Sorry we missed you

  vendredi 22 Novembre   
20 H 15


Festival de Cannes Compétition Sélection officielle 2019

Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Montage : Jonathan Morris
Décors : Fergus CLEGG
Costumes : Joanne Slater
Image : Robbie Ryan
Musique : George Fenton
Montage son : Kevin Brazier,Kahleen Crawford
Son : Ray Beckett,Ray BECKETT
Production déléguée : Pascal Caucheteux,Grégoire Sorlat,Vincent Maraval
Production exécutive : Eimhear McMahon
Une production : SIXTEEN FILMS
Produit par : Rebecca O'Brien
Distribution : Le Pacte

Site officiel


 Avec 

» KRIS HITCHEN - Ricky» DEBBIE HONEYWOOD - Abby» RHYS STONE - Seb
» KATIE PROCTOR - Liza Jane» ROSS BREWSTER - Maloney» CHARLIE RICHMOND - Henry
» JULIAN IONS - Freddie» SHEILA DUNKERLEY - Rosie» MAXIE PETERS - Robert
» CHRISTOPHER JOHN SLATER - Ben» HEATHER WOOD - Mollie» ALBERTO DUMBA - Harpoon
» NATALIA STONEBANKS - Raz» JORDAN COLLARD - Dodge


 Synopsis 

RÉSUMÉ

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu'Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C'est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille...


 Anecdotes 

NOTE DE PAUL LAVERTY
Scénariste

J'ai retrouvé les carnets. Sur une page figurait une question : « Et si... on imaginait une famille vivant sous le même toit ? Ils seraient à quelques mètres seulement les uns des autres, pendant des heures. Mais ils ne se verraient pour ainsi dire jamais. Tout au moins durant la journée. »

La famille Turner donnait l'impression de vivre à bonne distance de Daniel Blake, quoique dans la même ville.

Je me souviens avoir été assis à côté de Ken, il y a une vingtaine d'années, alors qu'on donnait des interviews. Il a déclaré : « Il y a quelque chose de l'iceberg dans un film. On n'en voit qu'une partie, mais on sent sa masse sous la surface. » C'est toujours resté avec moi.

Les innombrables griffonnages, absurdités et possibilités dans les carnets, avant l'écriture, sont pour moi la présence sous la surface. Parfois, ils n'atteindront jamais le scénario – sans parler de la pellicule, mais d'une manière ou d'une autre, ils sont là, même si on travaille contre eux ou qu'on les contredit.

J'ai trouvé les extraits suivants, sous la forme de personnages et de squelette d'une histoire, qui ont émergé de la brume. Ils se sont transformés avec le temps.
Liza Jane, dix ou onze ans. Elle se prend parfois pour David Attenborough, à chercher des signes de l'existence humaine dans les silences de la maison. Elle aime les émissions sur la nature et possède une imagination débordante qui lui tient compagnie durant les longues heures qu'elle passe seule. Elle sait que sa famille est là, quelque part... Des traces de nourriture à moitié mangée (assiettes sales du petit-déjeuner), du linge sale ça et là (t-shirts couverts de sueur). Papa et maman ont dû aller chasser, une tâche longue et laborieuse qui les laisse souvent, comme les grands fauves, grognons, bredouilles et couverts de plaies...

Seb, quinze ans, la tête dans sa capuche, même quand il ne porte pas son hoodie. Son rêve secret : être invisible. « Fichez-moi la paix, pas de sermons, laissez-moi me débrouiller tout seul ! » Seb et Liza Jane sont proches et, la plupart des soirs, ils dînent ensemble en regardant des vidéos. Certaines les font rire, mais d'autres les laissent vides.
Seb est plus perspicace qu'il n'y paraît. Il a l'intelligence de sa sœur – tous deux sont vifs d'esprit, mais il est bien décidé à le cacher. Ça lui procure une grande satisfaction de voir à quel point ça agace son père, Ricky ; il sait sur quels boutons appuyer et il le fait souvent. Il ne peut résister à cette tentation, sans savoir pourquoi. Quand son père lui crie dessus, au moins, il est présent. Quelques années en arrière, ils riaient beaucoup. Il ne l'admettra pas, mais il regrette les discussions silencieuses qu'il avait avec Abby – qui semble déceler ce qu'il ressent sans rien lui demander.

Seb est dévoré par sa passion, les graffitis, après avoir flirté avec le parkour. Quand il plonge dans la nuit, il peut consumer la colère qui pétille en lui. Il se sent libre et sauvage – tout le contraire de son père. Il pense en images, pas en mots.

Que ressent Seb lorsqu'un de ses proches amis disparaît de sa vie ?

Ricky et Abby se souviennent de la nuit où ils se sont rencontrés, à Morecambe. Le coup de foudre. Cool.


Northern Rock : comment la crise financière a mis fin à leurs espoirs de devenir propriétaires. Si Northern Rock s'était effondrée un mois plus tard, leur vie en aurait été changée. Toute la nuit, Abby a pleuré leur crédit tombé à l'eau. Cette maison, c'était la leur, et son premier enfant y serait né. Mais il en a été autrement. Ce but semble d'autant plus inaccessible que les locations successives ont entamé son sentiment de sécurité. Certains rêvent de gagner à la loterie. Abby, elle, rêve de décorer une maison dans ses couleurs préférées. Son choix, pas celui d'un propriétaire. Et ne plus jamais en bouger.
Ricky: une opiniâtreté à toute épreuve. Il n'a jamais vraiment trouvé sa place. Son dernier travail a été la dernière goutte. Un assistant paysagiste... il travaillait deux fois plus vite que son collègue, qui a été promu chef. C'en est trop ! Il leur a dit d'aller se faire foutre. C'est un homme impulsif qui est fier d'être bosseur et de ne jamais avoir coûté un sou à l'État. Tant mieux. Si on le forçait à aller à l'agence pour l'emploi, un agent de sécurité se prendrait sûrement son poing dans la gueule.


Dans une vieille camionnette déglinguée, remplie de travailleurs assoupis après leur journée de travail, Ricky verrait bien Seb à la fac, le premier de la famille, suivi de Liza Jane, première de sa classe. « Ils n'auront pas des mains comme les miennes. »

Abby a toujours admiré le côté indépendant de Ricky. Il y avait toujours un brin de danger derrière la plaisanterie ; elle pouvait sentir sa loyauté envers elle. Mais avec le temps et les complications de la vie, elle a commencé à éprouver de la contrariété. Parfois, Ricky ne voit pas ce qu'il a sous le nez. Il passe à côté des signaux. Il saute sans
réfléchir.

La compassion coule dans les veines d'Abby, autant que le sang. D'où lui vient ce grand coeur ? Même les plus déments de ses patients peuvent le sentir – sinon, pourquoi les coifferait-elle ? (Le secret de sa vie professionnelle est révélé en un éclair de colère à un inconnu, à un arrêt de bus.)

Ces derniers mois, elle a été hantée par un rêve.


 Entretien 

ENTRETIEN AVEC KEN LOACH
Réalisateur

Comment vous est venue l'idée de SORRY WE MISSED YOU ?

Après MOI, DANIEL BLAKE, je me suis dit : « Bon, c'est peut-être mon dernier film. » D'un autre côté, quand on visitait les banques alimentaires, pour nos recherches, la plupart des gens qui venaient là travaillaient à temps partiel, avec des contrats zéro heure. C'est une nouvelle forme d'exploitation. Cette économie des petits boulots, comme on l'appelle, les travailleurs indépendants ou intérimaires, la main-d'oeuvre précaire, n'ont cessé d'être au coeur de mes discussions quotidiennes avec Paul Laverty. Peu à peu s'est profilée l'idée que ça pourrait faire l'objet d'un autre film – pas vraiment un pendant à MOI, DANIEL BLAKE, plutôt un film connexe.

Avez-vous toujours envisagé cette histoire autour de deux axes ?

Non, je pense que ce qui a grandi dans l'esprit de Paul n'était pas seulement lié au degré d'exploitation des travailleurs, mais aussi à ses conséquences sur leur vie de famille et la manière dont tout ça se répercute dans leurs relations personnelles. La classe moyenne parle d'équilibre travail-vie privée quand la classe ouvrière est acculée à la nécessité.

S'agit-il d'un nouveau problème ou bien d'un ancien sous une autre forme ?

Il n'est nouveau que dans la mesure où on y emploie la technologie moderne. La technologie la plus en pointe se trouve dans la cabine du chauffeur, dictant les itinéraires, permettant au client de savoir exactement où se trouve le colis qu'il a commandé et son heure d'arrivée estimée. Il arrivera – s'il s'agit d'un « suivi », comme ils appellent ça – dans un créneau d'une heure. Le consommateur est chez lui à suivre le parcours de ce véhicule dans tout le quartier. C'est un équipement hautement sophistiqué, avec des signaux qui rebondissent sur un satellite, quelque part. Le résultat est qu'une personne se tue à la tâche dans une camionnette, allant d'un point à un autre, de rue en rue, se démenant pour répondre aux exigences de cet équipement. La technologie est nouvelle, mais l'exploitation est vieille comme le monde.

Comment vous êtes-vous documenté ?

Paul a effectué la plupart des recherches, puis on a rencontré des gens. Les chauffeurs hésitaient souvent à se confier : ils ne voulaient pas courir le risque de perdre leur boulot. Les dépôts étaient difficiles à pénétrer. Un homme très serviable, d'un dépôt voisin de là où on a tourné, dont il était le responsable, nous a donné des indications très précises pour l'aménagement du dépôt en lui-même. Les chauffeurs du film le sont presque tous dans la vie ou l'ont été. Quand on tournait ces scènes, ils savaient ce qu'ils faisaient... Ils connaissaient le processus, son fonctionnement, ainsi que les pressions exercées pour que ce soit exécuté rapidement.

Qu'est-ce qui vous a le plus frappé lors de vos recherches ?

Ce qui est étonnant, c'est le nombre d'heures que les gens doivent faire pour gagner décemment leur vie, ainsi que l'insécurité de leur travail. Ils travaillent à leur compte et, en théorie, c'est leur affaire, mais si quelque chose tourne mal, ils prennent tout sur eux. Assez facilement, il peut y avoir un problème avec la camionnette et ils ont des sanctions équivalentes à celles de Daniel Blake s'ils ne sont pas là pour livrer le service. Ils peuvent alors très rapidement perdre beaucoup d'argent. Quant aux aides à domicile, comme Abby, ils sont de sortie pendant douze heures, à faire des visites, et ne perçoivent que six ou sept heures de rémunération sur la base du salaire minimum.

Présentez-nous les personnages de SORRY WE MISSED YOU...

Abby est une bonne mère, dans un bon mariage – elle et Ricky sont amis, il y a de l'affection entre eux, ils se font mutuellement confiance et s'efforcent d'être de bons parents. Son souci, c'est d'essayer de s'occuper de ses enfants de la manière dont elle le souhaiterait : elle travaille tellement dur qu'elle n'est jamais là, donc la plupart du temps, elle doit donner des instructions aux enfants par téléphone. Évidemment, ça a tendance à mal se passer, car les gamins sont des gamins, et elle ne rentre que tard dans la nuit. Elle est tributaire des bus, qui ne sont pas très fréquents, et elle perd beaucoup de temps à attendre aux arrêts de bus.

Qui est son employeur ? D'où vient cette pression ?

Son employeur est une agence. Les soins à la personne sont sous-traités par les communes auprès d'agences ou d'entreprises de soins privées. Celles-ci décrochent le contrat parce qu'elles pratiquent des prix bas. Les autorités ferment les yeux sur le fait que ces prix bas soient basés sur l'exploitation des personnes qui font le travail. Il est beaucoup plus difficile pour les gens travaillant au service d'une entreprise de soins privée de se fédérer en syndicat que pour ceux qui travaillent pour une collectivité locale, qui ont des contrats en bonne et due forme.

Parlez-nous de Ricky...

Ricky est un bourreau de travail, comme il le dit lui-même. Il était ouvrier dans le bâtiment. Il a sans doute donné dans un de ces métiers, dans la plomberie ou la menuiserie... Il s'en sortait plutôt bien – le couple avait mis de côté assez d'argent pour faire un dépôt de garantie sur une maison. Ça a coïncidé avec l'effondrement des banques et des organismes de crédit immobilier, qui a empêché des gens comme Ricky et Abby d'obtenir un crédit. L'industrie du bâtiment en a souffert, Ricky a perdu son emploi et, depuis, il a enchaîné les petits boulots. Il peut tout faire. Quand on le rencontre, Ricky décide de travailler comme chauffeur-livreur, un métier avec lequel il semble qu'on puisse se faire beaucoup d'argent. La famille est toujours locataire, le couple ne gagne pas assez pour s'acquitter de ses dettes. Ça fait des années qu'ils tirent le diable par la queue, alors c'est là une occasion de travailler d'arrache-pied pendant deux ou trois ans, de constituer un apport pour l'achat d'une maison, puis de retrouver enfin une vie
normale. C'est le plan de Ricky. C'est un type charmant, très facile à vivre et, étant originaire de Manchester, il est fan de Manchester United. Il est déterminé à faire de son nouveau travail un succès. Les gens dans la situation de Ricky doivent s'exploiter eux-mêmes, pas besoin d'un contremaître qui fasse claquer le fouet. Ils doivent se donner corps et âme jusqu'à l'épuisement pour toucher un revenu décent – la situation idéale pour un employeur.

Quelle est la composition de la famille d'Abby et Ricky ?

Ils ont deux enfants. Seb a seize ans et aucun de ses parents n'est là pour l'avoir à l'oeil. Il déraille. Il a des talents artistiques et créatifs dont ils ignorent tout. Ce qu'ils savent, c'est qu'il sèche l'école et qu'il commence à s'attirer des ennuis. Ça fait des étincelles, entre lui et son père. Ricky est un peu vieux jeu – il se contente de dire à Seb ce qu'il doit faire et s'attend à ce qu'il s'exécute, mais ce n'est évidemment pas le cas. Une confrontation est inévitable. Puis il y a Liza Jane. C'est une gamine brillante. C'est elle qui réconcilie tout le monde dans la famille, avec un humour décalé et des cheveux roux comme son père. Elle veut juste que tout le monde soit heureux.
Elle essaie de garder la famille unie quand ça se met à péter dans tous les sens.

Comment s'est déroulé le tournage à Newcastle ?

Comme toujours, on a tourné chronologiquement. Les acteurs ne savaient pas comment ça se terminerait. Chaque épisode était une découverte pour eux. Nous avions fait répéter la famille au préalable, afin qu'ils mettent au point une sorte de relation entre eux. Puis on a tourné dans la foulée, pendant cinq semaines et demie.
L'un des principaux challenges était de planter correctement le décor du dépôt de distribution. Il fallait en connaître précisément le fonctionnement pour que chacun sache exactement quel était son rôle, puis on a tourné ça comme un documentaire. On a défini qui réceptionnerait les colis à leur arrivée, qui serait en charge du tri, les chauffeurs qui viendraient avec leur camionnette, ce qui se passait à chaque étape de la chaîne. Fergus et l'équipe déco ont fait un travail remarquable pour donner vie à tout ça. Chorégraphier tout cela était un défi, car c'était un grand dépôt, où tout résonnait, au coeur d'une zone industrielle. Mais les gars ont été super. Ils se sont pris au jeu et l'ont fait avec délectation. J'espère qu'à l'image, on voit qu'ils savent ce qu'ils font – ils le font vite, sous l'oeil de lynx du chef d'équipe qui les mène à la baguette. Tout devait être authentique. Personne ne devait simuler Nous voulions que le paysage urbain de Newcastle soit présent dans le film, sans que ça ressemble à des images touristiques, pas uniquement pour montrer la ville. Je pense qu'on a un sens du paysage : on voit les vieilles terrasses, les immeubles et le centre ville, avec son architecture classique.

Quelles questions soulève le film ?

Ce système est-il viable ? Est-il viable de faire nos courses par l'intermédiaire d'un homme dans une camionnette, qui se tue à la tâche quatorze heures par jour ? Est-ce finalement un meilleur système que d'aller nous-mêmes dans un magasin et de parler au commerçant ? Veut-on vraiment un monde dans lequel les gens travaillent avec une telle pression, des répercussions sur leurs amis et leur famille, ainsi qu'un rétrécissement de leur vie ? Ce n'est pas l'échec de l'économie de marché, c'est au contraire une évolution logique du marché, induite par une concurrence sauvage visant à réduire les coûts et à optimiser les bénéfices. Le marché ne se préoccupe pas de notre qualité de vie. Ce qui l'intéresse, c'est de gagner de l'argent, et les deux ne sont pas compatibles. Les travailleurs à faibles revenus, comme Ricky et Abby, ainsi que leur famille, en paient le prix.

ENTRETIEN AVEC REBECCA O'BRIEN
PRODUCTRICE

Comment Sixteen Films est-elle passée de MOI, DANIEL BLAKE à SORRY WE MISSED YOU ?

On ne s'attendait pas à ce que MOI, DANIEL BLAKE ait l'impact qu'il a eu, mais avec plus de 700 projections communautaires et le désir renouvelé des gens de vouloir en parler et d'utiliser le film pour collecter des fonds, il est devenu une sorte d'emblème. On en a débattu au Parlement et il est devenu une référence. Les spectateurs s'y sont reconnus ou y ont retrouvé des gens qu'ils connaissaient. Je crois que beaucoup de gens avaient peur de parler de l'humiliation que le système leur fait subir. Le film leur a permis de sentir qu'ils n'étaient pas seuls dans cette situation.
On a fait tellement de présentations et de débats avec MOI, DANIEL BLAKE, rencontré tant de gens qui ont confié leur expérience, que ça nous a donné l'impulsion pour monter SORRY WE MISSED YOU. Les discussions entre Ken et Paul se sont poursuivies. Paul s'est intéressé aux problèmes liés aux emplois précaires et s'est rendu compte que ça pourrait faire l'objet d'un nouveau film. Ce qui collait si bien, c'est que, alors que MOI, DANIEL BLAKE traitait du monde des prestations et aides sociales, SORRY WE MISSED YOU aborde le monde du travail et ces gens que Theresa May appellerait « ceux qui s'en sortent tout juste ». Puis Paul a écrit les personnages de Ricky, Abby et leurs deux enfants.

Pourquoi avez-vous décidé de revenir tourner à Newcastle ?

Newcastle est une ville compacte et il est relativement facile de s'y déplacer. Ça fait une différence : quand dans certaines villes, il vous faut une heure pour aller d'un endroit à un autre, à Newcastle, le même trajet peut prendre quinze à vingt minutes. Par ailleurs, elle possède une forte identité culturelle tout en représentant l'ensemble de la Grande-Bretagne dans un microcosme : c'est une ville avec des hauts et des bas, les bonnes et les mauvaises choses que toute ville britannique pourrait avoir. Comme on l'avait découverte sur MOI, DANIEL BLAKE, il nous a été beaucoup plus simple de revenir ici. On connaît l'infrastructure et les interlocuteurs avec qui travailler, et on apprécie la chaleur de leur accueil et leur enthousiasme.

L'histoire de SORRY WE MISSED YOU est-elle typiquement britannique ou plutôt universelle ?

La Grande-Bretagne n'est sûrement pas le seul pays à mettre en place des contrats zéro heure et des systèmes tels que notre système de soins à la personne. Le travail précaire est répandu dans toute l'Europe. On achète tous des articles en ligne, qu'on fait livrer par courrier, et on connaît tous quelqu'un qui a eu affaire au système des soins à la personne – une grand-mère, une mère, une soeur ou un frère. On a vu ces deux choses être formidables puis devenir terribles. On espère que le film montrera les effets de ces deux systèmes sur les enfants dont les parents sont surmenés et n'ont pas suffisamment de temps à leur consacrer.

Quel est l'impact de la crise financière mondiale de 2008 surl'histoire ?
Ce sont les racines de notre histoire. Je pense qu'en 2008, notre couple aurait peut-être pu obtenir son crédit immobilier, mais les banques et les organismes de crédit se sont effondrés et ce sont les plus vulnérables qui en ont souffert. Alors qu'ils auraient pu avoir un crédit immobilier et un logement à eux, ils se retrouvent à louer un logement temporaire. L'autre chose qui les a affectés, c'est l'austérité. Abby et Ricky travaillent, ils devraient s'en sortir convenablement, mais ça n'est pas le cas parce que leur travail est sous-payé. Ricky est juste désespéré de réussir enfin et de faire quelque chose de mieux pour lui-même, afin de mieux subvenir aux besoins de sa famille.

Comment SORRY WE MISSED YOU a-t-il été financé ?

À nouveau, il s'agit d'une coproduction avec les formidables Why Not Productions et Wild Bunch, en France, qui ont toutes deux été d'un grand soutien. BBC Films s'est à nouveau joint à nous, ainsi que le BFI. De plus, grâce au système Locked Box du BFI, on a récupéré une partie des recettes de MOI, DANIEL BLAKE pour la réinvestir dans
SORRY WE MISSED YOU. C'est une excellente façon de recycler l'argent de la loterie et ça veut dire que MOI, DANIEL BLAKE a contribué à financer ce film.

Est-il devenu plus difficile de monter des films comme les vôtres ?

C'est de plus en plus compliqué de produire des films britanniques indépendants. Ces dernières années, leur public a diminué au niveau mondial. C'est un autre contrecoup de la crise financière, parce qu'après 2008, les entrées ont été divisées de moitié. Les gens sont beaucoup plus frileux aujourd'hui. Les films doivent être financés par toutes sortes de marchés, de prises de participation et de financements disparates. Fort heureusement, avec Why Not et Wild Bunch comme partenaires, ça n'a pas été le cas pour nos récents films : j'ai une position très privilégiée, en tant que productrice. Il serait bien plus difficile de débuter aujourd'hui et de faire la même chose.

Vous travaillez souvent avec la même équipe. Qu'est-ce que cela apporte au film ?

En termes d'esthétique, de décors, de montage et de musique, avoir ces éléments créatifs provenant des mêmes sources offre une continuité. Il y a une vision partagée de l'aspect artistique du film qui est cohérente. Dans l'ensemble, je pense que ça aide d'avoir une continuité formelle, car si vous rassemblez les films de Ken, c'est comme une longue histoire de nos vies. Je me plais à penser que dans 200 ans, si quelqu'un veut se pencher sur l'histoire sociale de notre époque, il est possible qu'il tirera quelque chose du visionnage de cinquante ans de films de Ken Loach et ses scénaristes.

ENTRETIEN AVEC KRIS HITCHEN
(RICKY)
Présentez-nous Ricky...

Ricky est un bosseur qui ne veut rien d'autre que le meilleur pour sa famille.
Quand on le rencontre, c'est un moment délicat, car il vient de se lancer dans une nouvelle entreprise et il a quelques soucis avec son fils, Seb, et sa famille en général. Il a toujours été le chef et le principal soutien de la famille – il pense avoir les réponses à tout. Mais il a atteint un point où il se met à douter de lui-même et à se demander si les décisions qu'il a prises pour sa famille étaient les bonnes. Ce qui explique qu'il craque un peu de toutes parts parce que, pour la première fois, il commence à se demander de quoi il s'agit exactement. À quoi rime tout ça ?

Quel est le passé de Ricky ?

Il a fait plein de boulots pénibles, des travaux semi-qualifiés dans le bâtiment. Il a toujours travaillé au sein d'une équipe, sur des chantiers, et s'est aussi occupé de paysagisme. Il peut vraiment tout faire, sur un chantier, juste pour se faire un salaire. Il vit à Newcastle – il a quitté Manchester pour venir s'y installer après être tombé amoureux d'Abby. Tous deux se sont rencontrés en boîte, puis ils ont fini par avoir deux enfants. Une grande partie de son histoire, c'est qu'il a tout essayé pour avoir sa propre maison et obtenir un crédit, mais ça n'a évidemment pas marché à cause de la chute de Northern Rock. Quand cette idée de travail de livreur se présente, c'est comme si c'était sa chance, une seconde chance. Il n'est plus tout jeune, alors il se dit que c'est le moment d'y aller – quelques années de combat acharné pour mettre sa famille à l'abri.

Dans quoi pense-t-il s'embarquer quand Maloney, le chef du dépôt, lui propose de devenir chauffeur ?

Il y va les yeux fermés, car il en a entendu du bien par un copain qui travaille dans le même dépôt. Et il se dit que c'est un très bon plan pour lui, qu'avec son sens du travail, s'il arrive à y faire son trou, il pourra générer les fonds nécessaires pour acquérir sa propre maison. Puis il pourra enfin faire avancer sa famille de l'avant, dans la direction qu'il a toujours souhaitée pour eux.

Au fur et à mesure de l'histoire, l'étau se resserre autour de Ricky.
De quelles pressions s'agit-il ?

Ce sont d'abord les pressions du travail, car il est sans cesse en mouvement, il n'a pas une minute à lui. Il doit faire face à la circulation et à des clients qui, pardonnez l'expression, sont tous de vrais connards. Et puis son fils a des soucis à l'école, il a de mauvaises fréquentations...

ENTRETIEN AVEC DEBBIE HONEYWOOD
(ABBY)
Qui est Abby ?

Abby est aide à domicile. Elle travaille tous les soirs, à l'exception de trois soirs par semaine, et elle a du mal à se rendre au travail parce que son mari a vendu sa voiture. C'est un élément essentiel pour une aide à domicile qui habite en ville. Elle essaie aussi de s'occuper de sa famille. Elle a deux enfants en âge scolaire, alors il faut qu'elle soit présente. Elle a cette culpabilité de mère. En fin de compte, Abby est à deux doigts de craquer. Elle se sent en permanence coupable et veut donner le meilleur pour chacun, parce qu'elle se soucie de tout le monde. Elle veut s'occuper des personnes dont elle est en charge dans son travail, même si sa priorité, ça reste ses enfants et son mari. Mais elle ne peut pas tout faire.

Comment Abby et Ricky en sont-ils arrivés là ?

Dix ans avant, il y a eu la crise de Northern Rock. Ricky travaillait dans le bâtiment. Il a été licencié. Ils avaient obtenu une promesse de crédit pour la maison, mais celle-ci est tombée à l'eau. Puis Ricky a enchaîné les boulots, des contrats zéro heure. Ils étaient juste locataires, allant d'un endroit à un autre. C'est alors qu'Abby a eu ce boulot d'aide à domicile, où on est seulement rémunéré à la visite. À eux deux, ils arrivent à peine à joindre les deux bouts, pas plus.

Comment Abby et Ricky se sont-ils connus ?

On s'est rencontrés dans une rave, quand on était tous les deux très jeunes. Je venais de Newcastle, lui de Manchester. Un jour, je ne savais pas comment rentrer chez moi, alors il m'a raccompagnée dans sa vieille camionnette cabossée, et il a dû jouer de son charme...
Où en est leur relation aujourd'hui ?

C'est un peu comme dans la vraie vie : quand on travaille beaucoup, ça perturbe les relations du quotidien. Tout le reste devient une priorité. Quand trouvent-ils le temps de se parler, ou tout simplement de se voir ? Je ne sais pas.

Comment avez-vous obtenu le rôle d'Abby ?

Je suis assistante de vie scolaire et je travaille à North Tyneside. À quarante ans, j'ai rejoint l'agence artistique NE1 4TV, parce que sur la liste de mes envies, il y avait : faire de la télé. J'ai fait de la figuration sur Les Enquêtes de Vera. Puis ils m'ont demandé de revenir et là, j'ai eu cinq mots à dire, c'est tout. Je suis restée dans le fichier. Les boulots tombaient tout le temps. Et ce rôle est arrivé, décrivant une femme d'une quarantaine d'années, avec deux enfants ados, qui est à la fois douce et coriace, mais que tout le monde aime bien. J'ai montré l'annonce à mon mari et il a dit : « C'est tout à fait toi, vas-y ! » Au même instant, un de mes meilleurs amis me l'a envoyée ! J'ai dû envoyer un petit message vidéo à Ken, sur mon téléphone, je l'ai rencontré pour prendre un verre, puis j'ai enchaîné les auditions. Je ne savais pas quel rôle j'aurais jusqu'à la toute fin. Je dois avouer que j'ai crié quelques gros mots quand on m'a dit que c'était un des rôles principaux. Je n'y croyais pas. Et quelques semaines plus tard, on tournait.

Avez-vous rencontré des professionnels de l'accompagnement de personnes âgées ?

Oui, je suis allée dans une maison de retraite, où j'ai donné un coup de main et posé beaucoup de questions aux filles. Elles m'ont donné une vraie formation. Je me suis entraînée avec du personnel compétent pour savoir quoi faire, quand et comment. Quand j'insistais auprès des femmes que j'ai rencontrées – c'était seulement des femmes elles se confiaient. La plupart ont toujours fait ce travail. C'est une vocation, c'est important pour elles. Ces femmes-là sont des anges. Elles sont comme des infirmières, à tout faire, et franchement, j'ai parfois été très choquée par la quantité de travail qu'elles abattaient pour le peu qu'elles touchaient. Ça a été une sacrée leçon pour moi. Une chose que j'ai réalisée, c'est que, dans le film, quand Ricky vend la voiture, Abby est foutue. Parce qu'elle n'a juste pas le temps d'aller d'un endroit à un autre et qu'elle n'est pas payée pendant les trajets.

Comment avez-vous vécu le tournage ?

Pour être tout à fait franche, la première semaine, je me suis dit : « Ça se passe pour de vrai ? C'est vraiment moi ? » La deuxième semaine, panique. La troisième : « Bon, OK. » C'est comme les montagnes russes. Rien à voir avec Les Enquêtes de Vera, où j'étais juste à l'arrière-plan, à nettoyer des éprouvettes dans le labo médico-légal. Ça a été très émouvant parce que je suis mère, j'ai un ado plus âgé. Quand il est question d'un enfant, ça me parle. Je me dis : « Et si c'était moi ? » Mon mari a été licencié après la chute de Northern Rock. On venait juste d'acheter une maison. Je travaille avec des enfants dont les parents ont divorcé : j'ai vu toutes les facettes de cette situation.

Parlez-nous de votre collaboration avec Ken Loach...

C'est très différent, parce qu'on ne nous donne pas tout à l'avance. On me donne une scène, j'apprends ce que je peux, mais au fil du temps, l'histoire et ma part de cette histoire se déroulent. C'est une surprise – des fois littéralement, comme quand je m'occupais de personnes âgées et qu'elles m'envoyaient une blague à laquelle je ne m'attendais pas. Mais quand on comprend la façon que Ken a de travailler, et la façon dont il vous apprend à travailler, c'est vraiment incroyable. Je n'aurais pas pu avoir un meilleur professeur. Je ne sais pas, ma carrière d'actrice s'arrêtera peut-être là. Mais j'espère que non. J'adorerais continuer.


ENTRETIEN AVEC RHYS STONE
(SEB)
Quel est ton rôle ?

J'interprète Seb Turner. J'ai des idées brillantes que les gens ne comprennent pas. Surtout ma famille. Donc il y a un peu de tension au sein de la famille, de la bagarre et des trucs dans le genre... Sa famille ne comprend pas son potentiel, ni ce qu'il a dans la tête et tout le reste. Il a ce talent pour la peinture à la bombe, les graffitis. Ça montre son côté créatif. Mais il a séché l'école pour aller faire ses graffitis. Et puis, c'est assez tendu avec son père, vers la fin.

Quelle relation Seb a-t-il avec Ricky, son père ?

Ils se prennent tout le temps la tête. Je n'en connais pas la raison exacte. Tout ce que je sais, c'est que son père ne voit pas son point de vue. Et ça empire quand son père s'absente pour faire son boulot de livreur. Seb et Liza Jane se retrouvent tout seuls à la maison – et Seb est toujours dehors... Mais il y a aussi de bons moments entre Seb et son père. Clairement, ils s'aiment, mais ils se prennent tout le temps la tête.

Comment es-tu arrivé sur le film ?

J'ai participé au programme New Writing North. Ils m'ont aidé à avoir ça. Ken est simplement venu à mon école. Je l'ai rencontré, je lui ai serré la main, je lui ai dit : « Salut »... Je suis allé à une autre réunion, où il expliquait certaines choses, puis je suis allé aux auditions. Chaque fois, je donnais le meilleur de moi-même, puis j'ai décroché un rôle principal, alors que je n'étais pas censé l'avoir. Je devais avoir un second rôle, mais j'ai eu le rôle de Seb, alors je suis reconnaissant, honnêtement. C'est un bon début, non ?

Que dirais-tu de cette expérience et de la façon dont travaille Ken ?

C'est bien. C'est plus relax. Il y a moins de stress sur les acteurs, ce genre de choses... Moins de stress aussi sur l'équipe. Le mieux, c'est de juste donner le meilleur de soi-même, non ? De simplement respecter l'homme pour ce qu'il fait. Et d'être attentif. On a tourné une scène où c'était tellement proche de moi que j'ai craqué. Si ça connecte à ce point avec vous, c'est une bonne expérience à avoir. Ça a été un vrai tremplin pour moi.

Tu as dû apprendre le graffiti ?

Oui, c'est moi qui les fais, à l'image. J'ai dû faire quelques séances pour m'exercer à bien le faire, mais j'ai pris le coup de main sans problème. Ce mec – Jim, je crois – m'a appris à le faire. Il m'a appris la différence entre les types de bombes, plus ou moins pressurisées, quelles mines utiliser, la vitesse à laquelle il faut faire ça pour tracer ses lignes avec précision, etc.

Quelle relation as-tu aujourd'hui avec Debbie, Kris et Katie ?

C'est comme si on formait une vraie famille. On a vraiment l'impression d'être une vraie famille, car je m'entends bien avec Katie, comme si c'était ma petite soeur. Je m'entends bien avec Kris – ça crie beaucoup moins ! C'est plutôt des blagues. Et Debbie et moi sommes aussi super proches.

Qu'est-ce que ça fait de rester des semaines sans savoir où va l'histoire ? Tu n'as pas lu le scénario en entier, tu ne savais donc pas à quoi t'attendre...

C'est excitant. Ça donne plus d'énergie pour se lever le matin et découvrir ce qui va se passer pendant la journée. Oui, on peut être fatigué, ou des trucs dans ce genre, mais ce n'est pas parce qu'on n'a pas lu tout le scénario qu'on ne peut pas pour autant réussir son coup. Et on a de bonnes surprises. Il y avait une scène où on mangeait un curry tous ensemble, où Kris a balancé une réplique improvisée et c'était marrant. Évidemment, ça m'a fait rire. C'est une émotion sincère plutôt que forcée, parce que si c'était forcé, ça aurait l'air stupide, non ?


ENTRETIEN AVEC KATIE PROCTOR
(LIZA JANE)

Comment as-tu rejoint le casting de SORRY WE MISSED YOU ?

Ma prof est entrée dans le cours d'espagnol et elle a dit : « Y a-t-il des filles, ici, qui savent jouer ? » Au début, je n'ai pas levé la main, mais elle me connaît, et j'ai joué dans des pièces, à l'école, alors elle a fait genre : « Allez, Katie. Je sais que tu aimes jouer. » Puis, j'y suis allée et on m'a interrogée – des questions sur moi, Newcastle et d'autres choses dans ce genre. Puis, ils se sont intéressés à moi et à quelques filles. On a donc été convoquées à une autre audition, on a rencontré Ken, puis il y a eu une autre audition. Et au bout d'à peu près quatre auditions, on m'a dit que je faisais le film. À l'époque, je ne savais pas qui était Liza Jane.

Où étais-tu quand tu as appris que tu avais le rôle ?

J'étais à la gym et ma mère n'arrêtait pas d'appeler. Ma sonnerie, c'est Hotline Bling, alors on plaisantait et tous mes copains de la gym rigolaient parce que j'étais là à danser au son de la chanson. Puis mon entraîneur m'a dit : « Va répondre, si tu veux. » J'étais genre : « C'est ma mère. » Elle a dit : « Tu as le rôle. » Je n'en revenais pas ! Je ne l'avais dit qu'à une amie, et je lui ai crié : « J'ai le rôle ! » Elle a couru vers moi et m'a prise dans ses bras. Personne d'autre ne savait de quoi je parlais.

Avais-tu déjà entendu parler de Ken Loach ?

Je connaissais son nom, mais je n'avais vu aucun de ses films, parce que ma mère disait qu'ils étaient un peu trop adultes pour moi – genre des drames... Ma mère les avait vus, alors elle nous en parlait.


Après avoir appris que tu avais le rôle, que t'a-t-on dit sur Liza Jane ?
On m'a simplement dit qu'elle était un peu plus jeune que moi, pas plus petite, mais un peu plus puérile. Des choses comme ça... On a toutes les deux douze ans, mais sa personnalité est un peu plus enfantine que la mienne.

À quoi ressemble la vie de Liza Jane ?

Je dirais qu'elle a une vie un peu triste. Mais ça va. Elle a un toit au-dessus de la tête et elle a de quoi manger, mais c'est juste un peu triste, des fois. Elle s'entend bien avec ses parents. Elle fait une virée dans la camionnette, avec son père, alors c'était bien marrant de rouler dans Newcastle avec Kris. Elle le voit beaucoup moins quand il commence ce travail de livreur, et ça la rend sans doute un peu plus triste.

Que dirais-tu de la façon dont travaille Ken ?

Il veut juste qu'on soit naturel. Quand je suis devant la caméra, je ne me dis pas « Que ferait Katie ? » Je me dis plutôt : « Je suis Liza Jane. Je ferais quoi ? »

ENTRETIEN AVEC ROSS BREWSTER
(MALONEY)
Présentez-nous Maloney...

Maloney est le chef de Ricky, au dépôt de distribution. C'est un peu un connard, si je puis dire. Il est pragmatique, très direct. Il exprime très clairement ce qu'il veut et ce qu'il attend, c'est-à-dire que les gens fassent leur boulot et qu'ils le fassent bien. S'il y a un problème, c'est à eux de le résoudre, il ne veut rien savoir. Il n'est pas là pour ça. Il est là pour trouver les meilleurs collaborateurs pour la boîte. Ensuite, c'est à eux de faire les livraisons pour le compte de son entreprise, pour qu'elle devienne numéro un dans le pays. Il ne veut pas entendre de plaintes. Il a une attitude du style : « Si vous ne voulez pas rester, la porte est ici. » Il est assez impitoyable.

Comment avez-vous rejoint le casting ?

Je n'en ai absolument aucune idée. J'étais inscrit à cette agence, NE1 4TV, et ils m'ont envoyé un mail : « Recherchons officiers de police en activité ou à la retraite. » Vu que j'étais encore policier, je me suis dit : « Je peux le faire. » Ils ne précisaient pas pour quoi c'était. J'ai répondu au mail en disant simplement qui j'étais, où je travaillais et ce que j'avais fait dans mon service. Après, je suis allé rencontrer le directeur de casting et c'est comme ça que ça s'est passé. Quand ils m'ont donné le job, je pensais toujours que j'allais jouer un policier. On m'a dit : « Vous serez le chef du personnage principal. » J'étais là, genre : « Quoi ? » Alors que je n'avais absolument rien fait avant, j'ai décroché ce rôle formidable de Maloney dans ce long métrage, et ça m'a complètement époustouflé.

Pourquoi cherchaient-ils un policier pour ce rôle ?

Peut-être qu'ils voulaient quelqu'un qui ait cette faculté – intérieurement, je pense – de mettre ça en branle quand ils en avaient besoin, d'être un peu connard. Maloney est comme ça... « Ma camionnette est en panne. » « Ben, fais-la réparer. » « Je peux pas. » « Ben, trouve quelqu'un d'autre. Je veux rien savoir. » Parfois, en tant que policier, il faut être un peu dur, comme ça.

Comment s'est passé le tournage ?
Je sais qu'il y a des acteurs confirmés, dans le cinéma, qui donneraient un bras pour travailler avec Ken. Je suis très chanceux qu'il m'ait choisi. En tant que réalisateur, il est très réconfortant, patient, tolérant, apaisant... Quelqu'un proposait une idée, et il était là, genre : « C'est une excellente idée, essayons ça. » Les choses déviaient dans un sens ou dans un autre, alors il faisait : « Bon, on va changer ça. » Et puis : « Bon, très bien. » Je ne peux comparer ça à rien d'autre, mais c'était très détendu. Je n'étais pas du tout stressé. C'était formidable : ce type était vraiment brillant.

Que pensiez-vous de l'économie des petits boulots et en quoi ce film a-t-il changé votre opinion ?

Je n'avais aucune idée à ce sujet, car j'ai la chance d'avoir un métier dans lequel je suis employé à plein temps. Je n'ai pas connu les soucis, les peurs, les inquiétudes d'un travailleur indépendant. De ce que j'ai appris avec le film, il n'y a aucune chance que je le devienne. Si c'est pour avoir un boss comme celui que je joue... Pitié ! Et puis on n'a pas le soutien d'un bon employeur, ni de bonne couverture sociale, ni de médecine du travail, de services d'aide psychologique et tout ce qui va avec la vie moderne... Voler de ses propres ailes dans cette économie des petits boulots, avec un statut où on est livré à soi-même, avec la famille à nourrir... Je vais vous dire, je ne ferais ça pour rien au monde.
KEN LOACH
RÉALISATEUR

Ken Loach est un acteur et réalisateur britannique, né le 17 juin 1936. Élève brillant, il étudie le droit à Oxford. Très intéressé par l'art dramatique, il débute en tant que comédien, avant de devenir assistant metteur en scène au Northampton Repertory en 1961. Dans les années 60, il entre dans le monde de la télévision, et se distingue rapidement grâce à son téléfilm à forte connotation sociale CATHY COME HOME en 1966. Vers la fin des années
60, il commence à réaliser des films pour le cinéma. Il connait un succès critique et public dans son pays avec son deuxième film, KES, présenté à Cannes à la Semaine de la Critique en 1970. En 1971, FAMILY LIFE est salué par les cinéphiles européens et remporte le Prix FIPRESCI au Festival de Berlin. Ken Loach se consacre essentiellement au petit écran durant les années 70. En 1981, il entre pour la première fois dans la course à la Palme d'or avec REGARDS ET SOURIRES. Les années 90 marquent le triomphe de Loach avec la réalisation d'une série de films populaires à thème social ou historique acclamés par la critique : RIFF-RAFF (1991), CARLA'S SONG (1996), LADYBIRD (1994), etc. Il est d'ailleurs nommé trois fois au Festival de Cannes pendant cette période. Il remporte notamment le prix du Jury en 1990 pour SECRET DÉFENSE et en 1993 pour RAINING STONES. En 2006, il obtient la Palme d'or du 59ème Festival de Cannes pour LE VENT SE LÈVE puis la seconde en 2016 avec MOI, DANIEL BLAKE. Il devient alors le huitième cinéaste à être doublement palmé, et le festival compte 13 fois ses films à Cannes. En 2019, il présente son nouveau film SORRY WE MISSED YOU en Compétition au Festival de Cannes.


 L'avis de la presse 

Première - Thomas Baurez
Une famille broyée par les impératifs de la nouvelle économie qui imposent toujours plus de vitesse.
Loach fait du Loach et c'est très bien comme ça.

Quand le temps, qui détruit tout mais permet parfois d'adoucir certaines humeurs, aura fait son œuvre, on reverra les films de Ken Loach et on sera surpris d'y retrouver intactes les traces brutales du présent. On appelle ça être synchrone. Peu le sont, Ken l'est. Ken l'éternel conquérant avait annoncé sa retraite. Et puis non. Un vrai humaniste, ça ne s'arrête pas en si bon chemin (cinquante ans de carrière, deux Palmes d'or). L'objectif de sa caméra en alerte continue de scruter les inégalités, elle déterre les salauds, met les héros du quotidien sur un piédestal. Un inlassable credo qui ne lasse que les paresseux et les cyniques. À l'heure où Jeff Bezos et son programme Amazon Prime permettent à un colis d'arriver chez le client illico, il fallais bien un Loach pour révéler les visages de celui ou celle que l'on ne regarde pas vraiment, tout accaparé à signer le bon de livraison. Ricky (Kris Hitchen) habite Newcastle, avec femme et enfants. Il galère et décide de s'endetter et de s'offrir une camionnette pour devenir chauffeur livreur. Il devient mais c'est un engrenage quasi mafieux fait de chantage, de don de soi et de vitesse. En bon naturaliste, Loach par comme toujours du réel qu'il habille de cinéma pour raconter la misère sociale. Pas trop d'ornements non plus, sa mise en scène précise, tranchante, épurée, va à l'essentiel, ne s'excuse jamais d'être comme elle est. Tant que Loach sera là, les « sans-grades » resteront des héros de cinéma, donc des héros tout courts. Poing levé et cœur bien accroché.


Le Parisien - Catherine BALLE
À 83 ans, il est toujours en colère. Dans ce 34e film – qui lui a valu, en mai sa quatorzième sélection à Cannes, Ken Loach montre la descente aux enfers d'un chauffeur livreur. Le cinéaste britannique nous raconte pourquoi il a imaginé ce film, ce qu'il pense du Brexit, des gilets jaunes et d'Emmanuel Macron.



Association IRIS – Saison 2019-2020
www.cine-iris.com - contact@cine-iris.com
Programmation et animation des films du jeudi soir (projections en V.O)
Festival 'Faites des courts'- ciné goûter/pizza pour les enfants
Un projet « Autour de l'animation » - Partenariat avec d'autres associations
Merci à tous pour votre soutien.
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