AMIN

  mercredi 07 Novembre   
20 H 15


Quizaine des réalisateurs Cannes 2018

Réalisation : Philippe Faucon
Scénario : Philippe Faucon ,Mustapha Kharmoudi
Montage : Sophie Mandonnet,Matilde Grojean
Décors : Manuel Swieton
Costumes : Charlotte David
Image : Laurent Fenart
Son : Pascal Ribier
Sur une idée originale de : Yasmina Nini-Faucon
Coproduit par: : Arte France Cinéma,Njj Entertainment,Tanit Film,Auvergne Rhônes-Alpes Cinéma
Distribution : Pyramide Distribution

Site officiel


 Avec 

» Moustapha Mbengue - Amin» Emmanuelle Devos - Gabrielle» Marème N'Diaye - Aïcha
» Nouredine Benallouche - Abdelaziz» Moustapha Naham - Ousman» Jalal Quarriwa - Sabri
» Fantine Harduin - Célia» Samuel Churin - Hervé» Loubna Abidar - La serveuse


 Synopsis 

Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n'a d'autre vie que son travail, d'autres amis que les hommes qui résident au foyer.
Aïcha ne voit son mari qu'une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l'argent qu'Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes.
Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu'il fallait rester vigilant.


 Anecdotes 

Philippe Faucon filmographie

1989 - L'AMOUR Festival de Cannes, Prix Perspective du Cinéma Français
1992 - SABINE Téléfilm Arte
1994 - MURIEL FAIT LE DÉSESPOIR DE SES PARENTS Téléfilm Arte
1996 - MES DIX-SEPT ANS Téléfilm France 2
- TOUT N'EST PAS EN NOIR Court-métrage dans le film collectif L'AMOUR EST À RÉINVENTER
1998 - LES ÉTRANGERS Téléfilm Arte
2000- SAMIA Festival de Venise, Cinéma du Présent
2002 - GRÉGOIRE PEUT MIEUX FAIRE Téléfilm Arte
2005 - LA TRAHISON Festival de Toronto$
2008 - DANS LA VIE
- D'AMOUR ET DE RÉVOLTES Série 4 x 43 min pour Arte
2009 - MAKING OFF Court-métrage
2012 - LA DÉSINTÉGRATION Festival de Venise, Sélection officielle, Hors compétition
2015 - FATIMA Festival de Cannes, Quinzaine des réalisateurs
- 3 César : Meilleur film, meilleure adaptation, meilleur espoir féminin pour Zita Hanrot
- Prix Louis Delluc du meilleur film
- Prix du syndicat français de la Critique du meilleur film
2016 – VIVRE Court-métrage
2018 - FIERTES Série 3 x 52 min pour Arte
- AMIN Festival de Cannes, Quinzaine des réalisateurs


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Il me semble que c'est la première fois que vous évoquez le déracinement de l'immigration en articulant votre récit sur deux géographies distinctes : le pays d'origine et le pays d'accueil. Pourquoi avoir choisi cette fois de traiter ce thème crucial de cette manière ?

Parce que justement, il m'a semblé qu'il n'avait pas été traité de cette façon (ou très peu, très succinctement), alors que précisément ces deux géographies fondent un parcours d'exil ou de migration. Le cinéma a cette capacité de mise en parallèle très forte entre les deux mondes. On passe directement d'une séquence dans le pays d'origine à une séquence dans le pays d'accueil, avec un effet de « cut », de confrontation immédiate de tout ce que contiennent les images : les conditions de vie, les préoccupations des personnages, les enjeux sociaux ou familiaux. Ça ne procéderait pas aussi immédiatement par l'écrit, qui a d'autres moyens d'évocation, mais qui demandent le temps de développement des phrases.

Depuis près de 30 ans, votre cinéma observe la société française, sa diversité avec une acuité qui vous fait avoir toujours une longueur d'avance sur notre époque. Vous considérez vous comme un cinéaste du sociétal et/ou du politique ?

Oui. Je vis dans une société et une époque données et je ne conçois pas de m'intéresser à une expression comme le cinéma tout en me désintéressant du monde et de l'époque dans laquelle je vis. Mais je m'intéresse avant tout au cinéma pour la force, les mystères, la poétique de ses moyens formels propres.

Même si Amin est le rôle titre, le scénario est choral. Cela permet de mettre un pluriel au mot générique d'immigré et de montrer la multiplicité des destins d'hommes et de femmes concernés par cette problématique. Est-ce la raison du choix d'un film pluriel ?

Oui. Il y a plusieurs situations d'hommes seuls, qui déclinent des vécus différents : Amin a laissé au pays sa femme et ses enfants, qu'il ne revoit qu'après de longues périodes d'absence. Abdelaziz est plus âgé, il a recommencé une vie en France et les enfants qu'il a eus d'une première union au Maroc lui renvoient qu'il n'a qu'à « rester en France avec ses enfants français ». Il y a aussi la frustration et la misère sexuelle de ce jeune homme dont la vie est quasi réduite à sa force de travail. Il y a les femmes et les enfants restés au pays d'origine, les femmes rencontrées en France et les enfants qui y sont nés, comme les deux filles d'Abdelaziz.

Comme souvent dans votre cinéma, le scénario repose sur des choses très factuelles. Les personnages s'écrivant au travers de gestes quotidiens. Pourquoi ce choix d'écriture ?

Parce qu'à l'écran, le visuel, c'est à dire les corps, les gestes, les visages, les regards, expriment tout autant que les paroles prononcées par les personnages. L'introspection psychologique n'est pas le domaine des personnages d'Amin. Ils avancent dans leurs vies, poussés par des nécessités vitales, qui laissent peu d'espace à ça. En France, Amin garde le plus souvent pour lui ses pensées, que son visage et ses regards expriment quelquefois à son insu. Il ne donne libre cours à ses sentiments que lorsqu'il se trouve en confiance : au foyer avec ses amis, lorsqu'il retrouve les siens au Sénégal, et peu à peu avec Gabrielle.

Et pourtant, en vous reposant sur des choses très concrètes, vous et vos co-scénaristes, Yasmina Nini-Faucon et Mustapha Kharmoudi, parvenez à exprimer sans passer par le dialogue la douleur intime et sourde des personnages. Comment avez-vous travaillé le scénario d'Amin ?

En en parlant entre nous. En rencontrant des hommes en foyers en France, puis des femmes restées seules dans les pays d'origine. La solitude, le déracinement, le mal-être de ces hommes vivant entre eux, mais aussi leurs connivences, leurs rires qui aident à tenir, ce sont des choses que Yasmina Nini-Faucon ou Mustapha Kharmoudi ont connues dans leurs familles ou leurs entourages proches. Et moi aussi, par une partie de mon histoire familiale. Cette « douleur intime et sourde » dont vous parlez, il était primordial pour nous de trouver à la restituer sans la dénaturer, en évitant les facilités, les poncifs ou les effets.

Le rôle des femmes est primordial dans le film. En particulier celui de la femme d'Amin... Femme isolée, soumise à la belle-famille mais se rebellant, surveillant les travaux donc chef de famille. Une image forte et nuancée de la femme africaine obstinée et indépendante...On est loin des clichés.

Dans le village où nous avons tourné, nous avons souvent été frappés par la force que ces femmes peuvent montrer, dans des situations de vie très difficiles. Marème N'Diaye (qui joue la femme d'Amin) vit en France, mais elle est originaire d'un village de la région. Dans les essais préparatoires que nous avons faits, elle avait une gestuelle innée dans les scènes de colère, que je trouvais très belle et pour laquelle j'ai vraiment voulu trouver l'axe et les cadres qui permettraient de la filmer au mieux !

Votre mise en scène semble interrompre les scènes. Comme si vous coupiez toujours avant la fin de la scène. Pour lui laisser de l'ellipse. Une manière de faire vivre les protagonistes au-delà de la narration. De laisser de la place au non-dit. Au hors champ...

Je crois qu'il s'agit de ne pas enfermer le personnage dans quelque chose de trop arrêté ou de trop dit. De lui laisser une existence qui échappe aux définitions trop courtes ou trop simples. Comme dans la réalité de la vie, le personnage exprime ou donne à voir une facette de lui-même, consciemment ou à son insu. Mais ce qui est aperçu de lui n'est pas quelque chose qui suffira à le définir complètement. Je ne crois pas interrompre la séquence avant sa « fin », mais je travaille, au stade du scénario ou à celui du montage, à sa concision.
J'essaie d'éviter que ne s'insinue dans l'écriture ce qui est inutile ou redondant, ou ce qui finalement restreint ou appauvrit le personnage, à force de trop vouloir dire.

La tonalité faussement sereine et lisse du film est au diapason du personnage d'Amin. Une superbe puissance de corps pour un homme taiseux qui semble toujours chercher à s'effacer et ne se redresse que chez lui en Afrique. La mise en scène ne surdramatise jamais. Quels en étaient les enjeux pour ce film ?

En France, Amin se tait souvent, mais pas parce qu'il cherche à s'effacer. Il n'a pas la même maîtrise de la langue. Il ne possède pas toujours tous les codes des milieux dans lesquels il évolue. Et il porte en lui une histoire (l'exil, la séparation prolongée d'avec ses proches, dont il pourvoit aux besoins) qu'il ne partage que dans l'intime. C'est un personnage secret, décalé, dont la mise en scène cherche à évoquer la trajectoire, là encore sans la galvauder et en évitant les facilités et les stéréotypes.

Comment avez-vous rencontré Moustapha Mbengue et comment avez-vous travaillé sur son personnage et sur ses deux visages, le renfermé en France, le solaire et complice en Afrique ?

J'ai rencontré Moustapha par l'intermédiaire de Leïla Fournier, avec qui j'avais travaillé précédemment, avec beaucoup de connivence, sur le casting de Fiertés *. Elle-même ne le connaissait pas, mais avait entendu parler de lui par un de ses contacts en Italie, où vit Moustapha. Moustapha a une maîtrise partielle du français et il a sans doute, sur bien des points, un parcours personnel proche de celui d'Amin. En tous cas, une connaissance particulière et profonde de tout ce dont est fait ce parcours : solitude, à la marge d'un pays que l'on a rejoint par nécessité de survie ; éloignement des siens dont on garde la charge, etc. Dans le film d'ailleurs, différents visages alternent chez lui, suivant les pensées ou les sentiments qui l'habitent : replié ou insondable parfois, ouvert et rayonnant à d'autres moments.

Vous qui travaillez assez peu avec des acteurs confirmés, avez choisi cette fois de collaborer avec Emmanuelle Devos. Pour quelles raisons et qu'a-t-elle apporté dans sa personnalité et son jeu au film ?

J'ai trouvé Emmanuelle très étonnante dans le film de Jérôme Bonnell Le Temps de l'Aventure. Elle y joue une comédienne et il y a en particulier une séquence où elle fait deux prises, l'une après l'autre, lors d'un essai de casting. C'est une séquence sans montage, où elle répond successivement à deux demandes différentes, en portant à chaque fois avec un jeu superbe une séquence pas simple à maîtriser. Pour Amin, peut-être que j'ai été intéressé par le fait qu'elle se trouverait en terrain inconnu, à l'opposé de ce qu'elle avait fait jusque-là. Ça a été le cas, mais j'ai été étonné à quel point elle ne s'est jamais démontée. Elle reste toujours très pro. Elle peut être pleine d'appréhensions, mais ne les apporte pas dans le travail sur le plateau.

* mini-série de 3 épisodes diffusée sur Arte en mai 2018


 L'avis de la presse 

Télérama - Cécile Mury
Après Fatima, un nouveau portrait émouvant signé Philippe Faucon.

Voici un film doux sur un sujet dur : l'exil de ceux qui viennent trimer en France pour soutenir leur entourage resté au pays. Algériens, Marocains, Maliens ou Sénégalais, comme le héros discret de cette chronique tout en finesse d'une existence morcelée. Amin, c'est lui, employé sur un continent, père et mari sur un autre. Philippe Faucon décrit ces deux vies avec la même humanité, en explore les manques et les rigueurs sans céder au mélo ou aux démonstrations faciles. D'un côté, il y a les chantiers, les contrats toujours aux marges de la légalité, le foyer de travailleurs où tous les coins du monde se croisent et se réchauffent. De l'autre, il y a les yeux adorateurs de trois enfants pour ce père intermittent, qui revient si rarement. Il y a aussi sa femme, qui n'en peut plus de l'attendre, d'être seule, et qui voudrait le rejoindre.

Jour après jour, voyage après voyage, Amin est le captif de son devoir, de ses responsabilités. Entre les différents espaces qu'il habite, il n'y a pas d'air, pas de liberté. Montrer avec une telle délicatesse cet aspect du quotidien d'un immigré vaut cent arguments de débat face à tous les discours nauséabonds d'aujourd'hui. Comme toujours, Philippe Faucon approche ses personnages avec un respect attentif, leur donne une remarquable densité. Moustapha Mbengue prête son charisme, sa dignité altière, mais aussi sa tendresse, à un Amin soudain tenté par un chemin de traverse : une liaison imprévue avec la Française Gabrielle (Emmanuelle Devos, sensible et juste), chez qui il effectue des travaux. Entre l'exilé et la divorcée, entre leurs deux solitudes si différentes, un autre espace s'ouvre enfin, un temps à l'abri des contraintes et des fatalités.

Avec ce film fort, après Samia, Fatima ou encore La Désintégration, Philippe Faucon ajoute un nouveau visage inoubliable à sa fresque de l'immigration et du déracinement.


Le Monde - Jacques Mandelbaum
Adepte de l'épure, Philippe Faucon saisit la pulsation des coeurs.

Faucon se distingue par une conception de son art touchant à l'épure et un intérêt jamais démenti pour les êtres minorés. Des jeunes filles en rupture de ban familiale et sentimentale de ses débuts (L'Amour, 1990) aux personnages des communautés venues de l'immigration qui prennent rapidement « la vedette » dans ses films (Samia, 2000), toujours cette même justesse, cette même volonté de soustraire les personnages aux idées préconçues et à l'idéologie, toujours cette même sensation, pour le spectateur, que la vie se révèle à la fois plus simple et plus complexe qu'on ne croit. Faucon, en un mot, naturalise par le cinéma des personnes, des groupes et des situations que de sombres esprits et de mauvaises politiques distordent et caricaturent. Il cueille ses histoires dans la trivialité même de la vie sociale, en resserre l'énigme dans l'espace et le temps, prend à ses acteurs leur intime pulsation, et fait de chacun de ses films le moment miraculeux d'une possible compréhension des choses et des êtres qui nous semblent a priori étrangers.

Voyez Amin. Une sorte de moment épidermique. Une rencontre improbable. Une histoire simplissime, encore que complexe en ses ressorts intimes. Amin est un père de famille sénégalais qui est ouvrier dans le bâtiment en France pour rapporter le nécessaire au village. On connaît, de l'extérieur, sa vie française, conditionnée par les pratiques des petits artisans du métier. On connaît moins la relation des travailleurs immigrés avec cet arrière-pays qui est le leur. Cela, le film le montre à l'occasion d'un retour occasionnel d'Amin. Toute une communauté suspendue aux dons de ses enfants partis dans cette diaspora laborieuse. Ainsi est rendu sensible le poids qui pèse sur cet homme, sa solitude parmi des compagnons de travail. De cet état des choses, mis en scène avec transparence et sobriété, insensiblement une intrigue prend corps. Retenu pour finir seul un chantier dans une maisonnette, Amin, pourtant taiseux et rétif, est d'abord touché par la gentillesse de la propriétaire - Gabrielle, une infirmière divorcée - avant de consentir au rapprochement qu'elle met, peut-être inconsciemment, en oeuvre.

Deux solitudes se sont simplement croisées. Elles s'épanchent, se désirent, se réchauffent, se confient, se racontent. Rien de plus, rien de moins non plus. Deux expériences de vie si dissemblables, deux mondes que l'on voudrait nous faire croire étanches, vont ainsi l'un vers l'autre, exerçant une curiosité bienveillante pour autrui, cédant à l'urgence de défaire une défiance qui oppresse. L'impossibilité même de leur couple - trop tôt pour elle, trop tard pour lui - leur fait une liberté tendrement conquérante, les donne en exemple édifiant qu'il suffit à l'humanité de consentir à elle-même. Ainsi, ce film très ténu, dépositaire d'un simple moment de réconfort amoureux sans visée ni calcul, passe dans le dur paysage environnant comme un très beau souci.


Libération - Elisabeth Franck-Dumas
Un portrait sensible de l'exil et de la solitude, dans les pas d'un ouvrier sénégalais formidablement interprété par Moustapha Mbengue.

On le découvre, immense et charismatique, plaisantant dans les couloirs du foyer d'immigrés où il habite à Saint-Denis. Auprès de lui, d'autres travailleurs exilés, dont les parcours semblent présenter en creux une variété de possibles s'offrant à Amin.
Ce dernier est ensuite observé lors d'un retour au Sénégal, vibrant d'un héroïsme discret, rapportant effrontément du cash dans ses chaussettes - l'argent récolté pour l'école du village - et se heurtant à la souffrance de sa femme et de leurs trois enfants, qui se languissent de lui. Le va-et-vient entre les deux pays dessine un état de fait, sans pathos, qui se résume à une absence de choix. Se dégage l'impression qu'Amin rapetisse un peu dès lors qu'il revient ici, s'éteignant légèrement dans le bus ou sur les chantiers : Moustapha Mbengue a une incroyable aptitude à passer du rayonnant au transparent, ce qu'augmente encore la violence en sourdine des situations qu'il rencontre.

Sur un chantier, Amin rencontre Gabrielle, infirmière divorcée, avec qui il noue une liaison. Union de deux âmes esseulées, intrigue simple voire banale, dont le rendu émouvant doit beaucoup à la manière qu'ont tous ces parcours de résonner entre eux. Car une fois encore, Philippe Faucon se montre maître dans l'art de donner une épaisseur à ses personnages en faisant miroiter leurs parcours, créant des échos dont toute la pertinence se révèle au fil du temps. Une ouate particulière semble toujours entourer ses protagonistes, qui n'est pas un excès de délicatesse mais une conséquence du temps donné, de l'absence de jugement, lente décantation donnant chair à des situations qu'un cinéaste moins déterminé rendrait caricaturales.

Amin ne fait pas exception, où les plus petits des seconds rôles trouvent une raison d'être et une justesse, composant la cartographie d'un éclatement contemporain.
La mosaïque qui se construit patiemment leur donne à tous une vérité, renforcée par une direction d'acteurs très sûre, et un choix judicieux de ce qui passe à l'image, de la manière de l'enchaîner, de le monter. Une épouse vue nue n'a par exemple rien de gratuit, le plan bref charriant avec lui l'empressement des corps qui se retrouvent après une longue absence, et la maladresse ou la déception qui parfois l'accompagnent. C'est sur ce tableau nuancé que s'imprime la relation entre Gabrielle et Amin, que d'autres auraient été tentés de résumer à sa sociologie, alors qu'elle est dès le début marquée par une décence de sentiments qui est une autre forme de pudeur. Au long du film, ce lien conserve une absence d'effusion, un mystère qui rend hommage à la complexité des situations dépeintes.
C'est ce genre d'intelligence, de sensibilité, qui donne son inestimable singularité au cinéma de Philippe Faucon.


Le Nouvel Observateur - Jérôme Garcin
Ce film est une épure. Du verbe épurer : rendre plus pur, en éliminant tout ce qui pourrait nuire à sa sobriété, à son intégrité, à sa beauté.

Imaginez. Pas un seul plan complaisant, pas d'esthétique arrogante, pas de dialogues ronflants, pas de morale pesante, et aucun budget indécent. On n'est plus habitués à une telle retenue. Il est vrai qu'Amin est signé Philippe Faucon, un des rares cinéastes à ne pas se préférer. Depuis trente ans, il donne la lumière à ceux qui ne la prennent jamais, les invisibles, les exilés, les marginaux, les sans grade. Le portraitiste de Samia et de Fatima (prix Delluc, César du meilleur film 2016) s'attache ici à un Sénégalais qui travaille en France sur des chantiers de terrassement et habite un foyer d'immigrés. Il est taiseux, mélancolique, serviable, et d'une douceur qui contraste avec sa force herculéenne. Dans son pays, où il envoie ses payes et retourne trop rarement, il a une femme, Aïcha, et trois enfants. Il les aime comme aiment les expatriés, les marins, les nomades, d'un amour sans emploi et avec de maladroits cadeaux d'escales. Aïcha lui reproche d'ailleurs ses longues absences, elle voudrait moins de promesses et plus de preuves. Elle le soupçonne d'avoir une liaison. Elle n'a pas tort.

Amin travaillait à une réparation de conduits dans le jardin de Gabrielle, en banlieue parisienne, elle lui a offert un café, lui a proposé de le ramener chaque soir en voiture dans son foyer de Saint-Denis, leurs corps noir et blanc se sont effleurés, et puis merveilleusement accordés. Une grande passion amoureuse ? Même pas. La fusion silencieuse et provisoire de deux solitudes. Amin (Moustapha Mbengue) sait qu'il retournera un jour vivre avec sa femme au Sénégal et Gabrielle (Emmanuelle Devos) vient de se rompre avec son mari, qui continue de la persécuter, et dont elle a une fille. Malgré de brèves digressions (la solidarité des immigrés entre eux, l'accident d'un vieux Marocain ou le cynisme des employeurs), Amin n'est pas un film social, encore moins militant.

C'est l'histoire simple, émouvante et sensuelle, d'un travailleur déraciné et d'une infirmière divorcée que tout oppose, mais qui, pareillement séparés, décident de faire un bout de chemin ensemble. Philippe Faucon les accompagne avec délicatesse, sans faire de bruit, comme s'il voulait saisir, sur leurs deux visages, cet instant furtif où le bonheur éclipse la douleur, où il y a un peu de soleil dans l'eau froide. Une épure, vous dis-je.


Première - Christophe Narbonne
En adaptant le roman du Canadien Patrick deWitt, Jacques Audiard signe son film le plus intimiste et le plus coûteux.
Dans la nuit, des coups de feu au loin. Deux types cernent une maison en tirant à vue. Ce sont eux, les frères Sisters, Charlie et Eli, des tueurs à gages, en train de s'acquitter de leur tâche. Sans pitié, ils arrivent assez vite à leurs fins. Il y a eu plus de grabuge que prévu, mais ils en rient. Eli (John C. Reilly), l'aîné, malgré tout s'assombrit lorsqu'il voit que la grange prend feu et qu'un cheval dévoré par les flammes galope, au comble du supplice. Vision d'horreur. Qu'Eli y soit sensible nous rassure un peu : au moins reste-t-il encore des signes d'humanité.
Amin trime dur en France depuis neuf ans pour faire vivre sa famille restée au pays - le Sénégal, en l'occurrence. Logé dans un foyer de travailleurs immigrés, où il côtoie d'autres déracinés minés par l'éloignement et la solitude, Amin rencontre un jour Gabrielle, femme divorcée chez qui il effectue un terrassement. Le désir s'immisce, l'amour peut-être...
Peintre de l'immigration et de ses problématiques spécifiques (la religion castratrice dans Samia, l'émancipation compliquée dans Fatima, la radicalisation intégriste faute d'espoir dans La Désintégration), Philippe Faucon porte cette fois son regard plein de compassion sur ces travailleurs de l'ombre dévolus aux tâches ingrates et harassantes. Le film leur donne une visibilité (et donc une humanité) sans tomber pour autant dans l'angélisme droit-de-l'hommiste.

Amin est un être de paradoxes malgré lui : étranger en France ainsi qu'en son pays et à sa famille (sa femme le lui fait vertement savoir à chacun de ses retours épisodiques), il est prisonnier d'un système et d'une condition qui l'obligent à travailler au noir et à céder à ses pulsions primaires.

Fidèle à son minimalisme (formel et psychologique), Faucon ne le juge pas, pas plus qu'il ne caricature l'élan passionnel de Gabrielle, davantage troublée par la douceur et la timidité d'Amin que par son “exotisme”.

Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N'Diaye (l'épouse) sous-jouent à bon escient, s'inscrivant dans la ligne claire de l'auteur. Ils sont formidables.


Marianne - Olivier De Bruyn
Philippe Faucon, portraitiste sensible de personnages ordinaires et metteur en scène qui excelle à dépeindre les fractures de la société française, reste fidèle à sa manière à la fois délicate et puissante.

La reconnaissance du grand public et le César du meilleur film, en 2016, pour Fatima ne l'ont pas changé. Dans Amin, nouvelle fiction épurée, le cinéaste ausculte les relations entre deux êtres solitaires. Amin (Moustapha Mbengue), travailleur sénégalais sur les chantiers de l'Hexagone, retrouve par intermittence sa compagne et ses enfants restés au pays. Gabrielle (Emmanuelle Devos), une Française récemment séparée de son époux, rencontre Amin, alors qu'il accomplit des travaux chez elle. Autour d'une brève histoire d'amour à laquelle tout s'oppose, Philippe Faucon, sans céder à la sensiblerie ou aux clichés misérabilistes, donne à voir les blessures intimes de ses beaux personnages, les conditions de vie des immigrés dans les foyers et la circulation problématique de l'argent, en France (où Amin peine à joindre les deux bouts) comme au Sénégal où ses salaires font de lui une sorte de notable, respecté et jalousé

Remarquablement écrit et mis en scène, ce film digne et émouvant confirme le talent précieux de son auteur.


Le Canard Enchaîné - David Fontaine
Ouvrier dans le bâtiment, Amin ne vit que pour envoyer de l'argent à sa femme et à ses enfants au Sénégal, où il retourne une fois l'an. Mais sa rencontre avec l'engageante proprio d'un pavillon fait basculer sa vie austère dans un foyer pour travailleurs... Ce beau film, délicat et en demi-teinte, est une chronique sensible de la vie ordinaire d'un travailleur immigré, pris entre deux mondes, deux vies, deux femmes. En contrepoint des scènes en banlieue parisienne, le réalisateur sait montrer les retours au Sénégal trop rapides et la frustration de l'épouse, condamnée à l'attente, face à la tentation d'une aventure à la française... La pudeur et la retenue des personnages n'enlèvent rien à la précision du trait.

La Croix - Céline Rouden
À travers le portrait d'un travailleur sénégalais immigré, nouant une brève liaison avec une Française, Philippe Faucon traite avec délicatesse du déracinement et de l'isolement de ces hommes qui ont laissé leur famille au pays.
Un film épuré et sensuel qui évoque la solitude des corps dans nos sociétés contemporaines.
C'est d'abord un nom et un visage donnés à l'une de ces silhouettes, parfois entrevues mais jamais côtoyées, dont on connaît l'existence mais pas le quotidien. L'un de ces travailleurs immigrés venus en France pour faire subsister leur famille restée au pays. Trimant la journée sur des chantiers de construction, rejoignant le soir venu un de ces foyers où ils retrouvent leurs semblables. Une vie rude de devoir et de labeur vécue en marge de la société française. En portraitiste talentueux, le réalisateur de Fatima nous livre le récit d'une de ces existences écartelées entre deux réalités et deux continents. Amin, son héros, est venu du Sénégal pour trouver un emploi en France. Neuf ans qu'il se partage entre son morne quotidien de travailleur immigré et les séjours, une ou deux fois par an, au pays où l'attendent sa femme Aïcha.

Déracinement et solitude

Du pays où il vit, il n'entraperçoit qu'une grisaille indistincte traversée dans l'estafette de son patron. Et de ses habitants, les travailleurs venus comme lui d'Afrique ou du Maghreb réchauffant leur solitude dans une langue, une musique, ou un repas partagé. Là-bas, de retour dans son village, l'argent roulé dans les chaussettes, sa silhouette se redresse et son visage s'illumine. Il est un homme important et jalousé qui aide à la construction d'une école et entreprend de se faire construire une grande maison pour loger toute sa famille. Prisonnier d'une fratrie qui compte sur lui, il assume en silence son destin mais souffre de la distance installée au fil des ans avec sa femme et avec des enfants qu'il ne voit pas grandir.




Association IRIS – Saison 2018-2019
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