Jusqu'à la garde

  jeudi 29 Mars   
20 H 15


Chistera du meilleur film - Prix du public long métrage français

Montage : Yorgos Lamprinos
Production : KG Productions
Son : Julien Sicart,Julien Roig,Vincent Verdoux
Directrice de la photographie : Nathalie Durand, a.f.c.
Chef décorateur : Jérémie Sfez
Directrice de production : Christine Moarbes
Coproduction : France 3 Cinema
Scénario, réalisation : Xavier Legrand
Chef costumière : Laurence Forgue Lockhart
Directrice de casting : Youna de Peretti A.R.D.A.
1ère assistante de production : Marie Doller
Distribution : Haut et Court

Site officiel


 Avec 

» Denis Mélochet - Antoine» Léa Drucker - Miriam» Thomas Gioria - Julien
» Mathilde Auneveux - Joséphine» Mathieu Saïkaly - Samuel» Florence Janas - Sylvia
» Saadia Bentaieb - La juge» Sophie Pincemaille - Maître Davigny» Emilie Incerti-Formentini - Maître Ghénen


 Synopsis 

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d'un père qu'elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu'elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n'arrive.


 Anecdotes 

À PROPOS DE
XAVIER LEGRAND

En parallèle d'une carrière de comédien au théâtre, à la télévision et au cinéma, c'est en 2013 que Xavier Legrand tourne son premier court métrage Avant que de tout perdre, qui est sélectionné dans une centaine de festivals à travers le monde. Nommé aux Oscars en 2014, le film a obtenu de nombreuses récompenses, notamment quatre Prix (dont le Grand Prix du Jury) au Festival International du Court Métrage de Clermont- Ferrand en 2013 et le César du Meilleur Court Métrage en 2014. Jusqu'à La Garde est son premier long métrage.




 Quelques mots 

Lion d'Argent de la mise en scène et prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise en 2017, Xavier Legrand et son actrice Léa Drucker nous parlent de Jusqu'à la garde, leur film choc sur la violence conjugale.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC
XAVIER LEGRAND

Comme dans votre court-métrage, Avant que de tout perdre, vous abordez un drame social, la violence conjugale, en mettant le spectateur sous tension.

La peur est à l'origine de Jusqu'à La Garde. La peur que suscite un homme prêt à tout pour retrouver la femme qui veut se séparer de lui et fuir son extrême violence. Le personnage d'Antoine, interprété par Denis Ménochet, est une menace permanente pour ses proches. Il met son entourage sous tension, il n'entend que sa douleur, il est prêt à manipuler quiconque, y compris ses enfants. Les femmes qui ont subi des violences conjugales, comme celle jouée par Léa Drucker, sont tout le temps en alerte, elles savent que le danger peut surgir de n'importe où, n'importe quand, et n'épargner personne. En France, une femme meurt tous les deux jours et demi des suites de ces violences, et même si les médias en parlent, le sujet reste tabou. Les victimes ont peur de se confier, les voisins et les proches ne disent rien, ils ne veulent pas s'immiscer dans un couple, une histoire privée. Le secret reste lourd.
Je ne voulais pas en parler à la manière d'un dossier d'actualité. Comme dans Avant que de tout perdre, je désirais sensibiliser le public à ce drame en le traitant avec les armes du cinéma qui me passionne depuis toujours, celui d'Hitchcock, d'Haneke ou de Chabrol, un cinéma qui fait participer le spectateur en jouant avec son intelligence et avec ses nerfs.
Vous citez d'ailleurs La Nuit du Chasseur de Charles Laughton et Shining de Stanley Kubrick comme vos principales sources d'inspiration pour aborder ce sujet de société.

Trois films m'ont guidé dans l'écriture : Kramer contre Kramer, La Nuit du Chasseur et Shining. Je les ai oubliés ensuite, au moment du tournage, mais ils m'ont aidé à réfléchir aux thèmes que je voulais traiter, et à trouver les humeurs et les ambiances que mes personnages traversent. Kramer contre Kramer est un film sur le droit parental qui m'a beaucoup marqué. On y voit, pour la première fois, une femme abandonner l'exclusivité de la garde de ses enfants et il dépeint, avec une acuité terrible, la douleur de la séparation. La Nuit du Chasseur montre comment l'on peut se montrer sans concession avec les enfants pour arriver à ses fins. Shining m'a inspiré pour la dernière partie de mon film, la folie, l'enferment, la terreur. La violence conjugale peut mener à l'épouvante pure et c'est ce que je voulais raconter.

Comment avez-vous utilisé et travaillé les différents genres cinématographiques - réalisme, drame social, suspense, thriller - pour enrichir les différents aspects de votre film ?

Je me suis d'abord beaucoup documenté. J'ai fait des investigations auprès d'une juge aux affaires familiales, interrogé des avocats, des policiers, des travailleurs sociaux et même des groupes de parole d'hommes violents. Un sujet aussi délicat exige d'être au plus proche de la réalité tout en évitant de tomber dans l'écueil du simple documentaire, ou d'un drame social qui ne raconterait finalement qu'un fait divers. C'est en inversant le point de vue de l'histoire que j'ai pu mettre en exergue le suspense du quotidien. J'ai adopté une dramaturgie où nous suivons bien un « héros » : Antoine, mais du point de vue des différents obstacles qu'il doit surmonter pour arriver à ses fins : la juge, son fils et son ex-femme. Ainsi le spectateur vit en temps réel le doute de la juge, la pression subie par l'enfant et la terreur de la femme traquée. J'ai voulu donner une lecture politique et universelle du sujet, tout en plongeant le spectateur dans une histoire de cinéma de genre (celui du monstre qui cherche sa proie), où le suspense et la tension alimentent le récit et vice-versa.

Pour votre premier long métrage, vous faites des choix assez fermes de mise en scène, très nets, notamment dans votre travail sur le son.

Oui, il n'y a quasiment pas de musique dans le film. La tension vient de l'utilisation des bruits du quotidien et de leur relief, l'écho dans un appartement, le clignotant d'une voiture, une horloge, une alarme. J'y ai pensé très tôt, la dramaturgie sonore était déjà présente dans le scénario. Je ne cherche pas à faire basculer l'histoire dans un climat fantastique, mais à capter le bruissement d'une réalité anxiogène. Pareil pour la mise en scène, je n'ai pas cherché d'effets spectaculaires, mais plutôt la répétition des mêmes cadrages, dans les endroits qu'on visite plusieurs fois, pour créer un sentiment de familiarité, mais d'enfermement aussi, l'impression qu'on entre dans une spirale infernale.

Qu'est-ce qui vous a mené à explorer ce même thème dans vos deux premiers films ?

J'avais déjà Jusqu'à La Garde à l'esprit quand j'ai tourné Avant que de tout perdre.
C'est un sujet qui me touche en tant que citoyen et qui n'est sans doute pas assez traité. Mon court métrage m'a emmené partout en France, parfois à l'étranger, pour le montrer dans les écoles afin de pouvoir en débattre et sensibiliser les jeunes sur ce sujet. Je voulais continuer à m'interroger sur la nature de cette violence, sur la domination masculine, sur le couple, la folie de la possession et, comme je suis passionné de faits divers, sur la famille au coeur desquelles se trament la plupart des crimes. Je désirais aussi en apprendre plus sur la distinction entre le couple conjugal et le couple parental. Un conjoint violent, un mauvais conjoint, fait-il forcément un mauvais parent ? Comment en décider ? Comment en juger ? J'ai enquêté sur ce sujet. J'ai rencontré un juge des affaires familiales et je l'ai suivi dans son travail.

Vous commencez le film de manière presque documentaire par une scène d'un réalisme saisissant où le couple passe devant le juge.

Il faut savoir que ces audiences sont très courtes. Environ vingt minutes pendant lesquelles tout se décide de l'avenir des enfants. La justice estime que si la violence est dirigée vers le parent et non l'enfant, il n'y pas de raison de rompre le lien.
Or c'est une question d'une grande complexité car, même s'il y a pour l'enfant un besoin légitime d'avoir ses deux parents, il peut cristalliser le conflit et devenir un moyen de pression, un instrument pour le conjoint écarté qui n'arrive plus à atteindre sa compagne.
Le juge traite une vingtaine de dossiers par jour. Il n'a que quelques minutes pour évaluer la situation et tenter de faire respecter le droit face à des gens fragiles qui jouent souvent un rôle, face à des avocats plus ou moins habiles. J'ai tenu à rendre la tension et la charge émotionnelle de ce moment en le filmant dans l'intensité de sa durée, et en installant le spectateur à la place du juge. Les personnages sont placés sur un pied d'égalité, présentés par leurs avocats respectifs. Qui le public va-t-il croire ? Que voit-il se dérouler sous ses yeux ? À quel genre de plaidoirie est-il sensible ? Il est plongé dans l'incertitude, il doit se faire son idée. Le film lui montre ce qui se passe ensuite, ce que le juge ne verra pas.

Vos comédiens rendent formidablement cette fragilité et cette charge émotionnelle, comment les avez-vous choisis, comment les avez-vous dirigés ? Et plus particulièrement les deux jeunes acteurs ?

J'ai écrit avec Léa Drucker en tête. Pour moi, elle se confond avec le personnage de Miriam, par son mélange de force et de fragilité, une femme très concrète qui ne s'abandonne jamais au pathos. Une femme sur laquelle la tempête est passée et qui doit se reconstruire dans la fuite. Léa a beaucoup travaillé son rôle seule avant le tournage, et je ne lui ai donné que peu d'indications psychologiques. J'ai simplement insisté sur le fait qu'à aucun moment, elle ne devait jouer la victime.
Je l'avais vue dans un court métrage où elle forme un couple très amoureux avec Denis Ménochet et, comme je le trouve excellent comédien, j'avais envie de le retrouver avec elle dans une autre situation, un autre temps de l'amour. Avec Denis, j'ai beaucoup travaillé sur le plateau. Nous avons discuté des moindres détails. C'est un rôle dur où il doit aborder de front la violence, la manipulation, la noirceur sans qu'on perde son personnage, sans qu'on le rejette et qu'on refuse de le comprendre. Il doit se glisser dans la peau d'un homme malheureux, en butte à lui-même, qui essaye de se faire aimer, mais vit dans le déni. Denis Ménochet sert le rôle à merveille. Il porte en lui cet alliage de virilité robuste et de blessure enfantine qu'on retrouve souvent chez les hommes qui violentent leur femme.
Pour ce qui est du travail avec Thomas Gioria et Mathilde Auneveux, j'ai dû procéder de manières très différentes. Pour Thomas, dont c'est la première expérience en tant qu'acteur, il était très important pour moi qu'il comprenne ce qu'est la vérité du travail de comédien, et qu'il différencie bien la réalité de la fiction d'autant que sa partition est très difficile puisque son personnage traverse des situations extrêmes. Du casting jusqu'au tournage, Amour Rawyler, spécialisée dans le coaching pour enfant, l'a préparé à aborder le travail que nous allions faire sur le tournage. Thomas a une qualité très rare pour son âge et digne des meilleurs acteurs : c'est son écoute et sa respiration. J'entends par « écoute » sa présence, sa façon d'écouter ce que son partenaire lui dit. Thomas parle avec ses yeux, dialogue avec l'intensité de sa respiration. Son écoute est entière, pleine, sans tricherie. Notre travail avec la coache a été de mettre en valeur ses qualités tout en préservant sa spontanéité, si précieuse pour le jeune acteur qu'il est. Pour Mathilde, qui joue Joséphine, c'était surtout un travail de répétitions car les séquences qui la concernent étaient techniquement difficiles, puisqu'elles sont toutes en plan séquence, donc d'une précision rigoureuse - que ce soit la scène des toilettes ou de son anniversaire. Il fallait absolument qu'elle connaisse son parcours à la seconde près, pour qu'elle puisse se sentir libre de jouer malgré beaucoup de contraintes.

Julien et sa soeur Joséphine ont des rôles importants dans le film qui leur demandent d'exprimer beaucoup d'émotions différentes avec peu de mots.
Comment contribue le point de vue des enfants et surtout celui de Julien au film?

Si les enfants ont très peu de dialogues c'est parce que c'est l'essence même du sujet : dans la violence conjugale, les enfants n'ont généralement pas leur mot à dire. Même si leur parole est entendue, elle n'est que très rarement écoutée. L'histoire s'ouvre sur la juge lisant l'audition de Julien devant ses parents. Cette ouverture cristallise toute la problématique du film : la conjugalité et la parentalité. Julien, étant le plus jeune, est au centre du conflit. Il y a généralement deux développements distincts pour les garçons ayant grandi dans un climat de violence conjugale : soit ils reproduisent cette violence, soit ils développent un syndrome d'hyper-vigilance pour la contrer en permanence. Julien appartient à cette seconde catégorie : il est continuellement aux aguets, usant de ses modestes moyens pour protéger sa mère. Joséphine, elle, va atteindre sa majorité. Elle aussi élevée dans un climat de violence, développe un phénomène propre aux adolescentes : elle fuit une cellule familiale pour en créer précocément une autre. C'est ce qu'il se passe lorsque Joséphine part avec son petit ami Samuel après son anniversaire.
À travers les enfants, je montre les différentes répercussions que la violence conjugale peut causer dans une même famille, et ce, de manière « transgénérationnelle ». Joséphine reproduit un schéma familial : elle devient mère très jeune tout comme sa propre mère Miriam semble l'avoir été. On peut également envisager que sa grand-mère avait déjà construit ce phénomène. Plusieurs générations de femmes qui semblent fuir l'autorité parentale en devenant le plus tôt possible mères à leur tour.

À PROPOS DE
XAVIER LEGRAND

En parallèle d'une carrière de comédien au théâtre, à la télévision et au cinéma, c'est en 2013 que Xavier Legrand tourne son premier court métrage Avant que de tout perdre, qui est sélectionné dans une centaine de festivals à travers le monde. Nommé aux Oscars en 2014, le film a obtenu de nombreuses récompenses, notamment quatre Prix (dont le Grand Prix du Jury) au Festival International du Court Métrage de Clermont- Ferrand en 2013 et le César du Meilleur Court Métrage en 2014. Jusqu'à La Garde est son premier long métrage.

Lion d'Argent de la mise en scène et prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise en 2017, Xavier Legrand et son actrice Léa Drucker nous parlent de Jusqu'à la garde, leur film choc sur la violence conjugale.

Léa Drucker : J'ai ce souvenir de voir Xavier Legrand recevoir un César, puis d'aller me coucher enceinte de six mois, avant de me lever tôt le lendemain pour partir assister à Los Angeles à la cérémonie des Oscars. On n'avait pas de limousine, parce qu'on était fauchés : louer une limousine, ça coûte horriblement cher. Vanessa Paradis avait été très gentille : comme Denis Ménochet et moi avions tourné avec elle [dans Je me suis fait tout petit, ndlr], elle nous a envoyé la limousine de Johnny Depp pour nous emmener aux Oscars. (Rires) C'était assez incroyable ! Tout ça à partir de ce tournage à Montbéliard où on dormait dans un camping-car – où on était très bien, d'ailleurs ! – le voyage avec ce court métrage a été surréaliste.

Xavier Legrand : Cette nuit folle où on avait peu dormi et où on se retrouve avec Meryl Streep et Cate Blanchett, on avait envie de se pincer ! C'était un peu comme au manège !

LD : A tel point qu'on en oublie l'enjeu ! On est au spectacle. Régulièrement, Samuel L. Jackson se penchait par-dessus moi pour parler à quelqu'un, ou John Travolta... Un autre souvenir qui n'a rien à voir avec le glamour, mais qui était très puissant aussi : à chaque projection, des femmes venaient témoigner de choses intimes. C'était sûrement ça, le plus important, pour moi : de sentir que le film était reconnu comme sonnant juste d'emblée, par rapport au sujet.

Comment s'est imposée l'idée d'en faire une suite en long métrage ?

XL : Mon projet, à la base, était de faire trois courts métrages sur ce sujet en traversant trois temps différents de ce couple. J'étais en montage du court et je voulais entrer en écriture de la suite le plus vite possible, alors je me suis dit qu'en fait, vu ce que je voulais raconter, le format court ne me laisserait pas assez de temps. Pour Avant que de tout perdre, c'était idéal : tout se passe en une journée où on voit le personnage de Léa Drucker s'organiser pour fuir. Pour le reste, côté dramaturgie, j'étais piégé. En plus, j'ai fini par trouver stupide d'en faire deux films. Le deuxième court métrage aurait été sur le divorce et la garde et le troisième sur la tentative d'homicide. J'ai trouvé ça maladroit de les séparer, finalement. On ne peut pas les dissocier. J'ai donc décidé d'en faire un long. A partir de là, je me suis posé tous les problèmes qu'on se pose habituellement pour écrire un scénario de long métrage.

Nous avons su que le film était en préparation en septembre 2015 mais, à la demande de Xavier, nous ne l'avons révélé qu'en juin 2016. Pourquoi tant de discrétion ?

XL : Je voulais garder le projet secret parce que je ne voulais justement pas que les gens pensent qu'il s'agissait de la suite directe d'Avant que de tout perdre et s'en fassent une idée a priori. Je commençais justement à écrire mon film en pensant à ceux qui n'avaient pas vu le court métrage et ne connaissaient pas du tout les personnages. Je crois que j'ai attendu qu'on oublie un peu ce court métrage et son succès, justement.

La famille est restée intacte, du court métrage au long. Tous les acteurs reviennent sauf Miljan Chatelain auquel succède Thomas Gioria dans le rôle de Julien. Pourquoi ?

XL : Il s'est passé quatre ans. L'histoire se déroule plutôt un an après la fuite. C'est donc important que l'enfant n'ait pas douze ans, mais plutôt neuf ou dix. Les juges peuvent considérer qu'à partir de douze ans, les enfants ont l'âge du discernement, mais pas avant. Mais ce n'est pas grave : dans Lanta Barbara, Kelly Capwell Perkins a été jouée par trois comédiennes différentes ! (Rires)

LD : C'est vrai. On en a beaucoup parlé pendant la préparation du film. (Rires)

Thomas Gioria est parfait dans son rôle, mais il a dû traverser un tournage très éprouvant pour lui. Comment l'avez-vous protégé de ce climat violent tout en lui faisant jouer sa partition ?

XL : Il faut d'abord trouver l'enfant qui ait ce talent d'acteur, ainsi que la maturité et le désir de faire un film. Il faut aussi s'assurer que ce soit bien son désir à lui, sincèrement. Après, il faut lui faire comprendre ce que c'est que le jeu. Quelle est la frontière entre la réalité et la fiction. Comment on peut mettre ses vraies émotions au service d'un personnage. Ça l'aide à établir de la distance. Et il faut aussi lui rappeler très souvent qu'il doit se sentir à l'aise sur le tournage et que dès qu'il sent que ça ne va pas, on arrête. On refera la prise plus tard. Il faut qu'il soit en confiance. Et c'est aussi à lui de ne pas y aller par quatre chemins. J'ai beaucoup discuté avec lui de la violence conjugale pour qu'il comprenne ce qui se cache derrière les mots et de quoi va parler le film. A partir de là, on travaille avec lui comme avec tout acteur. Il était juste et dès qu'on disait : "Coupez", même s'il avait traversé une scène très dure, avec beaucoup d'émotions, il se mettait à rire, il jouait au foot avec Denis Ménochet... C'est une intelligence de jeu qu'il faut détecter et approfondir avec lui.

Léa Drucker partage de nombreuses scènes avec lui. Vous ne vous êtes jamais sentie trop bousculée pendant les prises ?

LD : Non, on était très précautionneux. C'était assez particulier pour moi parce que je jouais dans ces séquences avec lui. Il fallait aussi que j'assure, avec mes propres appréhensions d'actrice. Il fallait que j'arrive à jouer ces choses assez puissantes. Pendant ces séquences avec Thomas, j'introduisais souvent une petite distance pour continuer à le voir comme un partenaire de jeu, comme un acteur professionnel et pas comme l'enfant avec lequel on fait des blagues et on joue au Uno. Et comme il a tout comme moi le plaisir du jeu, il a très vite compris ça. Il est précoce. Il a compris que le travail du comédien était un engagement personnel qui implique de livrer quelque chose d'intime, sans que les gens sachent de quoi il s'agit. Il est très intelligent.

Il était particulièrement entouré?

Xavier portait un regard très sain sur lu, et par ailleurs il avait un formidable coach, attentif en permanence. On prenait le temps de lui demander s'il allait bien, on n'a jamais méprisé ses émotions et on ne les a jamais utilisées sans son accord. Que ce soit avant le tournage, dans la préparation, où pendant la production. Il fallait qu'on soit sûrs qu'il était partant pour ce qu'on lui demandait de faire et il l'exprimait de façon plus spontanée que moi. Je voyais qu'il y a avait une façon d'aborder les choses noueuses et une autre façon pour qu'il s'amuse sans problème. Il prenait du plaisir à tourner dans un film de cinéma et même à jouer dans des séquences impressionnantes. Moi aussi mais je ne l'exprimais pas de la même manière. D'autre part, on fonctionnait vraiment en duo : je n'aurais pas pu faire ce que je faisais sans lui et inversement. On avançait ensemble.

Le rôle tenu par Denis Ménochet demande beaucoup d'énergie mais l'expose moins au danger que vous. Restiez-vous à l'aise avec lui quand il se mettait dans son rôle ?

LD : Je ne me suis jamais sentie menacée physiquement. C'est un acteur qui va très loin, qui est très engagé dans ses rôles, qui travaille énormément, en s'astreignant à une grosse préparation, très intense. Par contre, il y a eu des moments où physiquement, on mettait de plus en plus d'espace entre nous deux. J'en ai parlé avec lui. On se connaît bien : on a beaucoup tourné ensemble. Entre deux prises, je fuyais à cent mètres de lui faire autre chose. L'histoire avançait : on a tourné de façon chronologique. Il y avait des scènes qui étaient troublantes à jouer et même avec un partenaire avec qui on est en confiance, ça remue. C'est un mélange d'amour, de rejet, de tendresse. Comme un numéro d'équilibriste.

Pourquoi tourner le film dans sa chronologie, justement ?

XL : C'est particulièrement important pour Thomas, puisqu'il est de plus en plus malmené au fil du film. Il s'agissait de sa première expérience. Pour la dernière scène, il avait beaucoup plus confiance en lui. Il était copain avec tout le monde. Alors qu'au début, il se montrait plus craintif : il a même eu plus peur du perchman, parce qu'il ne comprenait pas ce qu'il faisait, que de Denis à la fin du film. Le fait que nous ayons eu très peu de décors nous permettait aussi de tourner dans la chronologie.

Xavier Legrand est comédien avant d'être acteur. Est-ce que ça se sent, dans sa mise en scène ?

LD : Oui. Il respecte la méthode de travail de chacun et se débrouille pour qu'on puisse travailler individuellement, librement, tranquillement. Xavier a aussi un vrai regard de spectateur quand il est derrière la caméra. Dès qu'il est derrière le combo, il retrouve son regard d'acteur, mais surtout de spectateur. Il y a vraiment quelque chose de sensible qui se passe et qui nous donne un bon repère pour savoir si on met le curseur assez haut, si on est dans les bonnes intentions, les bons regards, les bons silences... Il y a quelque chose de musical qui n'appartient qu'aux acteurs. Les directions sont souvent musicales aussi : il faut savoir jouer sur les silences.

Les silences sont en effet essentiels dans ce film. Est-ce qu'ils expliquent le choix de se passer de musique, hormis dans la scène de l'anniversaire de Joséphine ?

XL : Oui, mais ce n'est pas la seule raison. Je voulais que les spectateurs puissent entendre le souffle de la vie, la terreur du quotidien. Je voulais que les sons prennent un sens plutôt que de fabriquer une peur, une terreur ou une tension avec une nappe musicale sentimentaliste qui ne m'intéressait pas pour traiter ce sujet.

Avez-vous entendu des témoignages de femmes battues qui vous ont inspirée pour trouver le personnage de Myriam ?
LD : Comme on avait déjà trouvé le personnage sur le court métrage, la question ne se posait plus. Dès la lecture du scénario, je comprenais le personnage, je ne sais pas pourquoi. C'était comme quelqu'un que j'aurais déjà connu. Ensuite, c'est vrai que ces témoignages entendus après le tournage m'ont alimentée. Ils me sont restés, ils m'ont touchée et je les ai gardés en moi. Certains m'ont servi pour Jusqu'à la garde. Mais je ne suis allée chercher personne : j'avais du mal à me dire que j'allais demander à quelqu'un de me raconter ses histoires. J'aurais peut-être dû le faire, mais je n'ai pas osé.

Jusqu'à la garde" sort précédé d'un énorme succès en festivals, à Venise mais aussi à Saint-Jean-de-Luz et à Angers. Est-ce que ça vous donne confiance pour sa sortie ?

LD : De façon générale, je ne suis pas convaincue de grand-chose, mais là, je suis sûre d'être dans un bon film. (Rires) Comme pour le court métrage, j'étais convaincue d'être dans un bon court métrage. Après, il y avait tout à faire, mais j'avais cette intime conviction que c'était puissant. Ça ne veut rien dire pour l'avenir du film, mais c'est un point de repère extrêmement important pour moi. Cette conviction, on l'a rarement et je l'ai eue sur ce film-là. Moi qui adore aller au cinéma – c'est une vraie passion –, je savais que j'étais dans un film que je voulais aller voir.

XL : Moi non, pas du tout. (Rires) Avec les prix en festivals, j'ai compris que j'avais fait quelque chose que les gens aimaient et avaient envie de conseiller aux autres. Même sans ça, j'ai fait le film que je voulais faire. Avant ça, j'étais dans un doute difficile à imaginer, surtout après le succès du court métrage. Ça m'a été très difficile d'écrire ce film. Il faut un temps d'adaptation pendant lequel on comprend qu'on doit faire ce qu'on veut plutôt que répondre à une attente imaginaire. C'est facile de le dire, mais c'est très difficile de se lever le matin et d'avoir cette lucidité. Une fois convaincu de ce que je voulais faire et dégagé de ce qu'on attendait de moi, j'ai pu me plonger dans mon travail. J'ai pu me consacrer à améliorer les choses, de l'écriture jusqu'au montage, avec tous mes collaborateurs. Sans penser à l'éventuel succès du film.

En sortant au début du mois de février, vous manquez les César 2018 et vous risquez d'être oubliés pour la cérémonie de 2019. Ça ne vous ennuie pas ?

LD : Il se passe tant de choses immédiatement autour de la sortie du film ! Quand on va le présenter en province, il y a des débats passionnants. Il n'y a pas eu une seule projection tiède. Pour l'instant, c'est ça qui m'importe. Les rencontres avec les journalistes sont assez passionnantes à chaque fois. Tout est si fort que j'ai du mal à me projeter dans un an. Qui sait où on sera dans un an ?


 L'avis de la presse 

Télérama - Jacques Morice
La violence est d'abord étouffée. C'est une tension palpable. Nous sommes dans le bureau de la juge. Miriam, muette, comme pétrifiée, et Antoine, un peu plus loquace, sont côte à côte mais s'affrontent, par l'intermédiaire de leurs avocats respectifs. On sent que chaque mot compte. Il est question de la garde du fils, Julien, 11 ans, qui préfère rester chez sa mère. Son père est meurtri de ne pas le voir, demande la garde par¬tagée. L'avocate de la mère parle de « grande insécurité ». Sa consœur réagit, avance des arguments convaincants. On en vient à douter. La juge elle-même semble tiraillée.

Entrée saisissante. Par son réalisme et ses silences, son sens de la durée, la justesse tranchante des dialogues. Xavier Legrand poursuit avec ce film le propos entamé dans son court métrage, Avant que de tout perdre (multiprimé au festival de ¬Clermont-Ferrand 2013). Une femme (Léa Drucker, déjà) y cherchait à fuir, avec ses deux enfants, la violence de son mari. Jusqu'à la garde est une ¬variation sur le même thème : la violence conjugale. Ce fléau — près de trois femmes en meurent chaque semaine, en France — est rarement traité au ¬cinéma : Xavier Legrand l'aborde sous l'angle de la peur. Les coups, il ne les montre pas. Mais ils restent une menace omniprésente.

C'est un pur thriller, domestique et familial. Passé le moment d'incertitude lors de l'audience dans le bureau de la juge, il apparaît assez vite que le père est un danger. Oppresseur, impérieux, tortueux. Il fait de plus en plus pression sur Julien pour lui soutirer des informations, a même recours au chantage. L'enfant, sur le qui-vive, cherche à protéger sa mère tout en ayant peur lui aussi. Il est poignant, ce gamin, rendu extrêmement émouvant grâce au jeu de Thomas Gioria et par le regard que Xavier Legrand pose sur lui. Sur tous ses personnages, d'ailleurs, y compris le père, représenté comme un colosse malheureux : un grand ¬enfant blessé, en rage, qui cogne sur sa propre impuissance. Il suffit d'une scène de repas chez ses parents pour qu'on devine comment il a pu être ¬rabaissé dans son enfance. Denis Ménochet apporte ce qu'il faut d'humanité à ce rôle ingrat. Face à lui, Léa Drucker s'impose en femme dense, tétanisée parfois mais prête à parer, protectrice plus que victime, qui se cuirasse.

Car c'est bien un combat qu'elle mène, face à une menace constante, un risque d'intrusion, d'invasion. D'emprise : ainsi, ce moment de suspension où le mari, anéanti, enlace sa femme, pour être consolé ou pour la broyer, on ne sait pas. Le malaise, l'anxiété, l'angoisse, la panique traversent la plupart des séquences de ce film épuré, où rien n'est en trop, sauf peut-être une scène de fête d'anniversaire un peu longue. Tout tend vers le piège, l'étau se resserre peu à peu, dans un crescendo ¬absolument terrorisant. Et bouleversant.


Le Monde - Thomas Sotinel
D'habitude, ce sont deux continents séparés : l'ima¬ginaire, la réalité. Shining (puisque le film de Kubrick vient forcément à la mémoire quand on découvre Jusqu'à la garde) fait trembler, sans que l'on doute jamais que Jack et Wendy Torrance sont sortis de l'imagination de Stephen King, de la vision de Kubrick, du travail de Jack Nicholson et Shelley Duvall. Aussi bouleversé que l'on soit par leur sort, on situe clairement leur parcours sur les terres de l'imaginaire.

Xavier Legrand, qui signe ici un premier long-métrage hors du commun, jette les fondations de Jusqu'à la garde en édifiant avec un luxe infini de détails la plus ordinaire des situations : le règlement d'un divorce entre une femme et un homme. Une heure et demie plus tard, le film aura cheminé le long d'un mystérieux passage du Nord-Ouest, qui mène de la vie de tous les jours jusqu'aux figures les plus terrifiantes, les plus ¬profondément ancrées dans nos mémoires et nos imaginations – du quotidien à la tragédie.


Libération - Marcos Uzal
Très remarqué lors de la dernière Mostra de Venise, où il a obtenu le lion d'argent du meilleur réalisateur et le prix de la meilleure première œuvre, Jusqu'à la garde apparaît d'abord comme un film «à sujet», prenant très au sérieux le problème social qu'il traite - la violence faite aux femmes -, en commençant par lui donner un cadre documentaire.
Il s'ouvre par la rencontre d'un couple divorcé et de leurs avocates avec un juge, où il sera notamment question de la garde de leur fille adolescente et de leur fils de 11 ans. C'est un petit théâtre où domine la parole intimidante des magistrats, infantilisant les clients sous l'autorité de la loi - on se croirait chez Raymond Depardon. Mais cette partie juridique n'est que la mise à plat légale d'un drame privé très complexe dont les vrais enjeux - affectifs, psychologiques - échappent totalement à la justice. Le film va rapidement se resserrer sur ce nœud intime, rendu de plus en plus invivable par la violence d'un homme cherchant à maintenir une emprise sur sa femme et ses enfants.

Anxiété.

Denis Ménochet interprète ici un beau spécimen de pervers narcissique, avec d'autant plus de justesse qu'il parvient parfois à provoquer en nous cette compassion, ce chantage affectif par lesquels il continue à manipuler son ex-femme (Léa Drucker) et son fils (Thomas Gioria, formidable). Si le film a l'intelligence de ne pas être manichéen, c'est donc surtout parce qu'il prend en compte la façon dont ce mari brutal joue avec l'empathie des autres, y compris celle du spectateur. Otage de la confrontation de ses parents, le fils est le premier à vouloir croire à la tristesse de son père, tout en étant terrifié par lui.

Xavier Legrand (le réalisateur, dont c'est le premier long métrage) prend en compte d'une belle manière ce point de vue du petit garçon : en quelque sorte, c'est lui qui donne sa tonalité au film, par la place qu'il occupe dans certaines scènes mais aussi en laissant le récit être peu à peu gagné par une terreur enfantine où le père s'apparente de plus en plus à un ogre.

En se référant assez subtilement à la Nuit du chasseur et plus encore à Shining, le cinéaste ne se contente donc pas d'illustrer un «sujet de société», comme le font tant d'autres films à caractère social, mais il le retranscrit en émotions cinématographiques. La première d'entre elles, celle qui finit par l'emporter sur toutes les autres, étant la peur. Le mari ouvre une brèche d'anxiété dans laquelle son entourage (y compris ses propres parents) se laisse progressivement aspirer. D'abord diffuse, l'inquiétude s'épaissit jusqu'à ce que le drame social bascule dans le thriller, puis quasiment dans l'horreur.

Le film démontre ainsi qu'un fait divers n'est souvent que le déchaînement d'une violence contenue en germes dans les rapports quotidiens - une victoire de la peur. On pourrait lui reprocher d'être sur ce point quelque peu prévisible, il l'est peut-être dans le déroulement du scénario mais il se rattrape par sa mise en scène, sobre et efficace. Notamment dans la séquence finale, qui semblerait pousser le bouchon un peu trop loin si elle n'était pas si réellement angoissante.

Pulsions.

En allant ainsi de Depardon à Shining, de la rationalité juridique à la terreur domestique, Jusqu'à la garde ne fait que passer d'une forme de réalisme à une autre. Il y a même sans doute moins de vérité dans les discussions entre magistrats que dans ce qui semble le plus relever de l'imaginaire - le conte, le thriller. Le premier niveau travaillant à aplanir et éluder, là où le second met au jour des mécanismes profonds, des angoisses et des pulsions refoulées. On ne dit pas par là que Jusqu'à la garde est un chef-d'œuvre, mais tout du moins un vrai film sachant évaluer ses distances avec le réel et mettre en jeu l'imaginaire. Dans le cadre du cinéma social à la française, c'est déjà beaucoup.


Le Monde -
«Film choc» à la «justesse quasi-documentaire», la critique est unanime pour acclamer un excellent premier long-métrage. L'œuvre d'un futur grand cinéaste dans laquelle Denis Ménochet et Léa Drucker donnent toute l'ampleur de leur talent.
Comme Jeune femme de Léonor Séraille, découvert au 70e Festival de Cannes, Jusqu'à la Garde de Xavier Legrand récompensé à la Mostra de Venise révèle un grand auteur réalisateur et des acteurs bourrés de talent. Dans le bureau d'une juge aux affaires familiales, Miriam et Antoine se disputent la garde de leurs enfants. Le plus jeune refuse de voir son père. Un film qui préfère le muscle à la graisse, qui vise le noir de la cible - et l'atteint. La presse est unanime: un excellent premier film naturaliste par un réalisateur à suivre.


Le Figaroscope - Nathalie Simon
Le remarquable long-métrage a été récompensé par le Lion d'argent du meilleur réalisateur pour Xavier Legrand à Venise. Social, il bifurque habilement vers le thriller.

Comme Jeune femme de Léonor Séraille, découvert au 70e Festival de Cannes, Jusqu'à la garde de Xavier Legrand récompensé à la Mostra de Venise révèle un grand auteur réalisateur et des acteurs bourrés de talent. Le film commence par un plan séquence qui semble tiré d'un documentaire. Froid. Clinique. Xavier Legrand, 39 ans, observe une situation de conflit latent. On entend d'abord les voix des protagonistes avant de voir leurs visages.

Divorcés, les Besson s'affrontent chez la juge en présence de leur avocate respective. Miriam demande la garde exclusive de leurs deux enfants, Joséphine et Julien, sous prétexte que ces derniers refusent de voir leur père. Ils en ont peur. Ce dernier, Antoine proteste. Dubitative, à l'instar du spectateur, la magistrate décide de lui accorder le droit de visite qu'il réclame. Mais la première fois qu'Antoine se rend chez son ex-femme pour récupérer Julien, il se heurte à l'hostilité de tous ses proches.

Imparable

Avec finesse, Xavier Legrand change son fusil d'épaule. Emprunte progressivement la voie du thriller, installe un suspense de plus en plus anxiogène. Les questions s'accumulent dans l'esprit du public. Antoine (Denis Ménochet) est-il violent? Miriam (Léa Drucker) ment-elle? Julien manipule-t-il ses parents? Quel rôle joue sa sœur? On ne donnera là aucune clef. Ce serait dommage. On ne sort pas indemne de la projection.
On ne s'étonne pas que Xavier Legrand soit issu du Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Il vient de jouer Auto-accusation de Peter Handke. Sa mise en scène est au cordeau. Imparable. En 2014, il avait reçu le César du meilleur court-métrage pour Avant que de tout perdre avec les mêmes Léa Drucker et Denis Ménochet. Porté par une réalisation tendue, il traitait déjà de violences conjugales et suivait le point de vue de la victime.

Jusqu'à la garde a cumulé les récompenses. Outre celles récoltées à la 74e Mostra de Venise (Prix de la première œuvre et Lion d'argent de la meilleure mise en scène), celui du Jury du Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz. Un autre mérite du réalisateur est de mettre en avant ses comédiens. Léa Drucker qui s'illustre elle aussi régulièrement sur les planches et surtout Denis Ménochet.

Né à Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) il y a 41 ans, il fait partie de ces acteurs familiers dont on ignore le nom. Pourtant, il compte plus d'une trentaine de films dans son curriculum vitae. Et pas des moindres (Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, Les Adoptés, de Mélanie Laurent...). Sans compter les fictions télévisées. Génial, Denis Ménochet est à l'aise dans tous les registres. Prochainement, il sera à l'affiche d'Otages à Entebbe (José Padilha),L'Empereur de Paris(Jean-François Richet). Et le très attendu Marie Madeleinede Garth Davis. François Ozon qui l'avait dirigé pour Dans la maison l'a de nouveau engagé pour son prochain long-métrage.


Marianne - Nedjma Vanegmond
Ça commence comme un documentaire et s'achève comme un thriller. Entre les deux, le film de Xavier Legrand, doublement consacré - meilleur premier film et meilleur réalisateur - à la dernière Mostra de Venise, lorgne aussi du côté du drame social. Avec une grande pureté formelle, le réalisateur passionné par Alfred Hitchcock et Michael Haneke nous embarque aux trousses de Miriam et de ses enfants, Julien et Joséphine. Une famille dans la tourmente qui essaie de se reconstruire et de se défaire de l'emprise d'un mari, d'un père violent.

La scène d'ouverture, saisissante confrontation dans le bureau d'une juge aux affaires familiales, met face à face les ex-époux, fermés, et, à l'issue de deux exposés froids et cliniques, scellera le sort de tout ce petit monde. Pas de violons (pas de musique du tout), pas de mélo, peu de larmes dans cette implacable descente aux enfers. La peur, la tension, de chaque plan ou presque, vont crescendo et mettent le spectateur à l'épreuve dans une traversée menée par des acteurs impressionnants.

Glaçant, Denis Ménochet dans le rôle du bourreau rageur et ambigu ; bouleversants, Léa Drucker en mère courage, bloc de douleur contenue, et Thomas Gioria, dans la peau d'un gosse de 11 ans pris en otage et qui se retrouve, par la force des choses, dans le rôle du protecteur. «Je m'inquiète pour maman», clame-t-il. L'image de l'un tout contre l'autre, pour faire face à la menace, vous poursuivra longtemps.


Première - Gaël Golhen
On a rarement écrit ce genre de phrases par ici, mais Jusqu'à la garde est d'une perfection quasi-absolue. Un morceau de cinéma qui n'a pas grand-chose à voir avec le gros de la production française habituelle. Un premier (!!) long-métrage qui possède une puissance expressionniste étourdissante, empile les images à la composition folle et fait jaillir des plans qui hantent le spectateur pour longtemps. Il y a cette manière d'inscrire son sujet socio dans un environnement banal – l'appart de ZUP, le pavillon de banlieue, la salle de fête du quartier – pour mieux transcender son naturalisme franchouille en effroi carpenterien. Cette façon de multiplier les morceaux de bravoure sans jamais quitter son sujet des yeux ou de manipuler son spectateur sans jouer au moraliste pépère. On ne dévoilera pas trop du film, parce que, depuis l'impressionnante ouverture (voir ci-dessous) jusqu'au finale à la puissance explosive, tout tient à un suspens savamment maîtrisé.



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