apprêtant à voter Trump, tandis que le cinéma populaire américain a renoncé à l'audace au profit de divertissements formatés. En tâchant de toutes ses forces d'éviter le manichéisme, Jean-Baptiste Thoret écrit ainsi une lettre d'amour à cette parenthèse fantasmée de l'Amérique de Woodstock, tout en signifiant clairement qu'il est plus que temps de tourner la page. Le défi de We Blew it (“on a tout foutu en l'air”, titre emprunté à la célèbre réplique finale et désabusée de Peter Fonda dans Easy Rider) est de parvenir à tenir la note d'un documentaire subjectif et élégiaque sur un sujet cher à l'auteur. On n'est ici clairement pas dans la rigueur historique, même si l'on trouve, parmi la trentaine d'intervenants, une historienne culturelle de l'université de UCLA.
Auteur d'une douzaine de livres sur le 7e art, dont l'un fut consacré aux films américains des années 70, Jean-Baptiste Thoret se fait ici le tenant d'une analyse binaire.


Première - Frédéric Foubert
Après des années passées à analyser les road movies américains, le critique Jean-Baptiste Thoret a fini par en tourner un.

“We blew it”, c'est le Rosebud des sixties. Une réplique culte en forme d'énigme irrésolue. La phrase prononcée par Peter Fonda à la toute fin d'Easy Rider, qui aura servi d'épitaphe aux utopies des baby-boomers. En bon français : “On a tout foiré” – OK, mais quoi exactement ? Le critique et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret a passé une bonne partie de sa vie à essayer de répondre à la question, dans les nombreux livres, articles et conférences qu'il a consacrés au Nouvel Hollywood. Mais s'il est un prolongement de ces réflexions, son film We Blew It n'est pas pour autant un documentaire sur le cinéma. Non, c'est autre chose. Une longue déambulation dans l'Amérique de Trump et Clinton (le film a été tourné pendant la dernière campagne présidentielle) où le cinéma est présent, certes, mais seulement en filigrane. Thoret interroge quelques cinéastes clés des années 60-70 (Bob Rafelson, Paul Schrader, Jerry Schatzberg, Michael Mann – lui n'explosera que dans les eighties, pourtant tout son background intellectuel date de cette période-là) mais aussi plein d'anonymes, croisés au hasard de ses balades. Des supporters de Trump, des fans de Bernie Sanders, des pompistes, des bikers, des bons gars qui vivent nuit et jour un flingue accroché à la ceinture...
Thoret identifie les sixties (en gros, la période qui va de l'assassinat de JFK au Watergate) comme le point nodal de la crise de l'identité américaine, le début de ce qu'on nomme les culture wars, le moment où deux Amériques commencent à emprunter des chemins divergents, pour se regarder depuis en chiens de faïence. Ce n'est pas tant le legs cinématographique des années 60-70 que Thoret interroge ici, que la lente extinction d'un rêve né à cette époque, et dont les films s'étaient fait l'écho.
Le road-movie ayant été la forme dominante du Nouvel Hollywood, We Blew It est lui aussi, logiquement, un film on the road. Pas seulement un carnet de voyage, une collection de cartes postales, mais un véritable hymne à l'espace US. Thoret et son chef opérateur Denis Gaubert ont écumé la route 66 et le pays profond pour en rapporter des images sublimes, majestueuses, qui, encore plus que les commentaires culturels, politiques ou sociologiques, sont la véritable épine dorsale du doc. On sent d'ailleurs les auteurs parfois enivrés par la beauté de ce qu'ils ont capturé, au point que We Blew It donne dans un premier temps l'impression de musarder, de se complaire dans la contemplation, de se chercher un sujet au fil de la route, un peu comme dans un vieux Wenders des familles. Mais la durée (2h17, tout de même) joue pour le film. C'est elle qui lui donne son épaisseur élégiaque, son mood mélancolique. We Blew It est une fresque impressionniste qui a l'intelligence de ne pas avancer avec trop de certitudes politiques, et de laisser la parole à tout le monde, sans idée préconçue. Parfois un peu trop lâche dans sa structure, un peu trop décousue, peut-être. Mais un documentaire où Michael Mann explique que l'invention des chemises avec col pelle à tarte symbolise le triomphe de l'individualisme dans la culture américaine mérite forcément le détour.


Positif - Vincent Thabourey
(...) le cinéaste novice puise une partie de son énergie créatrice dans la nostalgie. (...) Mais, cette nostalgie n'est ni moribonde ni sentencieuse, car "We Blew It" s'inscrit dans une énergie cinétique à laquelle il s'avère difficile de résister.

Le Figaroscope - La Rédaction
Que reste-t-il des années 1960? C'est la question à laquelle tâche de répondre ce documentaire à travers les témoignages d'inconnus et de personnalités. Le voyage va donc d'Easy Rider à Donald Trump. Les tenants du Nouvel Hollywood (Jerry Schatzberg, Paul Schrader...) considèrent avec nostalgie leurs rêves déçus. Un peu fouillis, mais pas inintéressant.

L'Express - Christophe Carrière
Vaste projet qui, malgré quelques longueurs et complaisances esthétiques, atteint son ambition grâce à la pertinence des intervenants, dont les propos dispensent le réalisateur de tout commentaire.



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