Jeanne

  jeudi 03 Octobre   
20 H 30


Un Certain Regard - Mention spéciale du Jury

Directeur de la photographie : David Chambille
Montage : Bruno Dumont,Basile Belkhiri
Producteur délégué : Jean Brehat,Rachid Bouchared
Son : Philippe Lecoeur,Romain OZANNE,Emmanuel Croset
Musique originale : Christophe
Productrice déléguée : Muriel Merlin
Casting : Clément MORELLE
Chef décorateur : Erwan Le Gal
Chef costumière : Alexandra Charles
Directeur de postproduction : Cédric Ettouati,Cédric Ettouati
Scénario, dialogues, réalisation : Bruno Dumont
Répétitrice : Julie SOKOLOWSKI
Distribution : Les films du losange, France

Site officiel


 Avec 

» Lise Leplat Prudhomme - Jeanne d’Arc» Annick Lavieville - Madame Jacqueline» Justine Herbez - Marie
» Benoît Robail - Monseigneur Regnauld de Chartres» Alain Desjacques - Messire Raoul de Gaucourt» Serge Holcoet - Monseigneur Patrice Bernard
» Julien Manier - Gilles de Rais» Jérôme Brimeux - Maître Jean» Benjamin Demassieux - Le page
» Laurent Darras - Le Baron de Montmorency» Marc Parmentier - Comte de Clermont


 Synopsis 

Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d'une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d'Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite.
Emprisonnée à Compiègne par les Bourguignons, elle est livrée aux Anglais. S'ouvre alors son procès à Rouen, mené par Pierre Cauchon qui cherche à lui ôter toute crédibilité. Fidèle à sa mission et refusant de reconnaître les accusations de sorcellerie diligentées contre elle, Jeanne est condamnée au bûcher pour hérésie.


 Anecdotes 

de “ Jeanne d'Arc ”de Charles Péguy
Raoul de Gaucourt
— Vous vous imaginez, madame Jeanne, que tout le monde est aussi pieux, aussi pitoyable, aussi bon que vous : c'est une grave erreur. Si vous connaissiez la vie, Mais vous n'êtes qu'une enfant, vous ne connaissez pas la vie, vous ne connaissez pas le monde.
Un silence.
— Les hommes ne valent pas cher, madame Jeanne ; les hommes sont impies ; les hommes sont cruels, pillards, voleurs, menteurs; ils aiment la ripaille : c'est bien triste à dire, mais ils sont ainsi, et pendant cinquante ans que j'ai passé ma vie avec eux, mon enfant, c'est toujours ainsi que je les ai connus.
Jeanne
— Mon maître, les hommes sont comme ils sont ; mais il nous faut penser, nous, à ce qu'il faut que nous soyons.


 Quelques mots 

CHRISTOPHE

Christophe descend d'immigrés italiens originaires du Frioul.
À la fin des années 1950, il développe une passion pour le rock des pionniers et le blues.
Ayant trouvé sa vocation, il apprend la guitare et l'harmonica. En 1961, il fonde Danny Baby et les Hooligans, un groupe amateur.
Après son service militaire, il entame une carrière de chanteur en solo.
En 1965, sa ballade Aline, lui apporte reconnaissance et succès : la chanson dépasse le million de disques vendus dans le monde. D'autres succès suivent, comme Les Marionnettes, J'ai entendu la mer, ou Excusez-moi Monsieur le professeur.
En 1971, il s'adjoint les services du jeune parolier Jean Michel Jarre, avec qui il écrit l'album Les Paradis perdus, très influencé par le rock anglo-saxon de l'époque (Pink Floyd, Lou Reed).
Le succès est à nouveau au rendez-vous, la réussite de leur association concrétisée, en 1975, par l'album Les Mots bleus, un des sommets de la carrière de Christophe, qui lui permet de renouveler son public. Il se produit alors à l'Olympia pour deux soirs à guichets fermés.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC BRUNOT DUMONT

Jeanne est la suite de Jeannette et les deux films forment une adaptation d'une pièce de Charles Péguy. Pourquoi vous emparer de Jeanne d'Arc à travers cet écrivain ?
Si Jeannette était un film “ chantant ”, telle une comédie musicale, Jeanne est cette fois un film d'action, psychologique, dialogué, parce que porté aux débats des Batailles et au suspens d'un Procès.
Charles Péguy est un auteur que j'ai découvert assez récemment et j'ai été très impressionné par son écriture, notamment, son chant, sa musicalité. Lorsque j'ai commencé à avoir l'idée de réaliser un film musical, je cherchais un texte réellement propice, aussi je me suis rapproché naturellement de lui et de sa pièce de théâtre Jeanne d'Arc comme d'un livret. Mon film précédent, Jeannette, racontait l'enfance de Jeanne et était l'adaptation de la première partie de la pièce, qui s'appelle Domrémy. Jeanne en est la suite et adapte les deux autres parties : les Batailles et Rouen. La difficulté littéraire que l'on peut attribuer parfois à Péguy ne me faisait plus peur parce que l'adaptation cinématographique et musicale apportée me permettait alors d'y remédier et d'établir un équilibre inédit : si ce que dit Péguy est parfois fort profond, obscur, c'est ici contrebalancé par la cinématographie des actions, les chansons et la musique qui donnent au tout un accès simple, facile, comme léger et non diminué de ses forces.
Péguy a écrit un texte pointu, dans le domaine des idées, et très lyrique dans la forme, qui avec une telle cinématographie, pouvait alors être préservé tel quel, sans renoncement, ni faux-semblants, c'est-à-dire comme gardant pour ainsi dire tout autant la fleur de la rose que ses épines. Avec Jeanne, j'ai voulu prolonger cette ambition et cet équilibre-là, celui de toute chose, la ligature naturelle de la douceur et de l'ardeur, c'est à dire sans falsifier, sans évaporer, ni céder aux trompettes de la vulgarisation

Puis, au-delà du poète, je me suis aussi beaucoup intéressé au philosophe, à la pensée de Péguy. Au-delà du plaisir littéraire, il y a une puissance intellectuelle, une pensée très nouvelle ; notamment une compréhension assez fulgurante de notre modernité. Derrière la simplicité de l'histoire de Jeanne repose quelque chose d'essentiel et de vrai, sans que cela soit intellectuel ou cérébral, car avec Péguy le fond occupe la surface, et même si la surface est simple elle est toujours l'expression naturelle de sa profondeur. Jeanne d'Arc est l'expression, la poussée même de cette pensée.

Pourquoi le personnage de Jeanne d'Arc reste-t-il si important dans l'imaginaire français ?

Pour le dire franchement, moi, Jeanne d'Arc, je m'en fichais un peu... Charles Péguy me l'aura, disons « révélée ». Lorsque Péguy écrit sa Jeanne, il est pleinement athée... Il a 24 ans et il est socialiste, universaliste, anticlérical, idéaliste : ça se sent très bien dans son texte qui, à l'oeuvre de pourfendre l'Église chrétienne, attaque davantage toute “église”, c'est à dire tout dogmatisme...
Par ailleurs, Jeanne est une héroïne historique et nationale de la Guerre de Cent Ans, elle transporte naturellement et universellement avec elle un pays et un peuple tout entier. L'histoire de Jeanne d'Arc est ainsi un théâtre qui porterait bien l'humanité toute entière au travers d'un récit national, historique et incarné...

D'autre part, il me semble qu'il y a dans la figure de Jeanne d'Arc - comme dans celle de tout héros - une opacité, qui dit beaucoup de choses, au fond, à propos de ce qui demeure toujours secrètement dans la nature des êtres et des choses, ici la France et les Français : comme son mystère.
Toutes les grandes interrogations liées la nation française sont des thèmes très difficiles à énoncer, à exprimer - sûrement parce qu'ils sont des “ noeuds ” dans l'arborescence des citoyens - et d'ailleurs nous les Français ne les saisissons-nous pas difficilement ? Ce noyau commun où tout repose est comme caché dans ce que recouvre le mot de “ France ”. La seule façon que nous avons de l'atteindre, de l'entendre nous dire ce qui nous unit, c'est de raconter une histoire, montrer des héros qui se démènent, c'est à dire transfigurer ce qui se joue, le représenter. Il faut toujours que cela passe par une histoire, un récit, pour que nous puissions comprendre tout ce qui est impalpable et secret. De ce point de vue, raconter Jeanne d'Arc c'est raconter la France. La France intemporelle. Représenter l'histoire de Jeanne d'Arc, c'est révéler ce qui est caché et mettre ainsi au jour ce qui nous relie : montrer ce qu'être français veut dire et pour chacun d'entre nous...
Péguy tend donc naturellement à la quête de cette intemporalité ; quoique moyenâgeux, il n'a rien ici de démodé ni de dépassé ; son texte fait de Jeanne un sujet toujours aussi puissant, pas du tout reculé dans le passé, parce qu'au travers de l'histoire représentée, il touche le vrai, qui est comme immobile et qui se présente à nous... La puissance métaphorique de Jeanne d'Arc est grandiose !

Ce qui rend cela possible, ce qui sous-tend cette puissance édifiante du récit héroïque en général, celui de Jeanne d'Arc en particulier, c'est que dans l'Histoire humaine, selon Péguy, il n'y a pas de Progrès ou si peu. L'Histoire n'est pas linéaire, elle est plutôt une spirale, une boucle, un recommencement, une répétition. L'humain est dans des cycles, tout revient, comme la Nature dans le cycle perpétuel de ses saisons. L'évolution est, en même temps, mystérieusement, une répétition. Pas de progrès, pas de salut, donc pas de lendemains qui chantent, seul le présent vaut. Pour Péguy, la mission des héros est de révéler ce processus inouï.

La représentation de Jeanne d'Arc, comme les multiples adaptations cinématographiques ou théâtrales, sont précisément à l'oeuvre perpétuelle de ce mystère et la preuve de la nécessité de son “ ressassement ”. Les héros et leurs récits doivent ainsi nous être répétés, rappelés, à la seule fin de nous remémorer sans fin ces vérités dont nous sommes oublieux. Leur “ temps présent ”, répété dans le temps de leurs représentations, ici au cinéma, est le point de culmination de cette mystique dont nous tous, spectateurs, faisons partie prenante et corps.

Jeanne héroïse ce qui est enseveli et caché... Jeanne porte une vérité intemporelle qui n'a pas d'autre voix que celle d'une héroïne pour émerger : le cinéma opère précisément cette manoeuvre inouïe et fulgurante de ravissement et de connaissance. C'est à proprement parler une mystique à mettre ainsi en branle toutes les connexions secrètes en une harmonie dont le spectateur est partie prenante et le cinéma l'appareillage.

Comment s'y prend Jeanne d'Arc pour nous parler encore ?

Jeanne retentit largement en nous, elle touche à tout et à tous : spirituellement, socialement, politiquement... jusqu'aux extrêmes, de droite comme de gauche, les tourbillonne, les réconcilie... Nombre d'intellectuels du 19e et du 20e siècles et de tous bords ne se sont-ils pas réclamés d'elle ? Elle est si vaste. Elle parle de tout : de l'Église, du roi, du nationalisme, du socialisme, de la terre, du ciel, de la guerre, de la paix... pour eux et contre eux... Elle regimbe dans son obéissance au Roi, elle regimbe dans sa soumission à l'Église, mais ne transige jamais dans son amour de Dieu et dans la mission de délivrer la France. C'est un vrai bouillon !
La façon dont l'histoire mélange l'intellectuel et l'opinion me séduit particulièrement. C'est d'ailleurs très présent dans le film : on passe en permanence de l'un à l'autre, des lettrés aux conversations entre ouvriers et gardes. Péguy a trouvé un équilibre entre l'intelligence, le tout-venant et le commun. Il ne renonce pas à l'intelligence au prétexte que c'est exigeant. Il trouve le moyen de dire des choses profondes sans pontifier, sans idéalisme ni spiritualisme ou angélisme, et en même temps il dit des choses simples. Jeanne d'Arc c'est ça : on est au ras de la terre et on parle du ciel. Dans le film, on passe des discussions ordinaires entre soldats ou artisans à des débats théologiques assez fins et complexes, auxquels moi-même je ne comprends pas tout... Là-encore, je trouve ça très fructueux de recouvrir toute l'amplitude de l'esprit humain, sa commodité comme son obscurité, sans privilégier l'un ou l'autre. Et Péguy nous offre les deux : à la fois le spirituel et le temporel. C'est même un monde poétique où le spirituel ne peut passer que par le temporel. Tout est lié et uni mystérieusement. Même l'humour est présent dans cette peinture si humaine.
Je crois vraiment à cette idée que les choses profondes passent par la surface, forcément par la surface. Elles ne doivent pas devenir cérébrales et indigestes, des vues de l'esprit. Il n'y a rien de pur, tout est mêlé. Il faut allier l'intelligence et l'opinion. Je retrouve cela chez Jeanne, chez Péguy et dans l'idée que je me fais du cinéma : raconter des choses qui soient simples et non dénuées de profondeurs et d'aspérités. Ne pas retirer les épones aux roses ! leur correspondance avec le cinéma devient possible. Le héros cinématographique est une incarnation spirituelle dont le cinéma est comme l'expression naturelle, une représentation, et comme un théâtre où s'écoule mystérieusement le flux de la vie humaine et de tous ses sédiments.

Le film rend compte d'une expérience du temps présent, où l'objectif est de faire entrer le spectateur, l'élever, l'aspirer vers quelque chose qui, certes, nous dépasse, mais infuse. Cependant il faut trouver la bonne balance avec lui, s'adapter à la modernité dans laquelle il vit, chercher une connexion. Lorsque je fais le choix de Christophe, par exemple, pour composer la partition et interpréter une chanson, ou lorsque je choisis la jeune Lise Leplat Prudhomme, qui a dix ans, pour incarner une Jeanne adolescente à la fin de sa vie, cela participe des liens que je tisse avec notre présent : rechercher des analogies et des correspondances. Idem pour le procès, où les rôles ont été distribués à des universitaires, théologiens, professeurs de philosophie ou de lettres, tous très à l'aise avec cette matière finalement et déjà connectés à elle.

Pouvez-vous en dire plus sur ce choix de Christophe comme compositeur et son apparition vers la fin du film ?
Je voulais que l'on ajoute à cette “ orchestration ” cinématographique générale, la ligne claire de mélodies, de rythmes et d'harmonies musicales qui fasse fleurir davantage sa compréhension et sa portée. La musique a des équivalences et des nuanciers subtils aux endroits difficiles et superposés de la pensée.
La collaboration a été extraordinaire avec Christophe. Il a compris très vite ce dont j'avais besoin. Il a découvert Péguy à cette occasion et visiblement l'écriture l'aura vraiment inspiré. Les stances, les rythmes, les nappes, les répétitions de l'écrivain sont comme prédisposés à leur métamorphose musicale et si proches de l'univers d'un compositeur d'aujourd'hui dont l'évolution musicale est inouïe. Finalement Christophe a écrit quatre chansons, dont une qu'il chante lui-même à l'image. Son architecture sonore épouse mystérieusement tout du long le coeur de Jeanne, elle est son chant. C'est extraordinaire: la composition musicale donne comme une “ connaissance ” de ce qui se meut dans le récit, un dessin fin et contrasté des arcanes de l'intériorité de Jeanne.

Comment vous y prenez-vous pour prolonger cet équilibre au cinéma ?

Péguy est très cinématographique. Il croit donc beaucoup au temps – au ministère du temps présent - à la durée, à la “ fulgurance ” du héros et à son écoulement. Péguy est bergsonien : il croit à l'action comme seule expression de vérités spirituelles. Quand des personnages présentent à la fois une telle portée humaine et une mission tant spirituelle, leur correspondance avec le cinéma devient possible. Le héros cinématographique est une incarnation spirituelle dont le cinéma est comme l'expression naturelle, une représentation, et comme un théâtre où s'écoule mystérieusement le flux de la vie humaine et de tous ses sédiments.

Le film rend compte d'une expérience du temps présent, où l'objectif est de faire entrer le spectateur, l'élever, l'aspirer vers quelque chose qui, certes, nous dépasse, mais infuse. Cependant il faut trouver la bonne balance avec lui, s'adapter à la modernité dans laquelle il vit, chercher une connexion. Lorsque je fais le choix de Christophe, par exemple, pour composer la partition et interpréter une chanson, ou lorsque je choisis la jeune Lise Leplat Prudhomme, qui a dix ans, pour incarner une Jeanne adolescente à la fin de sa vie, cela participe des liens que je tisse avec notre présent : rechercher des analogies et des correspondances. Idem pour le procès, où les rôles ont été distribués à des universitaires, théologiens, professeurs de philosophie ou de lettres, tous très à l'aise avec cette matière finalement et déjà connectés à elle.

Pouvez-vous en dire plus sur ce choix de Christophe comme compositeur et son apparition vers la fin du film ?


Je voulais que l'on ajoute à cette “ orchestration ” cinématographique générale, la ligne claire de mélodies, de rythmes et d'harmonies musicales qui fasse fleurir davantage sa compréhension et sa portée. La musique a des équivalences et des nuanciers subtils aux endroits difficiles et superposés de la pensée.
La collaboration a été extraordinaire avec Christophe. Il a compris très vite ce dont j'avais besoin. Il a découvert Péguy à cette occasion et visiblement l'écriture l'aura vraiment inspiré. Les stances, les rythmes, les nappes, les répétitions de l'écrivain sont comme prédisposés à leur métamorphose musicale et si proches de l'univers d'un compositeur d'aujourd'hui dont l'évolution musicale est inouïe. Finalement Christophe a écrit quatre chansons, dont une qu'il chante lui-même à l'image. Son architecture sonore épouse mystérieusement tout du long le coeur de Jeanne, elle est son chant. C'est extraordinaire: la composition musicale donne comme une “ connaissance ” de ce qui se meut dans le récit, un dessin fin et contrasté des arcanes de l'intériorité de Jeanne.

À propos de Jeanne, vous n'employez jamais le mot de mythe.

Parce que je veux y échapper le plus possible ! Mon but est de “ temporaliser ” le spirituel. De faire descendre les icônes aujourd'hui parmi nous. Montrer que le ciel est sur terre, que le sacré n'est pas dans les institutions religieuses mais se trouve présent dans le commun des choses. Je “ démythifie ” davantage le mythe du carcan religieux et institutionnel, pour le “remythifier” dans une représentation cinématographique c'est à dire le remettre à son théâtre originel. Ce serait même plutôt une forme de retour au sacré, mais comme un sacré remis à sa place, là où il doit être, dans l'art. La proximité Art et Religion en dit long sur ce qui unit ces deux-là : le premier étant probablement à l'origine du second pour l'avoir à ce point sollicité pour en être !
Je suis un grand admirateur de L'Évangile selon saint Matthieu de Pasolini, qui replace le sacré exactement là où il faut : au cinéma. Je pense que l'expérience artistique est la source de l'expérience spirituelle et que pour atteindre
cela, Dieu est un très bon personnage, une bonne histoire. Le Christ est très propice, très favorable au cinéma de ce point de vue ! C'est aussi pour cela qu'il ne faut pas tant se séparer des bondieuseries, ce serait bien dommage : il faut au contraire remettre Dieu dans son théâtre... au cinéma !
Le cinéma peut satisfaire nos vénérations profondes et la superstition cinématographique n'est que poétique, c'est à dire comme étant enfin remise à sa place. Comme tout art, le cinéma nous émancipe et nous affranchit de l'aliénation religieuse.

La modernité du film provient aussi de la transposition qu'il fait de cette histoire.


Le thème de Jeanne appartient à une tradition cinématographique de pas moins de trente adaptations. Mes Jeanne préférées jusqu'ici, sont celles de Mélies, De Mille et Dreyer. Parce qu'elle y est muette, entièrement poétique et d'un formalisme démesuré. Pour moi, le plus crucial c'est la forme, le style, car c'est ce qui articule le spectateur sur le fond. Avec Jeanne, tout le monde connaît l'histoire, connaît la fin. La vraie question, c'est comment l'adapter, la connecter, la représenter de nos jours... Par son style, répétitif, Péguy l'adapte d'emblée à la modernité : la modernité du sempiternel mystère de la liberté humaine... ici mystère de la vocation de Jeanne, mystère de la confusion des voix de son coeur et des voix du Ciel... Au cinéma, pour ma part, je ne crois qu'à la transposition. La réalité cinématographique est poétique. Jeanne est ainsi une forme sublimée de l'âme humaine qui, sous nos yeux, se démène et guerroie dans les vicissitudes de l'existence.
L'héroïne nous délivre de ce qui se joue, de ce qui est représenté et dont nous sommes l'enjeu parce que Jeanne n'est que la transfiguration de notre intériorité. Jeanne nous interprète au fond, elle oeuvre pour nous en scrutant notre propre mystère. C'est la fonction de tout héros.

Le film ne recherche pas l'exactitude historique.

Pas du tout. Disons plutôt une exactitude intemporelle. Quoique tous les protagonistes et les faits relatés par Péguy sont vrais, cela est la surface nécessaire à la vraisemblance de ce qui va se nouer. L'enjeu de toute représentation étant spirituel et intérieur, l'historique est accessoire. L'existence véritable de Jeanne oblige seulement cette vraisemblance historique dont Péguy respecte la chronologie. L'emprisonnement de Jeanne dans les prisons anglaises, par exemple, est historique ; les blockhaus choisis en sont des représentations : au seul dessein de l'évocation de sa solitude et de son enfermement. Seule la vérité intérieure compte, et les moyens de représentation qui y oeuvrent.
Les Batailles et la défaite de Paris sont historiques... la chorégraphie musicale en représente le rituel et les figures intestines, l'extase de toute lutte, son trip...

La chorégraphie
Encore une fois la transposition doit être à l'ouvrage pour que l'oeuvre fasse son office. Une autre partie de l'action, par exemple, se passe en prison mais je ne voyais pas pourquoi l'illustrer littéralement et n'avais pas plus envie de m'y enfermer pour tourner. Je n'aime pas quand il faut tout éclairer. Alors j'ai filmé une sorte de prison en plein air, dans de vieux blockhaus... Pour la cathédrale d'Amiens, à laquelle je tenais beaucoup mais qu'il était impossible de fermer au public, nous avons du coup restreint le plateau à une aire occultée d'un rideau, comme une chapelle. Il me fallait cet espace pour passer du “ sauvage ” des dunes et du champ de Bataille... au sacré du Procès, ce que rendait la verticalité gothique du lieu bâti qui inspire si concrètement la spiritualité. J'attends de rencontrer des décors qui parlent, je n'ai pas envie d'endroits mutiques qui ne racontent rien. On les trouve avec persuasion et patience.
Je ne me pose pas la question de l'anachronisme ou de la vérité historique. Nous sommes dans l'intemporel et le film est inexact historiquement. Tout est faux, pourrait-on dire. Parce que je ne cherche que des équivalences : Jeanne porte une vérité intemporelle et je reste subjugué par la puissance qu'elle peut déployer encore aujourd'hui, dont je ne prenais pas la mesure autrefois.

Seule la transposition compte et non l'illustration, parce que le cinéma est bien une représentation. Celle de l'intériorité et non des dehors, quand bien même un dehors l'incarne encore nécessairement, ici des blockhaus, là une cathédrale... La chimie d'un film est à ce point paradoxale, contradictoire, falsifiée et vraie !

On aurait imaginé que Jeanne Voisin, qui jouait Jeanne à 15 ans à la fin du premier volet, reprenne le rôle. Or vous l'avez confié à Lise Leplat Prudhomme, qui dans ce même film incarnait Jeanne enfant...

Aucune actrice incarnant Jeanne d'Arc dans l'histoire du cinéma n'a eu l'âge exact de Jeanne, ses 19 ans à sa mort. Renée Falconnetti avait 35 ans, Ingrid Bergman 39 ans... Pour preuve, au besoin, que ce n'est pas l'exactitude historique qui est recherchée... Lise a 10 ans.
Un concours de circonstances a heureusement fait que l'actrice qui jouait Jeanne adolescente dans Jeannette ne puisse reprendre le rôle qui, en effet, lui était dévolu... Mais l'idée de prendre Lise s'est imposée comme une révélation. Quand on a vu aux essais ce qu'elle rendait en armure, on a compris qu'elle avait mystérieusement quelque chose d'extraordinaire, une expression très unique de l'enfance et de l'innocence, comme le trait de ce qui en chacun de nous est intangible et permanent... le trésor recherché, qui déjà “ sonnait ” dans l'oeuvre de Péguy. Le choix de Lise, donc d'une enfant, se révèle vite comme le véritable moyen d'expression à rendre aussi visible, fragile et naissant, tout ce qui se joue en Jeanne d'Arc et soit, par cette petite fille, à ce point incarné : sa jeunesse, sa fougue, son espérance, son ardeur face aux adultes et à leurs arguties, sa candeur face aux obstacles, sa détermination dans sa mission...bref, du haut de ses dix ans, Lise incarne et accentue, d'autant et naturellement, la frêle naissance d'une femme et d'une âme fulgurante, aussi universelle et tant élevée... comme si Lise en était le noyau originel et la poussée... L'héroïne est à ce point incarnée sous les traits de Lise que la représentation est à son comble. Aussi sa jeune présence nous trouble et retentit en nous comme jamais et comme il se doit au cinéma.
La petite retentit d'un trait à notre modernité... Sa petite taille renverse toutes nos habitudes, à l'endroit de Jeanne comme à celui de nos préjugés ; au fond, elle à la taille proportionnelle de notre enfance, enfance qui dans l'existence demeure le socle de toute âme humaine, perpétuellement. On le sent bien, face à la petite actrice. On le sait mystérieusement. Le cinéma le transporte. Elle est extraordinaire, la petite, très forte, et sur le plateau beaucoup d'adultes étaient naturellement impressionnés de jouer en face d'elle, et déjà, obscurément, pour toutes ces raisons.

Et puis cela rappelle la peinture flamande que j'aime tant, ces tableaux du Moyen Âge où, à la même époque que Jeanne, les peintres du Nord altéraient déjà curieusement les figures, opéraient des rétrécissements et des personnages miniaturisés par rapport à d'autres. Ainsi donc, le jeu sur les proportions existe dans la quête de la perspective et oeuvre véritablement dans la représentation. Comme figurer en point ou en carré, voir l'abstraction... Alors l'altération des figures pourrait bien à elle seule raconter toute la quête de l'histoire de la représentation. La disproportion à l'oeuvre n'était-elle pas la réalité de l'art lui-même ? Une question de poids et de mesure. La taille ici de Jeanne d'Arc n'est-elle pas que la juste transposition de la nôtre... dans la “ Bataille Humaine ”Charles Péguy dit quelque part que l'on a tous douze ans. Définitivement. Ensuite, c'est le petit enfant que l'on a en soi qui se voit vieillir. Moi, quand je vais au cinéma, j'ai douze ans et il y a en moi toujours ce petit bonhomme qui regarde.

Quel serait votre plus fort point commun avec Jeanne ?

Son aspect ordinaire, sans doute. Son trait terrien, toujours non sans regarder au ciel. Puis l'ordre de sa volonté et de sa détermination. L'espérance incarnée. Jeanne, disait Bernanos, c'est la merveille des merveilles. Elle pourfend. Jeanne pourfend l'institution, l'institué. Elle attire l'attention sur la malignité des dogmes et des dogmatiques et de leurs raisonnements. Elle se dresse face à des gens qui toujours sont là pour nous dire qui est “ damné ” et qui est “ élu ”. Derrière ces catholiques, ce sont tous les sectaires que Péguy vise. Les sectaires demeurent et sont une abomination de la pensée. Quoi que Jeanne dise, elle sera condamnée. Ses procureurs se livrent à un numéro brillant d'équilibristes de la mauvaise foi. Bien qu'ils restent humains, comme le film le montre, ils sont totalement corrompus par leur institution et par les dogmes, qui les rendent capables d'envoyer logiquement une enfant au bûcher. Je trouve que cela produit des résonances très actuelles et si contemporaines avec tous les discours de ceux qui croient ou prétendent détenir une vérité et jugent selon elle, aveuglement.

Il n'y a pas de progrès, l'histoire humaine est une sempiternelle compénétration de l'évolution et de la répétition. La nature humaine est toujours la même, la bataille humaine est continuelle, il n'y a rien derrière nous qui aurait été résolu une fois pour toutes. Aussi la vie humaine est-elle exaltante.
De surcroît, Jeanne est une femme. Une petite femme, certes, mais toute petite qu'elle est, elle parle aussi de la substance propre de la femme. Sa germination.


La solitude de Jeanne est très frappante. Ne ressemble-t-elle pas à la solitude du cinéaste ?
C'est la solitude de la condition de l'existence humaine portée à sa plénitude. Jamais vu une femme aimer autant : une merveille ! Jeanne ne représente pas quelqu'un mais quelque chose. Quelque chose qui est en nous infigurable et qui est ici comme transfiguré sous les traits de Jeanne et les paysages moyenâgeux.
Cela représente, disons pas tant la clarté, que l'éclaircissement. Pour nous, Jeanne, ici, est un éclaircissement, portée à son comble. Tout ce théâtre a toujours lieu dans notre coeur.
Recueilli par OLIVIER SÉGURET


 L'avis de la presse 

Première - Thomas Baurez
Bruno Dumont adapte à nouveau Charles Peguy. Délestée des dissonances de son film précédent, sa Jeanne d'Arc est pleine de grâce.
Après le dissonant Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc, voici Jeanne. Toujours Charles Péguy, toujours Bruno Dumont et toujours Lise Leplat Prudhomme 10 ans, dans le rôle de la pucelle d'Orléans, qui a bien grandi en deux ans. Sur les dunes du Nord battues par les vents, la guerre de Cent ans est montrée dans un parfait dépouillement. L'histoire est certes connue. Au cinéma peut-être plus qu'ailleurs. Le geste de Dumont est de coller au plus près à la prose de Péguy pour mieux la remodeler. Il a raison : sa Jeanne est pleine de grâce. De la grâce juvénile et pourtant pleine d'aplomb de sa jeune interprète tout en majesté. Autour d'elle, le cinéaste recherche des gueules et surtout des corps non déformés par un quelconque apprentissage. Chacun dit son texte avec une fragilité et des hésitations propres à désamorcer la pesanteur du texte. La caméra sonde l'Éternel, cherche la grandeur. Ainsi, un ciel gorgé de soleil éblouit et ramène les pauvres mortels à leur humaine condition. Idem à l'intérieur de la grandiose cathédrale où les corps tout petits ne font guère le poids. Est pourtant, ces corps, ou plutôt ces visages, se font bien entendre. C'est l'heure du procès en hérésie avec son arrière fond politique et la disgrâce de Charles VII (Luchini en guest !). Les juges en habits de gala pérorent, complotent, s'interrogent. Il y en a un, dont on ne voit pas les traits cachés sous une capuche, mais dont la voix fluette et gracile trahit l'identité : c'est Christophe, le chanteur ici acteur dont on entend à plusieurs reprises des chansons originales d'une puissance folle. Sublime !


Télérama - La communauté
Contre bûchers & obscurantisme, Dumont érige un chemin de foi et d'ennui, où Jeanne, architecte ingénue, y sanctifie l'humain en vocalises.

Le Monde - Mathieu Macheret
Depuis que le cinéma de Bruno Dumont, d'ascendance plutôt austère, a fait avec le feuilleton P'tit Quinquin (2014) un détour par la télévision, une folie proliférante semble s'être emparée de lui, pour donner lieu à toute une série d'œuvres à épisodes ou à suites, jamais closes sur elles-mêmes. Deux ans après le délirant téléfilm qu'était Jeannette (2017), « musical » relatant l'enfance de Jeanne d'Arc sur une bande-son métal, d'après le premier volet d'une pièce de Charles Péguy, Jeanne lui apporte une suite tirée des deux volets suivants. Suite qui prend également le parti de remiser les extravagances du film précédent, pour une adaptation plus directement narrative, plus tournée vers l'incarnation. Si, ce faisant, Dumont peut sembler faire marche arrière, il compose surtout ici une magnifique œuvre de synthèse, qui tend un pont entre toutes les tendances, passées et présentes, matérialistes et lyriques, de son cinéma.

Jeanne a donc perdu son diminutif d'enfance et c'est désormais la guerrière que l'on retrouve, toujours sous les mêmes traits de la jeune actrice Lise Leplat-Prudhomme, 10 ans, dont les regards profonds scrutent avec aplomb l'axe de la caméra. En 1429, en pleine Guerre de Cent ans, Jeanne, auréolée de ses victoires, est postée avec son armée aux portes de Paris. Contestée par les clercs, remise en cause par ses généraux, elle essuie une première défaite, avant de se rabattre à Saint-Denis. Une seconde partie la retrouve plus tard prisonnière des Anglais à Rouen. S'ouvre alors son procès mené par l'Abbé Cauchon, où la jeune fille soutient bravement l'interrogatoire d'une assemblée de doctes théologiens, qui finiront par avoir raison de son inflexible constance.


Les Inrockuptibles - Anthony Moreira
Sélectionné dans la section Un certain regard, la suite de Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc tranche visiblement avec le ton comique de ses précédents films (P'tit Quinquin, Ma Loute) pour revenir à une atmosphère plus solennelle et mystique avec Jeanne. Dumont s'inscrit ainsi dans la grande tradition des adaptations cinéma de l'histoire "la Pucelle d'Orléans", déjà portée à l'écran par des cinéastes qui lui sont chers, parmi lesquels Carl Theodor Dreyer et Robert Bresson.

Bruno Dumont n'a pourtant rien perdu de sa malice et que l'on se rassure, il n'a pas totalement abandonné le décalage. Ainsi, dans cette adaptation du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc de Charles Péguy, Jeanne est incarnée par une très jeune fille, – les actrices qui ont incarné Jeanne d'Arc au cinéma avaient souvent plus de 30 ans – Lise Leplat Prudhomme, l'actrice du volet précédent. Cela crée forcément un décalage, lorsque l'on voit la petite monter à cheval, tenir tête à des hommes d'églises, et s'entretenir avec le roi Charles VII (joué par Fabrice Luchini) dans la sublime cathédrale d'Amiens. Pour la bande originale, Igorr et ses partitions rock-electro laisse place aux compositions aériennes et élégiaques de Christophe.


La Croix - Céline Rouden
Après le baroque « Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc », Bruno Dumont revient à l'épure de ses débuts et sublime le texte de Péguy grâce à une mise en scène élégiaque et à la voix cristalline du chanteur Christophe.

Un certain regard , Disons le franchement, la perspective d'aller voir le deuxième volet de l'adaptation du Jeanne d'Arc de Charles Péguy par Bruno Dumont nous laissait circonspect. La première partie consacrée à l'enfance de la bergère de Domrémy, présentée il y a deux ans à la Quinzaine des réalisateurs, et traitée à la manière d'un opéra-rock, confinait à la farce. Elle actait une nouvelle manière tragico-absurde adoptée par son auteur depuis Ma Loute.


Marianne - Nedjma Van Egmond
Deuxième volet de son adaptation de Charles Péguy après "Jeannette", le film "Jeanne" évoque la suite du périple de Jeanne d'Arc. Un film radical et hanté par la musique de Christophe. Rencontre avec son réalisateur.
Regard d'enfant sensible, mais conquérante, elle se tient droite, petit bout de femme, déterminée dans son armure, les yeux levés vers le ciel. Christophe chante “la douleur d'être chef de bataille”... Après l'enfance de Jeanne d'Arc explorée dans “Jeannette”, comédie musicale punk, Bruno Dumont poursuit son adaptation de la pièce de Charles Péguy. Il raconte la suite du périple de la pucelle d'Orléans, après le départ de Domrémy. On est en 1429, elle libère Orléans, connaît sa première défaite à Paris, est emprisonnée à Compiègne et jugée à Rouen, lors d'un procès mené par Pierre Cauchon. Avec la même jeune actrice, Lise Leplat-Prudhomme dans le rôle-titre, Bruno Dumont livre un drame musical et percutant. Rencontre à l'occasion du Festival de Cannes.


Libération - Didier Péron
Timbre. Jeannette était authentiquement zinzin, peut-être parce qu'il fallait au cinéaste se plier à la double contrainte d'une bande-son et d'une chorégraphie de comédie musicale. Cette fois, il va au plus pressé et plus facile pour lui, en réduisant les décors (une plage, un champ d'exercice, la cathédrale d'Amiens, un champ) et en jouant au maximum de l'harmonie bizarre, dissonante, de types de voix et de jeu poussés loin de tout naturalisme. La stylisation des prises de parole, aussi bien des juges que de la pucelle interprétée toujours par Lise Leplat Prudhomme, qui a une douzaine d'années, se double de passages musicaux composés par Christophe qui chante de son timbre haut perché le texte de Charles Péguy sur des mélodies électroniques.
On a du mal à savoir pourquoi Dumont, qui ne rate jamais une occasion de rappeler qu'il est athée, est à ce point obsédé par la religion (un premier film titré la Vie de Jésus, Hadewijch sur la conversion musulmane d'une religieuse catholique qui finit terroriste ou encore Hors Satan travaillé par la damnation sociale et métaphysique), si désireux de ramener du contemporain dans ces débats sur les «voix» de Jeanne, son besoin de bouter les Anglais hors de France et de le faire sous la dictée d'une instance supérieure. Cette modernité ne saute pas aux yeux et l'approche - nettement plus empesée et en osmose avec le personnage que ne l'était le premier film, qui la considérait quelque peu comme un cas de folie précoce et contagieuse - ne peut se mesurer à la seule excentricité d'une direction d'acteur mêlant la gravité et la bouffonnerie. On est quand même toujours au bord du truc, du tour de passe-passe et de l'enfumage arty.




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