Le Grain et l'Ivraie

  mardi 28 Mai   
20 H 15


68 Berlinade Berlin

Montage : Juan Carlos MACIAS,Alberto PONCE,José Maria del PEÓN,Nicolas SULCIC,Fernando SOLANAS
Image : Nicolas SULCIC,Fernando SOLANAS
Etalonnage : Juan SOLANAS
Production : CINESUR S.A
Son : Tomás BAUER
Musique originale : Mauro LÁZZARO
Productrice exécutive : Victoria SOLANAS
Ecrit, réalisé, commenté par : Fernando SOLANAS
Distribution : Nour Films

Site officiel


 Avec 



 Synopsis 

Fernando Solanas voyage caméra aux poings à travers sept provinces argentines à la rencontre des populations locales, d'agriculteurs et de chercheurs qui nous racontent les conséquences sociales et environnementales du modèle agricole argentin : agriculture transgénique et utilisation intensive des agrotoxiques (glyphosate, épandages, fumigations) ont provoqué l'exode rural, la déforestation, la destruction des sols mais aussi la multiplication des cas de cancers et de malformations à la naissance. Le récit de Fernando Solanas évoque aussi l'alternative d'une agriculture écologique en démontrant qu'il est possible de produire de manière saine et rentable des aliments pour tous, sans pesticides, pour reconquérir et préserver nos milieux naturels.


 Anecdotes 

FERNANDO SOLANAS
BIOFILMOGRAPHIE
Fernando Solanas, né à Olivos en Argentine en 1936, est un cinéaste et homme politique argentin. Auteur réalisateur, scénariste et producteur, il a réalisé 17 longs-métrages. A la fin des années 1960, il est l'un des fondateurs et théoriciens du groupe argentin Cine Liberación, qui s'inscrit dans un mouvement à échelle continentale - celle de l'Amérique latine - appelant à un « troisième cinéma », qui ne soit pas une prolongation du cinéma européen ni hollywoodien. En 1968, il co-réalise clandestinement avec Octavio Getino le documentaire L'Heure des brasiers, manifeste esthétique et politique du mouvement. Ce film majeur, antinéocolonialiste, péroniste et activiste, est interdit jusqu'à la fin de la Dictature de la Révolution argentine en 1973. Il est aujourd'hui considéré comme un classique du documentaire.
Fernando Solanas laisse un témoignage de son exil à Paris pendant la dictature militaire (1976-1983) dans Tangos, l'exil de Gardel (1985), qui est récompensé par le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Suivront deux drames remarqués, Le Sud (1988) qui obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes et Le voyage (1992), sélectionné en compétition officielle à Cannes. Parmi ses autres films, on peut citer Le Nuage (1998) et El legado estratégico de Juan Perón (2016). Il reçoit un Ours d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière à Berlin en 2004.

Suite à ses critiques envers la corruption du gouvernement Menem, il subit un attentat en 1991 et reçoit six balles dans les jambes. Fernando Solanas siège comme député du parti de centre-gauche Frepaso (Front pour un pays solidaire) entre 1993 et 1997. Il participe ensuite aux élections présidentielles argentines de 2007, à la tête du mouvement Proyecto Sur, contre Cristina Kirchner dont il critique « la politique économique libérale ». Il est élu sénateur depuis 2013.

En 2002, il débute une nouvelle série documentaire sur la crise économique en Argentine qui se compose de huit films : Mémoire d'un saccage (2004), La dignité du peuple (2005), Argentina Latente (2007), La Proxima Estacion (2008), Tierra sublevada : Oro impuro (2009), Tierra sublevada : Oro negro (2011), La guerra del fracking (2013).
Le Grain et l'ivraie (Viaje a Los pueblos fumigados - 2018) en est le dernier volet. En 2018, il revient au Festival de Cannes présenter une copie restaurée de L'Heure des brasiers.


 Quelques mots 

NOTE DU RÉALISATEUR

La culture intensive du soja ainsi que l'utilisation incontrôlée d'agrotoxiques a eu d'importantes conséquences sociales et environnementales en Argentine, telles que la déforestation de millions d'hectares de forêts, la monoculture et l'exode rurale. La population a été exposée et contaminée par l'épandage aérien. Les contrôles sanitaires dans notre pays sont inexistants. Nous manquons également de programmes de recherche dans les hôpitaux et les universités pour étudier les effets des agrotoxiques sur notre organisme. Les témoignages recueillis sont la preuve qu'une partie de la population a été intoxiquée par les produits utilisés dans l'agriculture, auxquels il faut ajouter les effets néfastes de la nourriture produite avec des produits chimiques tels que les conservateurs, les colorants, les antibiotiques ou les hormones.

Aujourd'hui, ce ne sont plus seulement les céréales qui sont produites avec des pesticides, mais également les fruits et les légumes. Une salade en apparence inoffensive a été pulvérisée avec dix à quinze pesticides. Les publicités vendent les aliments pour leur apparence et non pour ce qu'ils sont en réalité. Les consommateurs achètent de la nourriture sans savoir ce qu'ils mangent. Même si vous consommez du fait-maison, le danger d'être contaminé existe quand même. Tous les aliments que nous mangeons, y compris la viande, contiennent des conservateurs, des arômes, des colorants, des hormones. Et s'il n'y a pas d'hormones, il y a des antibiotiques et des pesticides. Personne ne sait vraiment comment ni avec quoi notre nourriture a été produite. Au cours de mon enquête et de mon tournage, j'ai pu constater la désinformation absolue et le manque de contrôle sur la fabrication des aliments que nous mangeons.


POUR ALLER PLUS LOIN

L'ARGENTINE
Connue autrefois pour sa viande de boeuf issue de vastes prairies, l'Argentine a subi une remarquable mutation depuis 1996, quand l'entreprise Monsanto, domiciliée à Saint-Louis (Etats-Unis), a promis de meilleurs rendements avec moins de pesticides grâce à ses semences et ses produits chimiques. Aujourd'hui, tout le soja argentin, mais aussi la plus grande partie de son blé et aussi de son coton, sont issus de semences génétiquement modifiées et, comme aux Etats-Unis, le bétail est maintenant nourri de soja et de céréales dans des parcs d'engraissement. Mais lorsque les insectes et les mauvaises herbes sont devenus à leur tour résistants, les agriculteurs ont multiplié par neuf la charge en produits chimiques. Dans la province de Santa Fe, coeur de l'industrie du soja, le nombre moyen de cancers est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Dans le Chaco, la province la plus pauvre du pays, les enfants ont quatre fois plus de risques de naître avec de graves troubles congénitaux depuis ces dix dernières années, marquées par l'expansion dramatique d'une industrie agricole liée aux biotechnologies. « Nous sommes passés d'une population en excellente santé à une autre avec un taux de cancers, de troubles en néonatalogie et de maladies, rarement observé antérieurement » affirme le Dr Medardo Avila Vasquez, pédiatre cofondateur de l'association « Doctors of fumigated towns » (médecins des villes fumigées).
LA FRANCE
En France, 75 000 tonnes de pesticides sont produites Ben moyenne tous les ans et 65 000 sont utilisées, ce qui représente un tiers des tonnages consommés en Europe. La France est ainsi le 1er marché européen et l'un des principaux consommateurs de pesticides dans le monde. Plus de 90 % des pesticides ont un usage agricole.

Un petit nombre d'acteurs industriels : L'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), lobby de l'industrie des pesticides en France, compte aujourd'hui 22 entreprises adhérentes, qui représentent 95 % du marché. Leur chiffre d'affaires a dépassé en 2014 les 2,2 milliards d'euros. Ils se regroupent de plus en plus pour se renforcer et contribuer à accroître la dépendance française aux pesticides.

Que sont les pesticides ? Les pesticides sont des substances chimiques destinées à se débarrasser de tous les organismes indésirables qui ravagent les cultures. Il peut s'agir de mauvaises herbes, de champignons, mais aussi de petits animaux comme les rongeurs ou les insectes. Ils sont aussi appelés produits phytosanitaires, littéralement les « médicaments des végétaux ». On distingue trois grandes familles de pesticides : insecticides, herbicides et fongicides.

Pas d'amélioration en vue : Malgré le plan Ecophyto décidé en 2009 et une ambition de baisse de 50% (raménée à 25%) d'ici 2020, les niveaux de densité d'épandage sont restés stables.

Des produits à risque : Les produits phytosanitaires sont extrêmement toxiques et leur utilisation répétée présente un risque pour les agriculteurs. Ainsi, ils seraient à l'origine de troubles de la fertilité, de dommages cérébraux et favoriseraient le développement de certains cancers. Selon un rapport de l'Institut de veille sanitaire, 100 % de la population française présenterait des traces de pesticides dans l'organisme. Une exposition bien supérieure à celle des Allemands, des Canadiens ou des Américains, pourtant eux-aussi grands utilisateurs de produits chimiques agricoles. 72,6 % des fruits et 41 % des légumes contiennent ainsi des résidus de pesticides.

Le risque de bio-accumulation : Selon l'IFEN, ce sont 36% des rivières françaises qui comportent des pesticides à un niveau de seuil considéré comme « mauvais » et plus de 90% des rivières françaises qui sont polluées. En 2004, les pesticides ont été présents sur 96% des points de mesure des cours d'eau en France.

Une toxicité avérée pour les pollinisateurs : 70% des insectes auraient disparus d'Europe en 30 ans, au premier rang desquels, les abeilles dont la mortalité atteint 50% de la population certains hivers. Pourtant, 35% de la production mondiale de nourriture dépend des pollinisateurs, pour une valeur estimée à 165 milliards de dollars.

Toute la biodiversité en péril : Ce sont surtout des espèces au sommet de la chaîne alimentaire (mammifères, oiseaux, etc...), qui témoignent des problèmes posés par les pesticides. Mais les insectes et les animaux à sang froid (comme les reptiles et les amphibiens) sont les plus touchés. Ainsi, des micro-organismes à la baleine bleue, toutes les espèces sont des victimes, actuelles ou à venir, des millions de tonnes de pesticides déversées sur la planète.

NOUS SOUTENONS, ILS NOUS SOUTIENNENT
NOUS VOULONS DES COQUELICOTS

« L'heure n'est plus à compter les oiseaux, les abeilles, les papillons morts et les humains malades. Le constat a été fait tant de fois, au travers de centaines d'études scientifiques rigoureuses, que discuter encore n'a plus de sens. Il faut se lever. Notre pays est devenu méconnaissable à cause des pesticides. » Nous voulons des coquelicots, est une association dont le président est Fabrice Nicolino, à l'origine d'un appel signé par plus de 500 000 citoyens qui exigent maintenant des actions concrètes de nos gouvernants.
LA CAMPAGNE GLYPHOSATE
L'Association Campagne Glyphosate est un appel national pour inviter les citoyens à participer à une campagne d'analyses d'urines afin d'y rechercher des traces de glyphosate. Elle est organisée au niveau départemental où déjà 400 prélèvements et analyses ont eu lieu, démontrant la présence de glyphosate chez 100% des individus testés.
La campagne a pour but :
• De montrer que chacun-e d'entre nous a des pesticides dans le corps, le glyphosate en étant le marqueur,
• De sensibiliser le grand public, les utilisateurs et les décideurs,
• De porter plainte contre les responsables du maintien de ce produit sur le marché pour mise en danger de la vie d'autrui, tromperie aggravée et atteinte à l'environnement.

ALERTE MÉDECINS PESTICIDES
Alerte Médecins Pesticides est un appel de Médecins, toutes spécialités confondues, ayant constaté chez leurs patients et dans les publications scientifiques une recrudescence de maladies chroniques qui incriminent largement les pesticides. Ils considèrent qu'il s'agit de leur devoir de médecins de mettre en garde les agriculteurs, les plus exposés, d'alerter les pouvoirs publics, et d'informer plus largement toute la population sur la dangerosité de ces produits.

SEMAINE D'ALTERNATIVE AUX PESTICIDES
Chaque année, pour le retour du printemps du 20 au 30 mars, la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides (SPAP) met à l'honneur les mille et unes alternatives pour se passer des pesticides chimiques de synthèse dans notre consommation et notre production. Cet évènement, devenu un rendez-vous incontournable, est coordonné au niveau national par l'association Générations Futures et rassemble plus de 40 organisations nationales partenaires et de multiples acteurs locaux. Cette année, la Semaine d'Alternative aux Pesticides mettra à l'honneur la biodiversité.

REPORTERRE
Ce « quotidien de l'écologie » veut proposer des informations claires et pertinentes sur l'écologie dans toutes ses dimensions, ainsi qu'un espace de tribunes pour réfléchir et débattre. Il entend aussi relayer toutes les initiatives qui montrent que les alternatives au système dominant sont possibles et réalistes.








 Entretien 

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Le Grain et l'ivraie s'inscrit dans une série documentaire que vous avez commencé à réaliser dans
les années 2000 sur la crise en Argentine. Comment le thème du modèle agricole argentin et ses conséquences sur l'écologie et la santé humaine s'est-il imposé pour ce dernier volet ?

Nous avons décidé de faire ce film il y a plusieurs années quand nous nous sommes aperçus de la désinformation et des conséquences dramatiques sur la santé de la population dues à l'épandage massif de glyphosate et des pesticides en général en Argentine. Le sujet était grave mais nous n'avions pas réussi à trouver de financement ni en Argentine, ni en Europe : coproduire ce film n'intéressait personne. L'agro-industrie avait beaucoup investi en publicité pour faire la promotion de son modèle de production avec des semences transgéniques et empoisonnées. C'est une des raisons pour lesquelles on ignore tout des dégâts causés sur la santé, sur les sols et la nature en général. Depuis 2013, je préside la commission du développement durable au Sénat argentin, où arrivent de très nombreuses plaintes à ce sujet. Et depuis, nous avons voyagé dans toutes les régions affectées par ce problème pour mieux connaître et évaluer la situation.

Le film s'est-il construit ou a-t-il évolué au gré de vos rencontres ?

Tous mes films sont un travail de recherche avec un objectif précis, mais ils se construisent au fur et à mesure : ici tout s'est d'abord fait lors des repérages, des prises de contact avec les victimes, les agriculteurs, les professionnels, c'est à dire avec les personnages du film. Ce n'est que plus tard que nous sommes revenus les voir pour tourner. Tout ce processus enrichit et modifie le film en permanence.

Vous n'avez cessé de dénoncer la corruption à travers vos films. Le fait d'être sénateur vous donne t- il plus de liberté ou est-ce une contrainte pour réaliser un film comme celui-ci ?

Bien entendu, le fait d'être sénateur a facilité un certain nombre de démarches auprès de nos contacts et avec l'ensemble des lieux publics. Mais cela a aussi freiné notre enquête, notamment dans les campagnes ou auprès des industriels parce que peu souhaitent voir ces pratiques mises en lumière : ils craignent particulièrement d'être dénoncés ou critiqués.

Votre activité de cinéaste et documentariste vous aide-t-elle à être un homme politique mieux en
prise avec le réel ?

Vous avez raison, le travail du cinéaste documentaire est de rendre visible une réalité à laquelle nous n'avons pas accès et contribue à donner un point de vue politique juste et complet d'une situation.

Pourquoi les hommes politiques et les multinationales sont les grands absents du film ?
La proposition du film était de donner une voix à ceux qui n'en n'ont pas dans les médias.
Notre cinéma ne consiste pas à démontrer ce qui est “objectif”, mais à donner de l'espace et de la visibilité aux victimes comme à leurs assassins. Depuis mon premier film L'Heure des brasiers, nous avons pris le parti de défendre les marginaux, ceux qui se font exploiter, ceux qui ont été agressés, ceux que l'on entend jamais. La voix de ceux qui ont le pouvoir, de ceux qui jouent avec la santé de la population, nous l'entendons tous les jours à la télévision ou dans les journaux. Mes films documentaires ne sont pas vus à la télévision en Argentine, ni dans les multiplexes commerciaux de mon pays, et sortent uniquement dans les salles indépendantes de l'Institut du Cinéma (INCAA). La majeure partie de leur diffusion a lieu dans des circuits culturels ou institutionnels : ils sont montrés dans les écoles, les universités, les syndicats et les ONG.

Pourquoi est-il essentiel d'évoquer dans le film le sort des populations indigènes ?
Depuis des siècles les peuples autochtones souffrent de tous les types d'injustice et la plus grave d'entre elles est la dépossession de leurs terres. Les indigènes sont les meilleurs gardiens de nos forêts parce qu'ils y habitent et y trouvent leur nourriture. Leurs terres sont vendues et on les expulse. Ils sont les victimes d'un génocide silencieux.

Votre documentaire retrace la situation et le modèle agricole choisi par l'Argentine en évoquant des pratiques qui sont désormais mondialisées. Quelles actions les citoyens peuvent-ils mener pour transformer ce modèle et agir plutôt que subir ?

Le modèle industriel agricole-transgénique-agrotoxique que nous subissons ici en Argentine est le même que celui de l'ensemble des peuples d'Amérique Latine, d'Europe, du Canada ou des Etats- Unis. Cela fait plus d'un demi-siècle que l'industrie chimique a envahi l'industrie alimentaire avec ses conservateurs, colorants, exhausteurs de goût, antibiotiques etc... La somme de tout ce que nous ingérons chaque jour conjuguée à la batterie de pesticides que contiennent nos légumes, nos céréales, nos fruits ou notre viande forment un cocktail toxique qui au fil du temps nous rend malade et nous tue. Si ceux qui vivent en ville ou à la campagne faisaient faire des analyses spécifiques pour détecter ces substances, ils seraient surpris de trouver la plupart de ces substances toxiques dans leur corps. Leurs effets, qui agissent comme un poison lent, se voient à long terme et se manifestent par des malformations génétiques, des cancers, de l'hyperthyroïdie, par des formes de la maladie d'Alzheimer, par des lésions du système neurologique central etc...

Vous avez opté pour une image dé-saturée et l'utilisation d'objectifs grands angles, pouvez- vous nous expliquer ces choix ?

La décolorisation des images, les optiques et l'écriture de la caméra font partie d'une proposition cinématographique et d'un goût. Ce n'est évidemment jamais tout à fait la même chose à chaque film même si je me suis toujours défini avec la famille des optiques grand-angle. Concernant les images dé-saturées, elles me paraissaient les plus pertinentes pour aller au coeur de la tragédie dans laquelle le film nous amène. J'appartiens à une génération qui s'est formée dans les salles de cinéma et qui partageait collectivement les émotions d'une projection. J'aime le cinéma et je fais des films pour le grand écran même si aujourd'hui cela va à contre sens de ceux qui voient les films sur un téléphone portable. Un auteur de cinéma, comme un peintre ou un poète, s'identifie grâce aux couleurs qu'il utilise, aux formes, aux mots, à l'univers, aux sujets et aux personnages qu'il convoque. La langue que j'ai choisie pour ma série de longs-métrages documentaires qui a débuté avec Mémoire d'un saccage en 2004 est une fusion de genres cinématographiques : j'ai utilisé les méthodes propres au cinéma direct, au témoignage documentaire et celles de la fiction.

Premier producteur agricole d'Europe, la France est également touchée de plein fouet par les pesticides. Peut-on raisonnablement comparer notre cas au cas argentin ?

Je ne connais pas suffisamment le cas français pour en faire une comparaison. En Argentine il règne une grande impunité : la population est désemparée parce que les gains générés par le soja et les céréales transgéniques financent également l'Etat. Dans tous les pays qui utilisent ces poisons (en Europe, en Inde, en Chine, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Amérique Latine) les citoyens doivent se mobiliser pour obtenir leur interdiction. Nous devons tout faire pour éviter que Monsanto, Bayer et les géants de l'agro-chimie continuent à s'enrichir en mettant en danger la vie des populations et notre planète. Par conséquent, pour préserver notre santé et notre patrimoine naturel, nous devons développer de nombreuses alternatives pour tendre vers le 100% bio.


 L'avis de la presse 

L'Express - Antoine Le Fur
Édifiant dans son propos, Le Grain et l'Ivraie se révèle aussi percutant d'un point de vue cinématographique.

La Croix - Céline Rouden
À 83 ans, le cinéaste et homme politique argentin clôt avec Le Grain et l'Ivraie une série documentaire commencée en 2002 sur la crise économique dans son pays.
Dans ce film dédié au pape François et à son encyclique Laudato si', cet opposant à la dictature militaire, qui a vécu l'exil en France, dénonce les ravages d'une agriculture transgénique et d'un recours massif aux pesticides.
L'année dernière, Fernando « Pino » Solanas était venu à Cannes présenter la copie restaurée de L'Heure des brasiers (La Hora de los hornos), manifeste politique et esthétique de près de quatre heures, réalisé clandestinement en Argentine en 1967. Ce film d'inspiration péroniste, majeur dans la lutte idéologique contre la dictature, dénonçait la violence et le néocolonialisme régnant sur un pays et un sous-continent livrés aux militaires et aux intérêts américains. Cet engagement est une des raisons qui pousseront le cinéaste sur le chemin de l'exil en France, raconté plus tard dans Tangos, l'exil de Gardel. Cinquante ans après, son combat n'a guère changé. Entre-temps la démocratie a été rétablie, « Pino » Solanas est rentré dans son pays, s'est fait élire député puis sénateur, a même défié Cristina Kirchner à l'élection présidentielle de 2007. Et n'a jamais cessé de filmer pour dénoncer les dérives néolibérales de son pays, défendant « un autre modèle » démocratique.


Le Nouvel Observateur - Nicolas Schaller
Plus qu'un documentaire, c'est un tract politique. Sénateur et ex-député de gauche, candidat à la présidentielle de 2007, le cinéaste argentin Fernando Solanas, 83 ans, montre les ravages de la culture du soja et des déforestations massives qui déciment les peuplades autochtones et détruisent les écosystèmes. Mais aussi l'impunité des multinationales agro-industrielles qui profitent au commerce extérieur et tuent les cultures locales. Sans oublier la toxicité meurtrière du glyphosate et autres produits Monsanto. Rien de nouveau – c'est sa limite – dans ce film didactique et édifiant où Solanas part à la rencontre des victimes bâillonnées par le système et de ceux qui cherchent des alternatives. Révoltant (insoutenables images de bébés malformés à cause des pesticides), l'état des lieux est révélateur de la vulnérabilité des puissances émergentes comme l'Argentine.

L'Humanité - Dominique Widemann
Fernando Solanas nous entraîne dans un grand périple terrestre. Il interroge les habitants, convoque témoins et experts. Dans ce film d'action politique divisé en dix chapitres, il déconstruit chaque fois les processus d'intégration économique d'un système qui induit les répercussions néfastes de l'usage des semences transgéniques, des fumigations de pesticides interdits.

Le Monde - Thomas Sotinel
Pour réaliser Le Grain et l'ivraie, huitième film d'une série de documentaires dénonçant le « saccage » (pour reprendre le titre du premier long-métrage de cette entreprise, Mémoire d'un saccage) de l'Argentine par les puissances économiques, internationales et intérieures, Fernando Solanas a voyagé à travers son pays, de Salta à la pampa, de Rosario à Mar del Plata.

Ce voyage, l'octogénaire le commence comme cinéaste, le termine comme sénateur. Solanas a le droit de changer de casquette (c'est une métaphore, très présent à l'écran tout au long du film, il arbore toujours le même couvre-chef) : il réalise des films depuis la fin des années 1960, siège à la Chambre haute de son pays depuis 2013, après avoir été député.

Mais cette polyvalence fait tanguer Le Grain et l'ivraie. Les premières séquences, tournées dans la province de Salta (celle-là même où Lucrecia Martel a filmé, entre autres, son magnifique récit colonial, Zama), captent le désarroi et la misère des Wichi, premiers occupants du territoire, chassés par la déforestation et l'emprise inexorable des champs de soja transgénique. Solanas filme posément, sans emphase, cette catastrophe, donnant en quelques plans une idée de son ampleur géographique et historique : les Wichi sont les ultimes victimes à la fois de l'extension de la culture industrielle et de la colonisation du continent américain.
Epandages sur les cours d'école
Mais, très vite, la voix professorale, empreinte de patience et de conviction, de Fernando Solanas s'empare de la bande-son. Cette étape à Salta n'est que le prélude à la dénonciation des maux de l'agro-industrie et à la promotion des modes alternatifs d'agriculture. A l'écran,, ce projet se traduit par la succession d'intervenants qui détaillent avec science et conviction les conséquences tragiques de l'introduction de semences génétiquement modifiées par Monsanto. Ils s'adressent à Solanas comme à une figure politique nationale, l'appelant de son diminutif, « Pino », adaptant leur discours au projet militant du réalisateur.




Association IRIS – Saison 2018-2019
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