Ceux qui travaillent

  jeudi 07 Novembre   
20 H 01


Sélection officielle Locarno Festival

Scénario : Antoine RUSSBACH,Emmanuel MARRE
Montage : Sophie Vercruysse
Décors : Elisabeth HOUTART
Mixage : Mathieu Cox
Costumes : Anna VAN BRÉE
Image : Denis JUTZELER
Etalonnage : Peter BERNAERS
Production : Elodie BRUNNER,Elena TATTI,Thierry SPICHER,Olivier DUBOIS,Bernard DE DESSUS
Directeur de production : Bernard DE DESSUS
Avec la collaboration de : Catherine PAILLE
Maquillage, coiffure : Leïla FERTIKH
Prise de son : Jürg LEMPEN
Scripte : Elodie VAN BEUREN
1er Assistant réalisateur : Benoît MONNEY
Distribution : BE FOR FILMS

Site officiel


 Avec 

» AMADOR ARIAS - » BENEDICTA SÁNCHEZ - » INAZIO ABRAO -
» ELENA FERNÁNDEZ - » DAVID DE POSO - » Léa SEYDOUX - Claude
» Sara FORESTIER - Marie» Antoine REINARTZ - Louis» Chloé SIMONEAU - Judith
» De Kayser - Betty CARTOUS


 Synopsis 

RÉSUMÉ

Homme d'action ayant gravi les échelons à la force du poignet, Frank consacre sa vie au travail. Quels que soient les lieux ou les circonstances, l'heure du jour ou de la nuit, accroché à son téléphone, il gère les cargos qu'il affrète pour de grandes compagnies. Alors qu'il doit faire face à une situation de crise, Frank prend une décision brutale et se fait licencier. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, il doit progressivement se remettre en question pour sauver le seul lien qui compte encore à ses yeux : celui qu'il a réussi à maintenir avec sa fille cadette, Mathilde.


 Anecdotes 

« Ceux qui travaillent » est votre premier long-métrage, quelle a été la genèse du film ? Quelle a été votre inspiration ?

Tout a commencé avec l'ambition de faire un film choral : « Ceux qui travaillent, ceux qui combattent, ceux qui prient » qui m'aurait permis d'esquisser un état général de la société. Le concept de base est élaboré sur le modèle médiéval formé par le tiers état (ceux qui travaillent), la noblesse (ceux qui combattent) et le clergé (ceux qui prient).
Cette structure permet de mettre en évidence la difficulté de trouver sa propre place aujourd'hui, contrairement à ce qui se passe dans une société plus établie ou traditionnelle où chacun avait un rôle prédéfini. Bien que ce le système médiéval soit problématique à plein d'égards, il permettait probablement d'éviter cette souffrance de ne pas savoir quelle était sa place. Je voulais choisir un représentant actuel de chacune de ces classes et représenter leur l'anxiété et leur dépaysement, qui est en même temps le prix de la liberté. Je voulais porter à l'écran cette tension, cette sorte de vertige, forcément présent dans une société libre et ouverte. Donc cette idée était le point de départ, j'ai ensuite décidé de diviser le film en 3 parties et d'écrire et réaliser une trilogie.


Le protagoniste, joué par Olivier Gourmet, est un « col blanc » genevois qui a sacrifié sa vie au travail : pourquoi avoir choisi ce milieu, en particulier celui du fret maritime ?

Je me suis posé la question : « qui nous nourrit ? » J'ai alors commencé à m'intéresser aux chaînes de distributions, le long chemin que la nourriture fait pour arriver dans notre assiette. Cela représente un effort humain énorme, mais invisible, que l'on ne perçoit qu'à travers les supermarchés, pointes de l'iceberg. À partir de là, je me suis intéressé aux gens qui travaillent dans les bureaux et qui gèrent le fret maritime. Ils sont au coeur de ce système, mais ils n'ont qu'un rapport virtuel avec ce monde. C'est du capitalisme pur et dur, dans toute sa splendeur et sa violence. Un des points de départ du scénario était aussi l'aliénation au travail, dans ce cas, celle des cols blancs, qui n'est pas un point de vue traditionnel du cinéma social. On attend d'employés de bureau qu'ils soient leur propre patron en leur faisant miroiter qu'ils font partie de la classe dominante, alors qu'en réalité ils sont tout aussi fragiles et vulnérables que les autres. Frank, le protagoniste, est dans cette situation. Il n'est qu'un pion, mais au vu de son salaire et de ses responsabilités, il en vient à confondre ses intérêts et ceux de son entreprise, ce qui le mène à faire une grave erreur.

Le film dépeint un monde brutal qui reflète les contradictions de notre société de consommation. Que vouliez-vous transmettre aux spectateurs ?

Un jour, je me suis retrouvé à Primark. Je dois avouer que j'ai ressenti une espèce d'excitation en regardant ces centaines d'articles qui ne coûtent que 2 francs alignés sur les rayons, mais en même temps je n'ai pas pu m'empêcher de me questionner sur le prix moral de tout ça. On ne peut pas nier que cela nous arrange quand même... Est-ce cela un mal nécessaire ? Doit-on, peut-on, l'accepter ? Un film doit être un espace dans lequel le spectateur peut réfléchir. J'ai une seule et énorme peur : celle de le rassurer dans ses convictions. Je cherche donc à ce que le spectateur ne se repose pas sur ses idéologies dogmatiques, ses croyances, ses habitudes, mais qu'au contraire, il soit dérangé dans sa vision du capitalisme quelque soit son orientation politique. Je souhaite que ce film interpelle tout le monde. Si, par exemple, on n'est pas d'accord avec le capitalisme et la société de consommation, car on trouve que c'est quelque chose de négatif, qu'il faudrait éliminer, il faut accepter le fait de ne plus manger ce qu'il y a dans les supermarchés. Je ne pense pas qu'on soit prêts à cela, en fait... Au contraire, nier en bloc l'immoralité du système qui nous nourrit est tout aussi caricaturale. C'est une énorme hypocrisie de ne pas voir que c'est un problème, mais que, en même temps, c'est une merveille de l'humanité. C'est hallucinant ce qu'on a réussi à faire...

La thématique du travail vous sert donc pour articuler des questions morales. D'un point de vue cinématographique, comment avez-vous construit l'esthétique qui en découle ?

Le but était de laisser de la place et du temps au spectateur en tant qu'observateur afin de travailler son rapport avec le personnage. On a une ultra-focalisation sur le protagoniste. La caméra le suit toujours, mais elle est en retard sur l'action. Ainsi, on n'en sait jamais plus que lui, on est même en retard sur ses réflexions. Avec le chef opérateur, Denis Jutzeler, nous nous sommes mis d'accord sur le fait que les acteurs pouvaient utiliser librement tout l'espace à leur disposition. Le résultat c'est une caméra qui ne te dit pas où regarder ; à cela s'ajoute le fait que j'ai décidé de n'utiliser aucune musique. Il n'y a donc aucune béquille pour dire quoi ressentir. C'est un langage austère et abrupt qui permet de responsabiliser le spectateur qui est libre d'investir l'image, de vivre le film comme il le souhaite.

Quelle était votre impression à la première lecture du scénario ?

Le scénario m'a tout de suite parlé. J'ai directement vu en l'histoire et le personnage de Frank Blanchet un écho pertinent et sensible sur la société aujourd'hui. S'en sont suivi plusieurs discussions avec Antoine à Bruxelles, durant lesquelles nous avons parlé en détail de certaines scènes, de l'esthétique du film, de son rythme et de son identité. J'ai été immédiatement intéressé par ce premier film et par les questions morales soulevées par ce jeune réalisateur.
Tout en étant très crédible en chemise et costard, il ne semble pas que vous soyez très familier avec le monde de la finance et du fret maritime... Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

Ce n'est pas un monde que je connais ou qui me ressemble. Bien au contraire ! Mais ça n'a pas été très difficile. Mon travail de préparation passe par l'observation. Lors de mes études, j'ai été formé à observer et écouter beaucoup pour m'enrichir de ce qui nous entoure. C'est fondamental d'avoir une certaine sensibilité pour avoir un jeu crédible. Même si Frank Blanchet paraît très diffèrent d'Olivier Gourmet, de ma personnalité et de mon monde, ça n'est pas si éloigné que ça au bout du compte...
Le désir d'argent et de réussite, on l'a quand même tous quelque part en soi. Moi aussi, j'ai besoin de gagner ma vie, moi aussi j'ai des factures à payer. Ce n'est pas toujours facile. On peut donc facilement se transposer. Frank Blanchet c'est un cas extrême, mais dans la vie de tous les jours on est parfois amené à prendre des décisions brutales et injustes. Le moteur qui guide notre âme marche de la même façon. Que l'on soit cuisinier, ouvrier ou médecin, les ressorts humains sont les mêmes...

Vous portez le film, vous incarnez le rôle principal, comment appréhendez ce genre de responsabilité ?

J'en fais abstraction, je ne me mets pas trop de pression, même si on y pense sur le plateau. Mais on n'est pas seul, il y a un réalisateur et toute une équipe de professionnels; on construit ensemble un film. Vous pouvez être le meilleur comédien du monde, si le réalisateur n'arrive pas à rassembler et diriger en transmettant avec conviction et force son projet, le film risque d'être raté; heureusement ce n'était pas le cas ! La pression n'est pas que sur moi; elle est sûrement sur Antoine; c'est sa première expérience sur un long-métrage. Mon rôle est celui de me mettre au service du réalisateur et de ce qu'il veut raconter. Je sais que je dois être disponible et à l'écoute : ma responsabilité c'est d'être concentré et en forme, de bien dormir, de connaître mon texte, mais surtout d'avoir du plaisir et de l'entretenir tous les jours avec toutes les personnes sur le plateau.

Vous parliez de l'importance d'apprendre son texte, cependant « Ceux qui travaillent » s'articule beaucoup autour des silences, de l'intériorisation. Comment arrive-t-on à en dire plus avec le silence qu'avec les mots ?

Les films silencieux font un peu partie de mon ADN et j'ai une certaine sensibilité pour les scénarios qui vont dans cette direction. Je pense que les silences, les regards et le jeu corporel peuvent mieux donner à voir certaines problématiques et tensions. C'est comme dans la vie de tous les jours; nos silences cachent souvent des problèmes pour protéger nos proches ou parce qu'on n'est pas fier de soi pour plein de raison et que l'on s'emmure. Les films qui traitent ce genre de problématique, quand ils sont trop bavards ne m'émeuvent pas. Ce qui m'émeut, ce sont les personnages qui se transforment, et qui n'ont plus de mots pour expliquer ce qu'ils ressentent. Du coup, il faut jouer avec le corps et dans les silences. Le scénario de « Ceux qui travaillent » était écrit comme ça. Avant de tourner, j'ai pourtant sûrement dû dire à Antoine que certaines séquences étaient trop dialoguées ou trop explicatives, que dans la vie on ne dit pas ça ou qu'on le dit différemment. Comme le film est très proche de certaines réalités et vérités humaines, il fallait aller dans cette direction.

Un point important du film est votre relation avec la cadette Mathilde, joué par Adèle Bochatay.
C'est sa première expérience derrière la caméra, comment est-ce que c'était de travailler avec elle ?

Elle était bien choisie, formidable et plus que naturelle, très présente. Elle proposait des choses, elle se questionnait, comprenait son personnage avec cette naïveté, pudeur, candeur et force qu'ont seulement les enfants quand ils plongent entièrement dans le jeu. Avec les enfants, il faut rester à l'écoute et disponible et ne pas imposer ce qu'on veut faire passer, mais laisser faire. Il ne faut que rarement les emmener ailleurs, quand on sent qu'ils ne vont pas là où on veut qu'ils aillent. C'est pareil avec un autre partenaire, mais c'est plus simple avec un enfant. Souvent, un partenaire a déjà pensé et prémédité son jeu, c'est donc plus compliqué de l'emmener ailleurs, alors qu'un enfant est plus instinctif, plus disponible et malléable.

Est-ce qu'il faut aimer ses personnages pour les jouer ? Aimiez-vous Frank Blanchet ?

Ce n'est pas évident d'apprécier Frank Blanchet au premier abord, même s'il est touchant. Son personnage véhicule un message concret sur la société d'aujourd'hui, un message urgent dont il faut parler. Frank Blanchet me mobilise et j'ai donc eu du plaisir à le faire vivre à l'écran. Il nous permet de réfléchir, de résister, il nous maintient éveillés. C'est le déclencheur d'une chose horrible, mais on peut facilement se reconnaître en lui.
D'origines suisse et sud-africaine, Antoine Russbach nait et vit à Genève jusqu'à ses 20 ans. Il suit des études de réalisation et scénario en Belgique à l'IAD (Institut des Arts de Diffusion de Louvain-La-Neuve). En 2008, il coréalise « Michel » avec Emmanuel Marre. Le film fait l'objet de nombreuses sélections et récompenses en festival, notamment à Téhéran, Angers, Bruxelles et Paris. En 2009, il réalise « Les Bons Garçons », son film de fin d'études, en compétition à Angers et en compétition internationale à Clermont-Ferrand. « Ceux qui travaillent » est son premier long métrage, présenté en première mondiale au Locarno Festival.

FILMOGRAPHIE
2018 : Ceux qui travaillent
2009 : Les bons garçons (short)
2008 : Michel (short)



 L'avis de la presse 

Première - Thierry Cheze
Frank (Olivier Gourmet, épatant) a toujours fait passer son job de cadre supérieur dans une compagnie de fret maritime avant sa famille. Sans que ni lui ni sa boîte n'aient eu à s'en plaindre. Jusqu'au jour où, confronté à une situation de crise à bord d'un cargo(la présence à bord d'un clandestin malade qui risque de mettre en quarantaine le bateau à la prochaine escale et faire perdre gros), il prend une décision qui va le faire exploser en plein vol. Que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle, il sera balayé par la logique d'un système capitaliste qu'il a alimenté de son plein gré tout en en profitant largement. Ce premier long métrage séduit par son amoralité et son refus de diviser le monde entre bourreaux et victimes, fidèle à une réalité des faits bien plus complexe. Dommage que le scénario connaisse un méchant coup de mou au milieu de l'histoire avant de terminer fort.

Les Inrockuptibles - Ludovic Béot
Le premier film de Antoine Russbach, glaçant, ausculte le monde du travail sans complaisance ni manichéisme.

Qui est Frank ? Un cadre supérieur dans le fret maritime qui supervise les flux de son entreprise à travers l'oreillette d'un téléphone portable. Enfermé dans son bureau, n'ayant aucun contact physique avec les marchandises et ses employés, il dirige un monde désincarné, fait de chiffres et de stats.

L'employé revêt ainsi deux uniformes : celui de l'ouvrier qui exécute un ensemble d'actions répétitives soumises à des contraintes strictes de rentabilité, et celui du décideur. Mais décideur d'un monde abstrait puisqu'il ne le perçoit jamais sensiblement et décideur dont la mécanisation inintelligente des tâches l'a dénué, petit à petit, de toute capacité de jugement


Le Monde - Thomas Sotinel
Le premier long-métrage du cinéaste suisse Antoine Russbach profite pendant un bon moment de son décor paradoxal. Dans des bureaux impersonnels qui donnent sur le lac Léman, des cadres supérieurs en costume font naviguer d'immenses cargos sur les sept mers. D'entre eux, celui qui travaille le plus dur, avec une espèce de sauvagerie, s'appelle Frank. Olivier Gourmet prête à ce personnage le versant buté, plein d'un ressentiment sans objet, de son registre.

Cette première partie va très vite, le temps pour Frank de commettre un acte qui n'est pas seulement répréhensible (après tout, l'essentiel de son métier consiste à contourner ou à bafouer le droit des gens et des Etats) mais surtout visible. Cette transgression lui coûte son emploi.
Ironie glacée

Jusque-là, Ceux qui travaillent laissaient entrevoir un regard inédit au cinéma sur la mondialisation de l'économie. Une version suisse, à l'ironie glacée, des comédies d'analyse financière américaines (si, si, c'est un genre), The Big Short, d'Adam McKay, ou The Laundromat, de Steven Soderbergh. Le licenciement de Frank et la mise en scène de ses séquelles ramènent le film en terrain connu, faisant au passage une victime collatérale l'originalité visuelle, le rythme hypertendu des premières séquences.


L'Humanité - Magali Jauffret
Ce premier film, qui soulève ces questions sans être intellectuel ou ennuyeux, réussit à être social et psychologique car il tient sa ligne dramatique grâce à un sacré suspense et ses multiples rebondissements.



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