LETO

  jeudi 17 Janvier   
18 H 15


Sélection officielle Compétition Festival Cannes

Réalisation : Kirill Serebrennikov
Scénario : Mikhail Idov,Lily Idova,Kirill Serebrennikov
Directeur de la photographie : Vladislav Opelyants
Décors : Andrey Ponkratov
Costumes : Tatiana Dolmatovskaya
Maquillage : Tamara Frid
Producteur : llya Stewart,Mikhail Finogenov
Production : Hype Film (Russia),Kinovista (France)
Coproducteur : Charles-Evrard Tchekhoff
Son : Boris Voyt
Producteur : Murad Osmann,Pavel Buria
Distribution : Bac Films

Site officiel


 Avec 



 Synopsis 

Leningrad. Un été du début des années 80.
En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s'échangent en contrebande, et une scène rock émerge.
Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï.
Entourés d'une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock'n'roll en Union Soviétique.


 Anecdotes 

Viktor - Viktor Tsoï
Acteur : Teo Yoo

Chansons interprétées par P. Pogodaev
Viktor Tsoï est le chanteur-compositeur et cofondateur de Kino, l'un des groupes les plus adulés et les plus influents de l'histoire de la musique russe. Considéré comme l'un des pionniers du rock russe, il a popularisé ce genre dans toute l'Union soviétique. Viktor Tsoï, qui est né et a grandi à Leningrad, a commencé à écrire des chansons dès son adolescence. Au cours de sa carrière, il a contribué à une multitude d'oeuvres musicales et artistiques, dont 10 albums.
Après la performance de Kino dans le film soviétique Assa (1987), la notoriété du groupe a explosé, donnant lieu à un mouvement baptisé “ Kinomania ”, qui a valu à Viktor Tsoï d'interpréter le rôle principal du film new wave indépendant kazakh L'Aiguille (1988).

En 1989, Viktor Tsoï et Kino se produisent au Printemps de Bourges, où le groupe fera connaissance avec le groupe français Noir Désir. Par la suite, Noir Désir fera cinq premières parties de Kino à Leningrad. En 1990, après un concert légendaire au stade olympique de Moscou, Viktor Tsoï s'est brièvement installé en Lettonie avec le membre de son groupe Yuri Kasparyan, pour travailler sur un nouvel album. Deux mois plus tard, Viktor Tsoï meurt dans un accident de voiture.

Sa mort est un choc pour de nombreux fans – qui iront parfois jusqu'à se suicider. Le 17 août 1990, Komsomolskaya Pravda, l'un des principaux journaux soviétiques, publie l'article suivant : “ Si Viktor Tsoï est plus important, pour les jeunes de notre nation, que n'importe quel homme politique, célébrité ou écrivain, c'est parce qu'il n'a jamais menti et que l'argent ne l'a jamais intéressé. Il est resté lui-même dans toutes les circonstances. Il est impossible de ne pas le croire. Viktor Tsoï est le seul rockeur à s'être comporté dans la vie comme sur scène, à avoir vécu en accord avec ce qu'il chantait. C'est le dernier héros du rock. ”

Mike - Mike Naumenko
Acteur & interprète des chansons : Roma Zver

Mike Naumenko était un musicien de rock et de blues-rock, auteur compositeur, leader du groupe de rock Zoopark.

Né à Leningrad, il a fait partie du groupe de rock russe Akvarium dans les années 1970. En 1981, il a créé Zoopark qui est devenu l'un des plus grands groupes de blues-rock de l'URSS. Mike Naumenko est considéré comme l'un des meilleurs paroliers du rock russe, même s'il s'est grandement inspiré de Bob Dylan et d'autres compositeurs anglais ou américains, allant jusqu'à conserver la mélodie originale. Certaines de ses chansons sont des traductions plus ou moins fidèles ou des remakes d'oeuvres anglophones (les notions de copyright et de plagiat n'étant pas vraiment définies en Union soviétique, notamment pour les oeuvres créées de l'autre côté du Rideau de fer). Malgré cela, l'influence de Mike Naumenko n'en est pas moins grande, dans la mesure où il a transposé la culture rock occidentale pour l'adapter au modèle russe et à la réalité urbaine de Leningrad.

À la fin des années 1980, Mike Naumenko a commencé à rencontrer des problèmes de santé dus à l'abus d'alcool et les causes de sa mort ne sont pas claires. Il semblerait qu'il ait succombé à une crise cardiaque, chez lui, en 1991, à l'âge de 36 ans.

Roma Zver interprète Mike Naumenko dans le film. Il est le fondateur du groupe de pop-rock Zveri (les Bêtes) qui a remporté à neuf reprises, le prix du meilleur groupe de rock au MuzTV award en Russie et est l'un des groupes russes se produisant le plus. Au-delà de leur présence à l'écran, Roma et Zveri ont également enregistré une grande partie de la bande originale. Et ce sont Roma et son partenaire Guerman Ossipov qui ont signé la production de la
musique..

Roma Zver et German Osipov,
producteurs musicaux : le son de Leto

Les chansons originales de Zoopark et de Viktor Tsoï habitent le film. Nous avions besoin de les jouer de manière authentique et d'être attentifs à la sonorité qu'elles avaient dans les années 80, aux conditions dans lesquelles les musiciens vivaient à l'époque, à leur matériel et à leurs performances. C'est pour cela que nous avons simplifié notre jeu dans certaines des chansons. Nous devions jouer avec l'esprit dans lequel ils étaient.

German Osipov :

L'une de nos missions était de fabriquer le son de ces groupes russes et de le rendre cohérent avec celui des musiciens qui les influençaient, pour fusionner les chansons préexistantes que nous utilisions avec nos propres enregistrements pour le film, et faire ressentir les vibrations du Leningrad des années 80. Nous avons fait beaucoup d'efforts pour rendre cohérent l'assemblage de ces différentes sources.

Roma Zver :

Dans la perspective d'obtenir un “son à l'ancienne”, nous sommes allés à la recherche d'instruments d'époque que nous avons restaurés et accordés afin d'obtenir une sonorité uniforme. Nous n'aurions jamais pu obtenir ce son avec des guitares modernes. Nous avons expérimenté ce que j'ai appelé le “ syndrome de la démo ” ! J'ai fabriqué de nombreuses démos des chansons pour faire comprendre au réalisateur comment telle ou telle chanson sonnait à l'époque et lorsque nous avons enregistré les versions finales avec un son d'aujourd'hui, nous avons réalisé que les versions démos, avec ce son plus brut, étaient meilleures. Ce sont celles que nous avons utilisées pour le film.

Natasha – Natalya Naumenko
Actrice : Irina Starshenbaum

Femme de Mike Naumenko, avec qui elle a eu un fils, Genia. Natacha est le principal personnage féminin de Leto. Amie de Viktor Tsoï, elle a joué un rôle significatif dans la vie et la carrière de son mari.

KIRILL SEREBRENNIKOV - Biographie

Né en 1969 en Russie à Rostov-sur-le-Don, Kirill Serebrennikov est un metteur en scène de théâtre, de télévision et de cinéma russe. Depuis 2012, il est le directeur artistique du Centre Gogol à Moscou.

Il a monté sa première pièce alors qu'il n'était encore qu'étudiant. En 1992, il est diplômé en Physique de l'Université d'État de Rostov. En 2008, il initie une classe expérimentale pour comédiens et metteurs en scène au sein de l'école d'art théâtral de Moscou. Quatre ans plus tard cette classe sert de base au collectif “ Septième Studio ”, constituant aujourd'hui la troupe résidente au sein du Centre Gogol à Moscou.

De 2011 à 2014, Kirill Serebrennikov assure la direction artistique du projet Plate-forme, déployé au Centre d'Art contemporain de Winzavod, à Moscou.

En 2015, le Centre Gogol se rend au Festival d'Avignon pour présenter la pièce “ Les Idiots ”, mise en scène par Kirill Serebrennikov et s'inspirant du film éponyme de Lars Von Trier. L'année suivante, Kirill Serebrennikov se rend à nouveau à Avignon pour présenter “ Les Âmes mortes ” inspiré du grand classique de Gogol. Il est le premier metteur en scène russe à être présent à Avignon deux années de suite.

En 2016, son film Le Disciple est sélectionné à Un Certain Regard au Festival de Cannes, où il reçoit le prix François Chalais.

Leto est son premier film présenté en compétition au Festival de Cannes 2018. Le 23 août 2017, Serebrennikov est arrêté sur le plateau du film Leto, alors que le tournage touche à sa fin. Depuis, il est assigné à résidence à Moscou, d'où il a pu, malgré tout, entreprendre et finaliser le montage de Leto.

Il a exprimé ses sincères remerciements au Festival de Cannes et à l'équipe du film lors de sa dernière audience publique, le 18 avril dernier.

LES COMÉDIENS
Teo Yoo
Teo Yoo est né et a grandi à Cologne, en Allemagne. Il a étudié l'art dramatique au Lee Strasberg Theater and Film Institute de New York, à partir de 20 ans, puis a suivi des cours intensifs au Royal Academy of Dramatic Art de Londres. Après avoir joué dans plusieurs films indépendants et pièces de théâtre à New York et à Berlin, il s'est installé à Séoul en 2009.

Filmographie

• 2018 — Leto
• 2017 — The Moment
• 2016 — Bitcoin Heist
• 2015 — You Call It Passion
• 2015 — Equals
• 2015 — Seoul Searching
• 2014 — One On One
• 2012 — Codename: Jackal
• 2009 — Actresses
• 2006 — Day Night Day Night
• 2004 — Brooklyn Bound

Roma Zver

Roma Zver est né le 7 décembre 1977 à Taganrog, en URSS, sous le nom de Roman Vitalevitch Bilyk. Il est l'auteur de nombreux tubes pop, et le chanteur-guitariste de son groupe Zveri, qui a remporté 9 fois le titre de “ meilleur groupe de rock ” selon MuzTV et d'autres récompenses musicales, dont celle du “ meilleur premier album ” décerné par MTV Russia. L'Été est son premier film.

Irina Starshenbaum
Irina Starshenbaum est née le 30 mars 1992 à Moscou, en Russie. En tant qu'actrice, elle a joué dans Attraction (Prityazhenie) (2017), Ice (2018) et Attraction 2 (2019). Irina a également travaillé en tant quejournaliste.

Filmographie
• 2019 — Attraction 2
• 2018 — Leto
• 2018 — Ice
• 2017 — Black Water
• 2017 — Attraction
• 2013 — The Move (Tv Series)


 Quelques mots 

NOTES DE PRODUCTEURS

KIRILL SEREBRENNIKOV
Réalisateur

Cette note d'intention a été rédigée par Kirill Serebrennikov en 2017, avant le tournage du film. Les conditions de
son assignation à résidence ne lui permettent pas de formuler de nouvelles déclarations.
Leto, est une histoire de rock'n'roll dans le Leningrad soviétique des années 80 dans lequel un triangle amoureux réunit trois individus très différents, avec pour toile de fond une Union soviétique étrange et parfois exotique, dans un climat totalement hostile à la musique rock et aux influences occidentales, mais qui fut malgré tout le creuset de l'émergence d'une nouvelle vague rock en URSS.
Notre histoire traite de la foi nécessaire pour surmonter ce contexte, et de l'insouciance de nos héros face aux restrictions dont ils ont hérité. Par-dessus tout, cette histoire est celle d'un amour ingénu et inaltéré, comme une ode à ceux qui vont devenir des icônes du rock, à la façon dont ils vivaient et à l'air qu'ils respiraient. Nous racontons l'histoire de ce dernier été avant la Perestroïka, avant que ce contexte environnant ne soit totalement transformé pour devenir la Russie actuelle.
C'est cela qui m'a initialement attiré vers cette histoire : son innocence et sa pureté. Ma génération se souvient vraiment de l'énergie de la Perestroïka, cette période qui suit immédiatement les événements dévoilés dans notre film. Mais en réalité, nous ne connaissons rien de la génération qui nous a précédés et de son don naturel pour la rébellion, de son feu intérieur. Cette génération a été totalement effacée par la Perestroïka qui en a fait des balayeurs ou des gardiens d'immeubles, et il ne restera rien d'eux.
Mais ici, nous sommes au tout début des années 80. Et en noir et blanc, qui est la seule manière de raconter l'histoire de cette génération, puisque la notion de couleur n'est apparue que plus tard dans l'inconscient collectif russe.
Une époque brute et alternative dans laquelle tout le monde est bien en vie : Mike Naumenko etViktor Tsoï (que la presse soviétique proclamera “ Dernier Héros du Rock ” presque immédiatement après sa mort tragique en 1990). Ce que nous connaissons d'eux aujourd'hui ne s'est produit qu'après le contexte de notre film, et donc dans le futur de nos personnages. Ils en sont encore totalement vierges. Nous empruntons une machine à remonter le temps, et celle-ci s'arrête, juste pour un moment. Dans ce moment, nos héros font ce qu'ils aiment le plus : ils créent de la musique. Comme dans un moment de grâce, suspendu dans le temps et l'espace.
Je dois faire abstraction du troisième acte de la vraie vie de nos personnages, de la façon dont elle finit. Mon but est de faire un film sur des gens qui étaient heureux, qui jouissaient d'une liberté de création totale malgré la pression des autorités. Ils faisaient de la musique, ils ne voyaient pas comment ne pas créer ainsi. Il leur aurait été contre-nature de faire autrement.
Je peux facilement m'identifier à nos héros et comprendre leurs motivations, leurs obstacles. Ce qu'ils faisaient n'est pas étranger à ce que nous faisons aujourd'hui au Gogol Center, dont je suis le directeur artistique. Malgré notre environnement lourdement politisé, nous créons un théâtre moderne, anti-officiel, qui peut aussi être perçu comme un mouvement. Et le plus important, c'est que ce mouvement est vivant. Nous donnons vie à une culture qui est inacceptable à un niveau officiel, dans les codes culturels de notre gouvernement exactement de la même manière que le Leningrad du début des années 80 n'était ni le lieu ni le moment pour une culture rock en URSS.
Je fais ce film à la fois pour et à propos d'une génération qui considère la liberté comme un choix personnel, et comme le seul choix possible.
Dans le but de capturer et de souligner la valeur de cette liberté.


CHARLES-EVRARD TCHEKHOFF
Kinovista — France

Je n'ai réellement connu Saint-Pétersbourg pour la première fois qu'en juillet 2007. C'était l'été, et les jours semblaient ne jamais finir, le crépuscule se mêlant à l'aube à cette saison. J'étais là pour découvrir les musées, l'architecture et l'intemporalité dont ceux qui connaissaient la ville disaient qu'elle seyait plus aux artistes et aux intellectuels, par opposition à l'intrépide et pragmatique Moscou.

Mes amis m'avaient donné quelques adresses, et un soir je fus invité chez une artiste qui accepta de me montrer ses travaux. Nous avions déjà passé de longues heures dans son atelier, lorsqu'elle me proposa de m'emmener chez l'un de ses amis, peintre. C'est ainsi que je fis la connaissance de Georgi Gurianov. Avant de se consacrer pleinement à la peinture, Georgi était le batteur d'un groupe que je ne connaissais pas encore, mais dont le nom sonna alors comme un clin d'oeil : “ Kino ”, ciné en français. Nous passions la nuit chez lui, à parler de peinture, à écouter ses enregistrements, et à boire.
Il me fit découvrir la musique de Viktor Tsoï et me raconta leur complicité, l'esprit de cette époque marginale, des années d'avant 1989, les amis, les clubs et la rencontre du groupe avec Warhol.
Dans l'immense salon d'un ancien palais délabré dont il avait fait son appartement, cette musique et les souvenirs de Georgi me laissèrent entrevoir un incroyable intervalle qui me parut à la fois fascinant et profondément romantique, comme un ultime geste qui aurait précédé le tournant imminent du pays.

Depuis cette rencontre, l'idée d'un film qui capturerait le souffle de ces années, leur atmosphère à nulle autre pareille et leur énergie me revenait régulièrement. Lorsque Stewart m'a proposé ce projet, c'est tout naturellement que j'ai souhaité y participer. Quelques mois plus tard, j'ai pu lire le scénario de Michael Idov et cette première version a immédiatement su raviver les souvenirs que m'avait laissés cette nuit passée chez Georgi Gurianov. J'y ai retrouvé l'énergie désinvolte et le style de la génération qui m'avait alors été décrite, une génération sans repères, et pour qui la création et la musique étaient les seuls guides, la seule référence de vie.
Viktor Tsoï et son entourage n'étaient pas dans la quête du succès et de la popularité, mais plutôt dans le refus d'entraves culturelles ou idéologiques, et l'accomplissement d'un idéal.


Mais ce film n'aurait sans doute pas pu voir le jour avant l'avènement d'une nouvelle vague de talents, incarnée notamment par Kirill Serebrennikov. Hormis une carrière cinématographique qui l'a conduit aux sélections des festivals de Cannes, Locarno et Venise, il dirige le Théâtre Gogol de Moscou, réputé pour ses positions novatrices et résolument indépendantes du pouvoir en place, et est régulièrement invité à présenter ses travaux sur les scènes internationales, notamment à Avignon. Nourri par cette approche libre de la création et ses expériences par-delà les frontières russes, Serebrennikov apparaît comme une adéquation parfaite pour porter la dimension profondément identitaire du projet aux publics du monde entier, et communiquer son incroyable énergie.

Le scénario de Leto aborde la vie de celui qui va devenir un véritable héros du Rock russe à travers le prisme simple d'un triangle amoureux, et de son passage à l'âge adulte. À l'opposé de la dictature historique du biopic, la structure dramaturgique classique adoptée par Idov pour aborder ce sujet m'est immédiatement apparue comme un atout essentiel pour permettre son accessibilité à un large public hors de Russie. Mais si l'approche s'écarte ici largement
du propos purement historique, on peut néanmoins y entrevoir la description tantôt tragique, tantôt comique des premières fissures d'un système arrivé à bout de souffle par lesquelles s'est installé le désir insatiable d'une autre réalité.

Au moment où la Russie d'aujourd'hui connaît un retour aux directives culturelles et idéologiques officielles, s'imposant à la sphère créative du pays, ce souffle de liberté qui a incarné l'élévation d'une génération entière et s'est répercuté jusque longtemps après 1989, sonne comme un écho particulièrement contemporain et nécessaire. C'est aussi dans cet esprit que j'ai choisi de m'engager dans ce projet.

ILYA STEWART
Hype Film — Russie

À une époque que l'on pourrait caractériser par le manque d'espoir, l'absence de promesses et un cynisme en abondance, Leto est un projet qui décrit l'histoire simple d'un premier amour, d'un amour intègre. Or, il se trouve que le personnage dont il est question va devenir la plus grande figure du rock russe.

Ce qui a immédiatement émergé du concept de départ et de la première version du scénario de Michael Idov est, essentiellement, l'articulation autour d'une histoire classique de passage à l'âge adulte. Or, il se trouve simplement que le personnage dont il est question va devenir la plus grande figure du rock russe. En effet, Viktor Tsoï incarnera bientôt l'image du changement dans un pays qui y aspire alors plus que jamais. Les paroles révolutionnaires et le symbolisme de ses chansons vont devenir à la fois les attributs et les formules d'une rupture vers la démocratie, jusqu'aux premières élections. Notre imagination a tout de suite été capturée par l'opportunité de dépeindre l'histoire intime et romantique d'une personnalité créative sur le point d'éclore, juste avant l'avènement d'une période historique désormais largement documentée. Michael Idov, scénariste chevronné aux racines soviétiques mais ayant grandi à l'Ouest, a brillamment saisi cette idée originale et est parvenu à recréer l'univers unique de cette époque.

Véritable visionnaire, le nom de Kirill Serebrennikov est aujourd'hui incontournable lorsqu'on évoque la nouvelle génération de réalisateurs en Russie. Au cours des dix dernières années, il a su s'imposer comme une figure importante du cinéma européen. Après Le Disciple, présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes en 2016, nous avons, avec Leto, la chance de soutenir sa vision une seconde fois. Malgré le succès commercial modéré du Disciple en Russie, lié à son sujet difficile, ce film a reçu les éloges de la critique internationale, ainsi que de nombreux prix et nominations, dont les Nika Awards, les European Film Awards, et les Asia Screen Pacific Awards, et a été présenté dans plus de 50 festivals à Londres, Chicago ou Munich, et distribué en salles dans plus de 25 pays. Les films précédents de Kirill ont été nominés pour le Lion d'Or à Venise, et ont remporté des prix à Rome, Locarno ou encore Karlovy Vary. Nous sommes confiants qu'avec ce nouveau projet, cette incursion dans la naissance de la culture rock des années 80 en URSS va susciter l'excitation d'un large public.

Nous avons également eu la chance d'avoir réuni une équipe au talent hors pair, dont le directeur photo Vladislav Opelyants qui collabore avec Serebrennikov pour la seconde fois depuis Le Disciple.

Ce projet est aussi l'occasion d'une première collaboration entre le chef décorateur Andrei Pankratov, qui a signé les décors de Léviathan et Elena d'Andrey Zvyagintsev. Ensemble, Vladislav Opelyants et Andrei Pankratov ont su recréer le Leningrad du début des années 80 dans un somptueux noir et blanc, où la couleur fait irruption durant les scènes musicales.

Comme pour Le Disciple, les costumes ont été supervisés par Tatyana Dolmatovskaya. Avec Leto, Kirill Serebrennikov a su sublimer la confrontation de deux univers musicaux, de deux mondes distincts, ainsi que le brassage des cultures de l'Est et de l'Ouest qui en a résulté. Il offre avec ce film une proposition de cinéma forte et éloquente qui, nous l'espérons, saura capter l'imaginaire du public.

Le 23 mai dernier, Kirill a subi des perquisitions à son domicile, ainsi qu'aux locaux du Centre Gogol qu'il dirige. Ses ordinateurs, téléphones et documents de travail ont été saisis, y compris l'ordinateur contenant le scénario et les fichiers de travail de ce projet. Si ces perquisitions n'ont été qu'une première étape dans les pressions que subit Kirill en Russie pour ses positions indépendantes et libres, elles n'ont fait que confirmer sa détermination à mener à
bien le projet.

Le soutien affirmé de la communauté artistique russe et internationale, notamment des acteurs, metteurs en scène et cinéastes français a renforcé cette détermination.

LA PLACE DE LA MUSIQUE DANS LETO

Film sur le rock, l'amour et l'amitié, Leto se passe à Leningrad au moment où la scène rock underground est en train d'éclore, influencée par des stars occidentales comme Led Zeppelin et David Bowie. Le film dépeint cette époque électrique et retrace l'ascension de jeunes chanteurs de rock, dont Viktor Tsoï, qui deviendra un pionnier du rock russe, et Mike Naumenko, fondateur du groupe Zoopark.


 L'avis de la presse 

Première - Eric Vernay
L'une des plus belles surprises du dernier Festival de Cannes. Un rayon de soleil étonnamment doux et léger pour un film russe, jamais empesé, narrant l'épopée de Jules et Jim new wave dans le Leningrad des années 80, bien décidés à coloriser en riffs le noir et blanc de l'ère Brejnev. Irrésistible.

Télérama - Jacques Morice
Ce n'est pas la gloire mais son avant-goût, aussi exaltant sinon plus. Nous sommes en Union soviétique, dans les années 80. Viktor Tsoï, Eurasien à la gueule d'ange ténébreux, n'est pas encore le chanteur du groupe new wave Kino, dont le tube Changement ! a servi d'hymne à la perestroïka. Si, en France, Tsoï est un quasi-inconnu, en Russie il est aujourd'hui une légende. Mais Kirill Serebrennikov (Le Disciple), cinéaste tout sauf conformiste, assigné à résidence par les autorités russes (lire encadré), est trop intelligent pour céder aux pièges du biopic. De Viktor Tsoï il sera bien question dans Leto, mais c'est un autre chanteur, plus méconnu encore, qu'il fait passer au premier plan. Un héros de l'ombre, à la fois protecteur et catalyseur.

Il s'appelle Mike Naumenko. Lui aussi a du charisme, avec ses Ray-Ban Aviator toujours sur le nez. Il est plus mûr que Viktor, il est le père d'un bébé et le compagnon d'une muse renversante, Natasha. Il est enfin le leader du groupe Zoopark, très imprégné de T. Rex, qui marche fort sur la scène underground de Leningrad.
On le voit chanter dans un concert qui nous met d'emblée dans l'ambiance du pays. Le public, jeune, est sommé de rester assis sans bouger et ne doit aucunement crier, sous peine d'être rapidement rappelé à l'ordre par une cohorte d'apparatchiks qui veillent au grain. On se croirait au mieux dans un spectacle encadré de fin d'école, au pire en prison. Le pessimisme n'est pourtant pas de mise. Non sans malice, Kirill Serebrennikov préfère survoler les pieds qui battent la mesure en cachette, les trémoussements irrépressibles. Il privilégie surtout la joie qui illumine tous les visages.




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