Roubaix, Une lumière

  jeudi 19 Septembre   
20 H 30


Festival de Cannes Compétition Sélection officielle 2019

Montage : Laurence Briaud
Costumes : Nathalie RAOUL
Image : Irina Lubtchansky
Coproducteur : Piotr Dzieciot,Matgorzata Bela
Son : Nicolas CANTIN,Sylvain Malbrant,Stéphane Thiébaut
Musique originale : Grégoire Hetzel
Coproduction : WHY NOT PRODUCTIONS
Scénario et dialogues : Arnaud Desplechin,Léa MYSIUS
Casting : Toma BAQUENI,Clément MORELLE,Clément MORELLE
Réalisateur : Arnaud Desplechin
Distribution artistique et décors : Toma BAQUENI
Distribution : Le Pacte

Site officiel


 Avec 

» Roschdy Zem - Daoud» Léa SEYDOUX - Claude» Sara FORESTIER - Marie
» Antoine Reinartz - Louis» Chloé SIMONEAU - Judith» Betty CARTOUS - De Kayser
» Jérémy BRUNET - Aubin» Stéphane DUQUENOY - Benoît» Philippe DUQUESNE - Enquête homme brulé Dos Santos
» Anthony SALAMONE - Kovalki» Abdellatif SEDEGUI - M.Hami (le père)» Sylvie MOREAUX - Mme Duhamel (la mère)


 Synopsis 

Roubaix, une nuit de Noël. Le commissaire Daoud sillonne la ville qui l'a vu grandir. Voitures brûlées,altercations...Au commissariat, vient d'arriver Louis Coterelle, fraîchement diplômé.
Daoud et Louis vont faire face au meurtre d'une vieille dame. Deux jeunes femmes sont interrogées, Claude et Marie. Démunies, alcooliques, amoureuses.


 Anecdotes 

ARNAUD DESPLECHIN
FILMOGRAPHIE
2019 ROUBAIX, UNE LUMIÈRE
2017 LES FANTÔMES D'ISMAËL
2015 TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE
Prix Jacques Prévert du Scénario- Prix Lumière du Meilleur réalisateur- César de la Meilleure réalisation
2014 LA FORÊT (Téléfilm Arte)
2012 JIMMY P. (PSYCHOTHÉRAPIE D'UN INDIEN DES PLAINES)
2008 UN CONTE DE NOËL
César du Meilleur acteur dans un second rôle pour Jean-Paul Roussillon
2007 L'AIMÉE
Prix du Meilleur documentaire, Festival de Venise 2007
2004 ROIS & REINE
César du Meilleur Acteur pour Mathieu Amalric - Prix Louis Delluc
2003 LÉO EN JOUANT “DANS LA COMPAGNIE DES HOMMES”
2000 ESTHER KAHN
1996 COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... (MA VIE SEXUELLE)
César du Meilleur espoir masculin pour Mathieu Amalric
1992 LA SENTINELLE
César du Meilleur espoir masculin pour Emmanuel Salinger
LA VIE DES MORTS (court métrage)
Grand Prix du festival d'Angers-Prix Jean Vigo


 Quelques mots 

NOTE D'INTENTION

« Enfant-cinéphile, dès la cour de récréation, je refusais la société. Mais je crois qu'avec le cinéma, j'ai su accepter le monde ». Je retranscris bien imparfaitement la voix de Daney, entendue à la radio. Et longtemps, cette phrase fut mon vade-mecum.
Tous mes films ou presque, furent romanesques. Trop ! C'est ce « trop » que j'ai désiré.
Aujourd'hui, j'ai souhaité un film qui colle au réel, de toute part. Qui reprenne un matériel brut. Et qui – par l'art de l'acteur – puisse s'enflammer.
Comme le prologue du scénario l'indique : j'ai voulu ici ne rien offrir à l'imagination, ne rien inventer, mais retravailler des images vues à la télévision il y a 10 ans, et qui n'ont cessé de me hanter depuis.
Pourquoi n'ai-je jamais pu oublier ces images ? C'est que d'habitude, je ne sais m'identifier qu'aux victimes. Je n'aime pas beaucoup les bourreaux. Et pour la première et unique fois de ma vie, chez deux criminelles, je découvrais deux soeurs.
J'ai voulu considérer ces mots bruts des victimes et des coupables comme la poésie la plus pure qui soit. Je l'ai regardée comme un matériel sacré, soit : un texte que nous n'en finissons pas d'interpréter.
Spectateur, je n'en finis pas d'avoir le vertige devant la culpabilité, et l'enfance de ces deux meurtrières.
Retranscrivant et agençant ce matériel, je songeais chaque jour à Crime et Châtiment. Les tourments de Raskolnikov, ce sont les mêmes que ceux de ces déshéritées.
Oui, Pitié, plus qu'on ne peut dire est au coeur de l'amour.
Réalisateur, je cherche maintenant comment filmer et diriger – comment les acteurs interprèteront de tels rôles. Je crois que la position de la caméra et le jeu de l'acteur peuvent donner à voir les pires tourments des âmes.
C'est la puissance d'incarnation propre au cinéma.
Je crois que la fiction gagne à être un miroir possible du réel.
Ce qui m'a sans doute tant frappé lorsque je découvrais ces images à l'origine de mon film, ce sont ces visages de femmes. Coupables et victimes. La vieille Lucette, la jeune femme violée, l'amie qui l'accompagne, la jeune fugueuse, et enfin les deux meurtrières qui me conduisent dans une spirale de terreur...
Ainsi, à travers la vie de ce commissariat roubaisien, c'était un portrait forcément lacunaire de la condition féminine aujourd'hui.

Un seul film fut mon guide cinématographique : Le Faux Coupable d'Hitchcock. Un fait divers rendu à sa brutalité, sa nudité, son énigme. L'énigme du vrai.
L'on sait comment Hitchcock poussa l'obsession réaliste jusqu'à filmer dans les lieux même du fait divers, utilisant les témoins dans leurs propres rôles.
Ici, je n'ose emprunter le chemin du maître. Mon chemin est le suivant : je pense le jour venu savoir diriger ces mots, filmer des acteurs qui se les approprient et nous les rendent. Oui, rendre hommage à la trivialité de ces mots ou à leur mystère. Soit, par le génie propre au cinéma, faire poudroyer la grandeur de la fiction dans un terrain dévasté, des vies fracassées.
C'est un projet humble. Et son ambition me submerge. C'est cette ambition que je veux embrasser.

Au coeur du film, se trouve la question de l'inhumain. Qu'est ce qui est humain, qu'est- ce qui ne l'est plus ?
À travers le regard du commissaire Daoud, tout s'avère profondément humain. La souffrance comme le crime. Pour Daoud, le travail de la loi est de faire rentrer dans l'humain ce qui d'abord nous a plongé dans l'effroi.
Daoud demande à Claude si son enfant est en foyer. Oui, répond-elle. C'est bien, conclut Daoud. Parce qu'il croit en la loi, au progrès, au pardon. Peut-être le foyer sauvera-t-il cet enfant. C'est ce pari fou de la loi qu'embrasse Daoud.
... Le crime n'est pas montré. Mais les deux meurtrières vont rejouer la scène, autour d'une absence. À Daoud, elles offrent leur témoignage, et reviennent ainsi parmi l'humanité. À la suite de Daoud, je veux offrir un visage à ces deux femmes, me reconnaître en elles, sans les juger. Pour cela, il y a des juges et je n'en suis pas... C'est le plongeon vertigineux auquel je me suis attelé tout au long de cette écriture.

La part que j'ai réservée à la fiction fut le portrait des flics. Il me fallait les détailler un peu.
Deux flics s'opposent et sympathisent. Louis, jeune catholique maladroit, à qui la grâce a manqué. Il ne cesse de se tromper. Et Daoud, sans famille ni religion, qui sait en un regard reconnaître le mensonge de la vérité.
Parce qu'à Daoud, rien n'est étranger.

Étranger dans sa propre ville, honni par sa famille, Daoud sait s'identifier à tous ceux qu'il croise. Il partage leur humanité. Comment pourrait-il ne pas les comprendre ?
S'il m'a fallu ici utiliser la fiction, je n'ai pas voulu pour autant la lester de roman. Il m'a semblé que le romanesque est aujourd'hui partout à la télévision.
Ces policiers, je les ai voulus plus iconiques que romanesques.
Il m'a semblé que ce statut d'icônes, leur silence, portaient plus de vérités que les digressions.

Qu'est-ce qui fait tenir Bourvil dans Le Cercle Rouge ? Une phrase de son supérieur : tous les hommes sont coupables. Qu'est-ce qui fait tenir François Périer dans Le Samouraï ? La pure présence de l'acteur, et l'attention aux gestes.
C'est à ce laconisme et à cette attention que j'ai voulu me dédier.

Daoud est un oeil, et une oreille. Il voit le monde, et l'accepte. Comme me l'enseignait Serge Daney.

Arnaud Desplechin


 L'avis de la presse 

Le Canard Enchaîné - David Fontaine
Une lumière vacillante alors... En hommage à sa ville natale, Arnaud Desplechin a voulu tourner un film ancré dans le réel, s'inspirant d'un fait divers: l'assassinat d'une vieille dame habitant dans une impasse.
Il s'agit en fait d'u remake du documentaire de Mosco Boucault « Roubaix, commisariat central » (2008). D'où un effet bancal : d'abord, la découverte de la ville par un jeune flic qui vient d'être nommé, ficelle rebattue. Puis le film s'enferme peu à peu dans ce seul crime, comme un cas d'école. Au risque de finir en impasse.
Desplechin a beau se réclamer de Dostoïevski et de Hitchcock, son film semble maladroit, déséquilibré, presque naïf. Notamment dans le traitement des personnages de policiers.


Les Inrockuptibles - Théo Ribeton
C'est le vertige et le paradoxe du film : le réel s'y impose d'abord violemment, mais il se réenvoûte de l'intérieur et se met inexplicablement à parler le Desplechin, à ressembler à un monde écrit par lui.

L'Humanité - Sophie Joubert
Avec cette œuvre fiévreuse, Arnaud Desplechin lui offre un de ses meilleurs rôles et transcende le polar classique pour sonder les abîmes de l'être humain.

Télérama - Louis Guichard
Voilà un meurtre que Marguerite Duras aurait pu qualifier mystérieusement, en toute inconséquence, de « sublime ». Une histoire où se mêlent l'amour et l'ignominie, la trahison et la folie. Une vieille dame esseulée a été cambriolée et assassinée dans son lit pendant les fêtes de fin d'année. Les suspectes sont deux voisines, encore jeunes, sans revenu, alcooliques et en couple. Le fait divers, authentique, restitué naguère dans un documentaire (lire ci-contre), a impressionné Arnaud Desplechin au point que le cinéaste a délaissé les intellectuels en crise, héros coutumiers de ses autofictions présumées. Changement de registre, donc.

Le Monde - Jacques Mandelbaum
Inaugurée en 1990 avec La Vie des morts, la Télémachie cinématographique d'Arnaud Desplechin – « cinéfils » en quête éternelle de filiation – amorce depuis 2007 le mouvement d'un retour à Ithaque, autrement nommée Roubaix où, cette année-là précisément, la maison familiale du cinéaste fut mise en vente. Il en ressortira le documentaire L'Aimée (2007), les fictions Un conte de Noël (2008), Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), Les Fantômes d'Ismaël (2017), titres auxquels s'ajoute aujourd'hui Roubaix, une lumière.
La séquence est éloquente. Autour de la maison d'enfance, l'amour et la cruauté, la tendresse et la folie tendent au cinéaste les spectres de la hantise dissociative en même temps que le havre auquel on ne peut faire autrement que revenir. On y est. Mais Roubaix, une lumière apporte, dans ce registre, deux nouveautés d'importance. Le fait divers et le polar. Inspiré d'un documentaire immersif qui fit sensation pour avoir enregistré le terrible aveu d'un assassinat – Roubaix, commissariat central, affaires courantes de Mosco Boucault, diffusé en 2008 sur France 3 – le film de Desplechin lui reste étonnamment fidèle dans son découpage, au point d'en paraître bizarrement ficelé.

Lutte pour la survie et souffle de l'imposture

Plusieurs pistes partent ainsi de la première partie du film – à l'instar du documentaire naviguant au gré des urgences de Police secours – sur les pas du commissaire Daoud et de son équipe, confrontés à la misère sociale et humaine de la ville. Bagarre de voisinage, escroquerie à l'assurance, fugue d'une mineure, viol d'une toute jeune fille, incendie dans un immeuble. Mais déjà, quelque chose s'éloigne irrémédiablement du réalisme documenté à la « Dardenne », ce pourquoi d'ailleurs, nordistes pour nordistes, les Dardenne sont les Dardenne et Desplechin est Desplechin.


Ce quelque chose est la ligne secrètement active qui sépare l'ombre et la lumière, allégorisant rapidement la trivialité du matériau. L'ombre, c'est Roubaix poussé au (film) noir, sa nuit rougeoyante, sa dure pauvreté, sa lutte poisseuse pour la survie. La lumière, c'est Daoud – et avec lui la grandeur de l'acteur Roschdy Zem – commissaire de police et enfant du cru, d'emblée méta réel dans les deux registres. Origine maghrébine, souvenirs amers plein la hotte mais sourire absolu, déterminé, supra conscient, ultra-lucide.

Daoud, c'est le miracle de Noël fait homme. Là où il paraît, la lumière s'allume. Son jeune lieutenant, Louis, l'admire d'autant plus qu'il trompe quant à lui dans le corps policier une vocation avortée à la direction sacerdotale des âmes. Daoud, au fond, on le connaît. C'est un artiste dans la lignée du paria biblique Ismaël, tel que Herman Melville, Ingmar Bergman, Arnaud Desplechin lui-même, le transfigurent respectivement dans Moby Dick, Fanny et Alexandre, Rois et Reine. Hétérodoxe, médiumnique, inquiétant et rayonnant à la fois. Tout cela se précise dans la seconde partie du film. Parce que l'incendie dans la cour d'immeuble n'a pas fini de parler. Il masque le cadavre d'une vieille femme détroussée dans son appartement, un acte criminel abject et deux jeunes suspectes, voisines de cour croisées au cours de l'enquête.

Dans la campagne polonaise gelée d'après guerre, en 1949, un couple de musiciens recueille des chants paysans dans des villages misérables. Puis forme un chœur folklorique national, sous la férule du parti communiste. Au cours d'une audition, l'homme, pianiste taciturne, tombe sous le charme d'une jeune fille blonde comme les blés qui brûle les planches... Début d'une liaison ardente, sous l'oeil de la sécurité d'Etat, qui veille. Elle devient l'étoile de la troupe. A Berlin, trois ans plus tard, il passe à l'Ouest, mais elle ne le suit pas...

Quinze ans de chassé-croisé amoureux à haut risque de part et d'autre du rideau de fer : « un amour impossible à une époque impossible » entre Pologne et France, Allemagne et Yougoslavie... Le réalisateur polonais Pawel Pawlikowski s'est inspiré de l'histoire de ses propres parents, « les personnages dramatiques les plus intéressants qu'il ait jamais rencontrés »
Sur la toile de fond de l'Europe déchirée d'hier, un film d'amour tragique, incandescent, admirablement tourné et mis en musique, dans la même veine que le sombre, sobre, et bouleversant « Ida » (2013) . Et avec la même marque de fabrique : noir et blanc contrasté, photo piquée, format carré, bande –son jazzy soignée...

Un film qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes. « Le Canard » l'applaudit des deux palmes.




Association IRIS – Saison 2019-2020
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Programmation et animation des films du jeudi soir (projections en V.O)
Festival 'Faites des courts'- ciné goûter/pizza pour les enfants
Un projet « Autour de l'animation » - Partenariat avec d'autres associations
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