FAHIM

  jeudi 14 Novembre   
20 H 15



Réalisation : Philippe ELNO
Scénario : Pierre François MARTIN-LAVAL
Producteur délégué : Patrick GODEAU
Musique originale : Pascal LENGAGNE
Chef décorateur : Franck SCHWARZ
Production déléguée : WAITING FOR CINÉMA
Chef costumière : Brigitte CALVET
Réalisateur : Pierre François MARTIN-LAVAL,Thibault VANHULLE
Chef monteur son : Alain FEAT
Chef maquilleuse : Kaatje VAN DAMME
Mixeur : Cyril Holtz
Chef monteur images : Reynald BERTRAND
Chef coiffeuse : Karine MEYER
Distribution : Wild Bunch Distribution

Site officiel


 Avec 

» Isabelle NANTY - Mathilde» Gérard Depardieu - Sylvain» Assad AHMED - Fahim
» Mizanur RAHAMAN - Nura» Sara TOUFFIC OTHMAN- SCHMITT - Luna» Victor HERROUX - Louis
» Tiago TOUBI - Max» Alexandre NAUD - Alex» Pierre GOMMÉ - Eliot
» Axel KERAVEC - Dufard» Didier FLAMAND - Fressin


 Synopsis 

RÉSUMÉ


Forcé de fuir son Bangladesh natal, le jeune Fahim et son père quittent le reste de la famille pour Paris. Dès leur arrivée, ils entament un véritable parcours du combattant pour obtenir l'asile politique, avec la menace d'être expulsés à tout moment.
Grâce à son don pour les échecs, Fahim rencontre Sylvain, l'un des meilleurs entraîneurs d'échecs de France.
Entre méfiance et attirance, ils vont apprendre à se connaître et se lier d'amitié.
Alors que le Championnat de France commence, la menace d'expulsion se fait pressante et Fahim n'a plus qu'une seule chance pour s'en sortir : être Champion de France.


 Quelques mots 

LA SITUATION DE FAHIM AUJOURD'HUI

A ce jour, près de onze ans après leur arrivée en France, ni Fahim ni son père n'ont obtenu la nationalité française.
Jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de la majorité (cette année), Fahim, comme tous les mineurs étrangers, n'avait pas le droit à une carte de séjour. Il vient d'en obtenir une. Comme c'est la première, elle est valable seulement un an. Son père, lui, a vu la sienne renouvelée pour quatre ans.

Une carte de séjour permet à son possesseur de travailler en France, et aussi de voyager hors de l'Hexagone. Pour
Fahim, qui n'avait plus eu le droit de quitter la France depuis son arrivée, c'est un immense pas en avant. Mais il doit patienter encore cinq ans pour demander la nationalité française.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC PIERRE FRANÇOIS MARTIN-LAVAL
dit PEF

Comment vous est venue l'idée de faire ce film qui est très loin de votre univers habituel ?

Le 15 février 2014, je regarde à la télé On n'est pas couché. Laurent Ruquier interviewe un jeune bangladais de quatorze ans à l'occasion de la sortie de son livre, Un roi clandestin. Je n'en ai encore jamais entendu parler, mais je suis à la fois fasciné et bouleversé par ce garçon qui raconte d'une voix calme et posée, pourquoi, à l'âge de huit ans, il a dû soudainement quitter sa mère et son pays natal ; comment, ensuite, après avoir débarqué avec son père en France, sans en connaître ni la langue, ni la façon de vivre, il a réussi à survivre et à devenir, quatre ans plus tard, malgré son statut de SDF sans papiers, le champion de France d'échecs des moins de 12 ans.
Quel parcours ! Mon sang de cinéaste ne fait qu'un tour. J'ai aussitôt envie de faire un film.
Pourquoi ?

Parce que pour le réalisateur que je suis, l'histoire de Fahim est « extraordinaire ». Elle relève à la fois du conte de fées et du drame social. On peut l'aborder, soit sous l'angle d'un enfant qui arrive à sortir de l'enfer, soit sous celui d'un gamin brutalement séparé de sa mère pour fuir un pays où il est en danger de mort. Si les contes ont beaucoup influencé ma façon de filmer, en revanche, le drame n'y a encore jamais fait irruption. Pour Fahim, je sens que je dois tenter une « première ». Je suis cinéaste, mais je suis aussi père. Dans la vie, rien ne me révolte plus que les injustices faites aux enfants. Alors, forcément, l'histoire de Fahim me chamboule.

Je suis d'autant plus secoué que je réalise que j'ai dû croiser son père quand il vendait des roses à la sauvette à Paris, ou qu'il dormait dans les parkings de Créteil où je me rends parfois pour des avant-premières. Je m'en veux de ne pas lui avoir prêté attention, ni à lui, ni à son fils, qui ne devaient pas être loin. Je me dis qu'en leur consacrant un film, ce sera ma façon, sinon de me débarrasser d'un sentiment de culpabilité vis à vis d'eux, de témoigner, à travers leur histoire, sur le sort des demandeurs d'asile qui sont dans leur grande majorité des gens menacés de mort dans leur pays.

Sur quoi vous êtes-vous appuyé pour bâtir votre scénario ?

D'abord, beaucoup sur le livre que Fahim avait écrit avec Sophie Le Callennec et Xavier Parmentier, son entraîneur. Ensuite sur les témoignages que je suis allé recueillir directement. En premier lieu, ceux de Fahim et de son père, puis ceux de plusieurs responsables d'associations d'aide aux réfugiés. Enfin celui de Xavier Parmentier. Si j'ai dédié mon film à cet entraîneur aussi génial qu'extravagant, à qui Fahim doit d'être devenu champion, c'est qu'il est brutalement décédé avant que Fahim ne soit achevé.
Pendant environ six mois, je me suis plongé à la fois dans ce monde des échecs et dans celui des réfugiés bangladais dont j'ai découvert qu'ils vivent souvent dans des conditions de peur et de précarité assez insoutenables. La maturation de ce film a été longue, mais il fallait que je me sente légitime pour le faire. Fahim était mon premier biopic : il était hors de question que je dise des inepties.

C'est sans doute la raison pour laquelle votre film est très « ancré », et qu'au final, il n'a rien d'un conte...

Donner ou non à Fahim une allure de fable est une question que je me suis posée au départ. Il s'agissait de relater une histoire magnifique, et, comme je vous l'ai dit plus haut, les contes de fées sont une de mes passions. Mais avec Patrick Godeau, mon producteur, nous sommes vite tombés d'accord de travailler dans l'hyperréalisme. Donner au film la vérité d'un documentaire était sans aucun doute la meilleure façon de rendre hommage à Fahim et à Nura, son père. Cela dit, il était hors de question que l'on tourne, comme souvent certains faux documentaires d'aujourd'hui, caméra à l'épaule, dans des décors moches, avec un mauvais rendu d'image et des cadres improbables. Nous voulions un film graphique, où tout soit vrai, où tout respire le vécu. Nous avons donc fait très attention, notamment à tout ce qui touchait à la législation, comme les conditions d'obtention de papiers d'identité pour les demandeurs d'asile, ou les délais accordés à ces derniers pour regagner leur pays en cas d'un refus de statut de réfugié politique. Pour être certains de ne pas faire d'erreur, nous sommes allés partout : dans les associations, les foyers sociaux, les commisariats et les préfectures. Aucune séquence n'a été tournée sans que nous l'ayons vérifiée.
Même la scène de l'interprète qui traduit sciemment n'importe comment est authentique !

Les images d'archives qui débutent votre film traduisent bien ce souci de vérité qui vous a guidé...

J'espère. En tous cas, elles sont là pour dire la réalité de la violence qui gangrénait le Bangladesh au début des années 2000. Il fallait que les spectateurs comprennent pourquoi Fahim et son père avaient dû fuir Dacca. À ces images d'archives, j'ai incorporé celles de la famille d'Assad. Cet exercice de « mixage » était tout nouveau pour moi. J'ai adoré fabriquer cette partie du film. Patrick Godeau m'avait donné pour consigne que les séquences sur Dacca dépaysent le spectateur autant que si on l'avait « transporté sur Mars ». En retour, je devais donner l'impression que, lorsque Fahim et son père atterrissent à Paris, ce soit pour eux comme de débarquer sur une autre planète. D'où ces plans très cartes postales de notre « belle capitale » lorsqu'ils la traversent pour la première fois.

Vous donnez assez vite ensuite, par des petites scènes très signifiantes, les premiers signes d'une volonté d'« occidentalisation» de la part de Fahim...
Ces scènes sont quasi toutes tirées de son livre. Celle où, lui qui mangeait avec ses doigts, apprend à se servir d'un couteau et d'une fourchette, celle où il finit par admettre que la ponctualité est primordiale s'il ne veut pas se faire mettre à la porte de son club d'échecs,

Elles sont très importantes, comme des balises dans le processus d'intégration de Fahim. À travers elles, je voulais aussi, qu'on perçoive l'agitation des pensées de son père, tiraillé entre la fierté de voir son fils s'adapter à un nouveau monde et la tristesse de le sentir lui échapper : une intégration s'accompagne toujours d'une perte d'identité.

Malgré votre volonté de vous en tenir aux faits, avez-vous été contraint de « tricher » un peu avec eux ?
Oui, mais le moins possible. Pour des raisons évidentes de tournage je n'avais qu'un seul comédien pour jouer Fahim j'ai dû, par exemple, « ramasser » son histoire française sur un an et demi, alors qu'en réalité, il a vécu trois ans et demi dans la rue.

Le personnage d'Isabelle Nanty est, en fait, la « réunion » de deux personnages existants : celui de cette femme formidable impliquée dans le club d'échecs qui avait accueilli Fahim, et celui de cette autre femme, non moins formidable, qui, le 14 mai 2012 sur l'antenne de France Inter a demandé, en direct, à François Fillon, alors premier ministre, s'il trouvait normal qu'un enfant surdoué ne puisse pas participer à un championnat de France sur ce seul motif d'être dépourvu de papiers d'identité. Il m'a semblé que cette séquence, qui fut à l'époque beaucoup relayée par les médias, serait plus « forte », plus « touchante » cinématographiquement, si le spectateur connaissait déjà celle qui en était l'instigatrice, d'où l'idée de l'attribuer à la « patronne », si maternelle, du club d'échecs de Fahim.

Comment avez-vous fait pour que vos dialogues « sonnent » aussi vrais ?
Nous nous y sommes mis à trois, comme les Mousquetaires ! (Rire), Philippe Elno, Thibault Vanhulle, et moi. Chacun est arrivé avec son univers et sa petite spécialité. Thibault, joueur d'échecs confirmé, nous a beaucoup guidés pour les scènes d'entraînements et de matchs, car pour ma part, les échecs sont un univers que je ne connaissais pas.
Avant de m'atteler à l'écriture du scénario, j'aurais pu prendre des cours d'initiation. Je ne l'ai pas fait. Volontairement. Pour ne pas avoir la tentation de basculer dans un langage trop échiquéen qui aurait sans doute largué les spectateurs et qui, en plus, n'était pas du tout le propos du film.
En revanche, j'ai pris un coach pour la préparation de la mise en scène, car pour filmer correctement une partie d'échecs, il faut une connaissance minimale de ses règles.
En travaillant avec un moniteur, j'ai aussi découvert que les échecs sont un vrai sport. En compétition, les joueurs peuvent perdre jusqu'à cinq kilos, leur pouls, battre à 200. Ce qui en prive les personnes physiologiquement fragiles.

Concernant les échecs, vous étiez vous constitué des références cinématographiques ?
Oui. J'avais visionné pas mal de films. Celui qui m'a le plus fasciné est Magnus, un documentaire qui montre l'ascension de Magnus Carlsen, de sa nomination de grand maître des échecs à 13 ans, jusqu'à son sacre de champion du monde en 2016. Mais aussi Le Prodige de Edward Zwick, L'Homme qui défiait l'infini de Matt Brown et le documentaire Au bord du monde de Claus Drexel.

Comment avez-vous trouvé votre Fahim ?

C'est mon directeur de casting Mohamed Belhamar qui l'a découvert après plusieurs mois d'enquête et de déambulations. Mohamed a commencé par le chercher dans les quartiers de Paris où sont regroupés les bangladais. Ne le trouvant pas, il s'est rendu dans les banlieues. Mohamed a fini par trouver sur photo un enfant de douze ans. Quand ce dernier est arrivé au casting, on s'est aperçu qu'il mesurait... 1mètre 75. Heureusement ce grand « petit garçon » était venu avec un copain, Assad, qui, lui correspondait physiquement au Fahim que nous cherchions. Arrivé en France trois mois avant, c'était un jeune garçon très réservé mais il a accepté de passer les essais.

Comment se sont passés les essais ?
Au début, un peu laborieusement. Assad, qui était très timide et ne connaissait alors que quelques bribes de français, avait du mal à s'extérioriser. Je m'étais rendu compte que par trouille de déplaire, il faisait semblant de comprendre ce qu'on lui disait. Echanger avec lui était donc difficile. Malgré tout, je sentais qu'il avait en lui un potentiel de jeu énorme. Pour le faire sortir de sa réserve, je lui ai fait travailler assez vite les scènes les plus violentes, notamment celle où, à la préfecture de police, comprenant que le traducteur est un filou, il se bagarre avec lui. Peut-être parce que, physiquement, je n'assistais pas à la scène, en tous cas, il s'est lâché.
Fahim était là ! Après toutes ces semaines de doute concernant Assad, quel soulagement !

En offrant ce rôle à Assad et en le faisant travailler, avez-vous eu conscience qu'en quelque sorte, vous alliez être aussi pour beaucoup dans l'éducation de cet enfant ?

C'est ce qui m'a beaucoup ému. J'ai eu l'impression de vivre en vrai une histoire presque identique à celle que je racontais sur le plateau. Au début, comme je vous l'ai dit, Assad, ne disait et ne comprenait que quelques mots de français. Mais, en quelques semaines, grâce à la maîtresse qui l'accompagnait pendant le tournage et à notre contact, son vocabulaire s'est accru de façon exponentielle. A la fin, il parlait couramment français.
Et puis, on lui a appris et montré plein de trucs. La mer, par exemple. A Paris, aux répétitions, il n'arrivait pas à jouer l'émerveillement d'un enfant qui la découvre. Et pour cause, il ne l'avait jamais vue ! Mais quand il est arrivé vraiment devant, à Marseille, il a joué la scène formidablement. A faire monter les larmes aux yeux !

Et pour le maniement des échecs, comment avez vous procédé ?

Je lui ai expliqué qu'il ne pouvait pas incarner un champion d'échecs sans jamais y avoir joué. Au bout d'une semaine de cours, son prof sur le film, Christophe Casamance, m'a demandé la permission de l'emmener à une compète, lui et toute sa classe. Vous me croirez ou non, mais Assad a gagné la partie qu'il avait voulu disputer et il a eu le droit de monter sur le podium. Nous étions sidérés ! Assad est un battant. Quand il investit un rôle, c'est 24 heures sur 24, même quand il ne tourne pas ! (Rire).
Avec des acteurs non professionnels, y a-t-il une technique particulière pour obtenir ce qu'on souhaite ?
Il n'y a pas de méthode globale. Amateur ou non, aucun comédien n'a les mêmes demandes.
Pour Assad, Mizanur et tous les autres bangladais de la distribution, j'ai innové dans ma façon de faire. Comme ils ne savaient pas jouer, je leur mettais dans le crâne que tout ce qu'ils devaient faire ou subir leur arrivait en vrai. Pour qu'ils aient cette impression, je continuais de leur parler après le fameux mot « Action ! ». Parfois, pour les pousser, pour qu'ils aient envie de donner, je mêlais des mots durs, à des mots tendres pour qu'ils aient envie de tout donner

Pourquoi avez-vous proposé à Gérard Depardieu d'incarner le professeur d'échecs de Fahim, Sylvain, qui, dans la vraie vie, s'appelait Xavier Parmentier ?

Quand j'ai rencontré Xavier Parmentier, je me suis retrouvé face à un homme qui m'a évoqué Gérard Depardieu : même gabarit, même douceur et même... tempérament volcanique. Etant un grand naïf, j'ai évidemment tout de suite pensé à Gérard pour l'interpréter, sans imaginer une seule seconde que ce dernier pourrait me dire non. Jusque-là, en matière de distribution, j'avais toujours eu de la chance. J'avais rêvé des Monty Python, je les ai eus. J'avais rêvé de Pierre Richard, il est venu. etc... Quand j'ai envoyé le scénario à l'agent de Gérard, j'ai quand même un peu tremblé. Le script faisait 140 pages. J'ai eu peur que cette longueur ne décourage Gérard. Ça n'a pas été le cas : dans les 48 heures, il m'a dit oui. Gérard est un homme élégant. Il ne vous fait pas lambiner longtemps.

Vous at-il expliqué pourquoi il vous donnait son accord ?
La première fois que nous nous sommes vus, nous avons d'abord parlé de tout autre chose. Et puis, de but en blanc, il s'est mis à me poser beaucoup de questions sur le vrai Fahim. C'est à ce moment-là que j'ai compris, sans qu'il me le dise, qu'il était touché par l'histoire de ce gosse. Après avoir épuisé son stock de questions, il s'est mis à lire les dialogues de ses scènes avec l'humilité d'un jeune acteur qui fait sa première lecture. A la première réplique, il a « été » Xavier. J'étais médusé. Il tentait des trucs. C'était très touchant de le voir jouer. Il adore ça, il s'amuse, il a envie de plaire. Il cherche et il invente tout le temps. Gérard est pour moi l'un des plus grands acteurs du monde. Je l'aime depuis qu'enfant, je l'ai découvert dans les Blier. Son regard me fascine. Quand il vous fixe, on ne sait plus où se mettre tant il est habité. Je sais de quoi je parle : je lui ai donné la réplique dans RRRrrrr !

Comment a-t-il été sur le plateau ?
Hyper respectueux de la mise en scène. Je ne dirai pas que j'ai dirigé Depardieu. Je lui ai simplement parlé, avant le tournage, des quelques choses qui me tenaient à coeur. Je n'avais pas besoin de blablater : Depardieu sait ce qu'il faut faire. Ensuite, sur le tournage, il m'a surpris tout le temps. Il donne tellement dans la première prise que j'ai rarement dû lui en demander une deuxième.
Sinon, c'est quelqu'un de très impatient qui n'attend qu'une chose : jouer ! Comme un cheval de course qui attend que la porte s'ouvre. Alors, entre deux prises, il meuble son temps. Souvent, ça passe par la déconne : il rit, fait rire ou invente des blagues. Mais, dès que je disais « action », il était métamorphosé. C'est totalement surprenant. Il fonce et donne le meilleur. Je crois que ce qui m'impressionne le plus, c'est sa manière de rythmer les silences.
Il adore les silences, dont je trouve qu'ils font partie de ses plus beaux dialogues. Après, quand on dit « coupez », tout Depardieu qu'il est, il vous regarde pour savoir si vous êtes content !
Il a été comme un grand frère avec les enfants. Il était sous le charme de la petite Luna. Fahim, qui ne savait pas qui il était, était très à l'aise avec lui. Il a voulu lui apprendre à jouer aux échecs. Ils sont devenus très complices.

Et Isabelle Nanty ?
C'est la première personne que j'ai eue en tête avant même d'avoir écrit le scénario. Comme j'ai tout de suite su quel personnage j'allais lui proposer de jouer, je l'ai écrit pour elle. Si elle n'avait pas été libre, ça aurait été pour moi un tsunami. Isabelle est ma bonne fée. Je ne peux pas imaginer faire un film sans elle. Sur un plateau, elle fait du bien à tout le monde. Elle est à la fois solaire et bienveillante.
C'est une amie exceptionnelle et une comédienne miraculeuse. Son inventivité est éblouissante. Elle prend des risques inouïs. Contrairement à d'autres, elle ne refait jamais deux fois la même chose. Elle propose tellement que parfois, on se sait plus quelle prise choisir. Exceptionnellement pour ce film tourné avec une majorité d'acteurs non professionnels, je lui avais demandé, comme à Gérard d'ailleurs, d'être dans l'hyper réalisme, autrement dit, d'« être », de ne pas composer . C'est très difficile. Il n'y a que les plus grands comédiens, qui peuvent faire ça. Gérard et elle ont été géniaux. Je trouve que, dans son contraste, leur « couple », fonctionne vraiment bien.

Vous dirigiez un film d'un genre nouveau pour vous.
Avez-vous eu des difficultés particulières ?

Les difficultés et les doutes, je les ai eus, avant le tournage, au moment de l'écriture du scénario, de la préparation et du casting. Je ne voulais ni décevoir ni surtout trahir Fahim, sa famille, et tous ceux qui les avaient aidés.
Sur le plateau proprement dit, en revanche, rien ne m'a semblé insurmontable. Sans doute parce que, comme je n'avais pas le rôle principal, j'ai eu toute latitude pour me concentrer entièrement sur mon travail de metteur en scène. C'était la première fois : j'ai trouvé cela formidable.

Même tiré d'une histoire vraie, Fahim porte votre signature, par la tendresse qui le parcourt, ce goût pour l'enfance qu'il véhicule et son dénouement heureux...

Peut-être parce que j'aime mes personnages et que je continue à croire dur comme fer aux contes de fées. Dans tous mes films, il y a des personnages en situation de rater leur vie et qui, finalement, s'en sortent. Petit garçon, je désespérais mes maîtresses. Mais moi, je voulais seulement être clown. Je le suis devenu à ma façon, en racontant aux gens de belles histoires.

ENTRETIEN AVEC ISABELLE NANTY

Pierre François Martin-Laval
J'ai connu P.E.F. en 1988 lorsqu'il étudiait pour devenir comédien. Nous ne nous sommes plus jamais quittés. Même après la dissolution des Robins des Bois, nous avons continué à nous voir et à travailler ensemble. Comme je l'aime, dès qu'il fait quelque chose, il est impensable pour moi de ne pas l'accompagner. Sa sensibilité, son humanité, sa capacité de compassion...
Je connais tout de lui. P.E.F. est un homme qui s'indigne et s'implique. C'est aussi un homme qui pleure. Et quand il pleure, ses yeux deviennent mauves. C'est assez bouleversant.
Sur un plan plus professionnel, je suis touchée par son sens de l'esthétique. Il a un goût certain pour la photo et un instinct incroyable du cadrage.
Parce qu'il a longtemps été catalogué comme « réalisateur de comédie », je trouve formidable qu'un producteur ait compris qu'il pouvait s'aventurer ailleurs

Le scénario
Avant que P.E.F. ne me fasse parvenir son scénario, et sauf à travers ce qu'il m'en avait raconté, je n'avais rien lu ni entendu sur l'histoire de Fahim. Comme tous ceux à qui il l'a donné à lire, j'ai été très émue. Je me suis dit que cette histoire pouvait peut-être ouvrir les yeux des gens sur les immigrés et sur tous ceux qui dorment dans la rue.
Ce qui m'a d'abord frappée, c'est qu'à travers le strict récit des faits, on pouvait comprendre le courage qu'ont eu ces gens de quitter leur pays. Il faut une sacrée détermination pour plaquer sa terre d'origine, et donc, sa famille, ses racines, sa langue, et ses coutumes. Moi, même si ma vie était en danger, je ne sais pas si j'en serais capable.
Ce qui m'a également touchée, c'est la fraternité qui sous-tend le film. Si Fahim s'en sort, c'est grâce à ses dons personnels, mais aussi aux mains qu'on lui tend. Le scénario est illuminé par cette fraternité. En un sens, il est comme une petite piqûre de rappel de la devise de notre pays : « Liberté, égalité... ».
Depuis le Siècle des Lumières, la France a montré le chemin en matière de droits de l'homme. A sa façon, Fahim rappelle qu'il ne faut pas avoir peur de l'étranger, qu'en tant qu'habitant d'une « Terre d'asile », on se doit de lui tendre la main, qu'il ne faut pas en avoir peur.

Mathilde
A la lecture, j'ai beaucoup aimé son courage, sa générosité et son humanité, mais sur le plateau, je n'y ai rien projeté de particulier pour la bonne raison que depuis quelques années, je ne « travaille » plus mes rôles, je ne les compose plus, je m'abandonne à eux. Je me laisse maquiller, coiffer, habiller, et quand c'est fini, je me regarde dans une glace et je me dis : « Tiens, voilà mon personnage ». Et puis, le texte me dit ce qu'il pense. J'essaie alors de le jouer avec un maximum de sincérité sans chercher ailleurs.
C'est valable pour tous les rôles, mais surtout pour ceux qui, comme celui de Mathilde, ne sont pas des moteurs d'une histoire. Dans Fahim, Mathilde est juste un rouage. Si j'y avais mis trop de choses personnelles, elle aurait pu brouiller sa narration. C'était exclu. Notre boulot d'acteur, c'est de servir l'histoire qu'on raconte, pas de se l'approprier. Les personnages qu'on y joue se racontent à travers ce qu'on leur fait dire ou faire. Ça suffit pour les cerner. Je ne peux pas mesurer l'impact qu'a eu Mathilde sur moi. Je sais seulement qu'elle m'a remplie, pas uniquement pour ses qualités morales, mais parce que je l'ai interprétée dans la douceur du regard de P.E.F., sous le charme si magnétique de Gérard Depardieu.

Assad Ahmed
Le début du tournage avec lui a été très troublant et très émouvant. Arrivé depuis tout juste trois mois en France, Assad était très timide et ne parlait ni ne comprenait le français. Nous avons beaucoup communiqué par des gestes, des clins d'oeil ou des tapes sur l'épaule. On voyait bien que c'était difficile pour lui, mais qu'il essayait de faire de son mieux. Alors on l'encourageait par des sourires. Au fond, Assad vivait presque la situation du petit garçon qu'il était en train de jouer. Et nous, sur le plateau, on entretenait avec lui les rapports que nos personnages avaient avec le Fahim du film. Parfois, quand il n'arrivait pas à faire ce qu'on lui demandait, on était gêné de ne pas avoir réussi à se faire comprendre. Pour moi, c'était comme un manquement à mon métier d'actrice, qui implique aussi d'accueillir l'autre, c'est-à-dire son partenaire, et de l'écouter.
Au fil du tournage, Assad s'est épanoui. Et ça nous a fait, à tous, un plaisir fou.

Gérard Depardieu

Gérard est l'acteur le plus génial que je connaisse. Il est unique dans cette façon qu'il a de « devenir » un personnage. Il enfile son costume et ses chaussures et ça lui suffit, il se laisse aller à son propre ressenti. C'est un caméléon.
C'était la troisième fois que je jouais avec lui. La première c'était pour Astérix : mission Cléopâtre mais je n'avais pas eu grand-chose à faire. La deuxième, c'était pour Disco. Je jouais sa maîtresse et nous avons eu quelques scènes de comédie assez marrantes. Fahim était donc la troisième fois où je me suis retrouvée en face de lui. Ma trouille était intacte. Jouer avec Gérard fait peur. On ne peut pas lui mentir, on ne peut pas tricher on ne peut pas frimer. Il sait tout, il voit tout, il comprend tout. Il est comme un scanner. Quand je suis avec lui, je me sens comme une naufragée volontaire. Je ne peux plus jouer, mais ça m'intéresse, ça me nourrit. Je le laisse me porter. Mais..., malgré sa bienveillance et sa qualité d'écoute, je ne me sens jamais à la hauteur.

Gérard est libre, sauvage, sensible, intelligent. Il y a de la poésie en lui. Il comprend à la vitesse de l'éclair. Il peut tout jouer, des personnes les plus frustes aux plus grands seigneurs, des plus salauds aux plus innocents. Son corps est porteur de ce qu'il a croisé, vécu, ressenti. C'est à lui tout seul une planète. Je crois que quoi qu'il propose, il faut le laisser faire. Il y a encore quelque chose d'adolescent en lui. Quand je suis face à lui, j'ai l'impression d'être une fourmi, je suis dans une humilité totale, comme une page blanche sur laquelle il écrit. Pour moi, Gérard est un être exceptionnel, l'une des plus grandes personnalités du monde. Et je pèse mes mots.

Le film

Malgré son sujet, Fahim évite les ornières du mélo et du pathos. Il a de la « tenue ». C'est le « miracle P.E.F. qui est un homme sensible, à fleur de peau mais dont la pudeur l'empêche toujours de tomber dans la sensiblerie. Ce sujet lui allait comme un gant. Il l'a traité magnifiquement, à la manière d'un reporter photo. Les cadres sont nets, et les plans fixes, à l'exception des séquences qui se passent en Inde. P.E.F. ne se veut pas le traducteur des émotions, simplement le témoin. Sa démarche est très intéressante.
Je ne sais pas quel impact réel aura Fahim car je ne sais pas si le cinéma sert vraiment à faire avancer les choses. Mais au moins pose-t-il de bonnes questions sur l'attitude à avoir vis-à-vis de l'autre. Espérons que chaque spectateur aura envie d'y répondre en son âme et conscience.
Ce qui est beau aussi dans ce film, ce sont ses contrastes. On y évoque un jeu, celui des échecs, où les coups se prévoient et se réfléchissent et on fait jouer à ce jeu un enfant qui n'a aucun moyen d'anticiper sa vie et d'en prévoir les coups durs. Fahim est à la fois un garçon qui encaisse, au fil des aléas de son quotidien et un petit manitou de la stratégie. Ce paradoxe le rend encore plus attachant.

Le public du film
Fahim est un film tous publics. Les raisons de l'aimer sont multiples. On peut y voir un conte de fées (un enfant qui réalise son rêve), une histoire d'amour fou (entre un enfant et son père), le portrait d'un homme merveilleux de bonté (celui du professeur d'échecs), un récit d'initiation (l'intégration d'un enfant étranger), etc. J'espère aussi que les jeunes s'identifieront à Fahim, qui, en plus d'apprendre à devenir un homme, apprend aussi, grâce aux échecs, à envisager sa vie.

ENTRETIEN AVEC ASSAD AHMED
Le début de l'aventure

Ce film a été pour moi comme un conte de fées. Un jour que je jouais à la maison, mon père m'a demandé d'accompagner le fils de son frère, sans me dire ni où, ni pourquoi. Je lui ai obéi. Arrivé au rendez-vous, j'ai compris que c'était pour tourner un film. On avait fait venir mon cousin, mais finalement c'est à moi qu'on a fait faire un essai.
Quand le directeur de casting a proposé de me garder, j'ai commencé par refuser. Etant arrivé en France depuis trois mois seulement, je parlais et comprenais très mal le français. En plus, j'étais très timide. J'ai eu peur de ne pas y arriver. L'équipe a essayé de me rassurer en me disant qu'il y aurait un traducteur, mais je ne voulais toujours pas. J'ai fini par dire « oui » quand mon père m'a demandé d'accepter. Mon père est la personne qui compte le plus pour moi. J'essaye toujours de ne pas le décevoir.

L'histoire
Quand on m'a raconté le scénario, j'ai été très ému. Ça m'a rappelé les problèmes de Dacca.
L'histoire de Fahim n'est pas la mienne, mais elle aurait pu l'être, puisque je suis, comme lui, un fils de réfugié politique bangladais qui a dû fuir son pays à cause de la violence. Mais contrairement à Fahim, j'ai eu de la chance. Quand je suis arrivé en France avec ma mère, j'ai été directement scolarisé. Mon père avait un travail dans un restaurant et vivait dans une résidence à Noisy-le-Grand où ma mère et moi l'avons directement rejoint. Je savais néanmoins qu'avant d'obtenir ses papiers, il avait connu une longue période de galère. Grâce au film, j'ai mieux compris ce que lui, et plein de gens de ma famille, avaient vécu et ressenti.

« Être » Fahim
Je n'ai pas eu trop de difficultés à « être » Fahim. Même si on n'a pas le même parcours, on a beaucoup de points communs tous les deux. Pour le jouer, tout le monde m'a aidé : P.E.F., Gérard Depardieu, Isabelle Nanty, les autres enfants du film, et même mes parents. Mon père me parlait de son expérience et il me faisait répéter mes textes le soir à la maison.

Pour les échecs, j'ai eu un professeur formidable, Christophe Casamance. Il m'a tellement bien initié qu'en quelques jours, moi qui n'avais jamais vu un échiquier avant, j'ai compris comment on jouait. C'est grâce à Christophe d'ailleurs que le jour où il m'a emmené sur un tournoi, j'ai pu gagner. Pour me récompenser, il m'a offert un jeu. Aujourd'hui, grâce à lui, je peux continuer à jouer avec mon frère. J'adore ça.

Les apports du tournage
Comme les essais, la préparation du film et son tournage proprement dit ont pris plusieurs mois, j'ai eu le temps de beaucoup apprendre. Par rapport à mes copains à peu près arrivés en même temps que moi en France, je me rends compte qu'en ce qui concerne mon intégration, j'ai progressé plus vite. Ce film a changé ma vie. Je suis beaucoup moins timide qu'avant, j'ai appris à arriver à l'heure - dans mon pays, personne ne respecte vraiment les horaires ! - et surtout, je parle beaucoup mieux le français. C'est d'ailleurs ça qui m'a le plus aidé et fait plaisir.

Les difficultés et les plaisirs du tournage
Les scènes les plus difficiles à tourner ont été celles où je devais être drôle ou faire le malin. Dans la vie, j'ai du mal à rire. Mais là, c'était pire : je n'étais pas du tout à l'aise. Heureusement, tout le monde m'aidait à me dérider !
En revanche, je n'ai eu aucun problème à jouer les scènes tristes. Avec celles des tournois et championnats d'échecs, ce sont celles que j'ai préférées. J'ai adoré aussi notre voyage à Marseille. Comme le Fahim du film, je n'avais jamais vu la mer. Ça m'a beaucoup plu.

L'après film
J'espère que grâce à ce film, les gens vont comprendre que la vie des immigrés n'est pas facile. Comme je l'ai dit plus haut, Fahim a vraiment changé ma vie. Autour de moi, tout le monde est fier et content. Dans mon pays aussi. Ça m'a donné plus de confiance en moi. Si l'occasion se représentait, je tournerais bien un autre film. Mais je n'en ferai pas mon métier. Mon père et ma mère veulent que je devienne médecin.

ENTRETIEN AVEC FAHIM MOHAMMAD
Les échecs
Les échecs ont toujours été au centre de ma vie. Je leur dois à peu près tout ce qui m'est arrivé, le pire comme le meilleur. Si, au Bangladesh j'ai été menacé de mort à l'âge de six ans, c'est parce qu'il déplaisait à certains que je sois devenu champion. Mais si en France, où nous nous étions réfugiés, mon père et moi avons pu obtenir des papiers, c'est, à l'inverse, justement parce que j'avais gagné des tournois. En somme, je dois aux échecs la vie et la liberté. C'est grâce à eux aussi qu'un livre a raconté mon histoire et qu'aujourd'hui un film porte mon prénom.
Il est clair que je ne m'attendais pas à vivre tout cela, et qu'il y a dans tous ces événements, heureux ou malheureux, quelque chose qui m'a dépassé, moi qui suis parti de rien.

Le livre
Quand on me demande si Un roi clandestin a changé ma vie, je réponds que « non ». Ce qui l'a changée, c'est d'abord mon titre de champion de France des moins de douze ans et les rencontres qui s'en sont suivies. Ensuite, c'est l'obtention de papiers français. En fait, le livre a été écrit surtout pour tenter de modifier le regard des gens sur les réfugiés et les immigrés qui vivent dans les rues.

Le film
Quand on m'a appelé pour me dire qu'on allait tirer un film du livre, j'ai été surpris, mais pas impressionné. J'avais quatorze ans, je ne me suis pas vraiment rendu compte de ce que cela allait représenter. J'ai pensé qu'on allait faire un petit documentaire. Je n'ai jamais imaginé que le film aurait cette ampleur et cette distribution-là.

Le scénario et les personnages
Quand j'ai vu le film, j'ai été ému, et en même temps, j'ai éprouvé quelque chose de bizarre. Tout est vrai, et en même temps, il m'a semblé que ce n'était pas vraiment de moi qu'il s'agissait. L'histoire est en gros la mienne, mais le Fahim du film n'est pas tout à fait moi. Je me reconnais bien dans toutes les scènes qui concernent son intégration ou son éducation : celle où il apprend à manger en se servant de couverts, par exemple, ou celle où il se fait engueuler parce qu'il arrive en retard un point qui, hélas, n'a pas beaucoup changé car je continue à avoir des problèmes avec l'heure (rire). Je me retrouve aussi beaucoup dans toutes les scènes où Fahim est accueilli chez ses copains du club ou du collège. J'ai vraiment vécu des moments semblables, tellement chaleureux. Comme ceux passés, aussi, avec mon professeur d'échecs, Xavier Parmentier, que joue Gérard Depardieu. Xavier était un homme très généreux. C'est grâce à lui que j'ai pu dormir, en douce ou presque, pendant plusieurs mois dans son club d'échecs. Cet épisode n'est pas dans le film, mais ce n'est pas grave car on se rend compte à quel point Xavier était gentil et paternel avec moi. Evidemment, je me suis senti loin de Fahim dans les séquences du film qui ont été « fictionnées » pour les besoins du scénario. Mon père et moi n'avons par exemple jamais vécu en communauté, dans ces sortes de villages de tentes, avec d'autres bangladais. Ce n'est pas dans notre caractère. Mais ce sont des détails. L'essentiel de ma vie y est et le Fahim du film me plait. Je n'aurais pas eu envie qu'il soit complètement moi,
cela m'aurait gêné.

Mon père
Mon père est quelqu'un de très réservé et de très secret. Il faisait tout pour cacher son statut. Il était très protecteur envers moi, mais il faisait toujours semblant d'être détaché. Les premières années en France ont été terribles pour lui. Quand on lui a refusé son statut de réfugié politique et qu'il s'est sauvé, il est allé dormir dans la rue. Il n'avait pas de travail, pas de papiers, mais il prenait le risque de m'accompagner au club d'échecs où il passait des heures à m'attendre. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre. Pourtant tout était plus dur pour lui que pour moi. Moi, j'avais des copains, je leur parlais, j'allais dormir chez eux, je jouais aux échecs. Je pouvais m'évader. Lui passait des journées dans un désoeuvrement complet sans pouvoir adresser la parole à quelqu'un, d'autant moins qu'il ne parlait pas français. J'adore mon père. Je l'admire. J'ai toujours vécu avec lui. C'est lui qui, au Bangladesh m'emmenait, tout petit, faire des tournois. C'est lui qui m'a sans doute sauvé la vie. Je lui dois tout. Cet amour de Fahim pour son père est une chose qu'on ressent bien dans le film. J'en suis vraiment content. J'ai l'impression de rattraper ces années où je n'arrivais pas à exprimer mes sentiments pour mon père.

Les acteurs du film
N'étant pas très cinéphile, je ne savais pas qui, exactement, était Gérard Depardieu. Il a été d'une grande gentillesse avec moi. Je dois dire que tout le monde a été adorable, des enfants qui jouaient mes copains à Isabelle Nanty et P.E.F. Je me suis bien entendu aussi avec Assad mais je ne lui ai pas dit grand-chose. C'est lui l'acteur, pas moi. Je n'ai pas assisté à la préparation du film et je suis allé assez peu sur le plateau, mais j'en ai vu assez pour me rendre compte du travail énorme que représente un tournage. Je ne soupçonnais pas cela du tout.

L'impact de Fahim
Je ne sais pas comment Fahim va être reçu. J'espère que, comme le livre, il va contribuer à changer le regard des gens sur les immigrés, et certains ont vécu des choses bien pires que moi. Personnellement, j'aime bien ce film parce qu'il ne parle pas que de la misère des gens et qu'il raconte une belle histoire, puisque, finalement, ses personnages s'en sortent. Je l'aime bien aussi parce que les échecs y sont montrés plus comme un jeu d'aventures que comme un jeu intellectuel. Les gens qui n'y connaissent rien devraient quand même s'amuser.

L'après Fahim
J'ai passé mon bac et je vais intégrer une école de commerce. J'aimerais devenir gestionnaire de fortune ou de patrimoine. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je n'ai jamais eu comme objectif de consacrer ma vie entière aux échecs. J'aurais trop peur de devenir fou, comme certains grands champions. C'est la raison pour laquelle, ces derniers mois, j'avais interrompu mes entraînements. Je vais les reprendre, mais tranquillement.
Aujourd'hui, je suis serein. Je ne pense plus à ce temps où j'ai dormi dans la rue. J'essaie de vivre en avançant, dans l'instant présent. Je tiens à rester en France. C'est le pays qui m'a accueilli. Je lui suis reconnaissant. Comme mon père, qui est si fier qu'un film français porte le nom de son fils.




 L'avis de la presse 

Première - Sylvestre Picard
L'histoire vraie de Fahim Mohammad, qui débarque à Créteil à 12 ans, fuyant son Bangladesh natal avec son père. Petit génie des échecs, il intègre l'équipe de Créteil sous la direction de Sylvain, un prof bourru et bon vivant normal, puisqu'il est joué par Gérard Depardieu. Le film de Pierre-François Martin-Laval alterne moments gênants (en gros, tout ce qui se rapporte au périple de Fahim et son père, tragique mais pas trop pathos) et réjouissants passages sur l'enseignement du jeu des rois à la méthode Depardieu. Loin de se laisser aller comme un cabot, notre Gérard national est d'une retenue et d'une pudeur affolantes, jouant sur une corde raide mais toujours d'une justesse absolue. Comme s'il tirait une force nouvelle de sa confrontation avec le jeune Assad Ahmed. Il est fort, quand même.

La Croix - Corinne Renou-Nativel
En adaptant le livre autobiographique d'un jeune Bangladais ayant fui son pays avec son père, Pierre-François Martin-Laval signe un film tendre qui regarde avec lucidité la condition des migrants.

En mai 2011, Fahim, 8 ans, et son père Nura s'enfuient du Bangladesh. Ils laissent derrière eux la mère et la jeune sur de Fahim. Pour justifier leur départ, Nura n'évoque pas les violences qui agitent son pays et le mettent en danger, mais assure à son fils qu'il va organiser sa rencontre avec un grand maître des échecs un jeu dont il lui a transmis la passion. Après quelques déboires à Paris, ils sont pris en charge par une association qui les héberge à Créteil (Val-de-Marne) dans un centre pour migrants.
Désormais demandeur d'asile, Nura entame les démarches pour obtenir le statut de réfugié. Père et fils commencent doucement le chemin de l'intégration, à l'évidence moins aisé pour l'adulte que pour l'enfant, plus apte à apprendre rapidement le français. Pour tenir en partie sa parole, Nura emmène Fahim au club d'échecs de Créteil où ils rencontrent le rugueux Sylvain (Gérard Depardieu), d'abord exaspéré par leurs retards systématiques, avant de découvrir le potentiel du jeune garçon.
Le jeune Assad Ahmed qui incarne Fahim n'habitait en France que depuis trois mois lorsqu'il a été sélectionné pour le rôle; son apprentissage des codes français (utiliser des couverts, arriver à l'heure) et de la langue de Molière a été parallèle à celui de son personnage. Il donne sans mal la réplique à un Gérard Depardieu juste dans le rôle du colérique et timide Sylvain. Hormis la reconstitution de la fuite des deux Bangladais aux effets trop appuyés, Pierre-François Martin-Laval réussit un film tendre où toute une petite communauté permet à un enfant d'obtenir la place qui lui revient.

Un conte de fées moderne

Pierre-François Martin-Laval (Les Profs, Gaston Lagaffe) quitte le registre de la seule comédie pour entrer de plain-pied dans le réel avec l'histoire vraie de Fahim Mohammad, auteur d'Un roi clandestin, un livre sur son édifiante trajectoire, de Dacca aux tournois d'échecs en France. Pour raconter ce conte de fées moderne, le réalisateur choisit une tonalité réaliste et donne de la profondeur à son film en croisant, de manière documentée sans être indigeste, l'univers si singulier des échecs et le parcours du combattant qu'est la demande d'asile ainsi que le monde de la clandestinité.
Le jeune Assad Ahmed qui incarne Fahim n'habitait en France que depuis trois mois lorsqu'il a été sélectionné pour le rôle ; son apprentissage des codes français (utiliser des couverts, arriver à l'heure) et de la langue de Molière a été parallèle à celui de son personnage. Il donne sans mal la réplique à un Gérard Depardieu juste dans le rôle du colérique et timide Sylvain. Hormis la reconstitution de la fuite des deux Bangladais aux effets trop appuyés, Pierre-François Martin-Laval réussit un film tendre où toute une petite communauté permet à un enfant d'obtenir la place qui lui revient.


Le Parisien - Agnès Vives
Après une semaine de cours, place à la détente. Fahim s'apprête à retrouver ses copains en ce vendredi soir. Un emploi du temps classique pour un jeune homme de 19 ans qui a intégré une classe prépa à la rentrée. Mais Fahim Mohammad a beau répéter avoir « une vie normale », il n'est pas tout à fait comme les autres jeunes gens de son âge.

Ce natif du Bangladesh, au sourire enjôleur, compte déjà à son actif une page Wikipédia, un press-book long comme le bras, et des titres de champion d'échecs qui s'enchaînent au fil des ans. Mais il n'y a pas que ça. A partir du 16 octobre, son prénom va s'afficher en grand sur tous les cinémas français. Le réalisateur Pierre-François Martin-Laval, dit Pef, a adapté l'histoire de sa vie, narrée dans l'ouvrage

Depuis deux ans déjà, Fahim était entré dans la lumière. Il avait remporté le titre de champion de France des moins de 12 ans, en avril 2012, alors même qu'il vivait dans la rue, sans papiers, après quatre ans d'exil. Le Parisien avait révélé son combat, la solidarité incroyable de son club, de plusieurs familles de Créteil et leur mobilisation pour qu'il puisse participer aux championnats d'Europe.


Le Nouvel Observateur - Nicolas Schaller
Menacés dans leur pays, Fahim (Assad Ahmed), un jeune Bangladais, et son père s'exilent en France, pour une vie meilleure. SDF, sans-papiers, ils voient leur sort bouleversé grâce au don de Fahim pour les échecs et à l'obstination de son professeur (Gérard Depardieu), qui l'emmène jusqu'au Championnat de France.

L'histoire vraie a inspiré un livre, « Un roi clandestin ». La voici filmée par PEF, ancien membre des Robin des Bois, réalisateur navrant des « Profs » et de « Gaston Lagaffe », qui renoue avec la tendresse enfantine de ses premiers films. Passons sur le manque de cinéma et les maladresses niaiseuses de la mise en scène. Le film touche par sa modestie, sa pudeur face à la tragédie des réfugiés et grâce à Depardieu. En roue libre et en ogre bourru, il reprend goût au jeu grâce à un enfant. Il émeut.



Le Figaroscope - La rédaction
Gérard Depardieu, professeur d'échecs, prend sous son aile Assad Ahmed (excellent), un jeune prodige réfugié sans papiers qui a fui le Bangladesh avec son père. L'histoire, inspirée d'Un roi clandestin, un livre autobiographique, de Fahim Mohammad, Sophie Le Callennec et Xavier Parmentier, est riche en bons sentiments et sans surprise.

La Voix du Nord - Christophe Caron
Quel changement de registre pour PEF, le réalisateur évolue cette fois dans un environnement qui ne supporterait pas la faute de goût, sous peine d'être mat au premier coup. Priorité aux faits (le récit débute dans le pays d'origine de Fahim) et à l'émotion (difficile de ne pas être touché par ce trajet hors normes).
Une fois installé dans ce petit local du Val-de-Marne où l'on se remue les méninges devant des cavaliers et des fous, on assiste sans déplaisir à la confrontation de deux natures fortes : un jeune garçon de 11 ans qui joue avec sa rage face à son entraîneur costaud, bourru mais au bon cur (Depardieu, qui d'autre ?). Sans doute attendions-nous davantage de relief mais, si elle a du mal à trouver son second souffle, cette ode naïve à la seconde chance présente l'avantage d'être visible par tout les publics.




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