La Belle

  jeudi 20 Septembre   
20 H 30



Scénario : Jurijus Jakovlevas
Montage : Lilija Ziviene
Musique : Viaceslavas Ganelinas
Production : Lietuvos kino studija, Lituanie
Photographies : Algimantas Mockus
Réalisateur : Arunas Zebriunas


 Avec 

» Inga Mickyté - Inga (la belle)» Lilija Zadeikyte - La mčre d’Inga» Viktorias - Arvidas Samukas
» Le nouveau garçon - Tauras Ragalevicius


 Synopsis 

RÉSUMÉ

Les enfants du quartier jouent souvent à un jeu: ils forment un cercle au centre duquel l'un d'entre eux danse pendant que les autres lui adressent des compliments. Inga, une petite fille sympathique et honnête qui vit avec sa mère célibataire, en reçoit en général beaucoup. Pour cette raison, on la surnomme « la belle ». Mais cela ne va pas durer : un nouveau garçon s'installe dans le quartier. Malpoli, il ne s'intègre pas bien. Et comme il n'aime pas les taches de rousseur d'Inga, il lui dit qu'elle est laide, ce qui la blesse profondément.
Elle part à la recherche de la vraie beauté...

Le film sera présenté au FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLE 2018 !


 Anecdotes 

Préambule

Au début, tout a semblé se dérouler « normalement » en Lituanie : le 3 juillet 1897, l'invention des frères Lumière se trouve à Vilnius (alors dans l'Empire russe) pour une projection. Mais la trajectoire ne sera pas du tout rectiligne, loin de là. La jeune nation lituanienne de l'entre-deux-guerres (1918-1940) ne vit pas se former une industrie, qui s'ébauchera seulement après-guerre, sous tutelle soviétique. Dans un premier temps, le « Studio de cinéma lituanien » consiste avant tout à produire, comme ailleurs en URSS stalinienne, un réalisme socialiste plus ou moins coloré localement. Il existe toutefois un cinéma lituanien bien avant la proclamation de l'indépendance, le 11 mars 1990 – le frondeur État balte étant la toute première des républiques d'Union soviétique à s'affranchir de la tutelle de Moscou.

Emergence du cinéma lituanien

L'émergence au cours des années 1960 d'un cinéma lituanien est considérée comme soudaine. Elle est portée par une génération dont de nombreux membres ont été formés au VGIK à Moscou avant de revenir « au pays » pour travailler au sein du Studio national : Almantas Griškevičius, Raimondas Vabalas, Algirdas Dausa... Ces films se distinguent par leur visée poétique, le recours à la métaphore et au symbolisme dans des mises en scène amples et ambitieuses, virtuoses et lyriques, s'appuyant sur des commentaires sonores et musicaux sophistiqués. Jausmai (Feelings, Algirdas Dausa et Almantas Griškevičius, 1968) ou La Belle (Gražuolė, Arūnas Žebriūnas, 1969) représentent bien cette veine qui fait aussi la part belle à l'introspection, comme s'il s'agissait de percer le secret des âmes. On retrouve ce sens de l'introspection dans Sadūto Tūto (1974), où Almantas Griškevičius interroge l'anticonformisme dans un contexte où il vaut mieux ne pas l'être. Le ton est aussi plus nonchalant, parfois franchement badin, prenant place dans une forme énergique et un montage dynamique. Les années 1970 voient aussi
surgir un film historique du cinéma lituanien : Velnio nuotaka (The Devil's Bride, 1973).
Arūnas Žebriūnas se trouve aux commandes de cette curieuse – euphémisme ! – comédie musicale bariolée aussi bien inspirée par le folklore que par les seventies «endiablées» - il s'agit du récit d'un règne satanique terrestre particulièrement licencieux.


 Quelques mots 

ARŪNAS ŽEBRIŪNAS (1930–2013)

Après avoir débuté sa carrière comme assistant directeur artistique, il devient à son tour directeur artistique au Studio de cinéma lituanien en 1955, avant de passer cinq ans plus tard à la réalisation en adaptant le roman Le Dernier coup (Paskutinis šūvis), qui devient le troisième chapitre d'un film en plusieurs parties, Les Héros vivants (Gyvieji didvyriai). Il s'agit de la première série de courts-métrages lituaniens à obtenir une reconnaissance internationale au 12ème festival de Karlovy Vary, en 1960.

Après un séjour à Moscou auprès du célèbre réalisateur russe Michail Romm, Žebriūnas crée l'un des ses films les plus remarquables, La Fille et l'écho (Paskutinė atostogų diena, 1964), qui est primé au VKF, le festival de cinéma de l'Union, et à Cannes, et qui reçoit à Locarno la Voile d'argent.

Dans ses premiers films, Žebriūnas s'attache souvent, avec un lyrisme et un humour discrets, à percer le secret des âmes des enfants et des adolescents. Plus tard, lorsqu'il se tourne vers des thématiques plus adultes, il crée des films plastiques, colorés, très esthétiques, dépeignant les passions humaines et des forces éreintantes.

En 2010, Žebriūnas remporte la Grue d'or du cinéma lituanien, une distinction qui vient récompenser l'ensemble d'une carrière.

Un an plus tard, il se voit remettre le Prix national de la culture et de l'art de Lituanie ‹‹ pour son travail, qui ouvre la voie au cinéma poétique lituanien, un cinéma qui a toujours usé de son langage particulier pour défendre les valeurs humanistes les plus nobles ››.
Remerciements à Arnaud Hée et à la Cinémathèque française pour les textes


 Entretien 

Interview Alanté Kavaïté
scénariste et réalisatrice franco-lituanienne

Quel est votre premier souvenir lié à La belle (Grazuole)?

Le plan envoutant de la caméra qui tourne à 360 ° en suivant la fillette qui danse tout en regardant l'objectif. Et d'une manière plus générale, le visage d'Inga Mickyte, cinégénique et solaire, est inoubliable. J'ai aimé ce film étant enfant, mais devenue adulte et cinéphile j'appréhendais sa redécouverte. Je n'ai pas été déçue, loin de là. Le revoir sur grand écran à la Cinémathèque Française a été pour moi un vrai cadeau.

En quoi ce film a-t-il été marquant pour vous et quelles influences a t-il eu sur votre carrière et vos films ?

Si influence il y a, elle est inconsciente, car j'ai vu les films d'Arūnas Žebriūnas étant très petite. Je me souviens de la sensation étrange et très agréable qui naissait du mélange de fiction et des décors naturels de Vilnius que je connaissais par coeur et où je jouais moi-même. C'était un jeu dans le jeu... Aujourd'hui ce film me permet de revisiter mon enfance. Il ne s'agit pas de la photographie de la ville, on n'en voit que très peu dans le film, mais de la photographie d'un état émotionnel. La sensation est là, intacte. Ces étés en plein soleil, avec la circulation libre entre les cours d'immeubles pas encore protégées par les digicodes. Il y a l'innocence et aussi une sorte de bienveillance générale. La circulation se fait entre les générations aussi. Les enfants discutent avec des adultes inconnus, le dialogue est facile entre les enfants et les personnes âgées. Le souvenir que je garde de mon enfance est très proche de ce que montre le film. Ce n'était pas une société de consommation, il n'y avait rien à consommer, mais on ne vivait pas dans la misère.
On a grandi entouré de beaucoup de grâce, de beauté et une place très importante était occupée par l'art et la littérature.
Être enfant dans cette ville dans les années 70, c'était d'avoir une liberté sans limite, d'autant qu'elle n'était possible qu'avant l'âge adulte. Les adultes eux, vivaient plutôt dans la peur et la mélancolie.

Quelle place a le film dans l'imaginaire et la culture lituanienne ?

Comme plusieurs films d'Arūnas Žebriūnas, La belle ( Grazuole) a eu un succès populaire.
Sa lecture est double. D'un côté, il y a un film poétique, simple, à la hauteur de l'enfant, mais de l'autre, un film plus politique. Žebriūnas lui-même qualifiait ses films de « films pour adultes sur les enfants ». Ce n'était pas une position pour s'isoler sur un îlot à l'abri de l'idéologie, où seuls des jeux ludiques auraient un intérêt, c'était au contraire une manière de philosopher, de créer du sens sans se faire arrêter par la censure. Évidemment, pour l'enfant c'est plus facile de dire que le roi est nu. A travers la crise existentielle d'une petite fille, le film s'interroge sur la beauté intérieure et la beauté extérieure, sur les rapports d'un individu au groupe... Il y a de nombreux indices sur l'occupation soviétique du pays et une forte tension entre le présent soviétique et la mémoire historique. Tout cela fait d'une manière poétique, métaphorique, sobre et presque légère, donc invisible pour la censure. Pour l'anecdote, la seule scène que Žebriūnas a été obligé de couper du film est une scène où les enfants fument dans la cour. La cigarette, trop mauvais exemple pour la jeunesse...
Après sa première le 9 février 1970, le film a reçu beaucoup de presse élogieuse. Il a été comparé à un sublime chant, on parlait beaucoup du style virtuose de Žebriūnas, de la sincérité de la petite héroïne, de la capacité à trouver la poésie dans l'ordinaire, de la capacité à traduire « le grand monde » à travers « une petite personne ».

Quelles pistes pourriez-vous donner à des spectateurs français d'aujourd'hui pour appréhender le film ?

L'attente est un élément commun à tous les personnages du film et il serait intéressant de le repenser par rapport au contexte de ces années-là. La mère attend le retour de son amant, il y a même un chien qui attend son maître... Le garçon attend que les branches qu'il a ramassées bourgeonnent, d'ailleurs il parle des fleurs d'anémones hépatiques pour être précis – ces fleurs sont les premières qui apparaissent après la neige et en mars tapissent les vallées les recouvrant de bleu. Absurde donc comme attente. Ayant vécu dans ce pays à cette époque, je ne peux m'empêcher de penser à l'attente des adultes en général de la fin de l'occupation soviétique. Žebriūnas est le cinéaste de l'été. Là encore, un choix allant dans le sens de la liberté de ses personnages. L'été les enfants ne vont pas à l'école, ils sont à l'abri des cours d'idéologie. Mais rien n'est éternel, dit le film. Ni l'été, ni l'enfance, ni l'innocence, ni la beauté, ni la peur probablement...

Je peux rajouter une autre anecdote concernant la séquence probablement la plus étrange du film. Un jour, dans ses balades à travers la ville, la fillette se retrouve sur une place où plusieurs personnes sont rassemblées pour écouter un concert de cloches. La fillette écoute un instant, la caméra s'élève et on découvre le rassemblement vu d'en haut. Une oreille fine peut reconnaître Lietuva Brangi (Lituanie Chérie) de Maironis (l'un des plus célèbres poètes lituaniens, fin XIX ème début XX ème). Ce poème était devenu le véritable chant de ralliement contre le régime. Cette séquence ne figurait évidemment pas dans le scénario, ni dans le plan de travail, ni dans les rapports de montage. Je sais que ce genre de petites perles pouvaient émouvoir ou même bouleverser la génération de mes grands-parents qui ont passé leur jeunesse dans la Lituanie libre et qui ont subi l'occupation soviétique. Comprendre le sens d'une séquence comme celle-ci, c'était comme partager un secret d'une manière codée.

Pourriez-vous nous en dire plus sur cette petite fille et ce jeu appelé « La belle » ?

Le jeu « La belle » est une très belle trouvaille scénaristique et montre la capacité des enfants à s'émerveiller d'un rien et à transformer le réel par le jeu. Les critères de beauté ont changé et aujourd'hui on peut être surpris par le synopsis original où l'on lit qu'Inga n'est pas belle du tout. En effet, à l'époque, les taches de rousseur étaient considérées comme disgracieuses.
Le film doit beaucoup à son interprète principale : Inga Mickyte. Il s'agit ici de sa deuxième collaboration avec le cinéaste. Il était apparemment très inspiré par son talent, on ne peut que le comprendre, et plus tard, alors qu'il était en train de préparer Velio Nuotaka (La fiancée du Diable) en 1973, il était prêt à réécrire le scénario pour elle, car elle était encore trop jeune pour le rôle principal. Mais Inga a refusé, choisissant comme ses parents et ses grands-parents de devenir médecin. Une grande perte pour le cinéma lituanien...

La liberté des enfants apparait immense et sans limite. Que ressentez-vous en revoyant ça aujourd'hui ?

A l'évidence, ce temps est révolu. Je me demande si la liberté des enfants n'était pas d'autant plus grande que la surveillance des adultes par le régime était totale. Ce qui est terrible...

Votre enfance en Lituanie ressemblait-elle à cela ?

Les étés ressemblaient exactement à ce que montre le film. On était habillé à peu près pareil et on circulait comme on voulait à travers les cours des immeubles. Les filles portaient le même genre de robe trop courte ou étaient torse nu, comme l'une des fillettes du film. Le bonheur était aussi dans l'éducation non genré. On lisait Fifi Brindacier d'Astrid Lindgren entre autres. Les filles n'étaient pas moins fortes et moins capables que les garçons, on ne se divisait pas en deux groupes, on jouait ensemble.

De quel(s) film(s) rapprocheriez le film et l'expérience de ce film ?

Un autre très beau film d'Arūnas Žebriūnas, Paskutine atostogu diena ( The girl and the echo), 1965, a des points communs avec Picnic at Hanging Rock de Peter Weir, 1975. Quant à La belle (Grazuole), rien ne me vient à l'esprit, tant je le trouve unique.

Quelle est la place d'Arūnas Žebriūnas dans le cinéma lituanien ?

Arūnas Žebriūnas était l'un des cinéastes le plus aimés du pays. Ces films étaient très populaires. Il en a fait une vingtaine, La belle (Grazuole) est son huitième. Beaucoup de ses films sont avec des enfants, quelques-uns pour la télévision. Il avait cette image de quelqu'un d'incorruptible, il a même déclaré : « il n'y a jamais eu de Pionnier soviétique dans mes films. »

Est-il le seul à s'être ainsi penché sur la vision du monde au travers des yeux d'enfants ?

Les 400 Coups de François Truffaut (1959) a été largement diffusé dans l'Union Soviétique. Ce film a dû marquer la jeune génération des cinéastes et a ouvert une nouvelle vague avec des films non pas destinés aux enfants, mais avec des enfants comme personnages centraux. Et en Lituanie, à commencer par Žebriūnas, qui en a fait plusieurs. Même si Žebriūnas est sans doute plus proche de l'Enfance d'Yvan de Tarkovski (1962) que du cinéma néoréaliste de Truffaut.

Disons aussi que la situation politique des années 70 était propice à un cinéma comme celui de Žebriūnas. Il y a eu comme un vent de liberté qui a permis de s'éloigner des préoccupations des cadres du parti. En habile stratège, Žebriūnas a réussi à financer ses films et à passer entre les mailles de la censure tout en ayant un discours politique.

Est-il considéré comme l'inventeur d'«un cinéma poétique lituanien» ?

Avec son premier film Paskutinis suvis (1959), il a sûrement apporté un nouveau souffle au cinéma lituanien en montrant une nouvelle direction, celle d'un cinéma poétique. Placer le récit hors temps, se préoccuper davantage de la fonction symbolique de l'image, s'intéresser plus à la forme, au concept, aux considérations philosophiques qu'au récit, c'était nouveau. De plus, il y a quelque chose d'architectural dans la mise en scène de Žebriūnas. Le cadre est pensé d'une manière très conceptuelle et précise. Ce n'est peut-être pas par hasard. Il a d'abord fait des études d'architecture aux Beaux-Arts et a commencé à travailler comme décorateur dans les studios de cinéma de Vilnius.

FILMOGRAPHIE

Les Héros vivants .1960
La Fille et l'écho 1964
Le Petit prince ...1966
La Mort et cerisier.1968
La Belle 1969
La Fiancée du diable 1974
Le Pain de noix..1978



 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - David Fontaine
Inga, 10 ans, rayonne de joie lorsqu'elle se déhanche au milieu des autres enfants. Mais un sale gosse brise ce cercle enchanté en la traitant de « moche »...
Ce charmant film en noir et blanc de 1969, signé du Lithuanien Arunas Zebriunas, est un conte délicat, tantôt léger et tantôt grave, à l'unisson des humeurs enfantines.




Association IRIS – Saison 2018-2019
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Programmation et animation des films du jeudi soir (projections en V.O)
Festival 'Faites des courts'- ciné goûter/pizza pour les enfants
Un projet « Autour de l'animation » - Partenariat avec d'autres associations
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