Seule la terre

  jeudi 11 Janvier   
20 H 15


Prix de la mise en scène Film Festival SUNDANCE

Montage : Chris Wyatt
Décors : Stéphane Collonge
Costumes : Sian Jenkins
Image : Joshua James Richards
Musique : A Winged Victory For The Sullen
Producteur exécutif : Diarmid Scrimshaw,Anna Duffield,Mary Burke,Céline Haddad,Paul Webster,Cavan Ash,Richard Holmes
Producteur délégué : Jack Tarling
Son : Anna Bertmark
Productrice déléguée : Manon Ardisson
Scénario, réalisation : Francis Lee
Distribution : Pyramide Distribution

Site officiel


 Avec 

» Josh O'Connor - Johnny» Alec Secareanu - Gheorrghe» Gemma Jones - Deirdre Saxby
» Ian Hart - Martin Saxby


 Synopsis 

Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Le soir, il noie son amertume au pub du village et multiplie les aventures sexuelles sans lendemain. Lorsque Gheorghe, un saisonnier, arrive à la ferme pour lui prêter main forte, Johnny doit faire face à des sentiments jusqu'alors inconnus. Une relation intense naît entre les deux hommes, qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais.


 Quelques mots 

NOTE DES PRODUCTEURS

Valeska Grisebach ne travaille pas comme les autres réalisateurs.
Pour elle, tout commence avec un sujet, un thème. Dans ce cas, elle voulait faire un western contemporain définissant comment la communication quotidienne peut devenir une arme potentielle pour un duel. Valeska commence toujours avec une longue période de repérage et de recherche de ses lieux et personnages.
Mais il n'y a jamais de scénario classique : elle travaille à partir d'un traitement.
Cela représente un défi pour la préparation, la production et le tournage et, bien sûr, pour le financement du film. Les commanditaires préfèrent toujours voir un scénario.

Une intensité et une simplicité désarmante caractérisent les films de Valeska Grisebach. Leurs héros nous touchent en plein coeur et atteignent quelque chose de fondamental.
Valeska travaille toujours avec des comédiens amateurs.
Les ouvriers de chantier du film pratiquent le même travail dans la vie aussi.
Il a fallu plusieurs années pour effectuer le casting : nous avons auditionné plus de 600 personnes en Allemagne pour trouver nos acteurs principaux Meinhard (Neumann) et Vincent (Reinhardt Wetrek), ainsi que l'ensemble des acteurs.
La plupart viennent de Berlin, en grande partie de l'ancienne Berlin-Est.
Pour la plupart d'entre eux, c'était la première fois qu'ils voyageaient en dehors d'Allemagne. Nous avons trouvé tous les acteurs bulgares sur le lieu même du tournage, dans le village de Petrelik, où nous avons réalisé le film.
C'est la première fois que nous réalisons un film comme WESTERN. D'habitude, nous avons toujours un scénario à suivre. Avec ce film Valeska a attendu de voir ce qu'elle trouvait sur le lieu du tournage, et cela a façonné son histoire. Elle reste attentive et réceptive aux gens, aux conversations et aux histoires autour d'elle. Nous avons tourné ce film dans le sud de la Bulgarie, près de la frontière grecque. Le lieu joue un rôle central. Au départ c'était un véritable pas vers l'inconnu, mais on s'est rapidement sentis chez nous : nous avons été accueillis avec curiosité, générosité et hospitalité, ce qui nous a permis de marier en douceur les besoins et l'infrastructure d'une équipe de tournage avec les besoins et le soutien du village.

Nous avons travaillé avec une petite équipe, et le film a été tourné dans un style plutôt documentaire. Le film n'a que deux séquences d'intérieur , après tout un western doit avoir lieu à l'extérieur il était donc essentiel qu'il fasse beau, et nous avons eu de la chance. Le soleil était magnifiquement lumineux et dense. Nous avions 43 jours de tournage, et chaque jour il y avait un défi. Nous avons tourné chronologiquement afin de permettre aux acteurs non-professionnels de développer leurs rôles. Nous avons travaillé à partir d'une sorte de calendrier de travail en trois phases : l'arrivée, la découverte et le duel. Chaque jour de tournage où des besoins spécifiques étaient nécessaires, comme une cascade, nous avons demandé à Valeska de nous en informer trois jours à l'avance. Pour l'équipe et les acteurs, c'était exigeant car tout et tout le monde était constamment dans l'attente. En Bulgarie, on a eu l'impression d'être aux limites de la civilisation, c'est un sentiment qui fait également partie du western classique. Mais il y a aussi ce fantasme, ce désir de liberté...Il y a ce sentiment : « Je suis mon propre héros. Puis-je recommencer, commencer une nouvelle vie, ici sur cette terre étrangère ? » Et cela fait également partie du film.

F R A N C I S L E E S C É N A R I S T E E T R É A L I S A T E U R

Francis Lee grandit dans les montagnes des Pennines dans le West Yorkshire, au Royaume-Uni.
Il étudie l'art dramatique au Rose Bruford College, puis joue dans de nombreuses pièces de théâtre ainsi qu'à la télévision et au cinéma notamment sous la direction de Mike Leigh (Topsy-Turvy) En 2012, il réalise son premier court-métrage, The Farmer's Wife, qui remporte de nombreux prix dans les festivals à travers le monde. Son second courtmétrage, Bradford-Halifax-London, connait une carrière similaire. En 2014, il tourne son troisième court, The Last Smallholder, documentaire sur son père, dernier fermier en activité sur une colline du Yorkshire.
Seule la terre est son premier long-métrage. Il a été présenté au Festival de Sundance, où il a remporté le Prix de la mise en scène, et au Festival de Berlin, où il a été récompensé par le Teddy Award du Männer Jury.




 Entretien 

ENTRETIEN AVEC FRANCIS LEE

POURQUOI AVOIR CHOISI LE YORKSHIRE POUR TOURNER VOTRE PREMIER FILM ?

J'ai grandi dans les collines isolées des Pennines, dans le West Yorkshire. C'est la terre de mes ancêtres. J'ai longtemps été fasciné par ce paysage désolé et par les gens qui s'y raccrochent coûte que coûte, gagnant leur vie en exploitant quelques hectares d'une terre peu hospitalière. Quand j'étais petit, je ne réalisais pas le pouvoir d'attraction exceptionnel de cette terre sur ceux qui y vivent et y travaillent. J'en ai pris conscience lorsque je suis allé étudier à Londres, laissant derrière moi les paysages ruraux et isolés du Yorkshire de mon enfance : je me suis demandé pour la première fois ce que le reste du monde avait à m'offrir. Le point de départ de Seule la Terre est donc un questionnement personnel : que ce serait-il passé si j'étais resté au sein de ma communauté, si j'avais exploité cette terre à mon tour et si j'y avais rencontré quelqu'un ?

'' RENCONTRER QUELQU'UN '' SEMBLE ÊTRE AU FINAL LE THÈME PRINCIPAL DE VOTRE FILM...

J'avais envie de raconter une histoire d'amour sincère et sans complaisance, de saisir le sentiment de joie mêlée d'appréhension qui accompagne la naissance d'une relation. Je voulais que l'on voie Johnny et Gheorghe tomber peu à peu amoureux l'un de l'autre et se demander comment concilier leurs différences. Je souhaitais explorer les moments que deux personnes partagent quand elles commencent à s'engager, en mettant le doigt sur les conflits qui animent les personnages. Que l'on soit homo ou hétéro, on sait tous ce que ça fait de tomber amoureux, et combien cette étape peut être difficile parfois, surtout quand les circonstances ne s'y prêtent pas. Construire une grande histoire d'amour était un défi en soi. Pour tenter d'y parvenir, j'ai tourné le film de façon linéaire et chronologique, laissant chaque scène influer sur la suivante du point de vue des sentiments, comme si je construisais l'histoire pierre après pierre. Mais je voulais aussi montrer ce qu'une telle rencontre peut signifier pour une personne isolée géographiquement et socialement, Johnny en l'occurrence, qui a dû mettre toutes ses émotions de côté, dans une communauté où les gens sont trop fatigués après de longues journées d'un travail harassant pour «se chercher», où la famille et le devoir passent avant tout, et où personne ne se soucie de savoir avec qui l'on couche, tant que les bêtes sont nourries et qu'on s'est occupé de la terre.

COMMENT AVEZ-VOUS PRÉPARÉ VOS ACTEURS ?

Le film a été entièrement tourné dans les paysages où réside et travaille encore ma famille, il était donc essentiel pour moi de raconter cette histoire de la façon la plus honnête possible. J'ai beaucoup répété avec les acteurs, nous avons exploré non seulement le cheminement émotionnel de leurs personnages, mais aussi le travail physique que ces derniers accomplissent quotidiennement. En guise de préparation, les deux acteurs principaux ont travaillé dans des fermes durant plusieurs semaines, ils se sont frottés à tous les aspects de l'élevage et de l'agriculture. Tout ce qu'ils devaient accomplir physiquement dans le film, ils l'ont appris au contact des fermiers dans les décors naturels du film : aider une brebis à mettre bas, administrer des médicaments aux animaux, écorcher un agneau, construire un mur en pierres sèches, faire du fromage, poser une clôture... Ils se sont imprégnés de ces tâches jusqu'à ce qu'elles deviennent pour eux une seconde nature. Je voulais qu''ils aient la sensation de faire partie intégrante du paysage dans lequel leurs personnages vivent et travaillent. Alec Secareanu (Gheorghe) était bouleversé par le contact avec les animaux, en particulier par l'agnelage, et c'était magnifique de le voir maîtriser ses émotions tout en jouant brillamment le rôle d'un travailleur saisonnier aguerri.
Josh O'Connor (Johnny) a perdu beaucoup de poids afin d'incarner au plus près ce travailleur sans ressources des collines du Yorkshire, cet homme qui trime chaque jour dans le froid, la pluie et le vent.
Cette phase de préparation a créé des liens très forts entre les deux acteurs et le fermier qui nous a laissés utiliser son exploitation comme décor principal. Ce lien leur a offert une compréhension intime des aspects physiques, émotionnels et logistiques de cette communauté.

AVEZ-VOUS PROCÉDÉ DE LA MÊME FAÇON AVEC L'ÉQUIPE TECHNIQUE ?

Faire ce film dans une nature hostile, avec une météo imprévisible (la neige puis la pluie pouvaient laisser place à un soleil éclatant en une seule et même journée), des animaux et une charge émotionnelle considérable, était une gageure. Mais j'ai une profonde connaissance des lieux et je suis obsédé par la précision... mon souci d'authenticité a donc été le même avec mon équipe technique, en effet.
Tout ce qui apparaissait à l'écran devait avoir sa place dans la ferme et l'environnement du film. En fait, nombre d'accessoires venaient de la ferme de mon père, à dix minutes du lieu de tournage. Quant aux costumes, ils devaient provenir de magasins qu'auraient pu fréquenter les personnages. Notre chef costumière, Sian Jenkins, s'est donc procuré les tenues des acteurs principaux au centre-ville de Keighley.

ET POUR L'IMAGE ET LE SON ?

Je voulais que la caméra soit toujours installée entre les personnages, pour qu'ils ne puissent jamais se soustraire à notre regard. Les mouvements de caméra devaient refléter non seulement les paysages, mais aussi l'état émotionnel des protagonistes. Avec Joshua James Richards, mon directeur de la photographie, nous avons cherché à dépeindre le bouleversement que Gheorghe introduit dans cet univers, sa façon de modifier son environnement, d'apporter sa propre « lumière » dans ce monde sombre et insensible.
Pour le son, je savais dès le départ qu'il serait essentiel au film. J'ai travaillé l'image et le son en même temps au montage. J'ai construit un « paysage sonore » fait de sons naturels : le bruit du vent a été soigneusement orchestré, nous avons placé stratégiquement certains chants d'oiseaux, sélectionné les bruits des moutons un par un, et le son du feu de camp a été mûrement réfléchi lui aussi. Tout a été fait pour que le son soit un élément à part entière de l'univers sombre et brutal du film. L'idée était de composer une atmosphère avec une certaine texture, en utilisant le bruit du vent presque comme un choeur, qui tranche avec l'histoire profonde et émouvante qui se déroule dans ces lieux inhospitaliers.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DU FINANCEMENT DE CE PREMIER FILM BRITANNIQUE ?

Le développement et la production du film ont été financés par le British Film Institute (BFI) et Creative England avec des fonds de la National Lottery.
Met Film Post et Paul Webster de chez PW Pictures ont complété le financement. Les producteurs du film sont Manon Ardisson pour Magic Bear et Jack Tarling pour Shudder Films. Les producteurs délégués sont Diarmid Scrimshaw et Anna Duffield pour Inflammable Films, Mary Burke pour le BFI et Celine Haddad pour Creative England.
Le BFI et Creative England mettent à profit des fonds de la National Lottery pour développer et soutenir des projets cinématographiques originaux et audacieux, encourager les nouvelles voix du cinéma britannique dans tout le Royaume-Uni, et soutenir la création de films qui enrichissent la culture cinématographique britannique et dressent un portait fidèle du pays et des histoires qu'on y raconte au XXIème siècle. Seule la Terre (God's Own Country) rejoint d'autres films soutenus par le BFI tels que The Young Lady (Lady Macbeth) de William Oldroyd, Lean on Pete d'Andrew Haigh, I Am Not A Witch de Rungano Nyoni, Dark River de Clio Barnard, Mary Shelley de Haifaa Al Mansour et bien d'autres...


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - Jean-François Julliard
Johnny tient à bout de bras la ferme paternelle, dans le Yorkhire. Les bêtes, qu'il faut nourrir et qui mettent bas. Les foins, le fumier, la lande pluvieuse, les saouleries du samedi soir et les brèves amour avec des garçons de passage. Georghe, saisonnier roumain, débarque. L'Horizon change.
Avec une grande poésie, ce film lent et terrien de Francis Lee fait parler les silences de la nature et des deux hommes, interdits devant un amour naissant.


Studio Ciné Live - Laurent Djian
Un fermier et un jeune saisonnier qui l'aide se désirent fiévreusement et s'étreignent ç l'abri des regards. Il se dégage une poésie brute, façon Andrea Arnold, de ce « Brokeback Campaingn » visuellement splendide. Mais le scénario manque tout de même de corps.

Télérama - Guillemette Odicino
Johnny, jeune homme qui n'a pas appris à sourire, travaille du matin au soir dans la ferme familiale, paumée dans le paysage aride et froid du fin fond du Yorkshire. Sa grand-mère et son père, malade et handicapé, comptent sur lui. Johnny n'a pas le choix : il doit prendre la relève, empêcher les murs de s'écrouler, les agneaux de mourir... Seules échappatoires quand il se rend au village : des bitures homériques au pub et des étreintes brutales et honteuses avec des garçons. Un jour, son père engage Gheorghe, un saisonnier roumain, pour l'aider. Le garçon sent poindre en lui une émotion nouvelle à laquelle il va, d'abord, résister...

Seule la terre est à la fois une rugueuse éducation sentimentale et une lumineuse chronique paysanne. Le décor y est pour beaucoup dans sa réussite : plans larges, magnifiques, dans des plaines caillouteuses et venteuses, où les corps des hommes, appelés à souffrir, n'ont pas le temps d'aimer. Le réalisateur porte aussi une attention particulière aux animaux, notamment lors d'une magnifique séquence : un geste de Gheorghe pour aider un agneau à survivre, qui commence dans le sang et finit dans la pure tendresse. Le réalisateur ose faire basculer la chronique sexuelle attendue en mélo romantique. Le visage de l'acteur principal, Josh O'Connor, s'illumine littéralement au fur et à mesure qu'il se rend à l'amour, qu'il chemine vers lui. Johnny se fait beau comme un avenir, enfin, redevenu possible.


Le Monde - Murielle Joudet
Coincé dans la ferme de ses parents située dans le Yorkshire, Johnny s'oublie dans le travail et l'alcool. Le jeune homme est obligé d'aider son père de plus en plus affaibli, tandis que ses amis d'enfance ont quitté la région pour faire leurs études. La vie s'écoule, monotone, jusqu'au jour où Gheorghe, un saisonnier d'origine roumaine, vient donner un coup de main à la ferme familiale. Johnny et Gheorghe noueront peu à peu des liens très forts.

Justesse et simplicité

Récompensé par de nombreux prix et premier long-métrage de son réalisateur, Seule la terre narre l'histoire d'un coup de foudre entre deux hommes avec beaucoup de justesse et de simplicité, qu'il s'agisse de filmer le quotidien d'une famille de fermiers ou les relations sexuelles entre les deux hommes, scènes qui sont tout à la fois sensuelles et pudiques.
Sans jamais se faire revendicatif, ce long-métrage échappe aux clichés qui menacent parfois les films d'idylle homosexuelle, notamment lorsque les parents devinent l'homosexualité de Johnny, cette découverte n'est pas filmée sur l'habituel mode hystérique. A cela, Seule la terre préfère l'apaisement et un romantisme tout en rétention.


Première - François Rieux
Seule la Terre vaut mieux que son postulat de départ labellisé Brokeback Mountain britannique. Certes, une romance homosexuelle fiévreuse plante ici aussi son décor dans une nature sauvage, loin de tout regard. Mais le long-métrage de Francis Lee scrute encore plus l'ennui d'une jeunesse grandie dans des patelins de cent habitants et le poids de la responsabilité familiale qui tombe sur les épaules des descendants d'exploitants agricoles. Une fatalité professionnelle qui fait partir en fumée les rêves de ces adolescents devenus trop vite des adultes. Il y a forcément du Ken Loach dans cette approche du monde prolétaire, mais où les briques rouges des maisons ouvrières et les reflets d'acier des usines auraient été remplacés par l'immensité verdoyante des collines déchirant le ciel brumeux. Un havre de paix où l'amour résonne en écho, parfois dans une bicoque décharnée, parfois autour d'un feu improvisé en plein milieu d'une plaine fantomatique. Ce minimalisme champêtre enveloppe de son écrin cotonneux cette puissante romance passionnelle qui est aussi la promesse d'une vie meilleure.



Association IRIS Saison 2018-2019
www.cine-iris.com - contact@cine-iris.com
Programmation et animation des films du jeudi soir (projections en V.O)
Festival 'Faites des courts'- ciné goûter/pizza pour les enfants
Un projet « Autour de l'animation » - Partenariat avec d'autres associations
Merci à tous pour votre soutien.
Evenements
Ciné goûter
liens
Galerie de photos
Programmes
Archives
Qui sommes nous ?
Contacts