Si beale street pouvais parler

  jeudi 14 Mars   
20 H 15


Golden Globe Meilleure actrice

Directeur de la photographie : James Laxton
Montage : Joi McMILLON,Nat SANDERS, ACE
Décors : Mark FRIEDBERG
Costumes : Caroline Eselin-Schaefer
Producteur exécutif : Megan ELLISON,Brad PITT,Sarah ESBERG,Chelsea BARNARD,Jillian LONGNECKER,Mark CERYAK,Mark CERYAK,Caroline JACZKO
Compositeur : Nicolas Britell
D'après le roman de : James BALDWIN
Produit par : Sara MURPHY,Dede GARDNER
Produit par : Adele ROMANSKI,Barry JENKINS
Superviseur musical : Gabe HILFER
Adapté et réaliser par : Barry JENKINS
Distribution : Mars Films

Site officiel


 Avec 

» Kiki LAYNE - Tish Rivers» Stephan JAMES - Alonzo”Fonny”HUNT» Regina KING - Sharon Rivers
» Colman DOMINGO - Joseph Rivers» Teyonah PARRIS - Ernestine Rivers» Michael BEACH - Frank Hunt
» Aunjanue ELLIS - Mrs. Hunt» Ebony OBSIDIAN - Adrienne Hunt» Dominique - Sheila Hunt
» Dave FRANCO - Levy» Diego LUNA - Pedrocito» Pedro PASCAL - Pietro Alvarez
» Ed SKREIN - Officier Bell» Brian TYREE HENRY - Daniel Carty


 Synopsis 

Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s'aiment depuis toujours et envisagent de se marier.
Alors qu'ils s'apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d'une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré.
Avec l'aide de sa famille, Tish s'engage dans un combat acharné pour prouver l'innocence de Fonny et le faire libérer...


 Anecdotes 

TÉMOIGNAGES DE BEALE STREET

Il s'agit du premier long métrage de Barry Jenkins depuis MOONLIGHT, consacré Oscar du meilleur film. SI BEALE STREET POUVAIT PARLER est dédié à James Baldwin.

Si l'oeuvre de Baldwin a déjà été adaptée pour la télévision et par des réalisateurs étrangers, elle ne l'avait jamais été par un cinéaste américain jusqu'à présent. Le film de Barry Jenkins puise dans la dimension atemporelle et l'énergie – émotionnelle et culturelle – de son intrigue.

Si Beale Street pouvait parler a été publié pour la première fois en 1974. Dans le texte qui suit, les principaux interprètes et collaborateurs du film évoquent le livre et leur participation à l'adaptation signée Barry Jenkins.

LE LIVRE

KiKi Layne (Tish Rivers) Si Beale Street pouvait parler est l'un des romans les moins connus de James Baldwin. Mais en le lisant, on se rend compte qu'il est emblématique de son auteur. C'est une histoire d'amour ponctuée de messages politiques. Comme dans toute son oeuvre, Baldwin livre une réflexion sur la communauté noire et, surtout, s'appuie sur cette magnifique histoire d'amour pour s'exprimer sur la question raciale à une époque et en un lieu précis.

Barry Jenkins (réalisateur, scénariste, producteur)

J'ai vraiment découvert James Baldwin avec La chambre de Giovanni et La prochaine fois, le feu. Ces livres m'ont permis de mieux comprendre ce qu'était la masculinité, et ce qu'était la masculinité noire. Je n'ai pas eu de révélation grâce à l'un de ses propos en particulier, mais plutôt grâce à la manière dont il s'exprimait et à la qualité des recherches qu'il menait quand il s'intéressait à un sujet. L'héritage qu'il nous a laissé est majeur et inestimable. James Baldwin est un auteur important parce qu'il disait la vérité.

Jeremy Kleiner (producteur)
L'attachement de Baldwin à dire la vérité, et l'affirmation de sa singularité comme auteur, sont encore aujourd'hui exemple pour beaucoup.

Quand j'étais au lycée, je me suis passionné pour son oeuvre. J'adorais La chambre de Giovanni, Un autre pays, La conversion, et j'étais fasciné par ses essais. J'ai été particulièrement touché par ce qu'il a écrit dans les années 70. Si Beale Streeet pouvait parler en fait partie, mais Baldwin était visionnaire à bien des égards. Il a montré, dans son oeuvre, que l'Amérique savait être en accord avec ses idéaux, mais il n'hésitait pas à pointer les contradictions du pays – et il nous mettait en garde contre ce qui risquait de se produire si nous n'étions plus capables d'affronter la vérité.

Barry Jenkins
J'ai le sentiment que la puissance de Baldwin tient en partie au fait qu'il touche beaucoup de gens. On peut tous être émus par les phénomènes qu'il évoque. On pourrait dire que son écriture est « universelle », mais je ne le formulerais pas ainsi. Ses livres étaient d'une grande force parce qu'il puisait son inspiration de plusieurs sources. Il a vécu à Harlem, en France, en Turquie, et ce parcours ponctué d'expériences multiples a donné lieu à un regard unique dont on peut seulement dire qu'il le caractérise.

Stephan James (Alonzo « Fonny » Hunt)
C'était intimidant de se voir confier ce rôle par Barry Jenkins, et je ne l'ai jamais pris à la légère tout au long du tournage. Je considère James Baldwin comme je considère Shakespeare. Sa langue est directe, vivante, sans concession – et cette sincérité est salutaire pour un acteur interprétant l'un de ses personnages.

Regina King (Sharon Rivers, mère de Tish) James
Baldwin fait partie du patrimoine national et son oeuvre ne cessera jamais d'être étudiée et de faire l'objet d'hommages. Quand on se plonge dans ses livres, on a vraiment le sentiment d'en faire partie. Il est d'une incroyable précision dans ses descriptions. La famille Baldwin a été d'un immense soutien : elle nous a fait une confiance totale et plusieurs de ses membres sont venus sur le plateau. J'espère que James Baldwin serait fier du résultat.


 Quelques mots 

NOTE D'INTENTION

À l'été 2013, je suis parti en Europe pour écrire une adaptation de Si Beale Street pouvait parler de James Baldwin dans l'espoir qu'un jour j'obtiendrais l'autorisation des ayants-droits de l'écrivain de le porter à l'écran. Je voyais cela comme un honneur.

À chaque étape de mon travail d'écriture, j'ai cherché à rester scrupuleusement fidèle au livre et à la vision du monde de Baldwin. Dans son roman, les personnages sont dépeints d'une manière très particulière, qu'il s'agisse de Tish et Fonny, mais aussi de leurs proches, comme Ernestine, les parents du garçon et ceux de la jeune femme, Joseph et Sharon.

Les deux couples du film – Tish et Fonny, Sharon et Joseph – sont unis par des rapports d'affection et de complicité. C'est cette force des relations humaines qui les protège – et c'est grâce à elle que, pour les Noirs, la vie mérite d'être vécue et qu'on peut encore se battre pour un rêve américain qui n'a pas tenu ses promesses.

Je ne pouvais rêver mieux, pour rendre hommage à James Baldwin, mon écrivain préféré, que d'incarner ces idées, intellectuelles et émotionnelles, à travers des comédiens et de les mettre en scène grâce à mes collaborateurs de création que je considère comme ma famille.

« C'est l'amour qui t'a menée jusqu'ici. » Voilà ma citation préférée du sublime roman de Baldwin. Et elle reflète l'état d'esprit dans lequel nous avons tous abordé SI BEALE STREET POUVAIT PARLER.

BARRY JENKINS



 Entretien 

L'ADAPTATION

Barry Jenkins
J'ai découvert Si Beale Street pouvait parler vers 2009-10. À cette époque, je me considérais déjà comme un fanatique de Baldwin, mais je n'avais pas lu ce livre. Quand je l'ai lu, j'y ai vu un potentiel d'adaptation pour le cinéma – l'histoire d'amour entre Tish et Fonny était d'une grande pureté, d'une grande richesse, d'une grande vitalité.
Le livre parle de plusieurs états amoureux et, notamment, de l'amour de deux Noirs dans le quartier de Harlem où Baldwin a grandi. Pour autant, il s'agit aussi, par certains côtés, d'un ouvrage contestataire.

En 2013, j'ai compris qu'il fallait que je parte à l'étranger pour écrire l'adaptation sous forme de script. Je tenais à rester d'une grande fidélité au roman et à transposer le sentiment que j'avais ressenti la première fois que je l'avais lu. Je suis allé en Europe cet été-là avec le peu d'argent que j'avais pu réunir pour écrire MOONLIGHT – ce que j'ai fait à Bruxelles – et ensuite SI BEALE STREET POUVAIT PARLER, que j'ai écrit à Berlin.

Je me suis lancé dans cette aventure en me souvenant que Baldwin se livre beaucoup dans cet ouvrage, et qu'il s'agit de l'un des rares romans qu'il ait écrits en adoptant un point de vue féminin. Il cherchait aussi à montrer qu'il n'y a pas qu'une seule façon de dépeindre une famille noire.
Jeremy Kleiner
MOONLIGHT est un film très politique, mais il ne respecte pas les codes habituels d'une oeuvre dite politique. Je ne pense pas que ce soit par hasard si Barry a écrit les scénarios à la même époque, ou qu'il ait été attiré par ce roman de Baldwin en particulier. Il est capable de s'emparer de cette histoire d'amour absolu confronté à des forces destinées à la faire échouer parce que, en tant qu'artiste, il a beaucoup de points communs avec Baldwin.
Adele Romanski (productrice)
Le roman de James Baldwin est à la fois actuel et atemporel. Barry a compris qu'il pouvait tirer un film moderne et contemporain à partir de l'histoire de ces deux jeunes gens tout en respectant la reconstitution d'époque. Il y a encore beaucoup de Fonny et de Tish qui vivent aux États-Unis à l'heure actuelle.

Dede Gardner (productrice)
C'est un ouvrage difficile à adapter, mais Barry a fait des choix mûrement réfléchis. Quand je suis parvenue à la fin du scénario, je me suis dit qu'on y retrouvait tous les éléments propres au livre : l'histoire d'amour, le message politique, le sens du titre. Comme l'indique la citation de Baldwin au début du film : « Tous les Noirs nés en Amérique sont nés à Beale Street. »
Regina King
La proximité entre le scénario et le livre est sidérante. Je n'avais jamais lu d'adaptation si proche du livre. Barry est intelligent, bienveillant et fort, et il s'est beaucoup imprégné de cette histoire si bien qu'il pouvait puiser au plus profond de lui-même pour faire ce film. Il a fait preuve d'un incroyable talent en choisissant les dialogues et les scènes qu'il allait transposer littéralement dans le scénario, et les autres.
Barry Jenkins
Pour moi, la plus grande difficulté était de ne pas faire entrer en conflit la dimension politique et l'histoire d'amour. C'est un croisement entre deux pôles qui coexistent chez Baldwin. Il parlait, dans ses livres, d'un système répressif qui, en Amérique, menaçait l'intégrité et la pureté de l'amour de Tish et Fonny, et il nous donnait à voir ce qu'ils vivaient. Du coup, il a insufflé l'énergie qu'on trouve dans La prochaine fois, le feu dans une histoire d'amour.
Jeremy Kleiner
Tenter de réunir l'intime et le politique a toujours été essentiel pour Baldwin, et cela se retrouve très fortement dans cette histoire. En l'espace d'un instant, on passe du couple de Tish et Fonny savourant une journée merveilleuse à Harlem aux entrailles d'une prison.
Mark Friedberg (chef-décorateur)
Le texte de James Baldwin était notre Évangile ! Barry cherchait à donner corps à la vision du monde de Baldwin, et à voyager avec ces personnages. Barry a plus ou moins transposé la construction du livre sous forme de flashbacks, à travers les commentaires de Tish, et de flash-forwards.


CASTING ET PRÉPARATION

Barry Jenkins Dans le livre, Baldwin a vraiment mis en exergue le personnage de Sharon parce qu'elle tente de protéger l'histoire d'amour de Tish et Fonny et l'enfant que sa fille s'apprête à mettre au monde. Elle cherche aussi à sauver les quelques liens qui subsistent entre les deux familles. Regina est capable de jouer toutes ces nuances, tout en montrant au spectateur qu'elle doit aussi se protéger elle-même. Sharon est toujours très forte pour son entourage, mais elle traverse aussi ces moments de quiétude solitaire où l'on ressent sa vulnérabilité et l'impact de cette charge qu'elle porte sur les épaules.

Elle-même scénariste, réalisatrice et productrice, Regina connaît parfaitement tous les rouages de la mise en scène.
Dede Gardner Quand on a contacté Regina pour lui proposer le rôle de la matriarche, elle a été franchement surprise et enchantée. Elle était en salle de montage, en train de monter un épisode d'une série télé qu'elle avait aussi réalisée – et elle est sortie dans le parking et s'est mis à crier !

Barry Jenkins Je savais que, tout comme Regina dans le rôle de Sharon, Teyonah Parris serait à même de jouer toutes les nuances du personnage d'Ernestine, qui est à la fois taquine et la grande soeur protectrice. Je voulais une comédienne généreuse pour le rôle de la fille de Regina, et Teyonah était la personne que je recherchais.

Teyonah Parris (Ernestine Rivers, soeur aînée de Tish) Quand j'ai rencontré Barry, nous nous sommes immédiatement sentis sur la même longueur d'ondes – par rapport au scénario, à James Baldwin, à la vie en général et je me souviens d'être repartie de ce rendez-vous en me disant : « Eh bien, s'il ne m'engage pas pour ce projet, on travaillera un jour ensemble sur autre chose ». Mais je suis ravie que ç'ait été pour ce film-là car j'avais très envie d'y participer.

Colman Domingo (Joseph Rivers, père de Tish)
J'ai passé une audition pour le rôle de Frank, mais on m'a rappelé pour me dire que Barry pensait à moi pour un autre rôle, celui de Joe. C'est fou de constater ce que les autres décèlent chez vous.

Barry Jenkins J'ai vu chez Colman le père que j'aurais aimé avoir, et j'ai pris conscience qu'il s'agissait du père que Tish méritait. Sa réputation d'acteur n'est plus à faire, et tout comme Regina, il a de multiples talents et il sait parfaitement comment fonctionne un tournage. Par rapport à la famille Rivers, j'avais le sentiment qu'il s'agissait de l'homme dont Sharon pouvait tomber amoureuse, qu'elle pouvait épouser et à qui elle pouvait être dévouée.

KiKi Layne Peu de temps après que j'ai quitté Chicago pour m'installer à Los Angeles, un ami m'a parlé d'un projet pour lequel il passait une audition – c'était un film de Barry Jenkins tiré d'un roman de James Baldwin. Quand il m'a fait lire la description du personnage de Tish, j'ai aussitôt pris conscience qu'il s'agissait d'une femme très proche de moi. « Mais cette femme, c'est moi ! », lui ai-je dit. Je ne pouvais plus me l'enlever de la tête, et j'ai compris qu'il fallait que j'auditionne pour le rôle.

Barry Jenkins Quand j'écris un scénario, j'ai rarement un acteur en tête pour tel ou tel personnage. J'espère qu'au cours du casting les comédiens pourront m'éclairer sur les personnages. Tish est écrite avec une telle précision que je me disais que je la « reconnaîtrais » en la voyant.
Il y avait chez KiKi un mélange de force et de vulnérabilité, de sagesse et de candeur, que j'avais perçu chez le personnage dans le roman.

Stephan James Après avoir vu MOONLIGHT, je m'étais dit : « il faut que je travaille avec Barry Jenkins. » Je le sentais au plus profond de mon être.

Barry Jenkins J'avais vu Stephan dans SELMA et LA COULEUR DE LA VICTOIRE, mais au départ je ne l'envisageais pas dans le rôle de Fonny. Et puis, j'ai visionné son audition et je me suis dit qu'il y avait là quelque chose d'intéressant. Il en a enregistré une autre et j'ai alors été convaincu qu'il pouvait camper le personnage.

Sara Murphy (productrice) En arrivant sur le plateau, Stephan était imprégné du scénario et du personnage, et faisait preuve de détermination. Ensuite, quand on a vu KiKi avec lui, on s'est dit qu'ils formaient un couple épatant.

Barry Jenkins Étant donné qu'il s'agit d'une histoire d'amour, l'alchimie entre les deux comédiens était un critère déterminant dans le casting. Il fallait qu'on sente qu'il y avait une relation très profonde entre eux, même s'ils n'étaient pas amoureux depuis longtemps.

PERSONNAGES, DÉCORS, ÉPOQUE

Caroline Eselin-Schaefer (chef-costumière) Étant donné que SI BEALE STREET POUVAIT PARLER se déroule au début des années 70, j'ai commencé à faire des recherches iconographiques pour les « planches de tendance ». Chaque personnage avait sa propre planche. Je les ai montrées à Barry afin qu'on discute ensemble de la manière dont il envisageait chacun des personnages et leur évolution.

Barry Jenkins Je dirais que, dans ce film bien plus que dans MOONLIGHT, les costumes servent vraiment à camper les personnages.

Caroline Eselin-Schaefer Il fallait qu'on tourne à Harlem, dans l'East Village et le West Village. Grâce aux photos de Gordon Parks, Jack Garofalo et Paul Fusco, on a pu mieux se rendre compte de ce à quoi ressemblaient ces quartiers à la fin des années 60 et au début des années 70 – surtout Harlem. Les clichés des « Tombs » – les prisons newyorkaises – de 1973-74 signés Bruce Davidson se sont avérés inestimables. Pour notre palette chromatique, nous nous sommes inspirés des photos du train funéraire de Robert F. Kennedy... alors que des milliers de gens se pressaient le long des voies, de New York à Washington.

Donni Davy (chef-maquilleuse) Du coup, on a pas mal collaboré, entre mon département et ceux de Kenneth Walker (chef - coiffeur), et de Caroline Eselin-Schaefer (chef - costumière) Elle était impliquée dans le projet bien plus en amont que moi, si bien qu'elle m'a montré ses « planches de tendance » et ses accessoires. La découverte de ses idées en matière de tenues vestimentaires m'a permis de mieux cerner les personnages. De même, en discutant avec Kenneth j'ai compris d'où ils venaient, et ceux qui étaient plus sophistiqués par rapport à ceux qui étaient moins apprêtés. Il est très intuitif en la matière.

Kenneth Walker (chef - coiffeur) Je n'ai pas seulement consulté les archives de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, mais aussi de vieux magazines que je possédais, Ebony et Jet. C'est un film assez simple du point de vue des coiffures, même s'il s'agit d'une histoire très forte qui parle de dignité et d'amour. Certains styles se démarquent un peu et rappellent des souvenirs, mais il n'y a rien de particulièrement sophistiqué chez la plupart des personnages.

Barry Jenkins Mark a immédiatement su faire en sorte que les endroits où habitent ces personnages soient suffisamment patinés, et dégagent de l'amour et de l'énergie.

Mark Friedberg Quand j'ai rencontré Barry, je lui ai montré environ deux cents clichés de New York et de Harlem de photographes afro-américains qui travaillaient à cette époque. On n'a pas seulement cherché à être fidèles à une réalité historique, mais à construire une oeuvre d'art. On a évoqué ensemble le monde qu'il souhaitait représenter à l'écran, et ces toutes premières photos m'ont servi de point de départ pour les décors que j'ai conçus pour SI BEALE STREET POUVAIT PARLER, et puis je les ai affinés en fonction des personnages. J'ai essayé de donner au spectateur des indices sur les personnages à travers certains accessoires disposés dans leur propre environnement qui racontent leur histoire. En prêtant attention à la décoration de leurs intérieurs, on découvre qui ils sont et d'où ils viennent.
L'IMPORTANCE DE HARLEM

Barry Jenkins On devait tourner à Harlem, autant que possible, en y captant autant de visages différents que possible. Il s'agissait de rendre hommage au texte de Baldwin et à la ville.

Michael Beach (Frank Hunt, père de Fonny) On ne peut pas faire comme si on était à Harlem alors qu'on n'y est pas ! Il faut être sur place, et en particulier pour ce film. On a tourné à St. Nicolas Avenue. J'ai longtemps vécu là-bas, sur la 145ème rue.

Colman Domingo Et j'ai vécu à l'angle de la 149ème rue et de St. Nicholas Avenue il y a longtemps. Ce que j'adore quand on tourne à Harlem, c'est que les gens sont authentiques.
Baldwin, dans son oeuvre, explore le moindre détail à Harlem : les perrons des immeubles, la démarche des gens, les arbres, les sons.

Kenneth Walker C'était agréable de voir des figurants avec des cheveux naturels. Mais je ne voulais pas de perfection car à Harlem, à l'époque, les gens s'assumaient comme ils étaient, si bien que j'ai cherché à rester fidèle à la réalité – il y avait des femmes dans la rue avec des bigoudis roses dans les cheveux et un foulard autour de la tête, ou encore des types qui marchaient avec une broche dans les cheveux. Certains hommes soignaient leur coupe afro et en étaient fiers, et d'autres se passaient la main dans les cheveux pour créer du volume.
À cette époque, les perruques étaient très en vogue : les femmes noires étaient fières de leurs perruques. Toutes les plus grandes stars et les artistes en portaient.


Regina King Je voyais Barry observer les changements survenus dans la ville, et il était conscient qu'il ne pouvait pas trop filmer en plans larges. Malgré tout, il a trouvé le moyen, avec son chef-opérateur James Laxton, d'en avoir quelques-uns.
LES RECHERCHES SUR L'ÉPOQUE

Les personnages du film sont marqués par la réalité socioéconomique de l'environnement dans lequel ils vivent, et par leurs tenues vestimentaires.

Barry Jenkins Je disposais de centaines de photos, me servant de références, accrochées aux murs, comme du papier peint, dans mon appartement. Je voulais être plongé dans l'énergie qui se dégageait du roman, et de Tish et Fonny, et c'est pendant le casting et les repérages qu'on a trouvé notre propre rythme pour le film. On n'a pas eu recours aux story-boards : peu à peu, le cap qu'on s'était fixé s'est dessiné.

Mark Friedberg Quand on tourne un film d'époque, on n'a pas envie qu'il semble archaïque car il est forcément contemporain pour ceux qui ont vécu à cette époque. On a besoin de sentir la vitalité des personnages et de les accompagner au plus près. Si on adopte un point de vue extérieur sur eux, on perd en dynamisme et en émotion. Barry adore ces personnages. Le film parle notamment de l'enfermement dans sa propre bulle et de sa réaction quand on s'en extrait.

Barry Jenkins Il fallait qu'on sente que le décor où vivent les Rivers est un espace d'amour, d'affection et de tendresse. Mark a joué un rôle majeur en la matière.

Mark Friedberg Ce qu'on voulait évoquer avec Barry concernant l'appartement des Rivers, c'est qu'ils habitent dans un immeuble qui a été assez chic autrefois, mais qui est désormais délabré, malgré les efforts de Sharon pour maintenir l'appartement en bon état. Leur logement, fonctionnel et digne à la fois, a été le décor le plus complexe du point de vue du style. Il s'agit sans doute de leur appartement depuis vingt ans et la famille n'a pas les moyens de le rénover. Il fallait qu'on souligne le fait qu'ils ont des difficultés financières sans être méprisant.

Caroline Eselin-Schaefer Les Rivers ne s'habillent pas à la dernière mode : ils n'ont pas les moyens de s'offrir des vêtements de marque. Du coup, comme la plupart des gens, ils portent les mêmes vêtements depuis un bon moment. Les robes que porte Sharon quand elle est chez elle étaient sans doute autrefois celles qu'elle portait en été. On a eu pas mal d'idées pour Tish, mais Barry nous rappelait sans cesse : « Ils n'ont pas d'argent, si bien qu'on doit faire des choix, puis les décliner. »

Barry Jenkins Mark avait déniché un immeuble « brownstone » à Harlem qui était en train d'être rénové, si bien qu'il était – provisoirement – vidé. Du coup, on a pu y construire l'appartement ex nihilo, grâce aux contributions de chaque département et des comédiens. Il fallait qu'il nous donne entièrement satisfaction.

Caroline Eselin-Schaefer Fonny habite désormais seul, et il a déniché des objets rétro correspondant à son style, dans des friperies, à l'image de sa veste rouge et noire. Si on a cherché des objets datant de la période 1965-1975, il y a aussi des choses datant des années 40 et 50 dans le film.

Mark Friedberg Le sous-sol de Bank Street où vit Fonny avait une tout autre résonance au début des années 70. Le West Village était un peu hors du temps. Il y avait davantage de vieilles familles d'immigrés qui y vivaient que de gens branchés. Fonny est un artiste de 22 ans, et c'est le genre de quartier où il peut se permettre d'habiter. Du coup, on a imaginé un intérieur assez modeste, encombré de sculptures, et à peine vivable. Ce n'est pas du tout un intérieur où on se sent bien, même si au cours de l'histoire, on y observe une évolution.

Barry Jenkins Mark s'est documenté sur ce genre d'appartement en sous-sol pour savoir quelle allure lui donner, et c'est comme ça qu'il a imaginé cette table de salle à manger qui, en réalité, est une baignoire recouverte d'une plaque de bois. Derrière la table, Mark considérait qu'il devait y avoir une fissure dans le mur parce que Fonny ne peut pas se permettre d'habiter dans un appartement en bon état. Du coup, Mark a fait appel à un dessinateur industriel à la retraite pour creuser la fissure, comme si elle s'était naturellement aggravée en une centaine d'années. On ne la remarquera sans doute pas en voyant le film, mais pour Mark, il était essentiel que ce détail soit réaliste.

Mark Friedberg La question de l'exactitude historique – et de savoir si elle doit être absolue ou pas – influe sur les choix esthétiques et les décisions de mon équipe. Tout ce qui fait avancer l'intrigue est positif, et c'est vraiment lié à la mise en scène de Barry. On se disait que s'il y avait un léger anachronisme, ce n'était pas un problème tant qu'il ne fait pas sortir le spectateur du film. On a cherché à rester fidèle au texte du mieux possible, en essayant de le comprendre et de le décrypter.

UNE FAMILLE UNIE : « RELÈVE LA TÊTE, PETITE SOEUR »

KiKi Layne Ce qui m'a séduite dans le rôle de Tish, c'est sa douceur et son innocence, et le fait qu'elle n'est pas endurcie suite à l'incarcération de Fonny. D'ailleurs, elle est même encouragée par sa famille à garder son bébé et à soutenir son compagnon dans cette épreuve terrible. On pourrait considérer ce trait de caractère comme une marque de faiblesse, mais pour Tish il s'agit d'une force qui devient une force pour son entourage. Dans le roman, Baldwin décrit le « premier rendez-vous » de Tish et Fonny qui a lieu lorsqu'ils accompagnent la mère du garçon à l'église – et il dit qu'elle savait qu'il était le grand amour de sa vie : leur rencontre était le fruit du destin. La manière dont elle se bat pour lui semble aller de soi. Sa force vient de leur amour, c'est sa nature profonde, et c'est ce qui va lui permettre d'aller de l'avant, tout en étant enceinte.

Stephan James Tish est la meilleure amie de Fonny depuis presque toujours – depuis qu'ils sont tout petits. Ils ont grandi ensemble et ils étaient amis avant d'être attirés l'un par l'autre. Ils ont noué un lien indestructible et incontestable. Ils vivent un grand amour.
Son environnement familial n'est pas des plus simples, si bien que Fonny a pris l'habitude de passer plus de temps chez Tish que dans sa propre famille et il considère presque Sharon Rivers comme sa mère. Il a de l'estime pour M. Rivers. Il voudrait avoir la même vie, pour Tish et lui, que les Rivers.

Regina King Ce qui rend la relation entre Tish et Fonny plus extraordinaire encore, c'est la manière dont Fonny est accueilli chez les Rivers. J'avais le sentiment que Sharon retrouvait un peu de Joe chez Fonny, et qu'elle se disait qu'il avait toutes les qualités pour devenir un homme comme Joe. Sa famille est consciente que Fonny n'évolue pas dans l'environnement le plus propice pour s'épanouir. Dans sa famille à lui, on ne se dit pas souvent qu'on s'aime. Je crois que Sharon le sent très tôt, et ne peut faire autrement que de l'accueillir à bras ouverts.

CONVERSATIONS SUR L'INJUSTICE

Barry Jenkins J'adore les conversations entre les gens qui semblent porter sur un sujet, mais dont on se rend compte très vite qu'elles portent sur tout autre chose. C'est ce qui donne une certaine liberté aux comédiens de jouer avec les dialogues : le sous-texte est d'abord caché, puis il se révèle progressivement.

Il y a une séquence de 10 à 12 minutes entre Daniel et Fonny, et Brian était l'acteur qui pouvait le mieux jouer toute la gamme des émotions jusqu'à sortir ce qu'il a vraiment sur le coeur. Je me suis inspiré des hommes noirs que je connais. À chaque fois qu'on se retrouve, on se dit « ça roule, mon pote ? », et qu'on aille bien ou pas, la réponse est
systématiquement la même : « ça va ». Mais si on a un peu de temps devant soi et qu'on se parle suffisamment longtemps – en fumant une cigarette ou en partageant une bière, par exemple – le « ça va » cède peu à peu le pas à un autre discours. Au cours de cette séquence, le spectateur passe par toutes sortes d'émotions différentes – verbalisées par Brian – qui expriment ce qui se joue vraiment pour les personnages. Et il faut que Stephan (Fonny)
ne s'y attende pas. La société nous dit qu'il ne faut pas dévoiler ses émotions aux autres. Mais dans cette scène, deux hommes se mettent peu à peu à nu. À mes yeux, c'est du pur Baldwin.

Stephan James Récemment, Kalief Browder, jeune homme de New York alors âgé de 16 ans, a été condamné à tort à trois ans d'emprisonnement. Un documentaire, qui lui a été consacré, évoque en détail son expérience carcérale et raconte qu'il devait constamment se battre pour survivre. Kalief est sans doute l'homme qui m'a le plus inspirer pour incarner Fonny.


Dede Gardner Il y a là une véritable expression masculine de la peur, qui va à l'encontre de toutes les injonctions sociales. Cette scène est un numéro d'équilibriste, d'autant plus que, pendant plus de la moitié du temps, Fonny se contente d'écouter. Il fallait que Stephan puisse aussi exprimer des choses car, dans la vraie vie, on ne détourne pas le regard au cours d'une conversation comme celle-là.

Stephan James Fonny vit dans un monde où il se sent presque comme un étranger. La seule chose dont il soit sûr, c'est qu'il aime Tish d'un amour très pur. Il la protège et, malgré tout, il a été incarcéré à tort.
Pour me préparer au rôle, j'ai aussi relu Roméo et Juliette. Je comparais sans cesse les deux couples en raison de la pureté de leur amour, et du fait que l'amour transcende la souffrance.

L' IMAGE

Barry Jenkins Avec James Laxton on s'est intéressés à l'oeuvre du photographe Roy DeCarava. Nous voulions traduire la langue de Baldwin et l'énergie propre à Harlem dans l'écriture visuelle et la photo. En s'appuyant sur certains éléments de l'intrigue, on aurait pu privilégier des tons gris et des plans à l'épaule. Mais on ne voulait pas s'engager dans cette voie tout simplement parce que c'était la solution de facilité. On a plutôt cherché à s'inspirer de l'éloquence et des émotions inhérentes à l'écriture de Baldwin – et de l'espoir nourri par l'amour de Tish et Fonny

LE SON

Barry Jenkins Le son a toujours été très important à mes yeux. Quand j'étais étudiant en école de cinéma, j'ai eu Richard Portman comme prof. Il s'était rendu célèbre pour avoir mis au point le dispositif « multipistes » avec Robert Altman, et il avait commencé son cours en nous disant qu'un film, c'était 50% d'images et 50% de son, et non pas 95% d'images et 5% de son comme on le pense souvent.

J'essaie toujours de profiter de la possibilité, dans une salle de cinéma, d'immerger le spectateur dans un environnement sonore. Pour SI BEALE STREET POUVAIT PARLER, Onnalee Blank, le superviseur montage son et Mathew Waters, le mixeur son réenregistrements, nous replongent dans les années 70 grâce au son. Les dialogues viennent de l'avant de la salle, mais nous avons créé ce que nous avons appelé « la voix de Dieu ». La voix off de Tish – qui, dans cette histoire, incarne le point de vue de Baldwin – est intérieure, mais elle enveloppe, pour ainsi dire, le spectateur. Comme les émotions, très fortes, la submergent, nous avons abordé la matière sonore de la même manière. Du coup, on a un sentiment d'intimité, ce qui ne veut pas dire que les sons doivent être minimalistes.

LA MUSIQUE

Barry Jenkins Le livre comporte beaucoup d'indications sur la musique. Baldwin était un amoureux de blues et de jazz. Très en amont, on a envisagé de reprendre la musique telle qu'elle est évoquée dans le roman pour le film. Mais tout comme les acteurs ont dû s'approprier les personnages, la partition de Nicholas Britell s'est affirmée. Dans notre histoire, il y a comme une opposition entre l'histoire d'amour, joyeuse, et un système répressif. Certains accompagnements musicaux – certaines mélodies – sont transposés d'un pôle du film à l'autre : il s'agit des mêmes éléments, mais employés dans un autre but. On entend par exemple une mélodie dans un contexte heureux, puis dans un autre, beaucoup plus sombre. Avec Nick, on travaille en parfaite harmonie, et il est très ouvert dans son fonctionnement. Il y a différents états amoureux au sein de la communauté noire décrits dans le film – qui se répondent, évoluent et s'adaptent – et je tenais à ce que la partition de Nick s'en fasse l'écho.

COMMENT S'APPROPRIER LE PERSONNAGE

KiKi Layne Quand j'arrivais sur le plateau, j'essayais tous les jours de ne pas trop penser au fait qu'il s'agissait de mon premier grand rôle. Il fallait que je m'efforce de vivre le tournage au jour le jour, scène par scène, presque moment par moment. Barry m'a suggéré de ne pas réfléchir au nombre de jours que je venais de passer sur le tournage et de me concentrer sur ce qu'il y avait à faire au moment où il m'en parlait. Barry et Stephan m'ont beaucoup aidée et se sont montrés très patients pour m'initier au métier et me laisser suffisamment de marge de manoeuvre pour m'améliorer. Je crois qu'ils avaient sincèrement envie de me voir m'épanouir et progresser. Barry me disait souvent : « On ne va surtout pas se stresser », et c'était ce qu'il faisait. Tous mes partenaires m'ont soutenue et ont accepté le fait que je sois inexpérimentée. C'était un véritable exemple pour moi d'observer les autres acteurs travailler et de leur donner la réplique.

Stephan James Barry a su expliquer les personnages aux acteurs. Barry est du genre à vous balancer quelque chose auquel on ne s'attendait pas. J'ai appris à me préparer à toute éventualité car tout peut arriver – comme mon premier jour sur le plateau où j'ai dû jouer une scène qui ne figurait pas du tout dans le scénario. J'ai compris, au regard de ses films, que si on s'implique dans le projet avec lui, qu'on se tient prêt à toute éventualité et qu'on est prêt à s'embarquer dans l'aventure, quelque chose d'unique en résultera. La spontanéité et la capacité à réagir à toute situation suscitent une plus grande authenticité à l'écran.

DEVANT LA CAMÉRA

KIKI LAYNE (Tish Rivers)
Avec SI BEALE STREET POUVAIT PARLER, KiKi Layne trouve son premier grand rôle au cinéma. Elle a récemment joué dans NATIVE SON, aux côtés de Ashton Sanders, Margaret Qualley, et Nick Robinson. Adapté de Richard Wright par Suzan-Lori Parks, le film est signé Rashid Johnson. On la retrouvera également dans CAPTIVE STATE de Rupert Wyatt. Au théâtre, elle s'est produite dans « Octagon », qui lui a valu une nomination au Black Theater Alliance Award, « Genesis », « Good People », « Letters Home » et « Byhalia, Mississippi », qui lui a valu une nouvelle
citation au Black Theater Alliance Award.

STEPHAN JAMES (Alonzo « Fonny » Hunt) Stephan James donnera bientôt la réplique à Julia Roberts dans la série HOMECOMING, d'après le podcast de Gimlet Media. James a eu le privilège d'incarner plusieurs grandes figures noires de l'histoire américaine. Il a ainsi campé le champion olympique Jesse Owens dans LA COULEUR DE LA VICTOIRE de Stephen Hopkins, qui lui a valu une citation au NAACP Image Award et un Canadian Screen Award. Il a aussi joué dans la série SHOTS FIRED.

Il a interprété T.K. Kelly, meilleur demi-offensif junior des États-Unis, dans WHEN THE GAME STANDS TALL de
Thomas Carter. On l'a encore vu dans PERFECT SISTERS de Stanley Brooks, avec Abigail Breslin, UNDONE, et HOME AGAIN de David Sutherland qui lui a valu sa première nomination au Canadian Screen Award. Dans SELMA d'Ava DuVernay, il a aussi incarné John Lewis, fils de paysans et militant au sein du Student Non-Violent Coordinating Committee qui, par la suite, est devenu député.
Il a été consacré Révélation de l'année au festival de Toronto 2015 et a partagé avec ses partenaires de SELMA une citation au Black Film Critics Circle Award.


COLMAN DOMINGO (Joseph Rivers)
Colman Domingo est à la fois comédien, dramaturge, scénariste, producteur et metteur en scène. Au cinéma, il s'est illustré dans SELMA d'Ava DuVernay, cité à l'Oscar, où il campe le révérend Ralph Abernathy, LE MAJORDOME de Lee Daniels, qui lui a valu des nominations au Critics' Choice Award et au Screen Actors Guild Award, THE BIRTH OF A NATION de Nate Parker, JUGÉ COUPABLE de Clint Eastwood, LINCOLN de Steven Spielberg, avec David Oyelowo et Daniel Day-Lewis, ASSASSINATION NATION de Sam Levinson, MON PREMIER COMBAT d'Olivia Newman, avec Elvire Emanuelle, et dans trois films signés Spike Lee : MIRACLE À SANTA-ANNA, RED HOOK SUMMER et PASSING STRANGE. Côté petit écran, on l'a vu dans la série FEAR THE WALKING DEAD, THE KNICK, LUCIFER et TIMELESS. Il a encore joué dans KING OF THE BINGO GAME d'Elise Robertson.

TEYONAH PARRIS (Ernestine Rivers)
En 2010, Teyonah Parris fait ses débuts au cinéma dans COMMENT SAVOIR de James L. Brooks, aux côtés de Reese Witherspoon et Jack Nicholson. La même année, elle se produit pour la première fois à Broadway dans « A Free Man of Color » de John Guare, aux côtés de Jeffrey Wright et Mos Def. Par la suite, elle décroche un rôle récurrent dans la série-culte MAD MEN pendant quatre saisons. On l'a aussi vue dans SURVIVOR'S REMORSE. En 2017, elle fait une apparition dans la troisième saison d'EMPIRE. Au cinéma, on l'a vue dans DEAR WHITE PEOPLE de Justin Simien, qui lui vaut un Black Reel Award. Puis, on la retrouve dans CHI-RAQ de Spike Lee, qui lui vaut un Black Reel Award et un African-American Film Critics Association Award, ainsi qu'une nomination au NAACP Image. Elle campe ensuite la chanteuse Miki Howard dans UNDER NEW MANAGEMENT: THE MIKI HOWARD STORY dont elle est aussi productrice.

MICHAEL BEACH (Frank Hunt)
Michael Beach a décroché son premier grand rôle dans LEAN ON ME de John G. Avildsen, aux côtés de Morgan Freeman, avant d'enchaîner avec ABYSS de James Cameron. Mais il s'est vraiment imposé avec UN FAUX MOUVEMENT de Carl Franklin, aux côtés de Billy Bob Thornton. On l'a aussi vu dans LA COULEUR DU DESTIN de Richard Pearce, avec Robert Duvall et James Earl Jones.

Il s'est illustré dans SHORT CUTS de Robert Altman, SCRAPPER de Brady Hall, qu'il a aussi produit, AFFAIRES PRIVÉES de Mike Figgis, CADENCE de Martin Sheen, BAD COMPANY de Damian Harris, TRUE ROMANCE de Tony Scott, OÙ SONT LES HOMMES ? de Forest Whitaker, avec Angela Bassett, SOUL FOOD : LES LIENS DU SANG de George Tillman Jr., avec Vanessa Williams, TRAQUE À BOSTON de Peter Berg, où il campe le gouverneur du Massachusetts Deval Patrick, et INSIDIOUS : CHAPITRE 2, avec Patrick Wilson. On le retrouvera dans AQUAMAN. Il a joué dans les six saisons de NEW YORK 911, ce qui lui a valu un NAACP Image Award. Il a encore été cité au même prix pour la série URGENCE.

DAVE FRANCO (Levy)
Consacré Artiste de l'année au CinemaCon de 2016, il a partagé un MTV Movie & TV Award du meilleur duo avec Zac pour NOS PIRES VOISINS de Nicholas Stoller, aux côtés de Seth Rogen. On l'a ensuite retrouvé dans NOS PIRES VOISINS 2. En 2017, il a donné la réplique à son frère James Franco dans THE DISASTER ARTIST réalisé par ce dernier. Le film a remporté un Critics' Choice Award et une citation à l'Oscar du meilleur scénario.


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - Jean-Francois Julliard
(L'Amérique broie du noir)
Dans le Harlem des années 70, Tish, une toute jeune fille, aime Fonny, qu'elle connaît depuis sa plus tendre enfance. Elle attend un enfant se lui alors qu'ils ne sont pas encore mariés. L'annoncer à la mère et aux sœurs de Fonny, confites en dévotion, provoque une tempête. Pourtant, une épreuve bien plus grave survient : une Portoricaine, violée dans un quartier où Fonny n'a jamais mis les pieds, le « reconnaît » au commissariat. Un policier blanc, auquel il avait tenu tête peu de temps avant l'a arrêté et placé dans la liste des suspects. Il y a du désespoir dans ce film de Barry Jenkins, où les plans rapprochés, lents et douloureux. Autant qu'une histoire d'amour dévastée, le réalisateur (oscarisé en 2017 pour « Moonlight » décrit la présomption de culpabilité qui pése sur un accusé noir, plus d'un siècle après l'abolition de l'esclavage aux Etats-Unis. Au-delà, cette adaptation d'un roman de James Baldwin montre la vie à la sauvette d'une communauté, au sein de la société blanche.
Travailler, circuler, se distraire sont des actes risqués. Se loger, une gageure. Idée chère à Baldwin, la vies des Noirs est un négatif (au sens photographique) de l'american way of life. . Leur musique (comme le blues de Beale Street, à Menphis), leur religion, leurs manières cool cachent des abîmes d'angoisse. Un ami rigolard de Fonny lui avoue qu'il sort de prison et confie : « Tu ne sais pas de quoi son capables les blancs. Ils t'apprennent la terreur. La vraie terreur.


Télérama - Louis Guichard
Etrangement, il n'existait pas d'adaptation au cinéma de James Baldwin, le grand romancier américain du peuple noir, si l'on excepte la tentative de trans¬position marseillaise de Robert Guédiguian — A la place du cœur, il y a vingt ans. Pourtant, un livre comme Un autre pays (1962), avec ses personna¬ges sensibles et sensuels, brisés par le racisme, appelle l'incarnation à l'écran. Il aura fallu attendre davantage d'égalité à Hollywood, et la victoire aux Oscars, en 2017, de Moonlight, premier « meilleur film » joué exclusivement par des Afro-Américains, pour que son réalisateur, Barry Jenkins, concrétise son rêve : sa version de Si Beale street pouvait parler — publié par Baldwin en 1974.

« Je ne souhaite à personne d'être obligé de regarder un être aimé à travers une vitre », dit la narratrice du roman et du film. Tish, modeste fille de Harlem, parle de son amoureux, Fonny, dont elle est enceinte et qu'elle ¬visite en prison — on découvrira peu à peu, au fil des flash-back, les circonstances révoltantes de son arrestation. Avec ces face-à-face réguliers, de part et d'autre de la vitre carcérale, le ¬cinéaste déploie son empreinte : l'intense échange de regards entre le prisonnier et sa promise et l'aura d'in¬nocence qui entoure leurs visages esquissent une mythologie du premier amour. Dans Moonlight, cette magie romantique opérait pleinement au troisième acte, celui des ¬retrouvailles des deux protagonistes, à l'âge adulte. Cette fois, elle irradie l'histoire de part en part.

A une société raciste, y compris dans ses rouages judiciaires, le film ¬oppose, donc, la pureté d'un lien qui remonte à la petite enfance — Tish et Fonny se sont toujours connus, avant de s'aimer. Et la beauté des images, que tant de fictions ont, jusqu'ici, refusée aux héros de couleur, condamnés le plus souvent au réalisme triste, ¬dénonciateur. Barry Jenkins offre, lui, aux amants de James Baldwin une ¬esthétique digne du maître chinois Wong Kar-wai, par ses lumières et ses langueurs : de soyeux instants d'éternité — premier baiser, première nuit, premiers pas dans un appartement ¬visité ensemble —, tels les jalons d'une légende que le couple, séparé par l'injustice, puis les déceptions d'un procès expédié, pourra se remémorer.

Cette dimension légendaire répond aussi à un dessein plus ample, de la part du cinéaste : que les deux personnages deviennent les emblè¬mes des minorités opprimées, dont la dignité reste inentamable. Le roman décrivait l'Amérique des années 1970 — époque reconstituée à l'écran. Mais quarante ans après, les échos de faits divers analogues à celui qui envoie Fonny en prison nous parviennent toujours. Le déni de justice qui vole son avenir au jeune homme évoque le monde selon Donald Trump, où la ¬vérité n'a plus d'importance. La fin de Beale Street est émouvante, tant elle superpose, implicitement, l'hier et l'aujourd'hui. Entre résignation et fidélité à eux-mêmes, les deux jeunes parents n'ont plus qu'à croire dans un avenir où leur enfant, au moins, vivra mieux... Ensemble, ces trois-là forment une belle allégorie de l'endurance.


Libération - Olivier Lamm
Au bout d'une dizaine de minutes d'immersion dans son nuancier de tons mordorés et sa musique enveloppante plus que de raison, on se dit que Barry Jenkins est inconscient d'avoir introduit Si Beale Street pouvait parler par une citation qui annonce le contraire de ce qu'il nous montre. Signée James Baldwin, auteur du roman du même nom et géant de la littérature américaine du XXe siècle dont un cinéaste américain s'empare ici pour la première fois, plus de trente ans après sa disparition, elle présente la Beale Street du titre comme une «rue bruyante» de La Nouvelle-Orléans (en réalité, on la trouve à Memphis) et invite le lecteur à «y trouver du sens» comme dans un «fracas de batterie». Or, du bruit, Beale Street, film de bois et de peau, n'en contient pour ainsi dire aucun - en tout cas qui rudoie le spectateur sans prévenir ou le précipite dans la confusion. Tout ou presque s'y exprime en sourdine, y compris les coups les plus âpres, la passion la plus ardente et les échanges les plus malveillants, quand le montage, intensément soigné et sensuel, chaperonne une narration qui coule jusqu'à sa conclusion comme les volutes de cordes, cuivres et vibraphone filtrées qui l'accompagnent souvent.

Merdier. C'est qu'il faut un peu de temps pour s'acclimater à la musique subtile de Barry Jenkins, qui ne contourne aucune des violences de ses tragédies sociales mais a appris à y intégrer le déni et l'indifférence des sociétés qui les font advenir. Comme Moonlight, oscarisé de force plus que de gré en 2017, dont certains ont pu confondre la délicatesse avec de l'afféterie plastique ou de l'affadissement pour complaire à tous les publics, Beale Street traite de la violence, du racisme et des indécences comme un mal au long cours, qui étourdit et ronge les âmes tous les jours de la vie au moins autant qu'il fait chavirer les destins soudainement.
L'intrigue elle-même, réputée dans l'œuvre de Baldwin pour son optimisme latent, érode ses personnages plus qu'elle ne les martyrise. Les deux protagonistes, Tish et Fonny, sont deux très jeunes adultes qui s'aiment fort et tendrement dans le Harlem désabusé du début des années 70, au moment où la population afro-américaine réalise que la révolution entamée dans la décennie précédente ne portera aucun fruit sans radicalisation politique.




Association IRIS – Saison 2018-2019
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