Le rire de Madame Lin

  jeudi 01 Février   
20 H 30


ACID CANNES 2017

Ingénieur du son : Wang Yaozong,Li Peng
Producteur : Vincent Wang
Chef opérateur : Zhang Tao
Mixage son : Tu Duu-Chih,Tu Tse-Kang
Scénario, réalisation : Zhang Tao
Chef monteuse : Isabelle Mayor
Chef monteur : Zhang Tao
Producteur : Wang Yang
Prise de son : Li Yong
Etalonnage digital : Yov Moor,Saeed Asadi
Distribution : Sophie Dulac Distribution

Site officiel


 Avec 

» Yu Fengyuan - La grand-mère» Li Fengyun - Le second fils» Pan Yun - La deuxième fille
» Chen Shilan - La deuxième Belle-fille» Ruan Fengming - Le deuxième Beau-fils» Zhang Jun - Le troisième fils
» Wei Yongzhi - La troisième belle-fille


 Synopsis 

Dans un village du Shandong, une vieille paysanne fait une chute. Immédiatement, ses enfants en profitent pour la déclarer inapte et l'inscrivent malgré elle dans un hospice. En attendant qu'une place se libère, la doyenne séjourne chez chacun de ses enfants, alors qu'aucun ne veut la prendre en charge. Elle voyage ainsi de famille en famille, tandis que son état de santé et ses rapports familiaux se dégradent. Un rire désespéré et maladif finit par poindre chez cette vieille femme délaissée.



 Anecdotes 

« En 1953, le cinéaste japonais Ozu Yasujiro réalisait Le Voyage à Tokyo, et montrait l'extrême dignité d'un père.
En 2016, un jeune réalisateur chinois semble répondre au maître en nous montrant la grandeur d'une mère chinoise dont la force mérite le plus profond respect. »
Wong Kar-wai

Focus : les « vieux sans nid »

• En 2010, la catégorie 65 ans et plus représente 10 % de la population chinoise. En 2050, elle atteindra 30 % (ONU, CNRS chinois).
• 60 % des seniors chinois sont des ruraux. Parmi eux, 1/5 vivent en-dessous du seuil de pauvreté.
• Dans cette classe d'âge, le risque de suicide est 3 fois plus important chez les ruraux que chez les citadins.
• Dans la Chine rurale, le taux de suicide chez les personnes âgées est de 500 pour 100 000 habitants.
• Ce taux dans la population chinoise est de 10 suicides pour 100 000 habitants .
• Ce pourcentage a quintuplé en l'espace de 20 ans.
• Dans certains villages, une personne âgée sur trois met fin à ses jours.
• Moyenne du coût d'une visite médicale = 1,3 fois le revenu annuel d'un retraité rural
• La Chine dispose aujourd'hui de 25 places en institut pour 1000 seniors
• Une place dans un institut spécialisé coûte 8000 yuans, soit 961,98 euros, sachant que la pension mensuelle d'un retraité varie de 300 à 2000 yuans (36,07 à 240,50 euros).
• En juillet 2013, la Chine a instauré « la protection des droits et des intérêts des personnes âgées ». Cette loi exige que les enfants s'occupent des besoins « émotionnels » et physiques de leurs parents, à mesure qu'ils vieillissent.

Sources : Nathan Vanderklippe, “How China's rural elderly are being left behind and taking their lives”, in The Globe and Mail, 11/03/2016 • Dexter Roberts, “China's Rural Poor Bear the Brunt of the Nation's Aging Crisis”, in Bloomberg Businessweek, 05/01/2017 • Camille Verdier, “La vraie crise des seniors chinois prévue pour 2030”, Le Figaro, 29/07/2014 • Yu Fei, “Suicide among elderly increases”, China Daily News, 04/08/2014

BIOGRAPHIE DU RÉALISATEUR

ZHANG Tao est un réalisateur, scénariste et acteur chinois (République Populaire de Chine). Originaire de la province du Shandong, lieu de naissance de Confucius et fils de paysans, ZHANG Tao a d'abord suivi des études de droit en parallèle d'un début de carrière de fonctionnaire qu'il abandonne rapidement, dans l'optique de raconter, par le cinéma, la Chine moderne et ses évolutions. Après trois essais, il intègre finalement la prestigieuse Académie Centrale d'Art Dramatique de Pékin, au sein du département de théorie et de pratique du film dont il sort diplômé en 2015.

En 2012, au cours de ses études, il tourne le court métrage Yi Ping qui reçoit le Prix de la meilleure interprétation féminine au 9ème festival du film de l'Académie Centrale d'Art Dramatique de Pékin. En 2015, grâce à son court métrage Laughing to Die, il est de nouveau sélectionné au festival du film de l'Académie Centrale d'Art Dramatique de Pékin, pour sa 10ème édition, où il remporte le Prix du meilleur court métrage. Il reçoit aussi le Prix Spécial du Jury, à la 18ème édition du Shanghai International Film Festival, dans la catégorie court métrage. La même année, le film est présenté dans la sélection « Echange avec la Chine » du festival Premiers Plans d'Angers, dans la sélection officielle du 12ème China Independent Film Festival ainsi qu'au 68ème festival de Cannes au Short film Corner.

ZHANG Tao choisit de filmer la campagne chinoise du Shandong pour son premier long métrage, Le Rire de Madame Lin, un film francochinois coproduit par la société de production House on Fire et les sociétés Bu Tong Pictures (Chine - Beijing) et Tender Madness (Chine - Hong Kong). Soutenu par l'ACID - l'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion - Le Rire de Madame Lin a été présenté au Festival de Cannes en 2017.




 Quelques mots 

NOTES DU RÉALISATEUR

Ma grand-mère s'est suicidée à l'âge de 96 ans. Nous l'avons trouvée pendue dans sa maison.
La veille de sa mort, ses enfants lui avaient annoncé qu'ils l'installaient dans un hospice. Lors des cérémonies funèbres, je tenais la main froide de ma grand-mère. J'ai réalisé à cet instant que j'avais passé 30 ans à ses côtés. Elle m'avait pour ainsi dire élevé, et pourtant, je ne lui avais jamais manifesté la
moindre affection. Pire encore, j'avais assisté, impuissant, à la violence de ses enfants, y compris mes parents. Je les ai vus nier sa liberté et son intégrité. J'ai été profondément choqué par le manque d'empathie de ma famille, de nos amis et voisins, comme si le suicide était chose normale, une fin heureuse, voire un soulagement.
Les témoignages recueillis auprès de familles dans les campagnes m'ont révélé l'ampleur de ce drame mais surtout sa banalité. En effet, selon plusieurs études officielles, la Chine a le 3ème taux de suicide le plus élevé au monde chez les personnes âgées.
À travers mes personnages, je voulais représenter la dégradation des liens entre les générations, mais aussi montrer la vulnérabilité des paysans chinois exposés au chômage, à la paupérisation, aux crises économiques...
La Chine est un des plus vieux pays ruraux du monde. Paysans et fermiers constituent la véritable armature de la nation chinoise. Ils sont la source essentielle de l'identité chinoise.

Depuis l'ouverture de la Chine au marché et le passage du socialisme au capitalisme, les valeurs traditionnelles entrent en conflit avec les valeurs du libéralisme et les traits de la société de consommation. La grand-mère, personnage principal du film, représente la Chine ancienne et ses traditions. Devenue encombrante aux yeux de ses enfants, elle cristallise leurs frustrations et sert d'exutoire à l'injustice sociale qu'ils ressentent. J'ai donc écrit ce rôle en me basant sur l'histoire de ma grand-mère, qui, veuve à 36 ans, a toujours refusé de se remarier, pour élever ses enfants.
Elle leur a sacrifié sa vie. Comme ma grand-mère, la vieille dame du film a vécu les mutations de la Chine, l'érosion des traditions au profit d'un individualisme exacerbé. Ces femmes sont la mémoire de la Chine, les dépositaires de sa tradition et les témoins directs de son histoire contemporaine.
Pourtant, leur sort commun est de mourir dans la misère et la solitude.
Madame Lin est pleine d'amour pour sa famille, mais elle se sent de trop chez chacun de ses enfants. Elle ne leur reproche rien, alors qu'ils la délaissent ou la maltraitent.
Chacun des membres de la famille représente un aspect de l'envers du boom économique : paysans appauvris, petits commerçants qui voient fondre les économies d'une vie, enfants abandonnés par des parents partis tenter leur chance en ville... Ils apparaîtront peut-être odieux et ingrats mais à vrai dire, ils pâtissent de ce nouveau monde libéral et individualiste.
La plupart ont grandi avant l'ouverture au capitalisme, et la manière dont ils traitent cette vieille femme n'est que l'expression de leur désarroi, de la rancoeur et de la colère que suscite en eux ce monde qu'ils ne comprennent pas. De même que la vieille dame se met à rire nerveusement quand elle sent lui échapper sa famille, ses valeurs et sa propre vie.
Des acteurs, fussent-ils les meilleurs, n'auraient pu jouer le rôle de ces paysans aussi bien que ces paysans eux-mêmes. Aucun chef décorateur ne pouvait rendre compte de l'environnement où ils vivent aussi bien que la réalité même de ces murs défraîchis, de ces froides basses-cours et de ces arrières boutiques. Les fissures des murs comme les rides du visage de la vieille dame sont réelles, elles témoignent du passage parfois cruel du temps. Mon travail de mise en scène a consisté à faire voir et ressentir cette réalité. J'ai voulu capter le parler si particulier de ces paysans, le chant du coq le matin, les percussions du tambour, le grésillement des radios, et aussi retrouver la lumière brumeuse de l'hiver de la province de Shandong, l'égouttement de l'eau le long des murs, et la démarche d'une femme qui a travaillé la terre toute sa vie.
Plus que ne le ferait un documentaire, il s'agit, avec l'histoire de cette vieille dame, de raconter des conflits et des drames familiaux universels : ce que chacun rencontre quand il faut s'occuper de ses vieux parents, l'ingratitude des enfants devenus adultes, l'incommunicabilité entre parents et enfants.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Le film décrit une situation qui visiblement dépasse le simple cadre de la province où l'histoire est située.

Le vieillissement de la population chinoise est un phénomène global. Au moment où je finissais d'écrire mon scénario, selon les statistiques officielles, les plus de 65 ans représentaient 10 % de la population, soit 169 millions de personnes. Les prévisions annoncent pour 2030 une population âgée d'environ 300 millions de personnes, dont 90 % seront des personnes âgées isolées. Ce qu'on appelle en Chine les « vieux sans nid » désigne les personnes âgées sans enfants auprès d'eux, vivant seules, ou en couples isolés. On retient généralement trois types de situations : les veuves ou veufs sans enfants, les personnes âgées avec enfants qui ne vivent pas sous le même toit, et les personnes âgées restées seules parce que les enfants vivent ailleurs que dans le lieu d'origine. Ces phénomènes touchent principalement le bas de la pyramide sociale, soit les 900 millions de paysans de toute une Chine encore largement rurale.

Comment définiriez-vous l'aspect autobiographique du film ?

Tout projet créatif a bien sûr une origine, et dans mon cas, le décès de ma grand-mère maternelle en 1992 et celui de ma grand-mère paternelle en 2012 ont nourri le scénario. Cependant, le point de départ de cette histoire est le fruit de mes recherches auprès de nombreuses familles rurales de ma région. J'ai procédé ensuite à une synthèse de ces observations pour en tirer une épure, une mise en forme raisonnée qui soit cohérente avec les logiques de la vie comme avec celle de l'art du cinéma. On ne peut parler pour Le Rire de Madame Lin d'autobiographie au sens strict, car je m'écarte radicalement du type d'écriture consistant à semer le récit de signes personnels cachés. De ce point de vue, le film est une fiction dans les règles de la fiction.

Quel rôle joue cette « maladie du rire » dont la vieille dame est affligée ?

Cette maladie du rire existe, c'est une affection connue de la médecine. Il s'agirait d'une conséquence de troubles de la circulation sanguine au niveau du cerveau. Ce peut être la séquelle d'une embolie cérébrale, qui produit des mouvements incontrôlés. C'est ce qui est arrivé à ma propre grand-mère à la suite d'une embolie : elle avait perdu les capacités normales d'expression des affects, et ses rires soudains à tout instant du jour ou de la nuit faisaient le désespoir de son entourage.
Ce rire faisait souvent pleurer ma mère, et c'est ce qui est à l'origine des relations entre le personnage de la grand-mère et celui de sa deuxième fille. Dans le film, il s'agissait de construire un système de relations entre la vieille dame et ses enfants ou petits-enfants. L'apparition de la maladie du rire chez la vieille dame permet de franchir une étape dans l'évolution de ces rapports.

Comment avez-vous travaillé avec vos comédiens non-professionnels ?

Bresson appelait ses acteurs des « modèles », en référence à un contexte où tout dépend du travail de mise en scène. J'adhère à cette manière de voir : sur la base du centre du cadre, créer les personnages en éliminant toute trace et toute contrainte de « jeu ». La grand-mère du Rire de Madame Lin est une vieille dame comme on en rencontre tant, ainsi que les personnages de Kuihua, Daliang ou Yangyang, et ma troupe a tous les âges, de 2 ans à 70 ans. Je leur ai proposé de se représenter en composant ensemble le clan familial des personnages du film, et ce notamment en trouvant une totale harmonie avec Madame Lin.

Le film ne décrit-il pas aussi le déclin de toute une culture ?

Oui, car le décollage économique chinois, si rapide et si violent, a conduit à tout un ensemble de problèmes sociaux. Une des contradictions principales que le film examine est en effet un conflit entre deux cultures et deux systèmes de valeurs. Au cours du processus de modernisation de la Chine, l'économie rurale s'est désintégrée, et elle est entrée en conflit avec la montée du matérialisme et du consumérisme. Autrement dit, la civilisation rurale décline et disparaît, remplacée par les « valeurs » industrielles, en un processus irréversible.
L'émergence d'une culture s'accompagne toujours du déclin et de la disparition d'une autre, c'est une nécessité de tout développement sur laquelle il est quasi impossible de revenir. Les contradictions et les mutations qui marquent toute modernisation - depuis la révolution industrielle - ne peuvent être réduits au niveau de l'individu, c'est un énorme sujet qui engage le développement de l'humanité entière. Les grands maîtres à penser du 20e siècle, Freud, Marx et Nietzsche, ont tous pensé la culture. Marx l'analyse en termes de systèmes économiques et politiques. Freud et Nietzsche mettent l'accent sur la révolution des catégories de pensée. Leurs idées continuent, un siècle plus tard, à éclairer les structures contemporaines de l'humanité. Car aujourd'hui encore, et au-delà des spécificités nationales, chaque être est appelé à jouer plusieurs rôles : fils ou fille, époux ou épouse, père ou mère, ami ou familier... La Chine est un vieux pays de civilisation rurale, où se sont succédées des générations de paysans. Cet attachement à la terre est profondément enraciné dans la conscience de tout Chinois, et je ne fais pas exception.

Quelles influences culturelles, littéraires ou cinématographiques, citeriez-vous, notamment pour votre personnage de mère ?

Toute création est nourrie par une terre. Depuis l'enfance, j'ai été imprégné de la culture populaire chinoise, celle de l'opéra et des ballades chantées. J'allais voir et écouter l'opéra dans les bras de ma mère, l'opéra local yu, originaire du Henan, comme Le Palanquin, Qin Xianglian, La générale Mu Guiying prend les armes, ou les opéras au luth (liuqin) du Shandong, comme Le Brouet de verdures, Le Vieux père et ses fils, Condoléances de Qin Xuemei, Wang Erying la fidèle...

Ces opéras populaires cristallisent l'essence de la civilisation rurale, ils exaltent les principes de la tradition populaire : bonté, piété filiale, loyauté...

Ces principes sont le courant spirituel qui soustend mes images. Par ailleurs, les oeuvres de Lu Xun, les romans Un monde ordinaire de Lu Yao (1991), Ville frontalière de Shen Congwen (1934) et d'autres oeuvres littéraires enracinées dans la terre chinoise sont aussi pour moi des références et des modèles. J'ai grandi dans une région minière, et la mine de chez moi avait un cinéma où, du temps de l'économie planifiée, on voyait ce qui passait dans tous les autres cinémas du pays. J'y ai vu des films comme Le Vieux puits de Wu Tianming (1986), Dans les montagnes sauvages de Yan Xueshu (1985) d'après un roman de Jia Pingwa, Femme, démon, humain de la réalisatrice Huang Shuqin (1987), des films qui m'ont, parmi d'autres, laissé une profonde impression*. Le monde paysan, au fil de l'évolution du monde et de sa modernisation, s'est métamorphosé à des degrés divers. Il a été à l'origine de la richesse et de la diversité des formes d'expression artistique chinoises.

Note : *Ces romans et ces films ont tous pour sujet central la réalité des campagnes, et le choc de la modernité auquel est confrontée une paysannerie parfois impuissante face aux forces qui l'écrasent ou aux contradictions mêmes de la tradition.
Entretien réalisé par Marie-Pierre Duhamel (mai 2017)


 L'avis de la presse 

Télérama - Jacques Morice
Cheveux épais et courts formant un casque blanc, madame Lin est une vieille paysanne qui a encore toute sa tête mais dont plus personne ne veut. Vivant seule chez elle à la campagne, elle a fait une chute, sans gravité. Comme ce n'est pas la première, ses enfants s'alarment moins qu'ils ne se plaignent : ils ont autre chose à faire que de venir la relever ! Ils décident alors de l'envoyer dans un hospice, contre sa volonté.

Ce premier long métrage aborde de front un sujet de société brûlant en Chine, mais aussi partout ailleurs : le sort de plus en plus préoccupant des seniors. D'emblée, ce jeune réalisateur sait créer une empathie forte pour cette madame Lin qui parle peu, mais à bon escient. Un personnage rejeté, dont les regards, les silences, les gestes lents nous vont droit au cœur, sans qu'il y ait la moindre trace de chantage à l'émotion.

Le film est âpre, sec, tout près du documentaire, servi par des comédiens non professionnels excellents.
La fiction s'épanouit pourtant, au fil d'un récit qui nous emmène de la campagne à la ville, entre basse-cour hivernale et arrière-boutique encombrée. Car, en attendant qu'une place se libère à l'hospice, madame Lin passe du temps chez chacun de ses enfants. Certains sont odieux, d'autres plus compatissants.

Le cinéaste décrit un monde rude, mais où la douceur et la gentillesse affleurent également, à travers les plus jeunes, surtout. Comme dans cette jolie séquence où une petite fille lave patiemment les cheveux de madame Lin, couchée de tout son long. Vient ensuite le temps où l'état de santé de cette dernière se dégrade. Un rire nerveux, incontrôlable, proche du sanglot étouffé, s'empare d'elle quelquefois, surgissant de manière inopinée. Un rire comme un refus, révélateur d'une injustice flagrante et d'un étau que l'on sent se refermer de plus en plus. Vers la fin, dans le froid glacial d'une étable, le film élève madame Lin au rang de bouleversante héroïne tragique.



Le Canard Enchaîné - David Fontaine
Dans la province du Shandong, une vieille paysanne est inscrite à l'hospice par ses enfants, qui complotent pour se débarrasser d'elle. Face à cette cruelle comédie sociale, elle est prise d'un rire irrépressible, qui horrifie ses proches.
Maupassant en Chine ? Ce remarquable premier film de Zhang Tao lui a été inspiré, au départ, par le suicide de sa grand-mère, à 96 ans, et plus largement par le fléau social de la mort volontaire chez les seniors chinois, broyés par le choc des systèmes... Joué par des paysans du cru, le scénario s'élève cependant au thème universel de l'ingratitude des enfants. Le grand Wong Karwaï voit dans le film la « grandeur d'une mère chinoise dont la force mérite le plus profond respect »
Dû ou non à la dégénérescence cérébrale, ce rire subversif, quasi nietzschéen, reste en mémoire comme un pied de nez face au carcan de l'Etat chinois...


Le Monde - Thomas Sotinel
Ce n'est pas tout à fait une antiphrase : Madame Lin, la pauvre héroïne du premier long-métrage de Zhang Tao rit, de plus en plus fort, de plus en plus souvent. Mais ces éclats ne sont que le symptôme d'une condition qui va se dégradant – condition physique et mentale, condition sociale, celles d'une vieille femme qui ne trouve plus de place, ni dans son village, ni dans sa famille, qui finit par pouffer au lieu de sangloter.
Le Rire de Madame Lin apporte une pierre supplémentaire à la grande muraille de films qui tente de cerner le bouleversement survenu en Chine depuis la victoire de Deng Xiaoping. Passionnant dans ce qu'il montre du délitement des liens sociaux et familiaux, le film de Zhang Tao reste trop fruste dans son expression pour atteindre autrement que par éclairs l'intensité dramatique à laquelle le cinéaste aspire manifestement.

Succession de tragédies

Octogénaire, Madame Lin vit dans une masure. Après une mauvaise chute, ses enfants décident de la placer dans un de ces mouroirs dont la République populaire de Chine n'a pas l'exclusivité. Mais il n'y a pas encore de place, et, en attendant, l'aïeule est trimballée de la maison presque cossue de l'un à la ferme délabrée de l'autre. Cette situation permet au réalisateur de présenter un échantillon des franges inférieures de la classe moyenne chinoise : enseignant-fermier, petit commerçant, travailleur migrant.

A des degrés divers, tous ces rejetons témoignent à leur mère la même indifférence, pendant que les conjoints laissent libre cours à leur hostilité. L'accumulation de ces disputes familiales, encore alourdie par une succession de tragédies, petites ou grandes (un adolescent est arrêté par la police, un chauffeur de camion est victime d'un accident) finit par peser sur le mouvement du film. D'autant que la mise en scène – qui recourt à l'excès aux plans fixes pris dans l'embrasure d'une porte – ne fait rien pour donner un peu de vie à l'ensemble. Il faut attendre les dernières séquences pour que Le Rire de Madame Lin arrive à communiquer la grande tristesse qui l'habite.


Positif - Alain Masson
Si la fragmentation du récit en scènes isolées par un seul cadrage contribue puissamment au sentiment d'authenticité qu'entendent produire la mise en scène et le dialogue, parce que ces scènes apparaissent comme de simples prélèvements arrachés au réel, il faut avouer que cette façon de faire voir ne favorise pas le dynamisme d'une intrigue : aucune progression, rien d'inattendu pour conduire à l'inévitable dénouement.

Le Nouvel Observateur - François Forestier
Madame Lin, 86 ans, doit être placée dans une maison de retraite, un "endroit où on respecte les aïeux" dans la terminologie chinoise. Attendant qu'une place se libère, la vieille dame plonge dans un cauchemar : ses enfants, impatients, sont sans égards et voudraient se débarrasser d'elle.

Tandis que la situation se détériore, il ne reste qu'à contempler l'absurdité de la vie – et de la mort – dans la Chine actuelle : urbanisation galopante, pauvreté endémique, humiliation permanente. Zhang Tao, pour ce premier film, adopte un style documentaire (acteurs non professionnels) : le regard est terrible, la tragédie vire à l'horreur. C'est intéressant, certes, mais pourquoi doit-on s'infliger ce spectacle?


Libération - Marcos Uzal
Dans un village du Shandong, une vieille paysanne jugée invalide est successivement recueillie par chacun de ses enfants, qui se la refilent sans scrupule, comme un encombrant problème, en attendant une place dans un hospice. Selon Zhang Tao, le réalisateur, cette histoire simple et cruelle évoque un phénomène social important en Chine : l'isolement et le dénuement de plus en plus grand des personnes âgées, ceux que l'on nomme là-bas les «vieux sans nid». Le choix des décors et des acteurs non professionnels donne incontestablement une valeur documentaire au film, mais le cinéaste s'en contente avec une certaine paresse, en étirant poussivement des plans séquences souvent approximativement cadrées. Il semble chercher à se tenir à équidistance du singulier (ses personnages) et du général (son propos), ce qui place maladroitement sa caméra et son spectateur dans une drôle de position, trop lointaine pour que l'on soit vraiment touché, sans non plus assumer la distance tranchante de l'entomologiste ou le recul empathique de l'observateur esthète (à la Hou Hsiao-hsien, auquel le film fait vaguement penser). Mais le déroulement trop mécanique et démonstratif du récit s'enraye lorsque survient le rire nerveux de la silencieuse Madame Lin, un gloussement qu'elle ne semble pas contrôler et qui surgit surtout quand les autres se mettent à pleurer ou s'emportent contre elle.

Studio Ciné Live - Antoine Le Fur
Le scénario poussif et l'absence de mise en scène rendent ce film terriblement ennuyeux, malgré une bonne idée de départ.

Les Inrockuptibles - Jean-Baptiste Morain
Madame Lin n'est plus toute jeune. Elle vit seule dans sa ferme triste et pauvre de la province chinoise du Shandong. Un jour, elle fait une chute et ses enfants, contre son gré, décident de la caser au plus vite dans un hospice. Heureusement, il n'y a pour le moment pas de place (scène terrible, à la limite du comique, où madame Lin visite sa future chambre en présence de celle qui l'occupe encore...

La Croix - Corinne Renou-Nativel
Il est des chutes qui en augurent bien d'autres. Une très vieille paysanne, madame Lin, vit seule dans une modeste maison d'un village du Shandong, une province de l'est de la Chine. Autonome, elle fait sa toilette, prépare ses repas, vient en aide à une voisine et, comme elle l'a certainement fait toute son existence, ne demande rien à personne. Mais un jour elle tombe et l'un de ses fils décrète qu'elle doit partir à l'hospice. « Ce sera mieux. Rappelle-toi la tante folle qu'on a retrouvée plusieurs jours après sa mort avec des asticots. »

Qu'importe le refus obstiné de Madame Lin, elle partira vivre chez ses enfants en attendant qu'une place se libère à l'hospice. « Profitons qu'elle aille bien pour la recevoir chacun à notre tour. » Prématurément veuve, elle a élevé ses six enfants âgés de quelques mois à 13 ans au décès de son mari. Elle passe donc du foyer des uns aux autres, instituteur du village, paysan pauvre, commerçant menacé par la faillite ou citadin qui a réussi, suscitant toujours dans son sillage au mieux l'indifférence, au pire l'hostilité, ce qui fait naître en elle un étrange rire.

Un film nécessaire à son auteur

C'est suite au suicide de sa grand-mère alors âgée de 96 ans que Zhang Tao a entrepris de réaliser son premier film. « Nous l'avons trouvée pendue dans sa maison. La veille de sa mort, ses enfants lui avaient annoncé qu'ils l'installaient dans un hospice. (...) Elle m'avait pour ainsi dire élevé et pourtant, je ne lui avais jamais manifesté la moindre affection. Pire encore, j'ai assisté, impuissant, à la violence de ses enfants, y compris mes parents. Je les ai vus nier sa liberté et son intégrité. »

Le suicide des anciens dans la Chine rurale

Pourtant, ce long-métrage offre une radiographie saisissante de la Chine rurale et évidemment de la condition de ses aînés. Le décollage économique du pays a pulvérisé les valeurs traditionnelles de solidarité et de respect des anciens. Dans des villages où la pauvreté le dispute à l'individualisme, les personnes âgées représentent un fardeau et personne ne se gêne pour le leur signifier. Conséquence terrible au cœur du film de Zhang Tao, dans la Chine rurale le taux de suicide des personnes âgées est cinquante fois supérieur à celui de la population générale. Dans certains villages, c'est une personne âgée sur trois qui met fin à ses jours. Le Rire de Madame Lin illustre avec clarté comment elles en arrivent à ces extrémités.


Cahiers du cinéma -
Sans grand souffle de vie, le film ne fait qu'effleurer le drame intime que constitue cette fracture générationnelle dans une mise en scène souvent littérale.



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