SOFIA

  jeudi 04 Octobre   
20 H 15


Sélection officielle Un Certain Regard Festival de Cannes Prix du scénario

Décors : Samuel CHARBONNOT
Producteur exécutif : Christine DE JEKEL
Chef opérateur : Son DOAN
Producteur associé : Emilien BIGNON
Coproduction : CURIOSA FILM VERSUS PRODUCTION
Scénario, réalisation : Meryem BENM'BAREK
Directrice de post-production : Susana ANTUNES
Producteur : Olivier DELBOSC
1ère Assistante : Pascale GUERRE
Ingénieure : Aïda MERGHOUB
Monteuse son : Aïda MERGHOUB
Chef monteuse image : Céline PERREARD
Productrice artistique : Lisa VERHAVERBEKE
Distribution : Memento Films

Site officiel


 Avec 

» Maha ALEMI - Sofia» Azabal - Lubna» Sara PERLES - Lena
» Faouzi Beasaïdi - Faouzi» Hamza Khafif - Omar» Nadia Niazi - Zined
» Zohra - Raouia


 Synopsis 

Sofia, 20 ans, vit avec ses parents à Casablanca. Suite à un déni de grossesse, elle se retrouve dans l'illégalité en accouchant d'un bébé hors mariage. L'hôpital lui laisse 24h pour fournir les papiers du père de l'enfant avant d'alerter les autorités...


 Anecdotes 

Biographie
Meryem Benm'Barek est née en 1984 à Rabat au Maroc. Elle a étudié l'arabe à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Paris avant de rejoindre en 2010 l'INSAS à Bruxelles pour y étudier la réalisation. Elle y a réalisé cinq courts métrages, notamment NOR en 2013 et JENNAH en 2014. Ce dernier a été en sélection pour les Oscars 2015 et dans de nombreux festivals internationaux.
Elle est également intervenue pour la création de design sonore et a exposé au Victoria and Albert Museum de Londres.
SOFIA est son premier long métrage, pour lequel elle a notamment été lauréate de la Fondation Gan et du Doha Film Institute.


 Entretien 

ENTRETIEN avec MERYEM BENM'BAREK,
Scénariste et Réalisatrice

SOFIA raconte l'histoire d'une jeune marocaine qui fait un déni de grossesse et accouche d'un enfant sans être mariée. Comment est né ce projet ?

Lorsque j'étais adolescente, ma mère m'avait raconté l'histoire troublante d'une jeune fille qui avait été recueillie par mes grands-parents. Elle avait 17 ans, et ma mère à cette époque à peine plus âgée qu'elle avait découvert un soir, tout à fait par hasard, qu'elle était enceinte et qu'elle était sur le point d'accoucher. Un mariage a donc dû être organisé dans les plus brefs délais.

Ces histoires sont assez communes au Maroc où les relations sexuelles hors mariage sont interdites par la loi. Tout le monde là-bas a déjà entendu parler de près ou de loin d'un déni de grossesse ou d'un enfant né sans que ses parents ne soient mariés. C'est une situation forcément compliquée car la mère comme le père sont susceptibles d'être poursuivis par la justice et d'écoper d'une peine de prison. Du coup, le mariage est la seule issue possible.

Mon histoire est née tout naturellement en me demandant comment un drame comme celui-ci pouvait être le révélateur du fonctionnement d'une société dans tous ses aspects.

Par ailleurs, il faut savoir que le mariage incarne encore et toujours la réussite ultime au Maroc. Il permet d'asseoir sa position sociale : il se doit donc d'être le plus fastueux, clinquant, somptueux possible... Nous sommes dans une société du paraître où l'image que l'on renvoie de soi et de sa famille est très importante. Les parents de Sofia sont bien plus préoccupés par les origines modestes du père de l'enfant que par l'enfant lui-même.
La grossesse de leur fille est finalement moins dramatique que son mariage rendu inévitable avec un garçon des quartiers pauvres. Il s'agit bien sûr de sauver leur honneur et celui de leur fille mais aussi (et surtout) de préserver leur image au regard des autres, d'autant que le drame survient à un moment crucial pour eux puisqu'ils sont sur le point de signer un contrat avec leur beau-frère français qui changera leur vie et les fera progresser dans l'échelle sociale.

SOFIA est donc un film sur la fracture sociale marocaine ?

C'est un portrait du pays aujourd'hui. Je ne voulais pas faire un film qui parle seulement de la condition de la femme. Celle-ci est toujours montrée comme la victime d'une société patriarcale, or je ne crois pas que l'on puisse parler de la condition féminine sans parler de la société elle-même. La place des femmes se définit en fonction d'un contexte socio-économique : c'est ce que raconte SOFIA.

Je suis née au Maroc et j'ai grandi en Belgique où j'ai fait mes études de cinéma, mais j'ai choisi de revenir dans mon pays d'origine une fois diplômée, et là j'ai expérimenté avec mon regard d'adulte comment la société marocaine fonctionnait et ce qu'elle avait véritablement à offrir à sa jeunesse. La fracture sociale est si profonde qu'elle empêche toute progression. Les jeunes des milieux populaires sont comme entravés, ils n'ont aucune perspective d'évolution quelque soit leur motivation, leur énergie ou leur investissement personnel. Il existe comme un plafond de verre qui les oblige à rester à leur place, cette place qui leur a été attribuée dès la naissance. En fait, vos origines conditionnent votre vie future. Le système éducatif n'est pas conçu non plus pour renverser cette situation et empêcher le compartimentage : les meilleures écoles sont privées et donc très chères tandis que les écoles publiques sont à l'abandon, du coup les jeunes des milieux privilégiés et populaires ne se rencontrent jamais, ils grandissent chacun de leur côté.

Sofia et sa cousine Lena incarnent parfaitement ces deux visages de la société marocaine à la fois traditionnelle et tournée vers l'Occident...

Les angoisses des personnages sont révélatrices du fonctionnement de la société marocaine. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai pensé cette histoire. Sofia et Lena ont grandi dans des milieux différents. Sofia, qui est issue de la classe moyenne, est plus ancrée dans la tradition, elle est vêtue d'une djellaba pendant une grande partie du film, elle ne maîtrise pas très bien le français - ce qui est un vrai curseur social au Maroc - elle n'est parvenue à décrocher qu'un travail dans un centre d'appel dont elle a été finalement renvoyée. De son côté, Lena, issue d'un milieu très privilégié, parle mieux français qu'arabe, elle est très féminine, elle a une vie sociale, elle a fait des études, elle a une mère marocaine et un père français. Ces critères font d'elle un personnage plus libre et plus libéré que Sofia.

En fait, le personnage de Lena porte un regard occidental sur le monde arabe en général et la société marocaine en particulier. Son regard est parfois teinté d'une certaine bien-pensante. Lena aurait très bien pu partir à l'étranger, mais elle a choisi de faire son internat de médecine au Maroc, puisque selon elle, elle serait plus utile au pays. Elle est altruiste, bienveillante et naïve à la fois. Ce qui arrive à Sofia la propulse dans une réalité qui n'est pas la sienne, et elle va y perdre ses illusions. Lena et Sofia n'ont pas le même point de vue sur cette histoire. Sofia est finalement plus consciente que Lena des enjeux sociaux et économiques liés à sa grossesse et à son mariage. Lena voit Sofia comme une victime alors que Sofia refuse d'être cette victime.

L'oncle français de Sofia, qui est aussi le père de Lena, est comme une ombre tutélaire qui plane sur la famille. Tout le monde parle de Jean-Luc et on ne le voit jamais...

C'était un choix assumé de ne jamais le montrer à l'image et cela dès l'écriture du scénario. Il est hors-champ tout le long du film et sa présence et son influence n'en sont que plus fortes. Jean-Luc est comme une force toute puissante pour la famille de Sofia car il est la clé de leur progression sociale à tous. Ce personnage - et l'importance que les autres lui donnent - raconte énormément de la société marocaine et de la place encore dévolue à l'homme français souvent perçu comme celui qui a l'argent et donc le pouvoir. Pour autant, cette conception est surtout propre aux classes moyennes et à la bourgeoisie. Dans les milieux populaires, l'omnipotence française est aujourd'hui moins bien acceptée, les gens et plus particulièrement les jeunes ont conscience du passé colonial.

Omar est l'autre grand personnage masculin du film et peut-être l'autre grande victime de l'histoire ?

Tout à fait. Omar est une victime. Il n'a pas vraiment son mot à dire. Il est encore dans le deuil de son père. De fait, il est censé être l'homme de la famille, mais il ne parvient pas à assumer ses nouvelles responsabilités. Il est fragilisé émotionnellement. Quand Sofia débarque dans leurs vies, la mère d'Omar comprend très vite les enjeux de cette histoire et les avantages qu'elle peut en tirer.
Pour elle, le mariage est un moyen de sortir Omar de sa détresse, de lui faire assumer son rôle au sein de la famille et de lui permettre de subvenir enfin à leurs besoins grâce au travail que Jean-Luc ne manquera pas de lui fournir.

En ce sens, le film questionne aussi la condition de l'homme qui doit obligatoirement assumer sa famille et subit du coup une pression sociale très forte. Pour un garçon comme Omar, issu des classes populaires, il n'a pas le privilège de nier les besoins de sa famille. J'ai imaginé un personnage poétique. Il n'a pas le temps de se construire qu'il est mis très tôt face à ses responsabilités. Il doit remplacer son père et porter seul sa famille à bout de bras. SOFIA est le portrait d'un pays dont je n'ai voulu exclure ni les femmes ni les hommes.

SOFIA est votre premier long métrage et celui-ci frappe par son naturalisme.
Quelles étaient vos références esthétiques ?

Je souhaitais une grande sobriété dans la mise en scène. Je n'avais pas envie d'être nécessairement « à la mode ». J'aime le cinéma d'Asghar Farhadi, Nuri Bilge Ceylan ou encore Cristian Mungiu. Ce sont des auteurs qui m'inspirent autant sur le fond que sur la forme. Asghar Farhadi a ce talent de savoir raconter la société iranienne à travers les angoisses de ses personnages. Il joue énormément sur le hors-champ, sa mise en scène n'est jamais ostentatoire. Cristian Mungiu utilise également beaucoup le hors-champ dans 4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS. Il a un vrai sens du cadre y compris dans les scènes tournées caméra à l'épaule.
SOFIA démarre comme un thriller social avant de basculer vers l'étude sociologique. L'enjeu est moins de savoir qui est le père de l'enfant que de montrer la pression qu'impose une société qui ne conçoit pas une naissance sans mari. Du coup, le drame familial prend le pas et les jeux de pouvoir se font jour entre les personnages.

Vos cadres sont pensés comme des fenêtres ouvertes sur la société marocaine...

Oui. Les cadres ramènent à l'idée de portrait. Beaucoup de scènes sont composées à partir de cadres au sein même du cadre de l'image, j'utilise ensuite des travellings avant qui permettent de quitter les encadrures et aller vers les personnages. Par exemple, la scène du repas de famille au début du film s'ouvre dans l'encadrure du salon au-dessus de laquelle figure la sourate Al-iram qui est dédiée à la famille, Sofia est hors-champ jusqu'à ce que son père lui demande d'apporter le dessert à table. Cette première image du film est comme un instantané d'une famille marocaine.

Pourquoi avez-vous situé l'histoire de SOFIA à Casablanca ?

D'abord c'est la ville que je connais le mieux au Maroc, et surtout c'est la capitale économique du pays où la fracture sociale est d'autant plus visible. Tout le monde converge à Casablanca pour trouver du travail et essayer de progresser dans l'échelle sociale. Les différents quartiers qui composent la ville sont un parfait résumé de la société marocaine. J'ai filmé ceux qui étaient à mes yeux les plus adaptés à mon sujet : Derb Sultan où habite la famille d'Omar est un des quartiers les plus anciens et les plus populaires, le centre-ville où réside la famille de Sofia est dominé par une architecture coloniale qui raconte l'histoire du pays, Anfa où vivent Lena et ses parents est l'endroit qui concentre les villas et les grandes propriétés.

Comment avez-vous choisi la jeune comédienne qui incarne Sofia ?

Je cherchais une beauté marocaine un peu âpre, une jeune femme qui exprime un certain sens de la tradition, quelqu'un dont l'intensité du regard révèle sa détermination. Maha Alemi était une évidence. Je la connaissais avant de faire le film et j'ai écrit SOFIA en pensant à elle. Elle n'était pas comédienne au départ, mais elle avait cette assurance et ce mystère nécessaires au personnage : Sofia est une figure tragique et sans cesse empêchée qui essaie d'exister par elle-même en niant toute échappatoire au père de son enfant.

Avez-vous écrit aussi le personnage de Lena avec sa comédienne en tête ?

Non. Ce fut d'ailleurs un peu plus compliqué de trouver la bonne personne. J'ai rencontré 250 comédiennes, beaucoup étaient trop apprêtées. Je cherchais une fille pétillante à la beauté sage. Il fallait qu'elle sache parler le français aussi bien que l'arabe. Son physique et sa posture devaient aussi incarner cette idée de la bourgeoisie marocaine. J'ai trouvé Sarah Perles trois semaines seulement avant le début du tournage.

Et Omar ?

J'ai eu un véritable coup de coeur pour Hamza Khafif. Je l'ai rencontré par hasard grâce à des connaissances communes. Il travaillait dans une troupe de théâtre, mais il est avant tout slameur. Il avait ce physique qui correspondait parfaitement à ce que j'imaginais pour Omar. J'ai aimé aussi la mélancolie qui se dégageait de lui, son regard un peu triste. J'ai dû le convaincre au préalable de venir passer des essais. J'ai vu d'autres comédiens, mais c'est lui qui s'est imposé. J'ai même réécrit le rôle pour lui. Il a littéralement nourri le personnage d'Omar.
La douceur de celui-ci vient directement de Hamza Khafif.

Comment pensez-vous que SOFIA sera accueilli au Maroc ?

J'ai fait en sorte qu'aucune image ne soit censurable dans ce film. Il est important pour moi qu'il puisse être projeté dans les salles marocaines et qu'il soit visible par tous afin qu'un vrai débat puisse être ouvert quant aux problématiques soulevées par le film. J'espère que le public se retrouvera dans cette histoire que j'ai voulu la plus accessible possible. Je me suis imposé de manière rigoureuse d'éviter toute caricature. Je ne porte aucun jugement. Je rends compte simplement d'une réalité : 150 femmes accouchent hors mariage chaque jour au Maroc, elles encourent la prison, elles sont stigmatisées et leurs enfants aussi.

Propos recueillis par Anthony Bobeau


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - David Fontaine
(Mariée ou perdu dans l'année ?)
Un déjeuner de famille et d'affaires, à Casablanca : la jeune fille de la maison, Sofia, sert à table et chancelle soudain dans la cuisine, en plein déni de grossesse. Sa cousine Lena, qui a compris, prétend l'emmener à la pharmacie, en fait elles vont à l'hôpital, où elle accouche clandestinement. Voilà les deux jeunes femmes avec un bébé sur les bras, sans savoir à qui se fier. Sofia à vingt-quatre heures pour dire qui est le père et l'épouser, sinon elle risque la prison. Sans compter la honte familiale...
La loi marocaine punit toujours sévèrement les relations sexuelles hors mariage, or 150 femmes accouchent chaque jour au Maroc sans être mariées...
Avec ce premier film, sobre et sans fioriture, concentré sur son sujet, Meryem Benm'bareck témoigne d'un phénomène social mais avec subtilité. Dans les rapports entre les cousines comme entre leur mère, de classes différentes, dans le choc des cultures avec le jeune homme de milieu modeste désigné comme étant le père, dans les jeux de pouvoir familiaux, c'est un portrait nuancé mais sans complaisance de la société marocaine qui se dévoile. Prise entre la violence masculine, qui domine en apparence, et l'endurance féminine, qui relève la tête. Le film qui ménage des rebondissements, a reçu le prix du scénario dans la sélection « Un certain regard », à Cannes. C'est dire que cette « Sofia » ne manque pas de sagesse !


Libération - Anne Diatkine
Elle a le visage fermé et les yeux baissés de celles qui ne suscitent pas l'attention. Elle est d'ailleurs hors champ lors de la première scène du film, un repas de famille et d'affaires cadré en plan fixe d'un peu loin, comme si la caméra était un intrus qui tenait à rester dissimulé. Sofia (merveilleuse Maha Alemi) est quantité négligeable, et quand on lui demande de débarrasser, on ne saisit pas immédiatement qu'elle est de la même famille que la jolie et vive jeune femme, Lena (Sarah Perles) et l'élégante Leila (Lubna Azabal, d'une précision toujours exquise). S'il n'y avait le mot «cousine», qu'on intercepte au passage.
Ce sont donc deux classes à l'intérieur d'une même famille, et les signes sont à la fois marqués par les vêtements (djellaba ou vêtements occidentaux) et la langue (fort accent et hésitation lorsqu'on parle la langue de l'ancien colonisateur, ou français limpide).

Hôpital.

Sofia est un mystère, y compris pour elle-même. Elle perd les eaux dans la cuisine. Elle ne se savait pas enceinte. Et nous, spectateurs, ne savions pas forcément que les relations sexuelles hors mariage sont punies d'une peine ferme au Maroc et qu'il est illégal d'accoucher à l'hôpital. Comment va faire Sofia pour cacher à sa famille ce qui se trame dans la cuisine, alors même qu'un accord apparemment formidable est en train de se sceller au salon qui sortira ses parents de leur infériorité ?

C'est un film qui ne surligne pas les informations qu'il lance et qu'on attrape au vol. Nous voici donc à l'hôpital avec les deux cousines, et Lena qui supplie qu'on accepte Sofia en passagère clandestine, le temps de l'accouchement. Nous voici donc dans la nuit, dans un quartier pauvre de Casablanca, le bébé sans prénom dans les bras, en train de toquer à une porte - elle est bleue - afin de dénicher le père. Et Sofia et sa cousine de se faire jeter. Et la famille de se réunir en cachette chez «la bonne» afin d'éviter le déshonneur. Puis, parfois, brusquement, Sofia sort de son mutisme et elle balance à sa cousine des propos parfaitement articulés. Elle n'est ni passive ni victime.

Eblouissement.
Alors qui est-t-elle, cette jeune fille peu amène qui semble à fois tout ignorer d'elle-même, et d'une dureté et lucidité sans scrupule ? Où nous mène Sofia qui fait mine de jouer une partie d'échecs en aveugle ?
Omar n'a pas l'air ravi d'être identifié comme le père putatif. Mais il faut faire vite. Un (beau) mariage est organisé. Quand on veut, on peut, paraît être la certitude de Sofia à propos de l'amour. Qui intrigue le spectateur par sa manière de manier son bébé comme un objet lointain - contrairement à ce qu'indique l'affiche du film.

Si les deux tiers du film se déroulent dans des lieux clos, où les personnages surgissent de la pénombre titubants et hébétés dans un cadre tenu, la dernière partie a lieu sur une terrasse au bord d'une plage, dans l'éblouissement de la lumière crue, où le vent et la nature semblent avoir raison des mots et les effacer au fur et à mesure qu'une vérité se dessine. Et de nouveau, toutes les pièces s'imbriquent différemment, à la manière des films d'Asghar Farhadi et notamment A propos d'Elly, son meilleur film. Que veut Sofia, qui joue à qui perd gagne avec détermination ?

Ce premier long métrage de Meryem Benm'Barek était l'une des plus belles surprises du dernier Festival de Cannes (section Un certain regard). Et quelques mois après, ce portrait d'une ville, d'une société reproduite dans la bulle familiale, est toujours saisissant. Le film a reçu le prix du scénario, ce qui se conçoit, tant l'intrication des strates narratives produit un objet à facettes, c'est-à-dire du cinéma, et non un simple script filmé.


Paris Match - Karelle Fitoussi
Déni de grossesse d'une adolescente violée contrainte d'accoucher en secret dans un Casablanca contemporain où les relations sexuelles hors mariage sont toujours punies de peines d'emprisonnement. Dès les premières images, on est happés par la violence de la réalité. Filmé sans fioriture ni sentimentalisme, "Sofia" embarque le spectateur dans un thriller social qui fait froid dans le dos à travers ce portrait croisé de deux cousines, l'une née de père français tournée vers l'Occident, l'autre élevée dans la tradition, chacune représentant un visage d'une société marocaine tiraillée entre modernité et religion. Au final, un constat général implacable sur les faux-semblants entourant la liberté des femmes et le patriarcat

Le Monde - Thomas Sotinel
Sofia appartient à cette catégorie de films qui défient les bonnes manières de la critique : sa force réside dans son ressort dramatique ; or, celui-ci ne se détend qu'aux trois quarts de la projection, propulsant les personnages dans une direction inattendue, ouvrant des perspectives que le cinéma explore rarement. En dévoiler le mécanisme serait d'autant plus nocif qu'il ne s'agit pas ici d'un « twist » ludique, mais d'une invitation plus qu'énergique à regarder une situation, à la fois très marocaine et tout à fait universelle, en changeant radicalement de point de vue. Bref, tout en recom¬mandant le spectacle de Sofia, il faudra parfois rester un peu vague pour en parler.

Rien de plus net pourtant que la situation de départ. Un déjeuner familial réunit deux surs et leurs familles. Leila (Lubna Azabal) vit dans l'opulence. Elle a épousé un homme d'affaires français (qu'on ne verra jamais), sa fille, Lena (Sarah Perles), a fait des études de médecine. Zineb (Nadia Nazi) reçoit dans son intérieur un peu étriqué. Son époux, Faouzi (Faouzi Bensaïdi), s'apprête à sortir de la gêne en concluant une affaire grâce à l'entregent de sa belle-sur. Leur fille, Sofia (Maha Alemi), à peine ¬sortie de l'adolescence, s'affaire à la cuisine, avec une mine de déterrée.

En à peine une demi-heure, Lena aura diagnostiqué la grossesse de sa cousine, dont cette dernière n'avait pas conscience, et l'aura aidée à accoucher dans un hôpital de Casablanca, alors qu'au Maroc les relations sexuelles hors mariage sont passibles de prison.

Primé à Cannes et à Angoulême

Ces séquences ont pour elles la concision, même si toute la vitesse du monde ne peut faire passer les lacunes du découpage, les libertés prises avec la vraisemblance plus gênantes dans un récit aussi réaliste que celui-ci que dans une fable. Meryem Benm'Barek n'a qu'une poignée de courts-métrages à son actif et, pour l'instant, sa puissance d'évocation (des situations, des idées) de scénariste dépasse encore son savoir-faire de réalisatrice. Les deux prix que son film a reçus, à Cannes (où il était présenté dans la section Un certain regard) et à Angoulême, ont salué le scénario de Sofia.

Peu importe, car dès ces premières séquences le choc entre le sort de Sofia et les institutions et coutumes marocaines se double d'un dialogue acerbe, d'abord déroutant puis fascinant, entre les deux cousines. L'incompréhension qui se creuse entre les deux jeunes filles se manifeste d'abord par la différence de langue : l'une est francophone, l'autre arabophone. Elle devient un gouffre lorsque l'on commence à discerner les stratégies respectives de Lena et Sofia.

Dès les premières séquences le choc entre le sort de Sofia et les institutions et coutumes marocaines se double d'un dialogue acerbe

La première tient à faire prévaloir les droits des femmes, à punir le garçon dont sa cousine est ¬enceinte, qu'elle tient pour un violeur. Pourtant Omar (Hamza Khafif) n'a rien d'un ogre. Lorsque la famille de Sofia au grand complet rend une espèce de ¬visite d'Etat à celle du jeune homme, on comprend qu'il s'agit moins d'obtenir réparation que de négocier une issue avantageuse pour tout le monde.
A ce moment, la victime semble encore maintenue à la périphérie des transactions : la fraction huppée du clan tente d'arranger les choses à force de dirhams, les parents de Sofia se préoccupent du qu'en-dira-t-on... Mais, peu à peu, Meryem Benm'Barek dévoile la personne qui se cache derrière le visage buté de Maha Alemi, ¬l'actrice débutante qui tient le rôle-titre. La fille désuvrée des séquences d'ouverture se mue en un être complexe, qui inspire bien d'autres sentiments que la compassion. Pour tenter de la cerner, il faut plonger dans les replis de cette situation infiniment plus ambiguë que le cas social qu'on a cru deviner.
Comme beaucoup de cinéastes de pays émergents/en voie de développement (rayer la mention inutile), Meryem Benm'Barek explore la frontière entre classes. Elle le fait avec mépris pour les conventions de ce qui est devenu presque un genre dans le cinéma d'auteur contemporain, avec une lucidité qui interdit les fausses pudeurs politiques et fait oublier les imperfections de cet impressionnant début.


Le Figaroscope -
À Casablanca, Sofia est encore adolescente qu'elle tombe enceinte. Alors qu'elle se rend à l'hôpital avec sa cousine, le personnel refuse de la soigner. Pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage, Sofia risque plusieurs années de prison. Le personnel soignant accepte de la faire accoucher mais seulement à condition de légaliser, coûte que coûte, la situation au plus vite avec le père de l'enfant.

La réalisatrice pointe du doigt les inégalités sociales et le poids du carcan patriarcal dans la société marocaine. Des relations sexuelles en-dehors du mariage au manque de liberté des femmes, Sofia est un portrait du Maroc contemporain. Ce drame tragique n'épargne pas les personnages, tous pris au piège dans un système rongé par l'argent et l'hypocrisie. Sans jamais juger les personnages, Meryem Benm'Barek casse les représentations trop naïves habituellement à l'écran dans le cinéma marocain.


Cahiers du cinéma - Jean-Sébastien Chauvin
Sofia impressionne par l'habileté avec laquelle l'événement intime qu'il met en scène révèle la société entière à elle-même.

La Croix - Jean-Claude Raspiengeas
Une réception de famille à Casablanca, avec quelques amis et connaissances. Sofia (Maha Alemi), 20 ans, la fille de la maison, s'absente soudain, en proie à un malaise qu'elle n'identifie pas. Elle en est au stade ultime d'une grossesse qu'elle n'a pas sentie dans son corps. Elle va devoir accoucher en secret d'un enfant conçu hors mariage et sans père déclaré.

Les hôpitaux la refoulent. Une clinique consent à la recevoir en toute clandestinité, grâce à la complicité de l'une des cousines de Sofia, médecin (Sarah Perles). Mais réclame les papiers du géniteur, pour échapper aux sanctions possibles. Sinon, les autorités seront alertées. Sofia, dans l'illégalité, risque la prison. Il convient de débusquer, au plus vite, le « fautif » et d'organiser un mariage en toute hâte pour régulariser les apparences.


Le Parisien - Catherine Balle
Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, qui ne veut plus l'accueillir chez elle, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. Il y rencontre Shéhérazade, avec qui il était au collège. La jeune fille se prostitue et vit dans un hôtel. Zach va devenir son protecteur et son proxénète...

« Shéhérazade » raconte une histoire âpre, crue, violente, de manière hyperréaliste et incandescente. Les acteurs sont filmés caméra à l'épaule, avec des couleurs saturées. On est emportés par la gouaille des personnages, par leur justesse stupéfiante, leur charisme incroyable, leur énergie folle. Et on se laisse cueillir par le romantisme bouleversant qui émerge de toute cette noirceur.




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