EN GUERRE

  jeudi 21 Juin   
20 H 30


Sélection officiel Compétition Festival Cannes 2018

Scénario : Stéphane Brizé,Olivier Gorce
Ingénieur du son : Emmanuelle Villard
Montage : Anne Klotz
Décors : Valérie Saradjian A.D.C
Costumes : Anne Dunsford
Image : Eric Dumont
Directeur de production : Christophe Désenclos
Avec la collaboration de : Xavier Mathieu,Ralph Blindauer,Olivier Gorce
Réalisateur : Stéphane Brizé
Montage son et image : Hervé Guyader
Distribution : Diaphana Distribution


 Avec 

» Vincent Lindon - Laurent Amédéo» Mélanie Rover - Mélanie CGT» M.Borderie - Directeur
» David Rey - Directeur adminitratif» Olivier Lemaire - Syndicaliste SIPI» Isabelle Rufin - DRH
» Bruno Bourthol - Syndicaliste SIPI» Sébastien Vamelle - Syndicaliste CGT» Jean-Noël Tronc - Maire d’Agen
» Valérie Lamond - Avocate salariés» Guillaume Daret - Journaliste télé» Jean Grosset - Conseiller social
» Séverinne Charrié - Ex femme de Laurent» Sophie Letourneur - Isabelle» Marlène Saldana - L’actrice
» Luca Malinowski - Stéphane» Rio Vega - Fabrice


 Synopsis 

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l'usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site.
Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.


 Anecdotes 

FILMOGRAPHIE - STÉPHANE BRIZÉ

RÉALISATION LONGS MÉTRAGES
2018 EN GUERRE
2016 UNE VIE
2015 LA LOI DU MARCHÉ
2012 QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS
2009 MADEMOISELLE CHAMBON
2007 ENTRE ADULTES
2005 JE NE SUIS PAS LÀ POUR ÊTRE AIMÉ
1999 LE BLEU DES VILLES


FILMOGRAPHIE - VINCENT LINDON
SÉLECTION
2018 EN GUERRE de Stéphane BRIZÉ
2018 L'APPARITION de Xavier GIANNOLI
2017 RODIN de Jacques DOILLON
2015 LA LOI DU MARCHÉ de Stéphane BRIZÉ
2015 LES CHEVALIERS BLANCS de Joachim LAFOSSE
2015 JOURNAL D'UNE FEMME DE CHAMBRE de Benoît JACQUOT
2014 MEA CULPA de Fred CAVAYÉ
2013 LES SALAUDS de Claire DENIS
2012 AUGUSTINE de Alice WINOCOUR
2012 QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS de Stéphane BRIZÉ
2011 PATER de Alain CAVALIER
2011 LA PERMISSION DE MINUIT de Delphine GLEIZE
2010 TOUTES NOS ENVIES de Philippe LIORET
2009 MADEMOISELLE CHAMBON de Stéphane BRIZÉ
2009 WELCOME de Philippe LIORET


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC STÉPHANE BRIZÉ
RÉALISATEUR

Pourquoi ce film ?
Pour comprendre ce qu'il y a derrière les images des médias qui se font régulièrement les témoins de la violence qui peut surgir à l'occasion de plans sociaux. Et à la place du mot « derrière », il vaudrait mieux dire « avant ». Qu'y a-t-il avant le surgissement soudain de cette violence ? Quel est le chemin qui mène à cela ? Une colère nourrie par un sentiment d'humiliation et de désespoir qui se construit durant des semaines de lutte et où se révèle – on le découvrira – une disproportion colossale des forces en présence.

Quelles sont les lignes de forces autour desquelles le film s'est construit ?
Avec Olivier Gorce, co-scénariste du film, nous avions deux postulats de départ. Penser le film comme une épopée romanesque tout en le nourrissant sans travestissement du réel. Le film s'est alors structuré autour de la description d'un mécanisme économique qui fait fi de l'humain, en même temps que l'observation de la montée de la colère de salariés pris dans la tourmente d'un plan social. Une colère incarnée notamment par un représentant syndical qui n'a aucune rhétorique politicienne, mais simplement la nécessité d'être la voix de son indignation et de sa souffrance, en même temps que de celles de ses collègues. Sa contestation : refuser d'être privé d'un travail qui permet à une entreprise de gagner encore plus d'argent qu'elle n'en gagne déjà, alors que cette même entreprise s'était engagée à protéger l'emploi des salariés en contrepartie de leur engagement à faire des sacrifices financiers.

La situation décrite dans le film est-elle exceptionnelle ?

Non, absolument pas. Si tel avait été le cas, cela aurait été une façon de faire dire au réel ce qu'il ne dit pas. Et la situation n'est tellement pas exceptionnelle qu'on en entend parler tous les jours dans les médias. Mais sans peut-être avoir vraiment conscience des enjeux et des mécanismes à l'oeuvre. Le cas de Perrin Industrie décrit dans le film, c'est Goodyear, Continental, Allia, Ecopla, Whirlpool, Seb, Seita, etc. Dans tous ces cas, les analyses des experts ont démontré l'absence de difficultés économiques ou l'absence de menace sur la compétitivité.

Vous avez fait ici un film très politique.

Politique dans le sens étymologique du terme, il observe la vie de la cité. Mais je ne me fais le porte-parole d'aucun parti ni d'aucun syndicat, je fais simplement le constat d'un système objectivement cohérent d'un point de vue boursier, mais tout aussi objectivement incohérent d'un point de vue humain. Et ce sont ces deux points de vue que le film oppose. La dimension humaine face à la dimension économique. Comment ces deux grilles de lecture du monde peuvent-elles se superposer ? Peuvent-elles même encore aujourd'hui cohabiter ? Si je m'y suis intéressé, c'est que je ne suis pas certain que beaucoup de monde saisisse exactement ce qu'il y a derrière toutes ces fermetures d'usines dont on entend parler tous les jours dans les médias. Je ne parle pas d'entreprises qui ferment parce qu'elles perdent de l'argent, je parle d'entreprises qui ferment et qui sont pourtant rentables.

La situation décrite dans le film est simple en apparence : « Des salariés refusent la fermeture brutale de leur usine », mais il y a néanmoins autour de cela toute une législation qu'il s'agit de respecter. Comment aborde t-on une matière comme celle-ci ?

Avec Olivier Gorce, nous avons rencontré énormément de gens pour bien comprendre les règles du jeu dans ce type de situation. Des ouvriers, des DRH, des chefs d'entreprises et des avocats spécialisés dans la défense des salariés, mais aussi dans celle des intérêts des entreprises. Tout cela avec l'objectif de ne pas sommairement opposer des discours dogmatiques, mais de faire se confronter des points de vue radicalement différents avec un argumentaire solide et étayé.
Les rencontres avec un avocat spécialisé dans la défense des salariés lors de ces fermetures d'usines nous ont d'abord permis de comprendre par le menu les étapes légales qui structurent un plan social. Des informations qui sont venues éclairer les séances de travail avec Xavier Mathieu, ancien leader syndical de Continental qui nous a raconté, lui, la manière dont le conflit qu'il avait vécu en 2009 s'était organisé et structuré.
À l'issue de ces réunions, nous nous sommes retrouvés avec un volume d'informations énorme. Il s'agissait alors de créer de la dramaturgie en décrivant un homme et un groupe emportés dans un conflit pour sauver leur emploi, tout
en respectant la législation en vigueur. Et cela sans noyer le spectateur sous des tonnes de subtilités juridiques et surtout sans s'enfermer dans une situation qui n'aurait illustré qu'une situation franco-française. Il fallait faire le tri, trouver le moyen de faire comprendre facilement des choses parfois très techniques, définir le point de départ du conflit, son point d'arrivée, et transformer tous les moyens d'action des salariés en moments d'espoir ou d'abattement. Mais une chose fondamentale n'a jamais été remise en question, c'était que nos salariés voulaient défendre leur emploi. Jusqu'au moment où un certain nombre d'entre eux ne veulent plus ou ne peuvent plus poursuivre la lutte et décident d'accepter la fermeture de l'usine en échange d'un chèque proposé par la direction. Ce qui crée, là aussi, une dramaturgie puissante car deux points de vue forts s'opposent alors. Avec toujours la nécessité de faire entendre ces deux points de vue de la manière la plus objective possible.

Ce qui ressort du film, c'est que finalement, chacun – ouvriers, cadres et politiques – ont des arguments qui peuvent s'entendre. Il n'y a pas une opposition simpliste entre les gentils ouvriers contre des patrons et des politiques cyniques.

C'était un des enjeux fondamentaux du projet : montrer les mécanismes d'un système sans caricaturer les propos des différents protagonistes. Il y a un système économique qui est servi par des hommes et des femmes qui n'ont tout simplement pas les mêmes intérêts que ceux des salariés. Mais si quelque chose se dégage clairement de tout ce que nous avons vu, compris, et analysé, c'est que les forces en présence ne sont pas équilibrées. Car, à partir du moment où une législation permet à une entreprise qui fait des bénéfices de fermer, le rapport de force est de fait biaisé d'entrée de jeu. On le voit dans toutes les étapes du conflit décrites dans le film.
Jusqu'au dénouement hallucinant où l'on apprend que si une entreprise qui ferme est légalement obligée d'être proposée à la vente, il lui est tout aussi légalement permis de ne pas vendre. Dans ce cadre‑là, les salariés n'ont finalement guère de chance de gagner le bras de fer. Ils peuvent résister, gêner le déroulement du plan social pendant un certain temps, affecter l'image de l'entreprise par des actions spectaculaires et médiatisées, ou lui faire perdre de l'argent par un blocage de la production et des stocks, ce que les groupes industriels n'aiment évidemment pas du tout. Au final, la fragilité financière des salariés et les moyens législatifs à leur disposition ne leur permettent guère d'empêcher la fermeture. Et toute la stratégie d'une direction est alors de légitimer sa décision brutale par des arguments qui doivent sembler les plus objectifs possibles. Et souvent en faisant dire aux chiffres ce qui est favorable à ses intérêts.

Et pour incarner cette lutte pour préserver son emploi et celui de ses collègues, vous avez une nouvelle fois fait appel à Vincent Lindon.

C'est une relation qui se construit film après film, année après année, et qui est proprement inouïe. Et ce n'est pas tant la confiance qu'il y a entre nous qui permet ce chemin, mais plutôt l'absence totale de complaisance l'un envers l'autre. Après trois films où je mettais Vincent en scène dans des rôles de taiseux, il fallait nécessairement faire évoluer notre travail et radicalement changer la nature du parcours et du personnage ; tout en poursuivant cette nécessaire observation du monde. Dans ce film, il est un homme qui parle, qui se défend, qui résiste bruyamment. Nous en avions besoin l'un et l'autre car c'est finalement quelque chose qui nous caractérise dans la vie : nous sommes habités par la colère. Nécessité du propos, nécessité d'une évolution de notre travail, ce rôle de leader et cette histoire sont venus répondre à ces deux exigences.

La confrontation de Vincent Lindon avec des acteurs non professionnels rappelle celle de La loi du marché.

La loi du marché fut le point de départ d'une nouvelle étape dans mon parcours, tant dans le fond que dans la forme. Il s'agissait d'abord de prendre appui sur l'expérience commencée sur ce précédent film, pour questionner et questionner à nouveau le dispositif afin de l'emmener encore plus loin. Il s'agissait dans le même temps de poursuivre le travail d'observation des mécanismes de contraintes à l'oeuvre dans le monde du travail. Concernant le travail avec des acteurs non-professionnels, ils apportent une vérité au verbe que je leur donne à dire, la vérité de leur vécu. Et ça, c'est colossal. Ils le confrontent alors à l'exceptionnelle capacité d'incarnation de Vincent pour créer une représentation du réel qui m'intéresse et me touche énormément. Un casting énorme, des centaines et des centaines de personnes rencontrées à Paris et dans le Lot et Garonne où nous avons tourné le film. Des rencontres exceptionnelles, des hommes et des femmes incroyables, un engagement puissant de la part de chacun, un tournage d'une rare intensité. Il y avait clairement des moments où beaucoup avaient le sentiment de lutter contre la fermeture de leur propre usine.

Comment se déroule le travail avec Vincent Lindon et ces comédiens ?
Ils sont tous logés à la même enseigne. Il y a un scénario extrêmement précis, je donne un texte à chacun et ils doivent l'apprendre. Donc rien de bien révolutionnaire. À un moment, une histoire, c'est un texte et des dialogues structurés. La seule chose qui m'intéresse, c'est que le résultat ait l'air naturel et nous donne le sentiment que tout a été inventé au moment où cela s'est fait. Alors que tout est archi préparé bien sûr. Surtout avec une matière aussi technique et aussi précise que celle que nous traitions. Il n'y avait aucune place pour l'à‑peu‑près. Pareil pour la technique, le cadre doit sembler très spontané alors que tout est évidemment très organisé.

Quel est le dispositif de mise en scène que vous avez défini ?

Nous tournions parfois à une, parfois à deux, parfois à trois caméras. Cela dépendait de ce que nous avions à saisir. Et ce qui peut sembler paradoxal, c'est que ce n'est pas lorsqu'il y a 250 personnes que le nombre de caméras est le
plus élevé. Là où j'avais besoin de mes trois caméras, c'était dans les scènes de discussion avec une quinzaine de personnes autour de la table. Car il fallait être à l'endroit où « ça se passe » pour attraper ce qui est dit, et à l'endroit où « ça se passera » pour ne pas être en retard sur ce qui se dira. Et nous avancions ainsi, dans cet équilibre fragile entre précision du texte et illusion que tout est en train de s'inventer à chaque instant.

Vous scandez votre récit de reportages télévisés.
Pourquoi cela ?

D'abord parce que les médias occupent aujourd'hui une place importante dans le compte‑rendu de ce type de conflit.
Il est impossible de ne pas les intégrer au récit. Il fut alors intéressant d'utiliser ces reportages pour faire passer rapidement des informations utiles à la compréhension de l'évolution de la situation. Mais il était aussi passionnant de poser côte-à-côte l'image du reportage et celle du cinéma. Car, sans faire le procès des médias – ce n'est absolument pas l'objet de ce film – il est intéressant pour le spectateur d'observer le décalage entre le compte rendu soit-disant objectif d'une situation tel qu'on le reçoit dans les journaux télévisés, et la réalité des mécanismes en cours dans les coulisses d'un conflit. Une réalité que décrit ici la mise en scène de cinéma. Le reportage télévisé n'a pas le temps de la nuance, il ne peut que rapporter des faits avec quelques images, un commentaire et quelques phrases d'interviews. À l'arrivée, nous sommes au courant qu'il se passe quelque chose, quelque part, mais il est impossible de sortir de nos propres certitudes car il n'y a pas l'espace pour cela. Souvenons‑nous des images des cadres d'Air France qui se font déchirer leur chemise. La violence de ces images ne laisse plus aucune légitimité au combat des salariés, car n'importe quelle personne normalement constituée se place immédiatement du côté de celui qui semble être à deux doigts de se faire lyncher. La violence des images d'un dérapage annihile la légitimité de la colère et du combat. Il est alors aisé pour certains politiques de saisir la balle au bond puis de pointer du doigt et de stigmatiser ceux qu'ils nomment des casseurs. Mais je ne pense pas qu'un seul salarié ne se lève le matin avec l'idée d'arracher la chemise d'un DRH. Ces images des cadres d'Air France au coeur de la colère des salariés furent pour moi le point de départ de ma réflexion : que peut-il se passer en amont pour que cela advienne ?
Ce sont des semaines et des mois de lutte qui mènent à ce type d'événement. Et la caméra de reportage n'est pas là pour suivre tout cela. C'est au cinéma et à la fiction que reviennent finalement ici la responsabilité de le montrer.

Mais la caméra du documentaire le pourrait.
Pourquoi alors ne pas faire le choix de celui-ci ?

Krzysztof Kieślowski disait qu'il avait arrêté le documentaire pour enfin accéder à des endroits où sa caméra de documentariste ne lui permettait pas d'accéder. Je l'exprimerais de la même manière. La fiction me donne la possibilité d'être là où il serait souvent impossible d'être avec le documentaire. Je pense à des réunions auxquelles il est quasiment impossible d'accéder, notamment celles avec le conseiller social du Président de la République. Donc, après avoir recueilli une énorme documentation, je traite la matière qui m'intéresse, je creuse ce qui me semble important, j'élague ce qui me le semble moins pour mon récit, je structure et je construis de manière à mettre précisément en lumière ce sur quoi je veux insister. Il s'agit alors pour la fiction – dans ce type de récit – de passer une sorte d'accord avec le réel pour ne pas le travestir. Et cet accord, il faut le respecter de la première à la dernière minute, sans aucune concession.

Pour la musique, vous avez fait appel à un compositeur qui fait ici sa première musique de film.

Oui, il s'appelle Bertrand Blessing, il travaille d'habitude pour des compagnies de danse. Je l'ai rencontré à un spectacle qui mêle musique, slam et acrobaties, bien avant le tournage. L'énergie de sa musique correspondait à l'énergie que je projetais dans mon histoire, alors que celle-ci n'était même pas encore complètement écrite. Je suis allé le voir en fin de représentation et nous avons commencé très vite à travailler ensemble. Je salue d'ailleurs Nord-Ouest, qui a produit le film dans une économie pourtant très serrée, de me donner la possibilité de suivre et de tester mes intuitions. C'est un espace de travail et de confiance tout à fait privilégié. Sa musique traduit le chaos, la ténacité et la fierté des ouvriers. C'était ma demande. Elle nous emmène sur les terrains de la colère et de la rage du combat des salariés.

Un tournage en 23 jours, c'est très court.

C'est effectivement très court pour un film comme celui-ci qui met en scène beaucoup de monde. Mais je tenais à ce que l'énergie du tournage fasse écho à l'énergie du combat que peuvent mener des salariés dans un cas comme celui décrit dans le film. C'est, dans les deux cas, une course contre la montre, une bagarre permanente contre le temps. Aucun confort, aucun répit, juste une lutte pour arracher l'essentiel. En même temps, je n'avais guère les moyens financiers de faire autrement. Car là où la réalité du cinéma rejoint la réalité du monde, c'est que le marché ne réclame pas ce type de films. Il faut pourtant qu'ils existent. Plus que jamais même.


 L'avis de la presse 

Télérama - Cécile Mury
Certains, à gauche, appellent ça un « licenciement boursier » : une entreprise pourtant florissante se sépare d'une partie de ses effectifs pour augmenter les profits des actionnaires. Chez Perrin Industrie, une usine d'Agen, ce n'est pas une simple définition politiquement orientée, c'est une menace immédiate : la maison mère, une multinationale basée en Allemagne, s'apprête à fermer le site et à délocaliser, laissant 1 100 salariés sur le carreau. Ces derniers, qui avaient déjà consenti de gros sacrifices financiers contre la promesse de garder leur emploi, refusent de se laisser faire, encouragés par leurs délégués syndicaux. Négociations, coups de pression, grève, occupation des locaux... La guerre est déclarée, totale, éreintante, inégale.

Ne cherchez pas l'histoire de cette usine dans l'actualité. Perrin Industrie n'existe pas, elle est née de l'imagination de Stéphane Brizé et de son coscénariste, Olivier Gorce. De la pure fiction, vraiment ? Si En guerre porte parfaitement son titre, c'est parce que le film se tient sur une ligne réaliste, au cœur d'un conflit endémique. Perrin Industrie n'existe pas, mais il suffirait de remplacer ce nom par Goodyear, Continental, Whirlpool, Sanofi et tant d'autres pour se retrouver dans la forme dure et précise du documentaire.

Par bien des aspects, ce long métrage puise ses qualités dans cet autre cinéma, qui scrute le monde : il en emprunte l'énergie convulsive, l'effet d'immersion totale et bourdonnante au sein du groupe en lutte. On est dans le vif de la tension et des affrontements, on respire au rythme du désespoir qui monte, des divisions qui s'installent, de la colère qui pulse toujours plus. La source documentaire irrigue, aussi, en profondeur, la description des mécanismes modernes de la casse sociale, en décortique les enjeux avec une rare intelligence. Chacun sa logique.
Le film ne condamne pas les individus, pas même les patrons, ni ceux, parmi les salariés, qui cèdent à la violence ou au contraire cèdent tout court. Mais si Stéphane Brizé se garde d'asséner un discours simpliste et didactique, il choisit clairement son camp. A travers la justesse saisissante des répli¬ques, le déséquilibre flagrant des forces en présence, la violence des échanges parle d'elle-même. Elle teinte d'ambiguïté et d'impuissance l'intervention des pouvoirs publics. Elle dépouille peu à peu les grévistes de tous les recours. Dialogues de sourds.

Les uns n'ont plus que la rage ou le renoncement, les autres maintiennent un front hermétique, inflexible. Pour les cadres dirigeants de l'entreprise, le monde ultralibéral est une fatalité, une loi naturelle, le seul écosystème possible. S'y opposer, selon eux, c'est comme vouloir empêcher la Terre de tourner : « Il n'y a pas d'un côté les salariés et de l'autre côté la direction, on est tous sur le même bateau », se défend par exemple l'un des responsables. « Si on est dans le même bateau, sachez que nous, on est dans les couchettes du bas avec les rats et la merde et vous, vous êtes dans celles du haut », lui répond vivement son interlocutrice.

Dans « les couchettes du bas », veille farouchement Laurent Amédéo, représentant syndical, rivé à la lutte. Nerveux, ramassé, à la fois pugnace et poignant, tout en détermination vibrante et en charisme rugueux, Vincent Lindon s'empare du personnage avec une vérité qui rappelle sa précédente collaboration avec Stéphane Brizé, La Loi du marché, le drame social qui lui avait valu le Prix d'interprétation à Cannes, en 2015, pour son mémorable personnage de chômeur longue durée. Le comédien est ici confronté au même dispositif : mesurer l'extraordinaire authenticité de son jeu à celle de partenaires non professionnels, tous excellents, dans des rôles proches de ce qu'ils sont à la ville (ici, une « vraie » avocate, de « vrais » syndicalistes...). La « star » et les débutants sont traités à égalité, avec la même limpidité, la même attention : entre eux, se joue comme un dialogue entre réel et fiction, entre une honnêteté scrupuleuse et une haletante dimension spectaculaire.

Ni « documenteur » ni brûlot romanesque, le film trouve son équilibre et sa puissance dans un entre-deux passionnant, dans une capacité à distinguer et à resserrer les enjeux dramatiques, à en souligner les enchaînements et la complexité, à en incarner toute la dimension humaine. Un vrai contrepoint aux images de reportages télé dont le récit est truffé, rappel constant de la manière dont cette guerre permanente, livrée à nos portes, presque sous nos yeux, est rapportée chaque jour, par bribes, tronquées, hâtives, commodément digestes. La destinée de l'irréductible Laurent Amédéo et l'histoire incandescente et douloureuse de cette lutte collective sont plus difficiles à avaler parce qu'elles n'offrent pas d'issues faciles, de réponses rassurantes. Elles se contentent de souligner l'urgence de faire face. Une insuffisante mais nécessaire condition de survie, résumée en exergue par une citation de Bertolt Brecht : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »


Le Monde - Thomas Sotinel
C'est une histoire vieille comme l'inégalité. Celle de l'homme ordinaire contraint de se lever avec les siens contre plus puissant que lui, forcé de devenir chef de guerre. Stéphane Brizé est un cinéaste réfléchi et le titre de son film cristallise la violence qu'il met en scène avec autant de colère que de lucidité. Aucun coup de feu ne sera tiré, c'est à peine si quelques coups seront échangés. Pourtant, la lutte que mène Laurent Amédéo (Vincent Lindon) contre la fermeture de l'usine dont il est salarié est bien un conflit dont l'issue verra l'application d'un des principes fondamentaux de la guerre : malheur aux vaincus.

Brizé extrait cette histoire de la litanie des chaînes d'information en continu. La première séquence est frappée du sceau de BFM TV qui rapporte le dernier incident du conflit opposant les salariés de Perrin Industrie, équipementier automobile racheté par un groupe allemand, à la maison mère qui a décidé la fermeture de leur usine. Le logo de la chaîne s'efface alors que les caméras de Brizé qui restent quand d'ordinaire leurs consœurs de la télévision quittent la pièce. On est dans une salle où se font face les représentants syndicaux et les cadres de l'usine et de la filiale française du groupe allemand.

Dès cette première confrontation, on s'aperçoit que la méthode que le metteur en scène a mise au point sur le tournage de La Loi du marché tourne à plein rendement. Dans le champ, Vincent Lindon est le seul acteur professionnel. Il est entouré de débutants, Olivier Lemaire, qui incarne le représentant d'un syndicat maison, avec qui Amédéo le ¬cégétiste fait front commun, ¬Mélanie Rover, la collègue de la CGT, Jacques Borderie, le patron de l'usine. Entre le vétéran des plateaux et les néophytes, il n'y a pas d'autre différence que celle qu'introduit le scénario, d'une extraordinaire précision. Il y a deux ans, après le rachat de Perrin Industrie, la direction a obtenu du personnel des concessions sur les salaires et la durée du travail en échange de la promesse du maintien de l'emploi.

La loi d'airain de la rentabilité

Le regard générique que l'information en continu porte sur ces situations s'est mué en intérêt pour les individus et en interro¬gations sur les raisons de chacun. Les cadres expliquent aux ouvriers et aux employés la dureté de la concurrence internationale, la loi d'airain de la renta¬bilité, dans le langage qu'on emploie aujourd'hui, fait de fatalisme et de mathématiques. Les ouvriers tentent de faire entendre que leur enjeu n'est pas le cours en Bourse mais leur avenir, réduit à ses composantes les plus élémentaires : où ils vont habiter, de quoi ils vont se nourrir, comment ils élèveront leurs enfants.

Ce que montre Stéphane Brizé au long de cette introduction ¬magistrale n'a rien d'un débat. Ce sont des troupes qui ma¬nœuvrent pour se mettre en ¬position. Entre les deux, il y a un no man's land vide de mots et de sens communs.

En guerre ne sera pas de ces films imprégnés de l'exaltation du combat. Régulièrement les logos des chaînes d'information reviendront pour scander les escarmouches du conflit : la montée à Paris, les coups d'éclat, bientôt présentés comme des actes de vandalisme, fissures et éclatement du front syndical. Sans jamais briser le rythme inexorable du film, Brizé déploie ces situations, met en évidence les blessures qu'elles provoquent, les cicatrices qu'elles laissent, y compris chez l'adversaire.

Le seul privilège dont bénéficie Lindon est de pouvoir sortir de temps à autre Amédéo de l'espace confiné qu'a créé le conflit social. Divorcé, bientôt grand-père, on devine que l'engagement syndical est (aussi ? accessoirement ? surtout ?) un moyen d'échapper à la solitude. Les autres acteurs doivent se débrouiller avec ce qu'ils ont, ils le font tous avec une justesse remarquable. Un mot, aussi cryptique que possible sur la ¬conclusion d'En guerre. Elle est déconcertante – c'est un euphémisme. Elle mériterait d'être débattue. Dans un monde idéal, les spectateurs se retrouveraient après la sortie pour en parler. Mais s'il est une chose que démontre ce film, c'est que nous ne vivons pas dans un monde idéal.


Les Inrockuptibles - Serge Kagansky
Cette année, le festival a resélectionné 120 battements par minute en compétition, mais réparti en deux nouveaux films : d'un côté, l'histoire d'amour hantée par la mort (le superbe Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré) ; de l'autre, le combat politique, les flux de la parole militante, l'articulation entre les mots et les actions, avec l'ébouriffant En guerre, un film où Stéphane Brizé et Vincent Lindon rejouent plus haut plus fort la mise de La Loi du marché (2015) et ramassent le tapis.

Cette fameuse loi du marché est omniprésente dans ce nouveau film qui remet en fiction les luttes récentes des Continental, Goodyear et autres Arcelor-Mittal, avec son cortège de saloperies euphémisées par la novlangue ultralibérale : restructuration, délocalisation, adaptation à la réalité mondiale, autant de dénominations visant à mieux faire glisser la pilule de la fermeture d'une usine qui tourne bien et dégage des profits mais pas assez pour la voracité sans limites des actionnaires invisibles. Face à cet état des choses économiques insensé, le dialogue social et la négociation peuvent s'avérer insuffisantes et laisser place à... la guerre. Une guerre sans bombes ni tanks, certes, mais pas sans violence et faisant des victimes.


Première - Christophe Narbonne
Stéphane Brizé et Vincent Lindon reforme le duo gagnant de La Loi du Marché pour un nouveau film de crise qui résonne avec l'actualité.
L'œil acéré, les gestes secs, le visage glabre taillé à la serpe : dans En guerre, Vincent Lindon compose un personnage à l'opposé de celui, moustachu, de La loi du marché, le visage fermé et la silhouette affaissée. Les deux films fonctionnent comme ça, en miroir. Après le chômage longue durée et la désocialisation, l'emploi menacé et la mobilisation. Après l'apathie de la défaite, l'énergie du désespoir.


Le Nouvel Observateur - François Forestier
Anatomie d'une grève qui foire : tandis que l'usine Perrin, à Agen, annonce la fermeture totale, la maison-mère allemande fait des bénéfices record. C'est la loi du capitalisme : détruire des emplois, faire du profit, sacrifier les 1.100 salariés. La grève commence ; il faut établir le rapport de force, discuter avec les différents responsables, impliquer les services de l'Etat (qui, comme le dit le haut fonctionnaire, ne peut pas grand-chose), rassembler la base, surmonter les dissensions, se battre, se battre, se battre.
Plaire, donc. A son premier degré de réception, cette histoire d'amour entre un écrivain parisien quadra et un étudiant breton revêt un charme irrésistible, un plaisir de cinéma immédiat. Cette capacité à plaire tient à un certain nombre d'ingrédients communs à tous les films séduisants. Une matière amoureuse à laquelle chacun peut s'identifier, un récit mené sur un tempo juste, rythmé par la grâce d'un montage vif et inventif, une photo élégamment pétante, une BO de ouf (qui touchera au cœur les anciens lecteurs des Inrocks car on y retrouve Prefab Sprout, Massive Attack, Cowboy Junkies, Jérôme Pijon... une vraie compile 1986-95), des dialogues admirables qui sont à la fois très écrits et extrêmement vivants, de nombreuses incises humoristiques qui font mouche et mettent à distance le potentiel pathos et, surtout, le plus important, un casting étincelant.

Vincent Lacoste confirme son incroyable aisance, tant dans le registre jeune premier que dans la veine comique. Denis Podalydès est lui aussi génial en ami vaguement sur la touche et vieux pédé ronchon, partageant avec Lacoste les moments les plus hilarants du film.

En s'inspirant de l'incident du 5 octobre 2015, quand le DRH d'Air France a vu sa chemise déchirée, Stéphane Brizé s'interroge sur le désespoir des salariés, conduits à des gestes extrêmes. Le titre du film dit tout: c'est la guerre, désormais au cœur de notre société. Brizé raconte ce conflit (fictif, mais réaliste) avec des images de reportage, des réunions de syndicalistes, des confrontations avec le patronat: le leader de la lutte, Laurent Amédéo (Vincent Lindon), déterminé et dévoué, est montré dans toute sa vérité d'homme: divorcé, rageur, prêt à rendre service, intransigeant, porteur d'une dimension sacrificielle

Joué par des acteurs non professionnels, le film a une charge électrique étonnante : la colère qui jaillit des images n'est pas feinte ni jouée. Sur un sujet somme toute classique (la lutte des classes), le cinéaste injecte une dose massive d'énergie. Au fil des jours, puis des semaines, la situation s'envenime: la direction a fait des promesses qu'elle n'a pas l'intention de tenir. Tout dérape, le front syndical se fissure : mencheviques (on prend ce qu'on nous offre) contre bolcheviques (on va jusqu'au bout).

Comme dans certains des films précédents de Brizé ("Quelques heures de printemps", "la Loi du marché"), un autre horizon se profile, sous le discours revendicatif. On assiste à la fin d'une époque : bientôt, il n'y aura plus d'ouvriers, plus de syndicats, plus de poings levés, plus de drapeau rouge. Le futur sera asocial, financier, écrasant. Alerte max, donc.
Il y a, dans le film, une opération du Saint-Esprit : dans ces lieux ternes, ces murs d'usine, ces bureaux blancs, un acteur insuffle une tramontane d'enfer.
Vincent Lindon, entièrement habité par le personnage d'Amédéo, allume la mèche, à chaque scène. Il est à la fois au diapason des autres et unique dans sa révolte. Cette marge entre la fiction et la flamme, on appelle ça le talent.


Libération - Julien Gester
Dès son ouverture qui entrechoque Bertolt Brecht et barouf griffé BFM TV, le nouveau film de Stéphane Brizé affiche la couleur et la mesure de son ambition quasi totalisante : concilier grand art altier et capture de la chimère du «réel», de la «vérité» ou de quelque autre bête mythologique de ce genre ; conjuguer (h)auteur de vue démiurgique et immersion en apnée dans le bouillonnement désordonné du monde contemporain, ses architectures sociales déréglées et la frénésie de ses images en vrac.

Camouflets. Après un détour par le romanesque anémié d'Une vie, le cinéaste retrouve Vincent Lindon, avec qui il avait déjà tourné à trois reprises et connu ses plus amples succès, dont surtout, en 2015, celui de la Loi du marché - un million d'entrées, une pluie de trophées en tout genre, dans le sillage d'un alors surprenant sésame pour la compétition cannoise, coiffé d'un prix d'interprétation. La phrase de Brecht qui frappe le carton inaugural («Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu») condense bien la tension qui convulse En guerre, où Lindon troque la moustache et le costume de l'agent de sécu de la Loi du marché pour les attributs d'un syndicaliste, Laurent, en lutte au sein d'une usine agenaise dont vient d'être annoncée la fermeture. Et l'acteur se trouve ici encore plongé, à corps perdu et voix cassée, dans la mare des désarrois à vif d'une communauté d'interprètes amateurs, sommés de prêter chair, sans fard, à ce qu'ils sont aussi peu ou prou à la ville : ouvriers, délégués du personnel, avocats...

Le sort de l'entreprise en question, Perrin industries, est donné à juste titre comme exemplaire des turpitudes d'une ère ultralibérale qui a tous les traits de la nôtre : dans une région déjà en grandes difficultés économiques, 1 100 emplois menacent d'être supprimés au nom du principe de compétitivité, tandis que le groupe qui détient l'entreprise, basé en Allemagne, sécrète de copieux bénéfices et dividendes dont se baffrent joyeusement les actionnaires, et ce, alors même qu'un accord passé trois ans plus tôt avait conduit les salariés à des sacrifices en échange de la sauvegarde pérenne de leur travail.

La redoutable mécanique de thriller social du film carburant aux conflits, l'affrontement initial entre grévistes et direction de l'usine s'éclate vite en de multiples autres lignes de fracture, ouvrant sans cesse de nouveaux fronts, entre les travailleurs et leurs représentants, entre ces derniers et leurs soutiens politiques plus ou moins de bonne volonté, jusqu'au sein même des représentants du personnel, parmi lesquels Laurent-Lindon et quelques autres tiennent la ligne inflexible d'un refus des tractations, tandis que les fatalistes et les jaunes négocieraient bien leurs indemnités de départ à la hausse. La lutte se poursuit tant bien que mal, sur la crête sans cesse plus étroite d'actions couronnées de camouflets aussi cruels que les avancées se révèlent fragiles et réversibles, jusqu'à ce que les salariés frondeurs parviennent à obtenir l'entrevue qu'ils exigeaient sans relâche avec l'arrogant PDG du groupe, laquelle tournera mal.

Ce récit du délitement du combat social, broyé par les désunions et l'impavidité goguenarde de puissants sûrs de leur bon droit dès lors qu'ils appliquent, toute immoralité comprise, «les règles du monde dans lequel on vit», le film l'orchestre selon une impassible nomenclature sociale-réaliste : plan moyen pour tous, trépied nulle part. Toutes scènes de débats, réunions et harangues, où des rhétoriques plus ou moins rodées livrent batailles, se trouvent embrassées à la même échelle par une caméra portée, prodigue en nuques floues en amorce mais avare en vision ou en attention sensible à la nature particulière de ce qu'elle capte, reléguant la prise en charge d'un point de vue et de toute séquence débordant le cadre du bavardage aux (faux) extraits de flux médiatiques.

Les travers que l'on pouvait trouver à l'articulation entre le personnage campé par Lindon dans la Loi du marché et ses partenaires à l'écran, le difficile partage des plans qui s'y livrait déjà, tout cela s'accentue dans En guerre au profit du règne quasi monarchique de la star embarquée, sur des situations où tout autre ne paraît exister qu'à titre de faire-valoir de l'acteur en performance, chevillé à cette dignité supra-humaine (tous finiront par déraper ou dire une connerie, sauf lui), et cet héroïsme sacrificiel, emporté, toujours au bord de la déflagration, qui lui va si bien.


Brutalité. A l'exception confondante du personnage de Laurent, les figures disposées autour de lui, campées avec justesse et application, ne viennent ainsi jamais s'emplir de quelque relation ou matière intime de l'ordre de l'expérience humaine, qui les muerait en autre chose que de pures abstractions réduites à la somme des vexations subies au charbon : des rouages dévitalisés, de stricts rôles à jouer dans l'entreprise d'édification à laquelle se livrent main dans la main réalisateur et comédien principal. Si bien qu'à l'inverse du grand bain d'humanité meurtrie par l'étau de brutalité capitaliste que semble promettre l'implacable démonstration du couple Brizé-Lindon, on croirait à s'y méprendre que cette histoire nous est contée par le seul prisme d'un regard comptable de DRH, soucieux seulement d'une sorte d'insoutenable politique du chiffre.


Paris Match - Fabrice Leclerc
Dans la droite ligne de « La loi du marché », Stéphane Brizé retrouve Vincent Lindon pour cette fiction quasi documentaire sur la bataille de salariés pour sauver leur usine d'une délocalisation. Abrupt, tourné en plans-séquences, son film prend le temps de radiographier le monde du travail en France, les syndicats, le pouvoir politique et les médias. Une œuvre forte, même si, parfois, le propos appuyé peut presque devenir contre-productif

Le Parisien - Pierre Vavasseur
« En guerre ». Les 1 100 salariés de l'usine Perrin l'ont mauvaise. Voilà deux ans qu'ils ont accepté de faire des sacrifices financiers pour sauver leur emploi. Et voilà que la direction annonce, contre toute attente au vu de ses bénéfices, la fermeture du site. Laurent Amédéo (Vincent Lindon) prend la tête du combat. Tout est performance dans ce film uppercut : la réalisation, entre documentaire et reportage à vif, le travail des non-acteurs dans des rôles qu'ils ont bien connu dans la vraie vie, et la puissance de tir de Vincent Lindon, porté par une inextinguible colère.

L'Express - Christophe Carrière
Stéphane Brizé raconte tout en disséquant. Sans caricaturer. Sans pointer personne du doigt. Juste accuser un état de fait, constater un drame humain. Et avec le talent inouï de faire du cinéma avec la réalité sans jamais trahir celle-ci.

Cahiers du cinéma - Jean-Philippe Tessé
On peut voir dans En guerre une variation sur «La loi du marché» après le film du même titre (...). Mais on peut le voir aussi comme un film assez différent, et rendre justice à Stéphane Brizé de faire varier son dispositif autant que son propos, dut-il se cogner contre de semblables apories.



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