BURNING

  jeudi 27 Septembre   
20 H 15


Sélection officielle Compétition Festival Cannes

Scénario : OH Jung-MI,LEE Chang-Dong
Montage : LEE Seung-chul
Costumes : YI Chung-yeon (Style 7)
Image : HONG Kyung-pyo
Musique : Mowg
Son : LEE Seung-chul
Assistant réalisateur : HA Jung-su
Réalisateur : LEE Chang-Dong
Distribution : Diaphana Distribution


 Avec 

» Ah-in YOO - Jongsoo» Steven YEUN - Ben» Jong-seo YUN - Haemi


 Synopsis 

Lors d'une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi,
qui le séduit immédiatement.
De retour d'un voyage à l'étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et
mystérieux.
Alors que s'instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange
secret.
Peu de temps après, Haemi disparaît...


 Anecdotes 

PERSONNAGES ET ACTEURS
A H - I N Y O O ( J o n g s u )
« Comment peut-il vivre ainsi à son âge ? »
Jongsu est un jeune homme d'une vingtaine d'années qui travaille à mi-temps dans une société de distribution. Il nourrit des
sentiments envers Haemi, une amie d'enfance qu'il n'a pas vue depuis longtemps, et se met à passer du temps avec elle.
Cependant, sa vie commence à se déliter lorsqu'il rencontre Ben, un homme mystérieux que lui présente Haemi.
« Ce fut un honneur de travailler sur un projet où tout le monde sur le plateau a exercé son art à la
perfection »
Dans tous les films où il a tourné, notamment VETERAN, SADO, et TOUGH AS IRON, Ah-in YOO a marqué les spectateurs de
sa présence inoubliable. Il a témoigné dans chacun de ses rôles des différentes facettes de son jeu et sa capacité à se glisser
dans la peau de son personnage. Il fascine le public à la fois au cinéma et à la télévision par ses nombreuses apparitions et sa
capacité à se transformer. BURNING est la première collaboration de l'acteur avec le réalisateur LEE Chang-dong
Filmographie sélective :
2015 : VETERAN (réalisé par RYOO Seung-wan)
LIKE FOR LIKES (réalisé par PARK Hyun-jin)
SADO (réalisé par LEE Joon-ik)
2013 : THREAD OF LIES (réalisé par LEE Han)
TOUGH AS IRON (réalisé par AHN Gwon-tae)
S T E V E N Y E U N ( B e n )
« Je m'amuse. Je suis prêt à tout pour m'amuser... »
Il conduit une belle voiture, habite une villa luxueuse en centre-ville, et apprécie la gastronomie ainsi que les
conversations intellectuelles. Bien que l'on ne sache pas ce qu'il pense, il semble mener la vie rêvée. Pourtant, un
jour, il révèle à Jongsu quel est son passe-temps secret.
« Le réalisateur LEE Chang-dong possède une intuition unique en son genre et parvient à voir le monde comme un
tout » C'est grâce à ses rôles dans la célèbre série THE WALKING DEAD et dans le film OKJA que Steven YEUN
s'est fait connaître et a gagné en popularité à Hollywood mais aussi en Corée. Ses nombreux rôles lui ont permis
d'acquérir une vaste communauté de fans en Corée et dans le monde entier. Avec BURNING, il révèle au public une
facette complètement différente, puisqu'il incarne cette fois un personnage au charme mystérieux. « Je me suis
dit que le charme à la fois éclatant et mystérieux de Steven YEUN correspondait étrangement au personnage de
Ben », raconte LEE Chang-dong.
Filmographie sélective :
2017 : MAYHEM (réalisé par Joe Lynch)
OKJA (réalisé par BONG Joon-ho)
2016 : LIKE A FRENCH FILM (réalisé par SHIN Yeon-shick)
2013 : CRASH SITE (réalisé par Jason Sperling)
2010-2017 : THE WALKING DEAD saisons 1 à 7 (réalisé par Frank Farabont, Ernest R. Dickerson, et Guy Ferland)


 Quelques mots 

DESTINÉES DE BARN BURNING
Comme le temps passe.
Il y a déjà plus de vingt ans, presque accidentellement à Kuala Lumpur j'ai la chance de voir Kaki Bakar d'UWei
bin Haji Saari.
Une adaptation locale, enracinée, inattendue de Barn Burning de William Faulkner. Le film sera d'abord un
succès à Un Certain Regard, puis à Telluride, New Directors/New Films, Busan et bien d'autres festivals.
L'émotion est grande alors sur un long travelling arrière final qui suit la course en avant de l'enfant. Nous,
spectateurs, avons retrouvé notre innocence. L'innocence.
Il y a quelques années Lee Changdong me fait part de sa volonté d'adapter une nouvelle de Murakami, ellemême
transposée de Barn Burning. Je suis sceptique.
Mais dès le premier plan, un travelling arrière qui sinue, et dès le premier son, nous sommes plongés dans la
vie grouillante d'un quartier populaire animé, à la fois proche et lointain.
Chaque seconde sera imprévue.
Y a-t-il moment plus précieux dans un film que lorsqu'il se détourne de ce qui aurait pu sembler concerté par
son auteur et commence à vivre de sa propre vie, de ses propres pulsions ?
Lee Changdong est l'un des trop rares cinéastes humanistes, sans que son oeuvre ne soit pour autant alourdie
de messages.
Aussi je me surprends à rêver que Burning préfigure la réunification d'une seule Corée, lui restituant enfin sa
culture ancestrale.
Peut-être était-ce l'ambition secrète hier de Shin Sang-ok, d'Im Kwon-taek, et de Lee Changdong
aujourd'hui.
Pierre Rissient


 Entretien 

UNE DANSE À LA RECHERCHE
DU SENS DE LA VIE
Conversation entre le réalisateur LEE Chang-dong et la co-scénariste OH Jung-mi
« J'ai rencontré pour la première fois le réalisateur LEE Chang-dong en 2010 lors de son séminaire de cinéma sur
l'art de la narration. Il nous a appris que l'on n'invente pas une bonne histoire, mais plutôt qu'on la rencontre par
hasard. Les bonnes histoires sont comme des êtres vivants qui se promènent tout autour de nous, et que nous
reconnaîtrons à condition d'avoir l'oeil, nous a-t-il expliqué. Une fois mon diplôme en poche, j'ai commencé à
travailler pour lui en tant que scénariste, et au cours de ces cinq années, d'innombrables histoires ont
effectivement croisé notre route, et continué à nous tourner autour.
Certaines sont devenues des scénarios, mais ont été ensuite mises de côté, parce que nous n'en voyions pas la
nécessité absolue de les raconter. Il semblait que nous tournions en rond à la recherche d'un chemin inexploré.
C'est au moment où nous commencions à nous sentir las de cette attente que nous sommes tombés sur une nouvelle
d'Haruki Murakami intitulée « Les Granges brûlées ». Comme LEE Chang-dong nous l'avait indiqué, nous sommes
tombés sur l'histoire qu'il nous fallait tout à fait par hasard, au moment où nous nous y attendions le moins ».
OH : Il me semble que pas mal de gens vont être assez surpris par ton choix d'adapter ce texte
de Murakami. N'est-ce pas le genre d'histoire, où « il ne se passe rien », que tu conseilles à tes
étudiants d'éviter ?
LEE : Lorsque tu m'as conseillé de lire cette nouvelle, elle m'a un peu déconcerté, parce que c'est une histoire assez
mystérieuse, mais où, en effet, il ne se passe rien. Cependant, j'ai fini par partager ton point de vue : ce mystère
recèle une dimension très cinématographique. On allait pouvoir en faire quelque chose de plus grande ampleur et de
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plus complexe. Ces trous béants dans l'enchaînement des événements, la pièce manquante qui nous empêche de
connaître la vérité, font référence au monde mystérieux dans lequel nous vivons aujourd'hui, ce monde dans lequel
on sent bien que quelque chose ne va pas, sans pourtant réussir à expliquer précisément de quoi il s'agit.
OH : Nous avons intitulé certains de nos textes « le projet de la colère », ce qui prouve bien à quel point tu tenais à
parler de rage, et en particulier de celle qui anime les jeunes à l'heure actuelle. En même temps, tu voulais aussi
t'éloigner de la narration traditionnelle. En quoi, à ton avis, cette histoire mystérieuse de Murakami a-t-elle donné
lieu à une réflexion sur la colère ?
LEE : Il me semble qu'à l'heure actuelle, dans le monde entier, les gens de toutes nationalités, de toutes religions et
de toutes classes sociales sont en colère pour des raisons différentes. La colère des jeunes est l'un des problèmes
les plus urgents. Les jeunes adultes en Corée souffrent beaucoup, en particulier du chômage. Ils ont perdu tout
espoir de voir leur situation s'améliorer. Ne sachant pas contre qui diriger leur colère, ils se sentent complètement
impuissants. À leurs yeux, ce monde prétendument sophistiqué, où il semble facile de naviguer, et qui fonctionne à
la perfection, prend l'allure d'uncasse-tête géant. Leur situation rappelle exactement le personnage du roman de
Murakami qui se sent complètement apathique face à cet homme dont la véritable identité est auréolée de mystère.
OH : C'est vrai. Je crois que plus on se sent banal et insignifiant, plus on est capable de comprendre ce sentiment
d'impuissance. Moi aussi, j'ai senti la colère monter en moi lorsque j'ai lu l'expression « granges inutiles » dans le
texte original, parce que, métaphoriquement, on pouvait l'interpréter comme une référence à des « personnes
inutiles ». C'est aussi le fait que la nouvelle de Murakami porte le même titre qu'une nouvelle de Faulkner qui t'a
intrigué, n'est-ce pas ?
LEE : La nouvelle de William Faulkner parle effectivement de colère. C'est la raison pour laquelle, bien que le film
soit une adaptation de la nouvelle de Murakami, il s'inspire aussi en partie de l'univers de Faulkner. Le texte de
l'écrivain américain raconte l'histoire de la colère d'un homme à l'égard de sa propre vie et du monde, et évoque de
manière saisissante la culpabilité qu'éprouve son fils envers les crimes de son père. Murakami, lui, raconte l'histoire
énigmatique d'un homme qui met le feu à des granges pour le plaisir. Finalement, les deux écrivains racontent la
même histoire de deux façons contraires : si la grange de Faulkner est bien réelle, puisque c'est l'objet vers lequel
il dirige sa colère, la grange de Murakami est une métaphore plutôt qu'un objet tangible.
OH : Jongsu, le personnage principal de notre film, est obsédé par cette métaphore. Je me souviens que le premier
jour où nous avons commencé à parler du film, nous nous sommes arrêtés sur une vignette représentant un homme
qui regarde à l'intérieur d'une serre en plastique. C'est à une serre que nous avons pensé, et pas à une grange, parce
que c'est plus courant en Corée. Transparente, mais couverte de taches. L'homme regarde fixement à travers cet
espace vide, de l'autre côté de cette vitre de plastique. Il m'a peut-être semblé que certains secrets de notre film
se trouvaient juste là, dans cet espace vide. Contrairement aux granges en bois de Murakami, la serre en plastique
est présentée comme un objet aux propriétés physiques intrinsèques.
LEE : Si les métaphores sont considérées comme la représentation d'une idée ou d'une notion, la serre délabrée du
film évoque un imaginaire visuel qui dépasse le simple concept. Bien qu'elle ait une forme physique, ses murs
transparents trahissent le vide à l'intérieur. C'est un objet qu'on a conçu jadis pour qu'il remplisse une fonction bien
précise, et qui aujourd'hui a perdu toute utilité. C'est un objet parfaitement cinématographique, parce qu'on ne peut
complètement l'expliquer au moyen d'un concept ou d'une abstraction. On trouve plusieurs de ces images qui
transcendent les idées et les notions dans le film : la pantomime, le chat, et Ben, aussi. Qui est Ben, finalement ? Le
chat existe-t-il vraiment ? L'histoire que raconte Haemi sur le puits est-elle vraie ? Peut-on conclure que quelque
chose n'existe pas simplement parce qu'on ne le voit pas ? Contrairement aux textes, les films communiquent au
moyen d'images, qui ne sont elles-mêmes que des illusions projetées sur un écran. Pourtant, les spectateurs
saisissent cette illusion vide, et lui confèrent un sens. À travers ce film, je souhaitais attirer l'attention sur cette
mystique qui fonde le cinéma en tant que vecteur d'informations et forme d'expression artistique.
OH : Il me semble que le mystère à l'origine du cinéma reflète le mystère de notre vie. Bien que les gens continuent
à se demander quel est le sens d'un univers qui en semble dénué, le monde reste une énigme à leurs yeux. Pourtant,
certaines personnes ne renoncent jamais à leur quête du sens de la vie, comme l'illustre bien la « danse de la Grande
Faim » qu'exécute Haemi. Je pense souvent à ce proverbe bushman, que j'avais découvert au cours de mes
recherches. Je voulais l'intégrer à une réplique du film, mais n'ai jamais trouvé le bon moment. « Tous les animaux
et les objets dans l'univers sont la Grande Faim. Les étoiles dans le ciel nocturne frémissent parce qu'elles
exécutent la danse de la Grande Faim, conscientes de la finitude de leur existence. La rosée du matin sur les
feuilles n'est autre que les larmes versées par les étoiles ». Les ancêtres de l'humanité, les bushmen du désert de
Kalahari, dansaient des nuits entières dans l'espoir de trouver le sens de la vie.
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Danser jusqu'à l'aube ne change peut-être pas le monde, mais c'est un moyen de transmettre de l'espoir. L'art du
cinéma n'est peut-être pas si différent de la danse de la Grand Faim
OH Jung-mi a étudié la littérature russe et anglaise à l'université de Yonsei, et obtenu un Master en littérature
russe. Elle a traduit « Autres Rivages » de Vladimir Nabokov et « Un Héros de notre temps » de Mikhaïl Lermontov.
Après une carrière de scénariste pour la télévision ainsi que de dramaturge, elle a étudié le cinéma à l'université
nationale des arts de Corée. Elle a également réalisé des courts-métrages, notamment FITTING ROOM et MR
COWPER. Depuis 2013, elle travaille en étroite collaboration avec le réalisateur LEE Chang-dong en tant que
scénariste. Après avoir participé à une série de projets aux côtés du réalisateur, elle a récemment travaillé sur le
scénario de BURNING.

J O N G - S E O J U N ( H a e m i )
« Ben dit qu'il aime tout simplement les gens comme moi »
Haemi est l'amie d'enfance de Jongsu. C'est un électron libre, qui pense que les choses sont réelles tant qu'on les
considère comme telles. Son chat, que personne ne voit en dehors d'elle, semble-t-il, se voit confié à Jongsu durant
son voyage en Afrique. Elle rentre avec Ben, rencontré là-bas.

LEE Chang-dong a découvert cette jeune actrice au cours des auditions. BURNING est son premier film ; elle y fait
très forte impression en incarnant avec brio la jeune Haemi, l'amie d'enfance de Jongsu qu'elle envoûte par son
anticonformisme. Jong-seo JUN, nouveau visage du cinéma coréen, se transforme en un personnage qui possède à la
fois l'audace qui séduit Jongsu et Ben, et l'innocence d'une jeune fille.


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - David Fontaine
« Un COUP de dés jamais n'abolira le hasard », écrivait Mallarmé. Voici trois personnages qui se rencontrent au gré du hasard,
tels des dés entrechoqués dont la trajectoire dévie... A Séoul, un garçon taciturne, Jongsu, tombe sur une hôtesse de magasin
entreprenante qui s'avère être une amie de lycée oubliée, la fantasque Haemi. Celle-ci le séduit puis lui demande de garder son
chat, pourtant invisible, alors qu'elle part en Afrique ! Elle revient du Kenya flanquée d'un compatriote rencontré sur place, le
riche et arrogant Ben, qui semble dès lors la tenir sous sa coupe. Or Haemi disparaît...
Autour de ce trio en porte à faux, le réalisateur coréen Lee Chang-dong (qui fut aussi dramaturge, romancier et ministre de la
culture !) bâtit un film à la fois limpide et mystérieux, troué d'ellipses, de disparitions, de soupçons et de souvenirs flottants. A
la manière d'une méditation métaphysique sur la réalité, les apparences et le sens de la vie. Il tire ce récit en forme d'enquête
incertaine, d'une singulière profondeur, d'une nouvelle de Haruki Murakami, le maître japonais de l'étrange aux images aussi
précises qu'insolites qui reprenait lui-même une nouvelle de Faulkner ! La débutante Jeon Jong-seo s'impose ici d'un coup de
maître en fille de l'air mutine, sensuelle et imprévisible.
Décidemment, le cinéma coréen, qui sait si bien mélanger les genres pour se renouveler, continue de fasciner.

Télérama - Jacques Morice
Avec cette adaptation d'une nouvelle de Murakami, le réalisateur coréen réussit une sorte de thriller
poétique en mettant en scène la relation entre un jeune coursier qui aspire à être écrivain et son ancienne
voisine, puis l'amitié teinté de rivalité qu'il va nouer avec un homme plus riche.
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La Palme d'or ? C'est à coup sûr l'un de nos préférés. Si Lee Chang-dong revient bredouille, sans aucun prix, c'est à rien n'y
comprendre. Burning fait partie de ses films dont on devine au moment même où on les découvre qu'ils vont continuer de
s'épanouir une fois la séance finie, qu'ils vont nous poursuivre, mûrir en nous, au moins plusieurs jours. C'est dire qu'il y a là du
mystère, des angles morts. La trame paraît pourtant transparente. L'une des qualités premières de Burning est d'être un thriller
qui n'en a pas du tout l'apparence. On pense d'abord avoir affaire à un drame sentimental.
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Jongsu est un jeune homme réservé, l'air endormi, qui semble toujours zigzaguer lorsqu'il marche. Il multiplie les petits boulots
et vit seul. Il retrouve par hasard dans la rue une ancienne voisine. C'est elle qui le reconnaît. Elle se souvient d'autant mieux de
lui qu'elle en était secrètement amoureuse à l'adolescence. Mais à l'époque, Jongsu la trouvait « moche » ; en vrai muffle, il ne
s'était pas privé de lui dire. Les choses ont changé depuis. Haemi a beaucoup de charme. Elle est active, dynamique, gaie, même si
parfois une détresse soudaine l'envahit, déchenchant des sanglots irrépressibles. L'attirance entre Jongsu et la jolie brune est
évidente, ils ne tardent pas à coucher ensemble. La scène de lit est prosaïque et singulière à la fois, le regard de Jongsu étant
braqué sur un coin de mur, où semble passer un feu follet. La liaison est de courte durée. Haemi part dans la foulée pour un
voyage en Afrique, prévu de longue date.
Lorsqu'elle en revient, elle présente à Jongsu une personne qu'elle a rencontrée là-bas. C'est un bel homme, riche, plein
d'assurance et de prévenance, mais dont l'amabilité voile à peine la morgue. Les trois se fréquentent, passent de bons moments
ensemble, dont un face au soleil couchant, où ils fument un joint. Ils rient, échangent des expériences. Leur complicité les
rapproche sans doute du camp des « grands affamés » en quête de sens et de vertige, opposés aux « petits affamés ». Une
conception issue de la région d'Afrique où Haemi s'est justement rendue.
Art du glissement progressif
Et puis un jour, Haemi disparaît, sans laisser de trace. Elle disparaît si bien, le comble de la perversité de cette intrigue se
nouant là, que le spectateur lui-même en vient pour ainsi à l'oublier. Parce qu'entretemps, avec un art incroyable du glissement
progressif, une autre priorité narrative a pris le dessus. Elle repose sur le lien, à distance fascinante, entre les deux hommes,
que tout ou presque oppose.
Qu'y-a-t-il entre eux ? Un rapport de classes, de dominant à dominé, mais aussi de rivalité, de jalousie pas tant que ça à sens
unique. Qui sait si le Gatbsy baillant d'ennui devant le vide l'existence, au profil de manipulateur pervers, qui confesse aimer
mettre le feu aux serres abandonnées, n'envie pas quelque chose chez le désargenté. C'est en tout cas ce dernier qui est le
personnage central, celui dont on sait le plus de choses, le cinéaste éclairant sa vie intime, son enfance gâchée par la violence du
père, son labeur solitaire dans une ferme isolée à la campagne, où il soigne des bêtes. Burning multiplie ainsi des motifs qui sont
autant sociaux que sentimentaux, dans le calme apparent d'une chronique de moins en moins ordinaire. Tout se passe comme si le
cinéaste ne cessait de différer l'explosion de violence. Laquelle finit par jaillir mais seulement dans la toute dernière séquence.
La plupart des indices sont révélés au grand jour, sans que l'on s'en rende forcément compte, tout au long de ce film sinueux,
très captivant, mais sans dramatisation de l'action. Un élément semble important : plusieurs fois, il est signalé que Jonsgu est
écrivain ou du moins qu'il tente d'achever un roman. On ne le voit qu'une fois écrire, et de très loin. Rien n'interdit de penser que
toutes les pièces éparpillées du puzzle soient le fruit de son imagination. La rêverie, le fantasme, les trompe l'oeil s'insinuent un
peu partout dans le film. Une séquence, d'une grâce inouïe, rend compte de ce pouvoir. C'est celle où Haemi laisse fugitivement
transparaître son talent de mime. Elle épluche une mandarine chimérique, en extrait des quartiers, les porte à sa bouche. On
voit alors le jus qui gicle, on le sent qui s'écoule sur ses lèvres, ses doigts. L'illusion est parfaite.

Libération - Jérémy Piette
Chang-dong, l'un des plus beaux du dernier Festival de Cannes, oscille entre thriller romantique et traque
métaphysique tandis que les certitudes de son trio amoureux se consument à petit feu.
Dans un petit logement douillet, la jeune et excentrique Haemi invite son ami d'enfance Jongsu, tout juste retrouvé au hasard
des rues de Séoul après plusieurs années, à se poser là, entre son lit et sa peau nue. Mais l'attention et le désir du jeune garçon
se laissent détourner pour se porter sur un curieux rai de lumière au mur, qu'il fixe sans pouvoir complètement détacher son
regard. Haemi le lui a expliqué peu avant : c'est le seul instant de la journée où, grâce au miroitement d'une tour voisine, la
réflexion du soleil vient frapper sa chambre. Et avant même que toute intrigue ne s'en mêle, Jongsu fait déjà autant l'amour à
cette figure retrouvée, et bientôt aimée, qu'aux mirages qui se dessinent autour d'elle.
A peine les retrouvailles consommées, la jeune Haemi s'absente le temps d'une virée lointaine, et à son retour, tranquille, sans
débordements d'explications, revient flanquée de Ben, un curieux Gatsby charmeur et ténébreux, auquel elle va s'attacher. Le
taciturne Jongsu, précaire sans boulot qui se rêve écrivain, enregistre cette présence du parvenu avec méfiance, traîne un peu
avec eux, non sans devoir gérer les problèmes judiciaires d'un père violent.
Polar bâtard
Parfois, on ne voit pas ce qui est trop près», déclame Ben - et peut-être est-ce là ce qui a fait passer le jury du Festival de
Cannes à côté de Burning, l'un des fleurons de cette édition, oublié du palmarès. A partir d'une nouvelle de Haruki Murakami, les
Granges brûlées (1987), autour d'un homme qui se vante de sa pyromanie, Burning compose l'inquiétant Ben, enrobé d'un mystère
que celui-ci porte comme un gant dès lors qu'il confesse s'adonner au hobby étrange d'incendier des serres en plastique,
abondantes dans la région où Jongsu se retire pour écrire.
A partir de cet aveu badin, le film et son protagoniste brûlent d'un feu nouveau de suspicions. Dans la lignée de ces évaporations
de figures féminines qui hantent inlassablement le cinéma moderne depuis un demi-siècle, Haemi se volatilise. Mais sa disparition
ne laisse à la surface du récit qu'une béance parmi d'autres, souvent anodines, dont la somme participe à l'étourdissement de nos
certitudes : un chat dont elle laisse la garde à Jongsu qui demeure invisible, le rappel d'un trauma d'enfance peut-être inventé de
toutes pièces, ou une menace proférée peut-être à la légère, qui n'en contamine pas moins le paysage...
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Quelque chose fait vibrer les contours du réel tel qu'il s'offre au personnage, et dans ces énigmatiques noeuds scénaristiques,
Lee Chang-dong trouve le foyer d'une énergie toute électrique qui fait osciller son histoire entre genre romantique, fleuve
sentimental, puis simili-film noir, sorte de polar bâtard, drame lyrique, enquête... Et le récit n'a de cesse de s'emplir de détails,
de signes et de situations présentés comme autant de distractions et d'indices qu'il se trame quelque chose dont l'explication
nous pend au nez, en même temps que tout cela participe au déboussolement : désirs, illusions, mensonges, effleurements, traces
affleurent comme autant de réfractions, évocations ou possibilités d'un obscur dessein hors champ, à peine suggéré et
néanmoins menaçant. Des forces, triviales ou terribles, à l'oeuvre quelque part, dans les recoins les plus sous-éclairés du film, qui
n'ont besoin que d'être esquissées pour circuler puissamment. Jongsu court sur les routes environnantes, se perd en filatures
dans une brume bleue, se donne pour mission de mettre fin à un délit peut-être déliré, quitte à se retrouver hagard, à chasser
du vent - avec nous à ses côtés.
Spleen poisseux
Burning éveille ainsi un drôle de sentiment, nous laissant jamais trop inquiet, jamais vraiment rassuré, mais complètement
désarçonné. C'est toute son oscillation sublime, sa fureur sourde aussi, avec ces signes ostentatoires mais piégeux (des marques
de richesses ou d'appartenances, des coups, des regards) et ces milliers de suppositions qui suintent de gestes imprévus (un
bâillement de trop, un briquet oublié). On ne sait pas, et on ne saura peut-être jamais (à chacun d'y faire éclore son propre
bouquet d'illusions) ce que Ben a précisément en tête, derrière ses airs amicaux, ses menaces souriantes, cette rage que l'on
devine, une rage sans tête chercheuse.
Plus la traque s'étire, plus elle se teinte d'un spleen collant, poisseux - et plus Jongsu cherche Haemi, plus il se condamne à en
être amoureux. Les regards s'y noient, désespérément à l'affût d'un objet auquel s'agripper, qui ne laisse deviner la possibilité
ambiguë d'un double fond. Mais c'est là toute la puissance trouble de Burning, et de la quête à bout de sens à laquelle il livre son
protagoniste, que de se faire dans tous les recoins de ses plans l'écrin à la fois d'un refuge ou d'un guet-apens

L'Humanité - Dominique Widemann
Lee Chang-dong, pour ce nouveau film, choisit d'adapter une nouvelle de Haruki Murakami. Le réalisateur, auteur, scénariste,
producteur, un temps ministre de la Culture, à qui le cinéma coréen doit son récent essor en vertu de la politique des quotas de
diffusion obtenus de haute lutte, demeure fidèle au matériau initial. Et, par son art singulier, lui superpose de nombreuses
strates. Le jeune Jongsu (Yoo Ah-in) s'échine à des petits boulots en attendant d'écrire son premier roman. Au hasard des rues
de la ville, il tombe sur une amie d'enfance, Haemi. Aspirante actrice, elle alpague le chaland devant un supermarché. On se
focalise, à première vue, sur la rencontre entre les deux jeunes gens. L'arrière-plan, pourtant, rend visibles un mercantilisme
stupide et vulgaire, les pesantes nécessités du quotidien qui oblitèrent les horizons. Haemi s'en va séjourner quelque temps en
Afrique. Jongsu prendra soin de son chat.

Paris Match - Yannick Vely
Le film commence par un coup de foudre, celui de Jongsu pour Haemi. Ils sont jeunes, beaux, viennent de la même région et
vivent à Séoul dans des appartements minuscules. Puis le riche Ben, un «Gatsby» entre dans l'équation et le film de s'épaissir
d'une nouvelle couche psychologique. Tout est d'une fluidité extraordinaire et d'une grande richesse thématique. Impossible
pour Jongsu et sa vieille camionnette de lutter avec un rival aussi riche qui roule en Porsche. Pourtant la réalité est plus
complexe, le coeur de Haemi a un caillou qui la bloque : elle est amoureuse de Jongsu depuis le collège, mais a une «grande faim»,
un besoin de vivre pleinement son existence. Voilà pour le résumé de la première partie du film. Car le récit va encore prendre
une nouvelle direction, s'épaissir à nouveau, suivre une nouvelle piste...

Les Inrockuptibles - Bruno Deruisseau
Film d'attente au scénario impeccablement ciselé, "Burning" est aussi un grand film de forme et de chair. Il multiplie les points
d'incandescence à l'intérieur du cadre, prophétie annonçant l'embrasement final, autant qu'il fixe l'érotisme qui se dégage de son
actrice principale.

Cahiers du cinéma - Joachim Lepastier
La suprême élégance de Burning, c'est de ne pas brûler tous ses vaisseaux à l'écran, mais de les laisser s'infiltrer dans les canaux
les plus secrets de notre imaginaire.



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