Plaire, aimer et courir vite

  jeudi 14 Juin   
20 H 30


Sélection officielle Compétition Festival Cannes

Montage : Chantal Hymans
Décors : Stéphane Taillasson
Costumes : Pascaline Chavanne
Maquillage : Anne Bergamaschi
Image : Rémy Chevrin ( A.F.C.)
Production : Christian Lambert,Juliette Masson,Les Films Pelléas
Son : Guillaume Le Braz,Agnès Ravez,Cyril Holtz
Coproduction : Arte France cinéma
Scénario, réalisation : Christophe Honoré
Régie : Clotilde Martin
Produit par : Philippe Martin,David Thion
Casting : Mathieu Telinhos
Scripte : Maxime Rappaz
Distribution : Ad Vitam

Site officiel


 Avec 

» Vincent Lacoste - Arthur» Pierre Deladonchamps - Jacques» Adèle Wismes - Nadine
» Thomas Gonzalez - Marco» Clément Métayer - Pierre» Quentin Thébault - Jean-Marie
» Tristan Farge - Louis» Luca Malinowski - Mathieu» Rio Vega - Fabrice
» Denis Podalydes - Mathieu


 Synopsis 

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes.
Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils.
Le temps d'un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s'aimer.
Mais cet amour, Jacques sait qu'il faut le vivre vite.


 Anecdotes 

CHRISTOPHE HONORÉ

Né en Bretagne, Christophe Honoré publie plusieurs livres pour la jeunesse dans les années 90, puis quatre romans aux Éditions de l'Olivier. Il collabore à l'écriture de scénarios avant de passer à la réalisation en 2002, avec Dix-sept fois Cécile Cassard.

Au théâtre, il met en scène trois de ses textes : Les Débutantes (1998), Beautiful Guys (2004) et Dionysos Impuissant (2005) et adapte Angelo, Tyran de Padoue, de Victor Hugo, au Festival d'Avignon en 2009. Ses pièces,La Faculté et Un jeune se tue sont mises en scène par Éric Vigner et Robert Cantarella en 2012. La même année il crée Nouveau Roman dans lequel il met sur scène les grandes figures du Nouveau Roman. Plus récemment, Christophe Honoré a créé Fin de L'Histoire, autour de l'oeuvre de Witold Gombrowicz au Théâtre de La Colline à Paris.Il prépare actuellement Les Idoles, son nouveau texte qui rend hommage à plusieurs artistes morts du sida.Le spectacle sera joué en janvier 2019 au Théâtre de l'Odéon.
Pour l'opéra, il met en scène les Dialogues des carmélites (2013) de Poulenc, Pelléas et Mélisande de Debussy (2015) et Don Carlos de Verdi (2018) à l'Opéra de Lyon. En 2016, il présente au Festival d'Aix-en-Provence une mise en scène de Cosi Fan Tutte de Mozart.

À l'automne 2017, il a publié un nouveau roman aux éditions du Mercure de France, Ton père.


 Quelques mots 

FILMOGRAPHIE CHRISTOPHE HONORÉ

2016 LES MALHEURS DE SOPHIE
2014 MÉTAMORPHOSES
2011 LES BIEN-AIMÉS
2010 HOMME AU BAIN
2009 NON MA FILLE, TU N'IRAS PAS DANSER
2008 LA BELLE PERSONNE
2007 LES CHANSONS D'AMOUR
2006 DANS PARIS
2004 MA MÈRE
2002 TOUT CONTRE LEO
2001 17 FOIS CÉCILE CASSARD


FILMOGRAPHIE PIERRE DELADONCHAMPS

2018
PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE de Christophe Honoré
LE VENT TOURNE de Bettina Oberli
LES CHATOUILLES d'Andréa Bescond et Eric Metayer
BIG BANG de Cécilia Rouaud
2016
NOS PATRIOTES de Gabriel Le Bomin
NOS ANNÉES FOLLES d'André Téchiné
2015
LE FILS DE JEAN de Philippe Lioret
ÉTERNITÉ de Tran Anh Hung
2014
À VIF de Guillaume Foresti
HOUSE OF TIME de Jonathan Helpert
UNE ENFANCE de Philippe Claudel
2013
L'INCONNU DU LAC d'Alain Guiraudie
Festival de Cannes 2013, Prix de la mise en scène

FILMOGRAPHIE VINCENT LACOSTE
2018
DEUX FILS de Félix Moati
AMANDA de Mickaël Hers
PREMIÈRE ANNÉE de Thomas Lilti
2015
VICTORIA de Justine Triet
Film d'ouverture à La Semaine De La Critique Du Festival De Cannes 2016,
Nomination aux César 2017, meilleur film, Nomination Aux César 2017,Meilleur Acteur Dans Un Second Rôle

SAINT AMOUR de Gustave Kervern et Benoît Délépine
TOUT DE SUITE MAINTENANT de Pascal BONITZER

2014
LA VIE TRÈS PRIVÉE DE MONSIEUR SIM de Michel Leclerc
LOLO de Julie Delpy
PEUR DE RIEN de Danielle Arbid
JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE de Benoît Jacquot
EDEN de Mia Hansen-Løve


"Plaire, aimer et courir" vite selon Honoré


"Un premier amour et un dernier amour. Un début dans la vie et une fin dans la vie, à travers une seule et même histoire d'amour, celle du jeune provincial Arthur et de l'écrivain agonisant Jacques. Le film voudrait conjuguer cette association de sentiments : l'élan et le renoncement. L'histoire d'amour racontée précipite deux choses : d'une part les débuts dans la vie d'Arthur, d'autre part la fin de la vie de Jacques. Il est possible que sans cet amour Jacques aurait vécu plus longtemps, parce qu'il est précipité dans l'idée que sa maladie, le sida, le rend inapte à cet amour, qu'il n'est plus capable de le vivre. Je crois que le vrai sujet du film est là, dans les effets contraires de l'amour. C'est un film qui assume sa part de mélodrame, mais pas tant du côté de l'amour impossible que de la vie impossible."
Naissance du projet


Après deux adaptations littéraires, Ovide et la Comtesse de Ségur, Christophe Honoré souhaitait revenir à une sorte de réalisme et une histoire à la première personne. Le metteur en scène voulait écrire une histoire entièrement originale et parler des années 1990, autrement dit se servir de la fiction pour faire revivre l'étudiant qu'il était à cette époque ainsi que cette figure de l'écrivain qu'il aurait rêvé de rencontrer. Il explique : "Je me suis mis presque naturellement à relire Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès, Pier Vittorio Tondelli, Jean-Luc Lagarce... Toutes sortes de récits évoquant le Sida ou lui faisant face. Je me suis senti animé par une forte et belle envie d'écrire, qui aurait aussi pu donner naissance à un roman puisque je ne me posais à cet instant aucune question de mise en scène. L'écriture, du coup, a-t-elle aussi été vive et rapide : cinq ou six semaines. Progressivement, les personnages de Jacques et Arthur ont aussi convergé : c'est un peu le même personnage à deux moments de sa vie."
Reconstituer les années 90


L'idée générale de la direction artistique était de recréer un temps sans le reconstituer.
Dans ce cadre, les références culturelles ont été très utiles à Christophe Honoré et son équipe. Le cinéaste précise : "Les citations, les films évoqués dans Plaire, aimer et courir vite, et même les piles de livres que l'on voit dans les chambres sont vraiment puisées en ligne directe de ma jeunesse. Je crois beaucoup que nous sommes formés, influencés, dans nos manières de ressentir et de penser, par les livres lus, les musiques et chansons entendues, par les films qui ont compté dans nos vies."

Les années 90 sont par ailleurs, pour Honoré, une époque non-révolue. Le réalisateur confie : "Je dois admettre avec une certaine difficulté que vingt ou vingt-cinq ans ont passé et je n'arrive pas à accorder la vivacité de mes impressions de l'époque à cette distance qui me semble folle. Souvent, je me demande pourquoi ces soirs de jeunesse restent plus vivaces en moi encore aujourd'hui que ce qu'ai j'ai vécu ensuite. C'est aussi cela que le film essaie de capter et de raconter."

Représenter la sexualité

Lorsqu'il tournait Ma mère, Christophe Honoré s'était dit qu'il apprendrait quel metteur en scène il était selon la manière dont il serait capable de tourner des scènes sexuelles. Pour ce film datant de 2004, il y en avait beaucoup, ce qui a été difficile pour le cinéaste. C'est pour cette raison que ses films suivants, La Belle personne, Chansons d'amour, Dans Paris, sont très chastes, voire prudes. Il développe :

"L'envie est revenue progressivement, surtout après Les Métamorphoses, où je me suis re-libéré de cette angoisse. Pour Plaire, aimer et courir vite, Pierre Deladonchamps, qui joue le personnage de Jacques, a été un allié très sûr. Il a un rapport à sa nudité particulièrement libre pour un acteur masculin. Vincent était un peu anxieux bien sûr, il n'avait pas été encore vraiment mis dans ce genre de situation, où il est fortement identifié comme un objet de désir. Aujourd'hui ces moments m'inquiètent moins, je fais très peu de prises sur ces scènes-là, en réduisant l'équipe au maximum, et je joue moi-même la scène auparavant pour l'expliquer aux acteurs. Dans l'ensemble, le film est assez doux sur la sexualité, c'est charnel et intime mais sans bravoure."











 Entretien 

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR CHRISTOPHE HONORÉ
Comment résumer l'histoire, la matière de ce film ?
Un premier amour et un dernier amour. Un début dans la vie et une fin dans la vie, à travers une seule et même histoire d'amour, celle du jeune provincial Arthur et de l'écrivain agonisant Jacques. Le film voudrait conjuguer cette association de sentiments : l'élan et le renoncement. L'histoire d'amour racontée précipite deux choses : d'une part les débuts dans la vie d'Arthur, d'autre part la fin de la vie de Jacques. Il est possible que sans cet amour Jacques aurait vécu plus longtemps, parce qu'il est précipité dans l'idée que sa maladie,le sida, le rend inapte à cet amour, qu'il n'est plus capable de le vivre. Je crois que le vrai sujet du film est là, dans les effets contraires de l'amour. C'est un film qui assume sa part de mélodrame, mais pas tant du côté de l'amour impossible que de la vie impossible.
Cette histoire-là a-t-elle une valeur particulière pour vous ?
C'est toujours un peu dangereux de chercher des explications intimes après coup, parce qu'il y a au fond tout un faisceau complexe de raisons ou de motivations qui vous portent à écrire une histoire. Disons qu'après deux adaptations littéraires, Ovide et la Comtesse de Ségur, je souhaitais revenir à une sorte de réalisme et à une histoire à la première personne : le réalisme du récit personnel...
Le désir premier était vraiment d'écrire une histoire entièrement originale.
D'autre part je voulais faire revivre les années 90.Je voulais me servir de la fiction pour faire revivre l'étudiant que j'étais à cette époque, et faire revivre cette figure de l'écrivain que j'aurais rêvé de rencontrer, ce qui ne s'est jamais produit. Je me suis mis presque naturellement à relire Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès, Pier Vittorio Tondelli, Jean-Luc Lagarce... Toutes sortes de récits évoquant le Sida ou lui faisant face. Je me suis senti animé par une forte et belle envie d'écrire, qui aurait aussi pu donner naissance à un roman puisque je ne me posais à cet instant aucune question de mise en scène. L'écriture, du coup, a-t-elle aussi été vive et rapide : cinq ou six semaines. Progressivement, les personnages de Jacques et Arthur ont aussi convergé : c'est un peu le même personnage à deux moments de sa vie. Dans les yeux du plus jeune, l'autre est un modèle, une aspiration. Dans les yeux de Jacques, Arthur est une évocation de sa propre jeunesse, presque un souvenir.


Le film donne le sentiment d'être aussi animé par une volonté de réparation.
Il y a sans doute de ça... et aussi une volonté de consolation. J'appartiens à une génération d'artistes et d'homosexuels pour lesquels aborder la question du sida est particulièrement délicate et compliquée. Parce qu'il fallait sans doute entendre d'abord la parole des malades avant celle de ceux qui ont été témoins sans être victimes. C'était une priorité. Et puis il y a eu un délai, un temps nécessaire avant d'oser prendre la parole...

Aujourd'hui encore, je me sens inconsolé de la mort de gens que j'ai connu et de ceux que je n'ai pas connu mais que j'aurais rêvé de rencontrer, et qui continuent toujours à m'inspirer. Ils ont provoqué chez moi le désir de cinéma et de littérature, mais je n'ai jamais pu envisager sinon une transmission du moins une rencontre avec eux et, aujourd'hui, je le ressens toujours profondément comme un manque. Ce film n'est pas pour moi une manière de combler ce manque, peine perdue, mais de faire revivre ce manque de manière romanesque et de m'offrir par la fiction la possibilité d'une rencontre qui n'a pas eu lieu.

Le manque de ces artistes disparus est douloureux pour moi. Pas de nouveau livre de Guibert, pas de film de Demy, pas d'article de Daney sur le cinéma d'aujourd'hui... C'est cruel. Ça me donne du chagrin. Mais c'est aussi handicapant dans mon travail de cinéaste ou d'écrivain.

La reconstitution est aussi construite par un bouquet de citations et références culturelles, une très riche toile de fond où vibrent beaucoup de musiques, de chansons, de films, de livres, d'affiches.

Reconstituer les années 90 c'est travailler sur un temps non-révolu, et c'est beaucoup plus compliqué, finalement, que lorsqu'il s'agit de costumes du 18e siècle. L'idée générale de la direction artistique était de recréer un temps sans le reconstituer. Dans ce cadre, les références culturelles sont très utiles. Les citations, les films évoqués dans Plaire, aimer et courir vite, et même les piles de livres que l'on voit dans les chambres sont vraiment puisées en ligne directe de ma jeunesse.

Je crois beaucoup que nous sommes formés, influencés, dans nos manières de ressentir et de penser, par les livres lus, les musiques et chansons entendues, par les films qui ont compté dans nos vies.
Par un effet de reconnaissance sporadique chez le spectateur, le film produit ainsi un travail un peu Proustien sur la mémoire et les madeleines qui sont en chacun de nous.

De plus, plutôt que s'embêter à reconstituer minutieusement les décors en convoquant toutes les voitures et menus détails qu'il faut, j'ai pu vérifier qu'un livre, une affiche, une musique fabriquent des choses en termes plus intéressantes de mises en scènes... Les années 90 sont pour moi une époque non - révolue. Je dois admettre avec une certaine difficulté que vingt ou vingt-cinq ans ont passé et je n'arrive pas à accorder la vivacité de mes impressions de l'époque à cette distance qui me semble folle. Souvent, je me demande pourquoi ces soirs de jeunesse restent plus vivaces en moi encore aujourd'hui que ce qu'ai j'ai vécu ensuite. C'est aussi cela que le film essaie de capter et de raconter.
Le film est fortement sexué, charnel, mais pas excessivement sexuel.
Comment abordez-vous ces scènes d'amour physique au moment du tournage ?
Au moment de tourner Ma mère, je m'étais dit naïvement que j'apprendrai quel metteur en scène j'étais selon la manière dont je serai capable de tourner des scènes sexuelles. Et pour Ma mère, il y en avait tous les jours ! Ça avait été une telle épreuve pour moi, une telle tension, une telle saturation, que je ne me suis pas remis dans cette situation-là avant un bon moment, parce qu'au fond ça m'embarrassait beaucoup. Tous les films suivants, La Belle personne, Chansons d'amour, Dans Paris, sont des films très chastes, voire prudes.

L'envie est revenue progressivement, surtout après Les Métamorphoses, où je me suis re-libéré de cette angoisse.
Pour Plaire, aimer et courir vite, Pierre Deladonchamps, qui joue le personnage de Jacques, a été un allié très sûr.
Il a un rapport à sa nudité particulièrement libre pour un acteur masculin. Vincent était un peu anxieux bien sûr, il n'avait pas été encore vraiment mis dans ce genre de situation, où il est fortement identifié comme un objet de désir. Aujourd'hui ces moments m'inquiètent moins, je fais très peu de prises sur ces scènes-là, en réduisant l'équipe au maximum, et je joue moi-même la scène auparavant pour l'expliquer aux acteurs. Dans l'ensemble, le film est assez doux sur la sexualité, c'est charnel et intime mais sans bravoure.

Comment les deux acteurs principaux ont-ils investi leurs personnages ?

Vincent Lacoste est vraiment jeune, sans du tout être un débutant. Il échappe complètement au naturalisme français. Il a une grâce très particulière dans la façon de faire vivre Arthur et les dialogues. Quand je l'ai rencontré, j'ai découvert quelqu'un de délicat et très cinéphile, ayant une nature profondément littéraire. Il échappe à tous les clichés.

Pierre, dans le rôle de Jacques, m'a très sincèrement impressionné. Il a une souplesse, une plasticité inouïe, quelque chose qui tient de l'abandon et que l'on retrouve plutôt chez les actrices, rarement chez les hommes. Cette confiance absolue dans le film est très précieuse pour un metteur en scène, et très émouvante.

Je suis aussi heureux que le film soit l'occasion de découvrir pour la première fois à l'écran quelques comédiens. Je pense entre autres à Adèle Wismes (Nadine) qui a tous les atouts pour se rendre vite indispensable dans le cinéma français, Luca Malinowski (Stéphane) dont la caméra est instantanément tombée amoureuse ou Thomas Gonzalez (Marco) qui travaille beaucoup au théâtre mais se méfiait du cinéma. Je crois qu'on a plutôt réussi le baptême de ces trois-là.

Enfin, j'ai eu la chance de tourner avec Denis Podalydès que je rêvais depuis longtemps de mettre en scène. Sa force, son intelligence hissent les scènes vers une joie de la représentation. Il a ce talent de secourir la fiction en lui offrant un ton, une musique imprévisible.

Après pratiquement vingt ans d'activité dans vos deux domaines de prédilection,
diriez-vous que votre identité est plutôt celle d'un écrivain ou celle d'un cinéaste ?
Je dirais que je cherche une sorte de déséquilibre plutôt qu'un équilibre entre ces activités. J'aime cette impureté. Comme tous les cinéastes français, je pense, je ne suis pas très rassuré sur le futur immédiat de la production dans ce pays. Le cinéma auquel j'appartiens ne cesse de perdre de la valeur, semble-t-il, aux yeux des financiers et peut-être du public. Le théâtre, la mise en scène d'opéra, l'écriture me donnent un horizon plus rassurant...

Ma formation est celle d'un cinéaste et mon identité profonde est sans doute plutôt du côté du cinéma. Même mon rapport à la littérature reste assez nettement lié au cinéma. Je suis comme un cinéaste qui cherche d'autres moyens de faire des films.

L'inquiétude de ne pas pouvoir un jour refaire des films concerne tous les cinéastes, mais elle n'est pas générale, elle est toujours intime et personnelle : pourquoi je refais un film ? Pourquoi chaque film n'est jamais satisfaisant ? Pourquoi aucun film ne comble le désir des cinéastes d'être cinéaste ?

C'est une question que je me pose souvent : est-ce qu'il y a un moment où je serai satisfait du cinéma, du film tourné, ou est-ce que je ne fais que creuser une insatisfaction de film en film, en espérant que le prochain réussisse à atteindre quelque chose ?


 L'avis de la presse 

Les Inrockuptibles - Christophe Honoré
Vif, incisif, d'une légèreté de touche à la grâce précieuse, mais très profond dans son empreinte émotionnelle, le plus beau film de son auteur.

Plaire, donc. A son premier degré de réception, cette histoire d'amour entre un écrivain parisien quadra et un étudiant breton revêt un charme irrésistible, un plaisir de cinéma immédiat. Cette capacité à plaire tient à un certain nombre d'ingrédients communs à tous les films séduisants. Une matière amoureuse à laquelle chacun peut s'identifier, un récit mené sur un tempo juste, rythmé par la grâce d'un montage vif et inventif, une photo élégamment pétante, une BO de ouf (qui touchera au cœur les anciens lecteurs des Inrocks car on y retrouve Prefab Sprout, Massive Attack, Cowboy Junkies, Jérôme Pijon... une vraie compile 1986-95), des dialogues admirables qui sont à la fois très écrits et extrêmement vivants, de nombreuses incises humoristiques qui font mouche et mettent à distance le potentiel pathos et, surtout, le plus important, un casting étincelant.

Vincent Lacoste confirme son incroyable aisance, tant dans le registre jeune premier que dans la veine comique. Denis Podalydès est lui aussi génial en ami vaguement sur la touche et vieux pédé ronchon, partageant avec Lacoste les moments les plus hilarants du film.


Télérama - Pierre Murat
Ce pourrait être l'histoire d'un jeune homme gay, Arthur (Vincent Lacoste, entre candeur et provocation légère), qui, au début des années 90, débarque à Paris pour retrouver celui qu'il aime. Presque un cliché. Christophe Honoré filme cette séquence attendue, mais il la situe très tard dans son film, à un moment où tout est joué, déjà, et quasiment perdu. Car Jacques (Pierre Deladonchamps), l'écrivain dandy qu'Arthur a connu à Rennes, est malade. Il sait sa mort proche et tente de le cacher à son amoureux. De se cacher, surtout, pour ne pas lui faire subir sa déchéance... Il se dissimule, donc, dans l'appartement de son voisin (Denis Podalydès, extra). Mais à voir son amant errer tristement dans les rues de Paris, il ne résiste pas. Il le retrouve, l'étreint, s'abandonne...

On comparera probablement Plaire, aimer et courir vite à 120 Battements par minute. Rien à voir, pourtant. Le film de Robin Campillo, même s'il détaillait une relation amoureuse, était une œuvre de combat : un plaidoyer pour les actions d'Act Up et une dénonciation de l'indifférence de l'Etat français devant les victimes d'un virus mortel qui les emportait sans rémission. Même si l'on sent la même détresse chez Christophe Honoré (« Ils font tout pour qu'on crève en cachette, alors il n'y a pas de raison que ça change si l'on survit », dit l'un des personnages), son film est une chronique romanesque. Romantique, aussi, au sens noble du terme, c'est-à-dire fatale. S'y profilent les restes éparpillés des Chansons d'amour — le film qui l'a révélé — mais débarrassés de toute préciosité. Ce qu'il filme, aujourd'hui, est enrobé d'une gravité nouvelle : comme si le temps avait fait son œuvre, en lui apportant, en cadeau, un afflux de sensibilité et de mélancolie.

On retrouve, cependant, les audaces formelles dont il est familier : la rencontre des deux futurs amants dans un cinéma de Rennes, par exemple, où ils s'observent, se jaugent, se défient — jusqu'à ce plan, très beau, de leurs nuques, filmées en ombres chinoises, devant un écran qui projette La Leçon de piano de Jane Campion. Difficile de résister, aussi, à la double scène de bain, l'une réaliste et l'autre fantasmée, dont on ne sait laquelle est la plus émouvante. Celle où Jacques, allongé dans sa baignoire, hisse au prix d'efforts douloureux le corps presque sans force de Marco, son ex (Thomas Gonzalez) — l'homme qui l'a fait souffrir, l'homme qu'il a fait souffrir — pour partager un moment d'une confondante bonté. Ou celle, plus tard, où allongé dans l'eau, il imagine la jambe de Marco se tendre vers son épaule, comme un appel auquel il sait qu'il devra répondre très vite.
Jacques est brillant. Il aime les belles phrases et les bons mots. Il est égoïste, mais pas plus que n'importe qui. Odieux, aussi, parfois, au point d'en devenir bête. « Tu es un complicateur », lui assène son ex. C'en est un avec ses mecs, c'est vrai, mais pas avec son fils, Loulou, un gamin de 8 ans qu'il traite d'égal à égal, avec une tendresse bourrue qui leur convient à tous deux. Etrange comédien, Pierre Deladonchamps qui interprète Jacques semble souvent attiré par des rôles que d'autres refuseraient pour préserver leur image : ceux de L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie ou de Nos années folles d'André Téchiné. Il est fabuleux, ici, tant il parvient à exprimer, par son visage, sa démarche, son élocution, les failles de celui qu'il incarne si bien. Il humanise ce personnage, rend perceptible la détresse qu'il dissimule mal sous une morgue de façade. Il rend sensible la fuite inexorable du temps. Comment survivre quand on n'a presque plus de vie, quand les amours mortes ont laissé des traces sur les traits et que se profile un dernier amour inattendu qui ressemble plus à une folie qu'à une chance...

Curieusement, ce film sombre est émaillé de moments légers, extrêmement drôles : à la sortie du théâtre de Rennes, tard le soir, Jacques aimerait bien rejoindre Arthur à qui il a donné rendez-vous, mais le voilà contraint d'écouter le bavardage gonflant d'une comédienne exaltée et gaffeuse... Hommage évident à La Peau douce de François Truffaut, où Jean Desailly ne songeait qu'aux yeux et aux rires de Françoise Dorléac, mais devait supporter la présence d'un ami d'enfance, dont il n'arrivait pas à se débarrasser... Tout le lent flirt entre Jacques et Arthur évolue en une suite de badinages amusés, de plus en plus intenses, où l'un tutoie et l'autre vouvoie, comme pour maintenir la distance entre le flirt et la passion. On est en plein « roman d'apprentissage » ; ce sont les téléphones, et non plus les lettres, qui font naître une complicité menant peu à peu au désir. Pas les omniprésents portables d'aujourd'hui, mais des objets parfois complices, le plus souvent impassibles, que le cinéaste transforme — jusqu'à son magnifique dénouement — en instruments du destin...

On pourra regretter, sur la fin, quelques longueurs, Christophe Honoré ne parvenant visiblement pas à s'arracher à des personnages qui lui sont chers. Qu'importe : il n'a jamais saisi avec une telle intensité les hésitations amoureuses, la certitude de l'éphémère et l'intrigante osmose entre la douceur du sexe et sa crudité


Libération - Julien Gester et Luc Chessel
Deux ans après Juste la fin du monde de Xavier Dolan d'après Jean-Luc Lagarce, et surtout un an après le fracassant looping émotionnel occasionné sur la Croisette par 120 Battements par minute de Robin Campillo, le grand-huit cannois accomplit un nouveau crochet, devenu presque un rendez-vous, par la France des «années sida», ce début des années 90 où plonge à son tour le onzième long métrage de Christophe Honoré. Mais de ces prédécesseurs, Plaire, aimer et courir vite se démarque doublement, et nettement, par sa sobriété - formelle comme thématique. On qualifiera un peu vite (même sans lui dire en face) cette sobriété de bourgeoise, d'apolitique, d'irrécupérablement sentimentale, tout un quelque chose d'affreusement téchinesque et de très français.

Mais non : Plaire, aimer et courir vite est ce beau mélodrame aux couleurs froides, un blues en bleu et noir, dont le titre tient lieu d'antiprogramme : plaire oui, mais sans recourir outre-mesure aux effets de séduction de la reconstitution d'époque (sinon ceux de sa bande-son riche en doudous indies : Ride, Massive Attack, Prefab Sprout...) ; aimer, mais à bas bruit, sans rien idéaliser de ses personnages, pleins de crevasses ; courir vite, mais sans embardées, en ménageant ses forces car la funeste ligne d'arrivée se tient là, à vue, fatidique. Sa romance à temps compté fraie sa voie à rebours du film de Campillo, opposant au foisonnement de la fresque un envers de chronique, pour ne s'apparenter ainsi aux films des autres que par quelques jeux d'échos minimaux, relevant tout au plus de l'anecdote ou du gag - «Mais qu'est-ce qu'il irait faire à une réunion d'Act Up ?» entend-on dans le dernier mouvement du film, dit par Jacques, écrivain parisien, sous les traits de Pierre Deladonchamps.

Charme
Ce «il», c'est Arthur (Vincent Lacoste), étudiant breton cueilli par Jacques et par le film dans la tendreté d'un âge expérimental, où tout ou presque de soi reste à inventer, ou écrire. Les deux hommes se croisent, se plaisent, comme par hasard, dans l'obscurité d'une salle de cinéma rennaise. Soit le lieu d'une sorte de pas d'écart, de retrait ou d'oubli vis-à-vis de leurs vies, dont Arthur a le tort de croire que c'est là le bon endroit, et surtout le bon moment pour tomber amoureux. Une fois revenus de cette absence aux cours désaccordés de leurs existences, ils auront encore à trouver ce qu'ils se trouvent, ce qui n'est pas simple, le temps presse, et le film a le charme de ne pas en faire grand cas - tout juste suggère-t-il qu'à défaut du temps de s'aimer, ils ont peut-être là celui de se transmettre quelque chose. Jacques vit de ce qu'il écrit, ce qu'Arthur se verrait bien faire plus tard.




Association IRIS – Saison 2017-2018–
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