Le silence des autres

  jeudi 11 Avril   
20 H 15


Sélection Officielle Panorama Prix du Public Prix de la paix

Ingénieur du son : Robert BAHAR
Montage : Kim ROBERTS, ace,Ricardo ACOSTA, C.C.E
Directrice de la photographie : Almudena CARRACEDO
Musique originale : Leonardo HEIBLUM,Jacobo LIEBERMAN
Mixage son : Steve MILLER
Producteurs délégués : pour ITVS : Sally Jo FIFER
Réalisé et produit par : Almudena CARRACEDO,Robert BAHAR
Producteurs délégués pour : E : Pedro ALMODOVAR
Distribution : Sophie Dulac Distribution

Site officiel


 Avec 



 Synopsis 

1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l'urgence de la transition démocratique, l'Espagne vote la loi d'amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes.
Les exactions commises sous la dictature et jusque dans les années 1980 (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, torture) sont alors passées sous silence.
Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols, rescapés du franquisme, saisissent la justice à 10.000 kilomètres des crimes commis, en Argentine, pour rompre ce « pacte de l'oubli » et faire condamner les coupables.


 Anecdotes 

3 questions à José María Galante, “Chato”

VOTRE HISTOIRE EN QUELQUES MOTS ?

Mon engagement débute en 1967 alors que j'étais étudiant. J'ai rejoint très vite le mouvement des étudiants antifranquistes et fait partie du syndicat démocratique des étudiants de l'Université Complutense à Madrid. Le 20 janvier 1969, Enrico Ruano Casanova, délégué de la faculté de Droit de ce même syndicat, a été assassiné. Cet événement a été décisif dans mes prises de position contre la dictature. En 1970, j'ai participé à la fondation de la Ligue communiste révolutionnaire, et y ai milité jusqu'en 1993, date de sa dissolution. J'ai été arrêté quatre fois entre 1969 et 1973. À chaque arrestation, on m'a torturé. En 1971, alors que Franco avait décrété l'État d'exception en raison du procès de Burgos, on m'a enfermé et déclaré « disparu » pendant 14 jours. C'était particulièrement violent.
E
LA JUSTICE ET LA MÉMOIRE ?

En 2011 nous avons créé « La Comuna », une association de victimes du franquisme, pour la justice et la mémoire. En mars 2012, nous avons présenté à Buenos Aires quarante-sept cas de torture dans le cadre du « procès argentin ». De retour en Espagne, nous avons élaboré un réseau citoyen de soutien, puis un réseau de coordination de ce procès.
Depuis le début de notre lutte, nous avons rencontré un blocage obstiné de la part du gouvernement et de la justice espagnole. Les ordres d'extradition donnés par la juge María Servini ont été refusés par voie judiciaire ou administrative. Puis le procureur général d'État a interdit aux juges espagnols toute collaboration avec le procès argentin, sous menace d'application de la peine qui avait éloigné le juge Baltasar Garzon de son exercice. En 2015, nous avons décidé d'affronter le blocage en présentant des plaintes dans les tribunaux espagnols : en partie collectives, présentées pas les mairies de certaines villes, et en partie individuelles, majoritairement en rapport avec les tortures. Nous avons également développé des initiatives législatives et politiques au Congrès des députés, dans des parlements autonomes, mais aussi au Parlement européen.

VOTRE OPINION PAR RAPPORT AU FUTUR : L'ACTUALITÉ POLITIQUE EN ESPAGNE ?
Depuis plusieurs années, l'État espagnol souffre d'une crise économique, sociale et institutionnelle qui remet en question presque tous les pactes fondateurs du régime de 1978, y compris « le pacte du silence », lui-même fondateur de l'impunité des crimes contre l'humanité commis pendant le franquisme.
Dans ce contexte, notre plus grande réussite est l'insertion de notre cause dans l'agenda politique actuel, par l'accentuation de notre présence dans les différents canaux de communication et les réseaux sociaux. Nous avons aussi consolidé la solidarité qui émane d'une partie de la population. L'impact du documentaire Le Silence des autres en est la preuve. En effet, c'est notre outil pour briser les murs de l'impunité. Il n'en demeure pas moins que la plainte argentine mais aussi les plaintes présentées dans les tribunaux espagnols, font l'objet du sabotage du Conseil de la magistrature représentant le dernier bastion de l'impunité du franquisme. Nous avons l'intention d'obtenir justice via les tribunaux internationaux, beaucoup plus sensibles à l'application du Droit international et des droits de l'Homme. Ce dernier point est pour nous l'enjeu principal de la diffusion internationale de ce documentaire.

LES GRANDES DATES DE L'ESPAGNE, DE LA GUERRE CIVILE À NOS JOURS :

17, 18, 19 JUILLET 1936 : Coup d'état du général Franco après la victoire du Front populaire. La guerre civile commence.
1er AVRIL 1939 : Fin de la guerre et début de la dictature franquiste.
RETIRADA 1939
26 JANVIER : Chute du front de Catalogne avec l'arrivée de Franco à Barcelone.
28 JANVIER : Ouverture de la frontière française (par Daladier) aux seuls réfugiés civils républicains.
5 FÉVRIER : Ouverture de la frontière aux soldats républicains.
13 FÉVRIER : Fermeture de la frontière, gardée par les soldats de Franco.
FIN DE LA RETIRADA
9 JUIN 1972 :L'amiral Luis Carrero Blanco est nommé par Franco président du gouvernement et possible successeur.
20 DÉCEMBRE 1973 : Attentat de l'E.T.A., l'organisation armée indépendante basque : la voiture de Carrero Blanco, piégée, explose.
20 NOVEMBRE 1975 : Mort de Franco.
22 NOVEMBRE 1975 : Juan Carlos de Borbón devient le chef d'État et le monarque espagnol
Congrès espagnol. Elle pardonne alors tous les délits, les actes de rébellion et de sédition, les abus d'autorité et les répressions politiques commis sous le franquisme. Présentée par le parti UCD (Union du centre démocratique), elle est votée à la majorité absolue.
6 DÉCEMBRE 1978 : La nouvelle Constitution espagnole est approuvée par référendum à 87,16%. L'une des réformes les plus importantes est le « Estatuto de autonomias » (le statut des autonomies), qui divise l'Espagne en 19 régions autonomes institutionnalisées tout en reconnaissant l'indissoluble unité de la nation espagnole.
2 MARS 1979 : Premières élections démocratiques espagnoles, victoire de l'UCD (Union de Centre Démocratique). Adolfo Suárez devient le président du gouvernement.
23 FÉVRIER 1981 : Tentative de coup d'État au Congrès, par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, pendant la célébration de l'élection de Leopoldo Calvo Sotelo en tant que nouveau président. Tejero est condamné à 30 ans de prison.
28 OCTOBRE 1982 : Le Parti Socialiste gagne les élections. Felipe González devient Président du gouvernement. Aucun changement n'est opéré quant au « pacte de l'oubli ».
1er JANVIER 1986 : L'Espagne intègre la CEE (qui deviendra l'Union Européenne).
19 JUIN 1987 : Attentat sanguinaire de l'E.T.A au supermarché Hipercor, à Barcelone : 24 morts.
3 MARS 1996 : José María Aznar est élu Président du gouvernement. Le parti populaire (droite) est au pouvoir. Le « pacte de l'oubli » reste intact.


 Quelques mots 

NOTE D'INTENTION

En 2010, l'histoire des « enfants volés » en Espagne est sortie au grand jour. L'histoire de ces crimes, qui trouvent leurs racines aux premières heures du franquisme, nous a poussés à explorer la question de la marginalisation et du silence des victimes du franquisme, allant des exécutions sommaires de la fin de la guerre civile espagnole aux actes de tortures qui eurent lieu aussi récemment qu'en 1975.

Au fur et à mesure que nous nous renseignions sur ces crimes, nous nous sommes interrogés : comment était-ce possible qu'en Espagne, contrairement aux autres pays sortis de régimes dictatoriaux, il n'y ait eu ni procès de Nuremberg, ni Commissions de vérité et de réconciliation ? Pourquoi, au lieu de cela, avions-nous eu un « pacte de l'oubli » ? Et quelles étaient les conséquences de ce pacte, en quarante ans de démocratie, pour les victimes toujours vivantes du franquisme ?

Quand nous avons commencé à filmer les prémisses de la « Cour d'Argentine » en 2012, qui remettait en question ce statu quo, peu auraient parié à l'époque que cela aboutirait. Pourtant, alors que nous filmions les premières réunions, nous nous sommes rendu compte que le procès touchait à quelque chose de vital, qui transformait les victimes et les survivants en organisateurs et plaintifs tout en apportant des douzaines et bientôt des centaines de témoignages à travers l'Espagne tout entière. Alors que les récits se multipliaient, l'affaire est devenue un procès contre des « crimes contre l'Humanité » qui relevait donc de la justice internationale.

Nous avons rapidement vu que Le Silence des autres serait une histoire des possibles, des tentatives de brèche dans le mur ; et plutôt qu'un récit de ce qui était arrivé dans le passé, un état des lieux de ce qui pourrait advenir. Nous avons également imaginé le film comme l'incarnation des passions et de l'urgence de la situation, parce que pour beaucoup de plaintifs, l'affaire constituerait la dernière opportunité d'être entendus de leur vivant.
Pour autant, nous n'imaginions pas que le tournage durerait six ans et que nous accumulerions 450 heures de rushes.
ALMUDENA CARRACEDO & ROBERT BAHAR


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEURS

Quelle a été la genèse du projet ? Aviez-vous un lien personnel avec ce sujet ?

Almudena Carracedo : En tant qu'Espagnole, je ressentais une douleur qui s'accumulait en moi au fil des années quand je voyais que la question de la mémoire historique restait bloquée à ce point dans mon pays. Il n'y a pas de victimes directes de la dictature dans ma famille, mais mes parents se sont battus comme tant d'autres contre le régime franquiste. J'avais de la peine quand j'imaginais la vie de tous ces gens qui n'ont pas eu de jeunesse, qui ont donné leur vie pour qu'on puisse vivre en démocratie. À chaque fois que je voyais un film sur la mémoire historique – comme Le vent se lève, de Ken Loach, ou Chili : la mémoire obstinée, de Patricio Guzmán –, j'étais très émue. C'est une douleur qui allait au-delà du récit du film, qui me restait sur l'estomac pendant des jours...

Robert Bahar : Je suis né à Philadelphie. Aux États-Unis, on étudie la Guerre d'Espagne comme un prélude à la montée du fascisme en Europe, mais on ne connaît rien de Franco ni de sa dictature, et encore moins des conditions du passage à la démocratie. Quand j'ai entendu parler de cette loi du silence, j'ai été absolument choqué que personne n'ait essayé de résoudre le problème, même 40 ans après la mort du dictateur. Dans la plupart des pays du monde qui ont subi des périodes aussi sombres, on a tenté de se réconcilier avec le passé, et le fait de vouloir tout oublier me paraissait inouï. Notre point de départ était de décrire ce pacte du silence et ses conséquences sur les victimes. La souffrance décrite dans le film est le résultat de cette volonté de marginaliser les victimes et de les rendre invisibles.

À quel moment avez-vous commencé à filmer l'aventure judiciaire des victimes de la dictature ?

Almudena Carracedo. Nous avons commencé à travailler sur ce projet à la naissance de notre fille en 2010. Au même moment, le scandale des bébés volés sous le franquisme a éclaté en Espagne. En tant que jeunes parents, nous avons été bouleversés. C'était le vrai déclencheur de notre film : nous avons voulu suivre les victimes pour raconter, à travers leurs histoires, ce qui survit de l'héritage du franquisme. En 2012, nous avons décidé de quitter les États-Unis et nous nous sommes installés en Espagne pour pouvoir documenter leur quotidien. Nous ne voulions pas faire un film sur le passé mais sur le présent. Il fallait décrire la souffrance quotidienne des Espagnols d'aujourd'hui et leur lutte pour obtenir un minimum de justice...

Comment avez-vous rencontré les protagonistes ?

Almudena Carracedo Le travail avec les associations a été fondamental. La plainte judiciaire contre les crimes du franquisme a été déposée en 2010 mais le mouvement associatif n'a vraiment démarré qu'en 2012. Nous l'avons suivi dès les premières réunions. Du point de vu narratif, suivre le déroulement de cette action judiciaire était la meilleure façon de comprendre une histoire si complexe. Il nous donnait un arc narratif intéressant et facile à suivre par ceux qui n'étaient pas familiers du sujet. Le tournage a duré près de six ans. Filmer un personnage quelques heures et quelques années, ce n'est pas pareil. Au fil du temps, une relation de confiance émerge. Et je pense qu'elle finit par percer à l'écran : le spectateur la ressent aussi. Techniquement, notre façon de travailler privilégie aussi l'intimité : je tiens la caméra et Robert s'occupe du son. Pendant le tournage, nous ne sommes que deux. Au bout d'un moment, les protagonistes oublient qu'ils sont en train d'être filmés et une relation de complicité s'installe.

Pourquoi travaillez-vous à deux ?

Robert Bahar Almudena a un instinct très fort et une connexion évidente avec le sujet. J'ai plutôt tendance à faire un pas en arrière et réfléchir à la vision d'ensemble. En plus, elle est espagnole alors que je suis étranger. Pour être très clair, nous croyons que tout film doit être fait par un « insider », par quelqu'un qui connaît le sujet en profondeur. Le résultat ne sera jamais le même si on est parachuté dans une région qu'on ne connaît pas pour aborder une problématique dont on ignore tout. Et en même temps, travailler avec une équipe internationale – un monteur cubain - qui vit au Canada, un producteur américain, des compositeurs mexicains, etc. – nous a permis de ne pas oublier qu'une partie des spectateurs n'auraient pas les références culturelles d'un Espagnol et qu'il fallait absolument placer les choses dans leur contexte. Ce mélange d'une « insider » et d'un « outsider » a été très utile et très important pour trouver le ton du film.

Almudena Carracedo Nous sommes très complémentaires : j'observe les arbres, alors que Robert regarde plutôt la forêt.

Comment la forme du film, qui alterne dialogues et silences, a-t-elle été dessinée ?
Robert Bahar Nous ne voulions pas que le film soit seulement un cumul d'informations sur 80 ans d'histoire espagnole. Nous voulions qu'il contienne aussi des moments d'empathie avec les personnages, des instants de silence et de poésie. Certains spectateurs nous disent que la forme du film est très accessible alors que sa matière est complexe, et a exigé 450 heures de tournage et 14 mois de montage. Notre obsession était que les spectateurs puissent se mettre dans la peau des protagonistes et les suivre dans leur quête de justice. Nous espérons qu'ils sortent de la projection en ayant appris quelque chose, mais en ayant également ressenti quelque chose.

Pour quelle raison la société de production des frères Almodóvar a-t-elle soutenu le film ?

Robert Bahar On travaillait sur le film depuis six ans quand on leur a présenté un premier montage. Ils se sont montrés incroyablement enthousiastes dès le départ. Agustín Almodóvar l'a vu en premier, suivi de Pedro, qui a partagé le même avis. Ils nous ont soutenus d'une façon qu'on n'aurait jamais osé imaginer, en acceptant de présenter le film et de joindre leurs noms aux nôtres.

Almudena Carracedo Pedro et Agustín avaient déjà abordé ce sujet dans certains des films qu'ils ont réalisés ou produits : dans La mauvaise éducation (2004) ou Julieta (2017), mais aussi dans L'échine du diable (2001) de Guillermo del Toro. Ces oeuvres entrent en résonance avec cette réflexion nouvelle qui a lieu dans la société espagnole, qui pousse de nombreux artistes et intellectuels à briser, enfin, les tabous. Il s'agit moins pour eux de juger les choix du passé mais plutôt d'interroger notre présent. Le film s'inscrit dans la même démarche. Le Silence des autres est un film profondément politique mais pas du tout pamphlétaire : il met le projecteur sur les êtres humains. Le seul axe possible selon nous pour faire évoluer le débat autour de la question était de montrer la souffrance de personnes auxquelles chacun pourrait s'identifier. Il est fréquent qu'à l'issue des projections, des spectateurs convaincus avant le film de la nécessité d'oublier le passé viennent nous dire, les larmes aux yeux : « Vous m'avez changé ! ». Les frères Almodóvar ont vu dans ce film une possibilité de mobiliser les gens par l'émotion et l'empathie plutôt que par les grands discours.

Le film décrit aussi le grand vide dans lequel ont grandi les générations nées après la mort de Franco en 1975. Beaucoup de familles ignorent ce que leurs aînés ont subi sous la dictature. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Almudena Carracedo Les Espagnols ont grandi avec la doctrine du pacte de silence. Dès 1977, les politiques de l'époque comprennent qu'il faut faire descendre l'amnistie dans la rue. Dès lors, le silence s'instaure dans les écoles, les familles et les lieux de travail. Pendant très longtemps, parler des victimes du franquisme a été perçu comme une grossièreté, comme si c'était une attaque à la fragile démocratie qu'on venait de construire. En conséquence, des milliers de victimes de la dictature ont dû taire leurs histoires, d'abord par peur puis parce que ce silence s'est normalisé. Il a fallu l'arrivée de générations plus jeunes, qui ne se reconnaissaient pas du tout dans les accords de 1977, pour que le tabou se brise. Dans beaucoup de familles, les descendants de victimes ont appris la vérité très tard dans leurs vies, à 30 ans passés... C'est un processus très récent : il y a sept ans, quand on racontait aux gens que nous voulions tourner un documentaire sur ce sujet, ils nous traitaient de fous. Quand la plainte argentine a démarré, on traitait les membres des associations comme de vieux lunatiques ou des Don Quichotte... Aujourd'hui, le sujet est partout et on s'en félicite.

Comment le public étranger, qui n'est pas forcément familier du sujet, a-t-il réagi au documentaire lors des festivals internationaux ?

Robert Bahar Dans toutes les villes où le film a été projeté, quelqu'un vient toujours nous dire que le cas espagnol lui rappelle un fait d'oubli historique semblable dans son pays. Au Canada, les spectateurs nous parlent de l'éradication des populations indigènes ; aux États-Unis, du débat autour des monuments confédérés. Que ce soit au Liban ou au Mexique, à Bruxelles ou à Copenhague, le résultat est toujours le même. En ce sens, je pense que c'est un film universel. Il ne parle pas seulement de la situation espagnole mais du principe de justice universelle qui permet aux victimes d'obtenir réparation, même quand le système judiciaire de leur pays ne veut rien faire...

La France est aussi un pays secoué par la question de la mémoire, comme le prouvent le tabou de la guerre d'Algérie ou la récente polémique provoquée par l'hommage au maréchal Pétain, finalement annulé. Comment croyez-vous que le documentaire sera accueilli par le public français ?

Almudena Carracedo La France est un pays qui doit aussi faire face à son histoire.
Le film peut fonctionner, pour le public français, comme un miroir tendu qui permette de réfléchir aux liens entre passé et présent, et aux effets des chapitres sombres de l'histoire. Le film est l'occasion de creuser cette question qui est la même en France ou en Espagne : que peut-on faire pour obtenir une société plus juste où les gens souffrent moins ?

Robert Bahar En outre, les mouvements d'extrême droite menacent tout le continent. La France ne fait malheureusement pas exception à la règle. On assiste à une tentative très affirmée d'effacer le passé, et à un contexte où la répression de toutes les libertés pour lesquelles les victimes du fascisme ont lutté revient en force. De ce point de vue, le film peut fonctionner comme une mise en garde et presque comme un conte moral.

À la différence de l'Espagne, dans la plupart des pays européens, les crimes contre l'humanité ne sont pas restés impunis. Comment expliquez-vous l'exception espagnole ?
Robert Bahar La différence, par rapport à la plupart des pays européens, c'est que Franco a gagné la Guerre Civile et qu'ensuite il est resté 40 ans au pouvoir. La transition vers la démocratie a démarré avec sa mort en 1975 et elle a été négociée avec son régime, qui est resté en place. Cela se traduit par une certaine continuité dans la période démocratique que nous connaissons depuis : on le constate dans les rangs des forces de l'ordre, le pouvoir judiciaire mais aussi dans la vie politique. Des hommes politiques franquistes et leurs enfants ont fondé des partis et sont restés au pouvoir. La question n'est pas de dire que les responsables des accords de l'époque ont eu tort, mais d'interroger ce qu'on peut faire à présent pour les changer. Nous ne sommes plus en 1977. L'Espagne a changé.

Almudena Carracedo Il ne faut pas oublier que dans cette transition démocratique, ce sont les franquistes qui étaient en position de force. Quand je lui demande des explications, mon père me répond souvent : « Mais que pouvions-nous leur demander ? ». Ils n'avaient aucune marge de négociation, ils ont simplement pris ce qu'ils pouvaient... La loi d'amnistie a été approuvée pour exonérer les franquistes de toute responsabilité. Voilà la vérité.

Comment cet héritage se traduit-il dans le climat politique de l'Espagne contemporaine ?
Almudena Carracedo Si dans les années qui ont suivi la loi d'amnistie peu a été fait pour la mémoire historique, certaines initiatives ont été prises pendant la dernière décennie. En 2007, l'ancien premier ministre socialiste José Luis Zapatero a fait approuver une loi de mémoire historique qui dédommage les victimes des exactions et leurs familles. Par cette loi, l'État s'engage à localiser et éventuellement exhumer les corps des victimes du franquisme des fosses communes – l'Espagne compte encore 130.000 disparus. L'État s'engage également à supprimer les plaques et les insignes commémoratives qui exaltent le soulèvement militaire, la guerre ou la répression. Mais la droite s'oppose à cette loi et le pouvoir judiciaire s'attache à la disloquer au point de la laisser quasiment vide de contenu...

Une autre particularité espagnole c'est que la formation majoritaire à droite, le Parti Populaire, et son prédécesseur, Alianza Popular, ont été fondés par un ancien ministre de Franco. Cela explique-t-il le rôle de ce parti vis-à-vis de la question de la mémoire ?

Almudena Carracedo Sans doute. Quand le Parti Populaire est revenu au pouvoir en 2011, il a fait le choix de supprimer toutes les subventions publiques qui devaient garantir l'application de cette loi. L'ancien premier ministre Mariano Rajoy se vantait de donner « zéro euro » à l'accomplissement de la loi de mémoire historique, ce qui explique que dans de nombreux villages les rues portent toujours les noms de génocides ou d'assassins. Si l'État a financé quelques associations, il n'a pris en charge aucune exhumation de victimes de la dictature. Et aucune exhumation n'a été ordonnée par un juge à l'exception de celle de Timoteo Mendieta, syndicaliste fusillé près de Guadalajara en 1939, ordonnée par la juge argentine María Servini, à la suite du procès qui est décrit dans le film.

Le retour des socialistes au pouvoir, suite à une motion de défiance contre Rajoy en juin 2018, marque-t-elle un tournant dans cette histoire ?

Almudena Carracedo Le nouveau premier ministre, Pedro Sánchez, a un avis très différent sur la question. Il a encouragé des mesures telles que le retrait du cercueil de Franco du Valle de los Caídos (en français, « la vallée de ceux qui sont tombés »), énorme mausolée à 30 kilomètres de Madrid où gisent 30.000 victimes républicaines à côté de leur bourreau. Cela étant, quand le Parti Socialiste était dans l'opposition, en mars 2018, il a voté contre la réforme de la loi d'amnistie qu'exigeaient plusieurs partis politiques, dont Podemos et les nationalistes catalans et basques. Cette réforme devait rendre la loi d'amnistie caduque dans les cas de procès de crimes contre l'humanité, qui relèvent du droit international.
Les socialistes s'y étant opposés, il faut observer ce processus avec un optimisme prudent.

Quelle est la situation des neuf témoins du film aujourd'hui ? Où en est le procès ?

Almudena Carracedo Le procès est toujours en cours car la juge argentine est infatigable ! Et ce en dépit des freins de l'Audiencia Nacional, tribunal à compétence nationale qui reste l'héritier de la continuité avec le passé que l'on évoquait tout à l'heure, qui ne permet pas aux victimes d'être entendues car ce serait contraire au droit espagnol... Cela en dit long sur la prétendue indépendance du pouvoir judiciaire car il s'agit évidemment d'une décision politique. Ce tribunal a publié il y a quelques années une circulaire qui reste en vigueur, qui interdit aux procureurs d'entendre les témoins mais aussi les accusés. Les plaignants se battent pour qu'elle soit annulée.

Comptez-vous continuer à traiter ce sujet dans vos prochains documentaires ?
Robert Bahar Pour nous ce film est un objet fini, même si nous voulons continuer à le faire vivre, à le projeter, à le convertir en outil de débat. Nous n'avons pas prévu de deuxième partie. La deuxième partie serait plutôt l'impact qu'il pourrait avoir dorénavant...
Almudena Carracedo Nous ne voulons pas nous limiter à un seul sujet. On compte bien traiter d'autres thèmes dans nos prochains films car nous voulons continuer à apprendre des sociétés et de leurs problématiques. On se demande plutôt ce qu'on va pouvoir faire après un film aussi engagé que celui-ci ! Je ne sais pas si on arrivera à tourner quelque chose de si grand et de si beau, mais on compte essayer malgré tout. Et sur l´impact...vraiment nous ne pourrions pas être plus heureux. Avec seulement 19 écrans en Espagne la semaine de sortie, le film a eu la troisième meilleure moyenne par copie le week-end, juste après Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald et Colette.
Le film est devenu un véritable phénomène. La presse a été également dithyrambique, y compris le journal conservateur La Razón, qui a intitulé son papier : “Et si nous oubliions le pacte de l'oubli ?'' Le film a ouvert une discussion salutaire et urgente en Espagne. La mémoire est un antidote puissant contre le fascisme.


 L'avis de la presse 

Télérama - Frédéric Strauss
Ce documentaire impressionnant sort de l'oubli les nombreuses victimes du franquisme et soulève la chape de plomb qui pèse toujours sur l'Espagne.
« L'Espagne est pleine de charniers... » Ces mots saisissants n'en finissent pas de résonner dans ce documentaire, qui s'ouvre sur le visage d'une vieille femme accablée de chagrin. Sous la route qui mène à son village, une fosse commune a été, il y a longtemps, recouverte par le ¬macadam : le cadavre de sa mère y fut jeté par les franquistes. Innombrables, d'autres morts sans sépulture hantent le pays, qui les a rayés de sa mémoire. En 1977, deux ans après la mort de Franco, une loi d'amnistie générale a été votée. L'Espagne de la démocratie allait pouvoir se construire, tracer sa voie en roulant sur les victimes de la dictature, dans le bon droit que lui assurait le « pacte de l'oubli ».
« L'Espagne est pleine de charniers... » Ces mots saisissants n'en finissent pas de résonner dans ce documentaire, qui s'ouvre sur le visage d'une vieille femme accablée de chagrin. Sous la route qui mène à son village, une fosse commune a été, il y a longtemps, recouverte par le ¬macadam : le cadavre de sa mère y fut jeté par les franquistes. Innombrables, d'autres morts sans sépulture hantent le pays, qui les a rayés de sa mémoire. En 1977, deux ans après la mort de ¬Franco, une loi d'amnistie générale a été votée. L'Espagne de la démocratie allait pouvoir se construire, tracer sa voie en roulant sur les victimes de la dictature, dans le bon droit que lui assurait le « pacte de l'oubli ».
Auprès de ceux qui se souviennent, le couple de réalisateurs qui signe Le Silence des autres a trouvé une douleur que rien n'éteint, mais puisé aussi un courage patient. Depuis 2012, Almudena Carracedo et Robert Bahar suivent l'action menée par des descendants d'hommes et de femmes exécutés sous le franquisme. Pour pouvoir réclamer justice, ils ont dû déposer plainte en Argentine. En 1998, c'était à Londres qu'un juge espagnol avait déclenché l'arrestation du général ¬Pinochet, faisant valoir la notion de crimes imprescriptibles par-delà les frontières. En 2012, l'Espagne se retrouvait donc, à son tour, sommée de rendre des comptes par un pays étranger, qui exigeait l'arrestation de tortionnaires toujours vivants, très protégés, tel Antonio González Pacheco, dit « Billy el Niño », figure clé des années de la dictature espagnole.
Récit historique et enquête, Le Silence des autres est aussi une réflexion sur la manipulation du passé. Niés au nom de la loi d'amnistie, les crimes du franquisme ont été effacés des livres d'école. Dans les rues de Madrid, des jeunes avouent tout en ignorer. Mais d'autres Espagnols, nostalgiques du Caudillo, continuent à fêter son anniversaire et entretiennent son souvenir. Dans ce pays déchiré par les contradictions, les réalisateurs mettent en évidence l'empreinte laissée par le pouvoir qui a sévi de 1936 à 1975, et qui n'a pas brutalement cessé de nuire : un trafic de bébés organisé avec la complicité de l'Etat s'est, par exemple, prolongé sous la démocratie.
Avec beaucoup d'intelligence, ce documentaire passionnant relie les fils de la mémoire, éclaire les compromissions et les multiples manigances pour repousser le procès définitif du régime de Franco. Avec beaucoup de force, il dénonce le déni de justice. Et, surtout, il montre que ce passé refoulé s'est inscrit dans la chair de ceux qui en ont reçu en héritage le supplice d'une mère, l'exécution d'un père, d'un grand-père. Ce sont eux, les citoyens, les anonymes, qui veulent réconcilier l'Espagne avec sa vérité, contre les politiques, qui font obstruction. Ce combat exemplaire trouve toute sa résonance à l'écran.


Le Monde - Thomas Sotinel
A la chute du franquisme, la loi d'amnistie a bâillonné, au nom de l'unité nationale, les survivants.

Une très vieille femme marche le long d'une route toute neuve, à travers la campagne. Une caméra suit son lent cheminement jusqu'à un endroit que rien ne distingue. Elle y dépose quelques fleurs. Elle s'arrête et raconte : c'est là que sa mère a été jetée dans une fosse commune, après avoir été arrêtée, déshabillée, humiliée puis assassinée. C'était il y a plus de quatre-vingts ans, au moment du coup d'Etat militaire contre la république espagnole. La mère martyre est tombée sous les balles franquistes, comme des dizaines de milliers d'autres victimes.

Les décennies ont passé, le régime est tombé après la mort du Caudillo, l'Espagne a longtemps été gouvernée par un parti issu – indirectement, certes – du camp vaincu par les putschistes. En France, Maurice Papon a été jugé, en Argentine, les tortionnaires ont vu leur amnistie révoquée. Mais en Espagne, l'octogénaire orpheline a tout juste le droit d'évoquer le souvenir de sa mère. A la chute du franquisme, la loi d'amnistie a bâillonné les survivants, ligoté les organisations de défense des droits de l'homme, empêchant – au nom de l'unité nationale – le travail de mémoire.

Le Silence des autres est à la fois l'histoire de cet effacement et celle du mouvement qui, pendant la dernière décennie, a entrepris de briser le silence. Les auteurs, l'Espagnole Almudena Carracedo et l'Américain Robert Bahar, ont su saisir ce dégel à ses premiers moments et l'accompagner, ce qui donne à leur film – mis en chantier en 2010 – la force dramatique d'un récit de combat. Ce combat a été lancé par des descendants de victimes du franquisme ou d'anciens prisonniers politiques, victimes de la répression exercée par le régime jusqu'à sa chute.

Vivre près de son tortionnaire

La parole de ces vieillards, leurs souvenirs d'enfants traumatisés, d'étudiants torturés, forme le socle du film. Pendant la guerre d'Espagne, dans les années qui la suivirent, les forces franquistes pratiquèrent l'élimination systématique des opposants. A la mort de Franco, l'Espagne se vit demander, pour prix de la démocratie, de renoncer à sa mémoire. La loi d'amnistie votée en 1977 se présentait comme une mesure de réconciliation, elle ne bénéficiait qu'aux partisans de la dictature. Les républicains avaient déjà été punis, de mort, d'emprisonnement, d'exil... Il faut entendre la rage de cet ancien dirigeant étudiant forcé de vivre à quelques pâtés de maisons de son tortionnaire, ou le désespoir de cette vieille dame qui sait où repose son père – dans une fosse commune –, mais n'a jamais obtenu l'autorisation de lui donner une vraie sépulture.

Puisque l'appareil judiciaire espagnol restait inébranlable, les survivants et leurs défenseurs décidèrent de porter l'affaire devant la justice argentine au nom de la compétence universelle des Etats en matière de crimes de guerre et contre l'humanité. Dans Le Silence des autres, cette manœuvre un peu désespérée se traduit par l'irruption du personnage déconcertant qu'est la juge Maria Servini. Quasiment octogénaire, la magistrate argentine s'empare du dossier pour ne plus le lâcher, malgré les innombrables obstacles que le pouvoir espagnol dresse sur son chemin. Le phénomène est d'autant plus étonnant que la juge des antipodes ne manifeste guère de sympathie pour la cause que les plaignants défendent.


Les Inrockuptibles - Jean-Baptiste Morain
Le combat judiciaire en Argentine des victimes du franquisme pour rompre le “pacte de l'oubli”. Un documentaire nourri et poignant.Petit rappel : la guerre civile espagnole (1936-1939) s'est conclue par la victoire du général Francisco Franco, chef des nationalistes, sur les républicains. Franco instaure ensuite la dictature jusqu'à sa mort, en novembre 1975. Après les massacres de la guerre, les représailles contre tous les républicains furent permanentes et sans pitié.

La Croix - Céline Rouden
Produit par Pedro Almodovar, ce documentaire passionnant suit la quête de justice d'une poignée de victimes du franquisme et de leurs descendants, dans un pays qui préfère toujours l'oubli à la vérité

Le silence des autres ***de Almudena Carracedo et Robert Bahar Documentaire espagnol, 1 h 35En 1977, deux ans après la mort de Franco, le gouvernement de transition démocratique vote une loi d'amnistie générale. « Un oubli de tous pour tous », clament les autorités. Elle permet la libération immédiate des prisonniers politiques qui croupissent encore dans les geôles espagnoles, mais interdit de facto de juger les crimes du franquisme, et à l'Espagne d'affronter...


L'Humanité - Emile Breton
C'est un beau film, comme on le dirait d'un film de fiction : personnages forts, suspense tenu jusqu'au bout. Et c'est un grand documentaire. Les personnages sont réels: enfants de républicains laissés sans sépulture tués par les miliciens lors de la rébellion de Franco en 1936, victimes de la répression, Franco au pouvoir, filles mères à qui furent volés leurs enfants dans les années 1950, Franco toujours régnant. Le suspense: l'issue du combat que mènent les uns et les autres pour que soient reconnus des droits niés. Au cœur du film, la loi d'amnistie de 1977, votée après la mort de Franco et le changement de régime. Cette loi, qui permit aux condamnés politiques incarcérés sous le régime franquiste d'être libérés, interdisait du même coup toute poursuite contre les crimes franquistes.
Le film s'ouvre à la rencontre avec deux personnages de cette tragédie: Maria, une vieille dame, cassée par l'âge, la voix sourde, à peine audible, et José, dit « Chato », quadragénaire alerte. Maria montre à une jeune femme le charnier au bord d'une route où sa mère, accusée d'être une « rouge », fut tuée avec trente autres républicains par des gens de son village à l'avènement de Franco. Tout ce que veut Maria, qui avait alors 4 ans, c'est que ses restes soient enterrés au cimetière du village aux côtés de son mari. Suite sera, plus avant dans le film, donnée à cette pieuse requête, mais Maria ne la verra pas. C'est sa mère qui ira la rejoindre au cimetière du village. Chato, au début, conduit les cinéastes devant un immeuble où vit Billy el Niño, celui qui tortura vingt ans auparavant, l'étudiant qu'il était, révolté contre le régime. Ainsi commence le film, sur l'impossibilité d'obtenir justice, la loi d'amnistie opposée à toute tentative. Et, dès lors, il ne sera plus question que du combat de plusieurs années pour faire triompher le droit, les appels constamment rejetés par les tribunaux espagnols Alors, un recours est introduit devant la justice argentine, une autre affaire (la mise en accusation par la justice espagnole du dictateur chilien Pinochet) ayant imposé la notion de « crime universel».

Épuisante bataille et qui n'est pas terminée. Le film la suit au long des années mêlées d'espoirs et de déceptions. Aussi bien, ce qui fait sa force, c'est que, en même temps qu'il suit ce combat, il parle, archives, entretiens ou reportages, du visage d'une Espagne en mal d'assumer son passé. Avec des moments forts : celui, par exemple, où Chato, devant son poste, voit Billy el Niño poursuivi dans la rue par un reporter de la télévision et, hargneux, refuse de répondre à la question de savoir s'il s'excuse de ce qu'il a fait. Si Chato rit alors, il est bien clair que c'est que ce n'est pas la vengeance qui dictait sa démarche, mais le besoin de justice. De voir ce triste bonhomme, hier arrogant, mis à sa place.
«Un Combat de plusieurs années pour faire triompher le droit.»


Le Nouvel Observateur - François Forestier
Tortures, assassinats, vols d'enfants, crimes de masse, l'Espagne ne se souvient plus des années Franco. Le silence règne, les jeunes générations ne savent rien de cette période noire. L'amnistie a tout balayé. Mais il reste des témoins, des gens qui se battent, et qui soutiennent que les crimes contre l'humanité ne sont pas amnistiables. Les deux réalisateurs, ainsi, font parler ces survivants, et suivent leur combat – qui passe par l'Argentine.

Réalisé avec rigueur, le film arpente cette mémoire qui émerge difficilement, et montre les déceptions, mais également les immenses moments d'émotion, qui ponctuent cette quête. Un tournage de six ans, un état des lieux cruel, un film de combat, à la fois nécessaire et poignant. Dans le genre, un modèle.


Première - Thierry Cheze
Doit-on tout oublier – surtout le pire – au non de la réconciliation nationale ? Ce dilemme, l'Espagne l'a réglé de façon drastique en votant, deux ans après la mort de Franco, une loi d'amnistie interdisant tout jugement des crimes commis sous cette dictature. Une nouvelle plongée en enfer pour les victimes de ce quotidien d'exécutions sommaires et de torture. P roduit par Almodóvar, ce documentaire raconte le combat de certains d'entre eux, forcés de saisir la justice depuis l'Argentine pour briser ce pacte de l'oubli. Pédagogique mais jamais scolaire, il se vit comme un véritable suspense, au rythme de la course contre la montre entreprise par les victimes qui veulent voir leurs bourreaux derrière les barreaux avant de mourir. Une œuvre d'utilité publique et universelle.



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